Ce recueil permet d’aborder de nouveaux thèmes au premier rang desquels
le pardon. L’auteur se focalise plus particulièrement sur la dualité :
trahison, pardon. Selon le dogme catholique, la confession permet, par
la réconciliation avec Dieu, de retrouver le chemin des autres et du
bonheur. Dieu n’apparaît certes pas dans « Quatre chemins de » pardon
mais le cheminement est identique.
Ainsi, Yoss « absous » le corrompu Abberkam qui peut dès lors retrouver
l’amour. De même, Rakam pardonne à la gente masculine et peut dès lors
aimer.
LE GUIN explore aussi le rôle sociétal d’une religion d’état à travers
le tualisme. Les maîtres apprécient cette religion paisible et
généreuse [Tual est déesse de la paix et du pardon] qui conforte leur
domination et calme les esprits ! Les appendices permettent à
l’écrivain de fournir quelques précisions sur ce dogme, poussant
d’ailleurs le réalisme jusqu’à monter une religion concurrente,
martiale et stoïque, le kamyisme.
La Grande dame de la SF nous livre là un de ses plus beaux livres. Les
personnages sont riches et construits avec intelligence. Une multitude
de détails et le recours quasi-systématique à une description de leurs
parcours renforcent leur authenticité.
La démarche de vulgarisation scientifique apparaît merveilleuse
d’efficacité. Les exemples abondent et permettent d’aborder par
l’exemple les sciences sociales. Libération d’une femme illustre
notamment la théorie de l’Ecole des Annales selon laquelle l’histoire
évènementielle ne reflète qu’une partie de la réalité.
Il faut enfin signaler la qualité de la construction. Les multiples et
subtiles liaisons entre les quatre nouvelles construisent un panorama
global où le tout est supérieur à chacune de ses parties.
eleanore-clo, Le cafard cosmique
Orrec est originaire d’une des familles des collines des Entre-Terres, d’une de ces puissantes familles dont un seul regard, une seule pensée peut provoquer la souffrance, la faiblesse, la mort.
Dotées de pouvoirs aussi variés que défaire, parler aux animaux, blesser, rendre malade ou guérir, ces familles se jaugent, se jugent, se testent pour étendre leur domination dans un jeu de pouvoirs dont peu sortent indemnes.
Et Orrec, que ces pouvoirs contraignent à vivre une vie d’angoisse, Orrec, que sa naissance destine à devenir dirigeant, Orrec préfère écouter les histoires que sa mère originaire de là-bas lui lit. Là-bas, où les pouvoirs n’existent pas. Contraint à prendre des décisions qui bouleversent sa vie sans lui apporter le bonheur ou la sérénité, saura-t-il trouver sa place dans ce monde qui ne l’épargne pas ?
Quête initiatique d’un adolescent, presque un jeune homme, dans un monde qu’il ne comprend pas. On vibre avec lui, on souffre avec lui, on espère avec lui. Un roman à l’écriture (et à la traduction) rythmée, agréable, au service d’une histoire comme l’auteure sait en créer !
Si certains d’entre nous ne sont plus assez jeunes pour s’identifier aux personnages principaux, la lecture de ce roman n’est pas pour autant à réservé aux seuls adolescents. La plume d’Ursula K. Le Guin est toujours aussi agréable et poétique quel que soit le public visé.
Surtout ne vous arrêtez pas à la couverture qui peut peut-être en bloquer certains. Si elle apparaît obscure, elle prend toute sa dimension quand on voit les couvertures des autres tomes à venir de cette trilogie (en 4e de couverture du roman).
Miss Mopi - Phénix Web
Premier volume de la trilogie des Chroniques des rivages de l'Ouest, ce recueil, traduit de l'anglais, entraîne le lecteur sur les traces de deux adolescents en quête d'eux-mêmes. Avant tout roman initiatique, écrit avec talent, construit avec rigueur, l'intrigue est soigneusement orchestrée pour faire voyager le lecteur et l'amener à bon port, dans les dernières lignes.
Le thème de la liberté est abordé sous plusieurs angles : libre choix, conscience, dépendance... Focalisée principalement sur le personnage d'Orrec, la narration nous livre les différentes perceptions et pensées du jeune garçon dont la personnalité se révèle peu à peu. Au fil d'un récit qui mêle pouvoirs et dons surnaturels, la psychologie des protagonistes -notamment celle d'Orrec et de Gry- s'affine de façon crédible et progressive, mettant en lumière toute la cruauté de certaines familles qui se jaugent.
Cohérente, cette histoire au rythme enlevé ne manque pas d'intérêt et l'on se surprend à se laisser porter par la grande inventivité de l'auteur.
COP - Choisir un livre
Le roman d’Ursula K. Le Guin a le charme des grands classiques du genre et – bien que publié dans une collection à destination des adultes – les ados férus de fantasy devraient y trouver leur compte.
Nathalie Ventax - Librairie Comptines
Orrec vit dans les collines des Entre - Terres. Il fait partie d’un peuple de sorciers qui se transmet des dons de père en fils ou de mère en fille. Notre héros a le pouvoir de défaire, un don terrible avec lequel il va devoir composer pour trouver sa place dans cette communauté où chacun est sur ses gardes dans la crainte de ses voisins.
N.B.
S’inspirant de la tradition orale des nomades du désert, de leur goût pour la poésie dite et chantée, Ursula Le Guin conçoit une société ennemie du livre, cohérente et pertinente. À la façon des religieux irlandais du Haut Moyen Age, dans un monde privé d’écrit, détenir des livres et savoir lire est une promesse de progrès de la civilisation. Que cette promesse soit entre les mains, les yeux et la voix de quelques personnages donne une dimension héroïque et magique au savoir. Préserver le savoir pour le faire éclore plus tard. En garder le secret, même sous la torture. Garder l’espoir tandis que la nouvelle génération sombre dans l’ignorance.
Le récit d’Ursula Le Guin paraît à bien des égards métaphorique. On peut y lire certains parallèles avec la réalité du monde d’aujourd’hui. D’une part avec l’obscurantisme religieux qui vilipende le savoir scientifique dans de nombreux pays du monde, y compris aux Etats-Unis, pays de l’auteure. D’autre part, la montée en puissance de l’oral et de l’image dans la culture mondiale. Non seulement ce mouvement va à l’encontre de l’écriture et de la lecture, mais il les galvaude. Il inscrit l’écrit dans l’instantanéité et non dans la réflexion. Il l’oralise dans sa forme (syndrome SMS et maîtrise de l’orthographe). Il accule l’écrit dans la répétition, dans le compromis et la simplicité et non dans l’authenticité, parfois subtile, de la culture. Pour lutter contre cette négligence contemporaine, le remède d’Ursula Le Guin est simple : lisez, relisez, réfléchissez, un livre est un univers qu’il faut visiter et revisiter. Ne vous contentez pas de la parole, celle des rumeurs, celle des médias, saisissez-vous de la matière de la langue et de la magie qui l’a inspirée.
À tout le moins, on pourra y voir des références à la vie et l’enfance, réelle ou rêvée, d’Ursula Le Guin. Elle a su s’élever en lisant et aider, en écrivant, des générations à mieux comprendre le monde. Et si son œuvre n’était pas destinée à nous libérer, comme Ansul, du joug de l’ignorance, elle nous aura au moins invités à plus de sagesse, de compréhension et de tolérance.
La grande Ursula K. Le Guin n'a jamais dédaigné écrire pour la jeunesse. Dons est le premier volume de la Chronique des Rivages de l'ouest, deux fois primée, belle histoire d'amour entre deux adolescents de familles rivales, aux pouvoirs respectivement destructeurs et bénéfiques.
L'écran fantastique - Juin 2010
Comme dans les autres ouvrages fantasy d’Ursula Le Guin, l’essentiel n’est pas dans le scénario, mais dans ce que vivent et pensent au présent les personnages. Comme si la découverte anthropologique prévalait sur les événements.
[…]Chroniques des rivages de l’Ouest peut être lu indifféremment par des adolescents ou des adultes.La langue d’Ursula Le Guin est lente, onctueuse, veloutée. Par succession de phrases courtes, elle s’étale dans le temps. Elle décrit les sentiments, les êtres, les objets, plus que les mouvements. Elle les décrit sur un ton nostalgique et doux, sans apitoiement. Comme une mythologie continue du vécu. Les dialogues ne sont jamais bavards. Les personnages vont à l’essentiel. La douleur et la nostalgie ne sont jamais larmoyantes. Toutes les émotions sont contenues. Il y a toujours de la dignité dans la joie et la souffrance.
Un livre envoûtant et sage où la conteuse de Terremer met à profit ses dons pour amplifier ceux de ses personnages.
Marc Alotton
Inutile de faire un dessin : Voix, sous ses airs de Fahrenheit 451 transposé dans un univers de fantasy passablement « réaliste », est un vibrant réquisitoire contre les intégrismes les plus obscurantistes. Mais, contexte oblige, on avouera qu’il paraît cibler tout particulièrement les tendances les plus radicales de l’islamisme, et en premier lieu celui des Talibans. La révolution libératrice ayant en outre plus ou moins un déclencheur extérieur, avec l’arrivée du poète Orrec Caspro flambeau de la liberté, il est difficile de ne pas faire le lien avec l’actualité. Et, disons-le tout net, avec tout autre auteur qu’Ursula K. Le Guin, cela aurait pu sentir passablement mauvais…
Mais, heureusement, il s’agit bien d’un roman de l’auteur des cycles de « l’Ekumen » et de « Terremer » : autant dire que nul excès de manichéisme n’est à craindre dans ce livre d’une profonde humanité et d’une grande justesse, qui sait poser de graves problèmes sans prendre le lecteur pour un imbécile en lui apportant des solutions toutes faites. Le personnage de Némar, la narratrice, est à cet égard une grande réussite, justement parce que sa haine des Alds est palpable, et qu’elle en a conscience ; a contrario, d’autres personnages parmi ses proches, comme Orrec ou le Passemestre, qui font davantage figure de sages, sont bien plus modérés. Belle figure également que celle du Gand des Alds, Iorrath, en opposition totale avec son détestable fils et les prêtres de son entourage, seuls personnages véritablement négatifs du roman – car, oui, le roman a bien quelque chose d’anticlérical, si ce n’est d’antireligieux (Némar, le Passemestre, etc., sont eux aussi très religieux, mais polythéistes, pour ne pas dire animistes).
Mais il s’agit en outre bel et bien d’un roman, et non d’un pamphlet militant, à la fois un peu convenu et politiquement un brin incorrect. L’identification avec les personnages est quasi instantanée, et, si le récit n’est finalement guère épique en dépit de son contexte révolutionnaire – mais on est rarement sur le devant de la scène –, on se prend néanmoins d’enthousiasme pour la cause des Ansuliens, leurs complexes débats politiques quant aux fins et aux moyens, et, par-dessus tout, pour ces personnages si humains, avec leurs faiblesses…
Roman potentiellement « dangereux » par son sujet, Voix se révèle donc en définitive une réussite, et un digne successeur de Dons. Avec ces deux romans, la « Chronique des Rivages de l’Ouest » est d’ores et déjà une belle œuvre de plus à l’actif d’Ursula K. Le Guin. Reste à voir comment elle va conclure tout cela : Pouvoirs arrive au printemps 2011.
Ce récit calme d’une période mouvementée, riche en sujets de réflexion, peut servir d’agréable pause entre deux histoires pleines de bruit et de fureur, telles qu’en produit la fantasy actuellement.
[…]Ce récit est très troublant, au point même que au tout début j'étais un peu perdue et je ne comprenais pas où Ursula Le Guin (dont j'ai adoré le Terremer) voulait nous emmener. En fait elle ne nous emmène nulle part, elle nous raconte une histoire. Comme si nous étions au coin du feu à l'écouter et dans cette histoire il y a ...des histoires (celles racontées par les personnages du roman) et ces histoires nous permettent de comprendre par petites touches comment fonctionnent ces villages et les gens qui y habitent.
[…]Ce premier tome est très court, un peu plus de 200 pages et pour ma part, passées les 40 premières pages où j'étais un peu perdue, j'ai dévoré le reste quasiment d'une traite et je peux même vous dire que je suis allée lire la quatrième de couverture du tome 2 dès que j'ai eu fini celui ci car il fallait que je sache, que je sois sûre qu'on continuerait à suivre la vie de Orrec et Gry, parce que je ne peux pas les laisser partir comme ça... Il faut rajouter que ce roman est servi par l'écriture réellement magique d'Ursula Le Guin. Elle nous raconte vraiment une histoire avec un tel naturel, qu'on a l'impression de l'écouter et non de la lire et que le récit coule comme un conte d'enfant.
Si l'on en croit la couverture de ce livre, assez différente de la production classique de L'Atalante et l'annonce en quatrième de couverture "pour tous les lecteurs à partir de 14 ans", ce roman est un roman jeunesse. Croyez moi si vous voulez, si tous les jeunesses avaient cette qualité, on ne ferait aucune distinction car Dons est vraiment un roman pouvant être lu par tous et avec le plus grand plaisir.
Phooka.
Ursula Le Guin démontre une fois de plus qu'elle est une conteuse née! Une conteuse à l'ancienne, comme on imagine, capable de captiver les foules et de les subjuguer par son récit.
On se laisse complètement emporter par sa plume et par sa "voix" justement. Lisant/écoutant ce récit fluide et beau... Beau oui, mais pas sans message.
En effet ce peuple du désert qui a envahi Ansul est tout un symbole. De par son refus de la lecture et de l'écriture, il est tout un symbole. Le symbole de l'obscurantisme et du fanatisme religieux que l'on peut voir parfois pas si loin de chez nous. Et malgré ce sujet, on ne peut plus sérieux, le récit coule comme une rivière. Le Guin ne condamne pas, elle ne pérore pas, elle ne dénonce pas, elle raconte. Et ce peuple du désert forme un monde cohérent avec ses forces et ses faiblesses. On finit même par aimer ce Ioratth, le chef de ce peuple. Et Némar avec son innocence et sa jeunesse va nous raconter sa vision des choses. Par ses remarques "Si vous saviez écrire vous pourriez transmettre vos messages vous même", elle touche les points sensibles sans trop en faire. Elle est l'âme de ce roman....sa voix, la voix de Le Guin.
[…] D'ailleurs pour ceux qui se poseraient la question, il n'est pas nécessaire d'avoir lu Dons pour lire Voix. Le livre est suffisant en lui même.Voix est un récit presque "oral" (un comble pour un livre non?) sur l'importance de la lecture, de l'écriture. Sur le nécessité des livres comme base de réflexion, comme support de la mémoire. Mais Ursula Le Guin ne donne jamais de leçons, elle raconte une histoire c'est tout. Et croyez moi c'est une très très belle histoire!
Dans ce second tome des «Chroniques des Rivages de l'Ouest», on quitte l'aspect rude et bucolique du volume précédent pour une ambiance plus urbaine mais tout aussi éprouvante. Car il s'agit ici de vivre dans une commune à tendance dystopique, où toute forme de culture et de réflexion est écrasée par un fanatisme religieux qui condamne au moindre écart, à la moindre incartade, qui condamne quiconque ose désobéir.
C'est donc dans cette cité que va apparaître Orrec Caspro, le jeune héros de Dons devenu poète et conteur, et de sa compagne Gry, mais il laissera cette fois la place de narrateur à la jeune Némar, jeune femme qui voudrait juste vivre une vie de citoyenne libre et pouvoir lire et écrire, découvrir de nouveaux textes et de nouvelles langues, jeune femme à l'énorme ouverture d'esprit, mais paradoxalement pleine de haine pour les Alds.[…]
Et c'est justement de donner le point
de vue de cette héroïne de second plan que vient toute la force du
récit, car plutôt que de choisir celui du personnage héroïque, du héros
providentiel, c'est celui d'une victime qui est choisi, le point de
vue d'un personnage à vif dont vient une grande partie de l’intérêt de
cette histoire. Vu a travers ses yeux, le récit prend une dimension
intéressante et en devient un conte philosophique plein de charmes.
Dans ce roman, Ursula K. Le Guin
semble dire que les meilleures armes face à l'intolérance et à
l'aveuglement sont la culture et la diversité autant que la
compréhension de l'autre. Car c'est bien de la multiplicité que viendra
une cohabitation où l'humanisme régnera, et non pas grâce aux paroles
d'une personne, mais grâce aux voix de tous et aussi des histoires
qu'elles peuvent apporter, qu'elles soient orales, lues ou écrites.
Cette nouvelle «Chronique des Rivages de l'Ouest» s'avère donc passionnante et nous propose à nouveau une fantasy originale où ce n'est pas l'action qui domine, mais bel et bien la réflexion, celle des personnages autant que celle des lecteurs. C'est ce détail qui constitue l'indéniable atout de cet saga de fantasy, qui fait qu'on la remarque au milieu de toutes les sorties qu'on croise en librairie.
Quelle claque!
Comment parler de ce roman de Ursula Le Guin?Je peux commencer par la fin et dire que je suis définitivement devenue une Le Guin addict. Après avoir lu Terremer et les deux premiers tomes des Chroniques de l'Ouest, Dons et Voix , elle a réussi à me surprendre à nouveau et à me scotcher en passant encore un niveau au dessus avec ce Lavinia. De la fantasy historique de la plus belle facture. [...]
Au travers de la vie de tous les jours des femmes entourant Lavinia et de Lavinia elle même, nous en apprenons beaucoup sur les liens qui se tissent entre les différentes classes de la société, mais aussi sur les croyances et la façon de vivre de cette époque. On se rend compte que la fille de roi a pour meilleure amie une fille de paysan, puis plus tard une esclave. On voit la vie des hommes à travers les yeux des femmes et surtout la guerre vue par les femmes. Cette façon de raconter la guerre donne du recul. Ce n'est la violence du combat, non, c'est la violence des sentiments. [...]
Ursula Le Guin est une magicienne, une magicienne des mots et des idées. Elle est définitivement une auteur à ne manquer sous aucun prétexte et son Lavinia est une pure merveille !
Merci beaucoup à L'Atalante de publier d'aussi beaux romans.
[...] Lavinia est donc un roman pacifiste, prônant la paix plutôt que la guerre, bien loin des soi-disant messages belliqueux que mettrait en avant la fantasy, même s'il est vrai que ce roman est tout de même moins guerrier, car préférant s'intéresser aux personnages et au sentiments, à des vies ordinaires qui vont être bousculées par une guerre et par toutes les tragédies qu'elles entrainent, les conflits qu'elle génèrent.
A travers le portrait d'une vie, Ursula K. Le Guin signe là un grand roman, une oeuvre riche en sentiments et où l'humanité d'une jeune femme résiste toujours, même quand elle est malmenée par la vie et par sa propre famille. Ce roman est un ajout contemporain à une histoire mythologique, mais un ajout qui ne démérite absolument pas et emmène le lecteur sur les traces d'un passé oublié pour livrer un message toujours d'actualité.
Note : 9/10
[...] Pour faire simple, on pourrait dire que Dons est une quête initiatique sans grande aventure, car il n'y a finalement pas besoin de partir à l'autre bout de la terre pour découvrir qui l'on est, ce qu'on veut, ce qu'on désire et essayer de trouver sa vraie place dans la société ou s'en faire une ; la vie de tous les jours peut aussi offrir cette occasion. C'est ce qui fait toute la force et tout l'originalité de ce roman.
Ursula K. Le Guin nous conte donc ici une histoire très humaine, sans grande magie et sans grandes batailles et c'est ça qui la rend si formidable et merveilleuse, qui fait que ce roman dénote franchement du reste de la fantasy. Certes, les amateurs de grandes épopées en seront pour leur frais, mais Dons apporte une touche singulière à la fantasy, lui propose même une nouvelle voie de développement pour de futures grandes histoires.
Note : 9/10
[...] Agée de 81 ans, Ursula juge Lavinia comme le meilleur roman qu’elle ait jamais écrit. Elle a même expliqué qu’elle en avait désormais probablement fini avec la fiction. Auteur de vingt et un romans, onze volumes de nouvelles, des essais, douze livres pour enfants, six volumes de poésie, Ursula K. Le Guin a une carrière d’écrivain bien remplie et vit dans la même maison depuis plus de cinquante ans, depuis qu’elle s’est installée à Portland (Oregon), avec son mari l’historien Charles Le Guin, épousé à Paris en 1953. Fille d’Alfred et de Theodora Kroeber, deux célèbres anthropologues américains, elle a grandi à Berkeley, en Californie et a envoyé sa première nouvelle à une revue à 11 ans. Après avoir entamé une carrière de poète, elle s’est fait connaître par la SF. Outre son célèbre La Main gauche de la Nuit (1969), elle a imaginé deux cycles majeurs, un de SF, Le Cycle d’Ekumen, l’autre de fantasy, Le Cycle de Terremer. Passionnée depuis toujours par les cultures orientales (elle a traduit Tao Te Ching de Lao Tseu), elle porte un regard subtil sur la manière dont fonctionnent les sociétés et les interactions humaines.
La fille du roi Latium, Lavinia, venue de l’Antiquité, manquait d’épaisseur et de personnalité. N’était qu’une ombre du décor. Doucement, Ursula K. Le Guin a empli une simple mention faite par Virgile. Attentive aux sonorités, au rythme et à la progression du récit, elle a tressé un roman sur le mode d’un poème. Comblant le remords imaginaire de Virgile. «Oh, ma chère, a-t-il dit toujours aussi doucement. Mon inachevée, mon incomplète, mon inaccomplie.»
[...] Ursula Le Guin facilite la plongée dans l’univers de Lavinia par sa plume fluide, adaptée à la personnalité de l’héroïne. De nombreux éléments sensitifs ponctuent le texte, notamment des détails très visuels comme les paysages, forêt ou village, le bord du fleuve. La chaleur du soleil d’Italie, l’odeur des sources d’Albunea, des cris ou des murmures, la chaleur d’un feu… sont autant de points supplémentaires qui rendent le récit extrêmement vivant. L’histoire n’est pas linéaire, mêlant passé, présent et futur ce qui permet de mieux apprécier les causes et conséquences, la fatalité du destin. [...]
Lavinia est une oeuvre sublime, qui sort de ce que la fantasy ou tout autre genre de l’imaginaire peut proposer habituellement. Plein de fraîcheur, rempli de sensations variées et mettant en scène une héroïne magnifique, le roman s’avère très séduisant et remplit ses promesses. L’écriture d’Ursula Le Guin est un plaisir à parcourir, l’auteure a bien réussi son but : donner une existence bien remplie à la princesse latine Lavinia.
[...] Lavinia puise à la source d’un des textes fondateurs de notre civilisation. Dans ce roman, pourtant, rien n’est mort. Les personnages, situés dans un contexte plausible ne sont jamais écrasés par le poids des descriptions et de la documentation. Ils sont offerts dans un écrin poétique, assez étranges pour captiver le lecteur, assez humains et étoffés pour être attachants.
On hésite à parler d’un roman de Fantasy. L’imaginaire ici s’appuie sans cesse sur une connaissance fine des aventures d’Enée. Ursula Le Guin tisse de sa voix propre un récit personnel et traite le texte du poète antique avec le respect dû aux maîtres que l’on admire. C’est la force de l’hommage ici rendu à Virgile et, par la même occasion, à un professeur de latin qui a su susciter un tel intérêt pour la littérature ancienne.
Lavinia est un excellent roman, au-dessus de la notion de genre.
Avouons-le tout de suite : la mythologie ne m’a jamais passionné. Je connais Homère par le biais d’Ulysse 31 et jusqu’à peu je pensais que l’Enéide était un alcaloïde. Alors la lecture du résumé de Lavinia ne m'a guère excité. Heureusement, juste en dessous était marqué Ursula K. Le Guin, nom rassurant qui m’a convaincu d’entamer la lecture. Bien m'en a pris : ce livre est une perle.
Mais reprenons au début : l’Enéide, œuvre poétique colossale et inachevée écrite par le poète latin Virgile entre 29 et 19 avant JC, déroule les aventures du troyen Enée, de sa fuite de Troie jusqu’à son arrivée dans le Latium et son union avec Lavinia, fille du roi Latinus. C’est à cette dernière que s’intéresse Ursula Le Guin : alors que ce personnage est à peine évoqué dans l’Enéide, elle devient la narratrice du roman. Dès lors, le point de vue change radicalement : le récit démarre à la dernière partie du poème de Virgile et continue après la mort d’Enée. Les guerres et les batailles passent au second plan, supplantées par les intrigues familiales, la diplomatie et la soumission aux oracles et prophéties. Car Lavinia, tout comme son père, place ceux-ci devant tout le reste, jusqu’à leur obéir totalement, quitte à déclencher une guerre. Et si elle peut apparaître comme une femme soumise, cela donne un éclat d’autant plus grand à ses quelques révoltes, face à sa mère ou à Ascagne, le premier fils d’Enée.
Là se situe la réussite du roman : ce personnage au premier abord effacé, victime des événements et des prédictions, se révèle d’une grande complexité, mêlant une force de caractère peu commune et une vision du futur limpide fournie par les oracles à des doutes et des remises en cause régulières. Loin de l’image d’écrivain froid de ses débuts, Ursula Le Guin nous livre avec Lavinia l’un de ses meilleurs livres, portrait d’une femme hors du commun échappée de son poème antique, livre récompensé du prix Locus du meilleur roman de fantasy en 2009. Ajoutons que la culture classique de l’auteur (Le Guin a étudié en France et a rédigé une thèse sur la poésie de Ronsard, lui-même fortement inspiré par Virgile) donne une crédibilité et un réalisme unique à l’univers de Lavinia et vous comprendrez que vous n’avez plus aucune excuse pour passer à coté de ce chef-d’œuvre.
[...] La fin du roman étant connue, vu que l’Enéide de Virgile est respectée, ce n’est pas spécialement là la valeur ajoutée de ce roman. Mais c’est bien son déroulement, superbe, qui vous donne envie de lire la suite. Comme pour d’autres romans, ce n’est pas ce qui va se passer mais comment cela va se passer qui nous importe. Et on est complètement happé par la vie simple de cette fille latine. Ursula K. Le Guin arrive d’ailleurs à lui créer une personnalité comme on en voit rarement dans les romans de Fantasy. Loin de tout stéréotype, de tous ces personnages féminins à l’indépendance exacerbée ou alors bien trop logique, Lavinia est simplement touchante, vraie.
Bien entendu, il serait difficile d’imaginer cela possible sans le talent d’écriture de l’auteur, ainsi que de l’excellente qualité de la traduction signée Marie Surgers. Le roman, tout au long, et dès lors que l’on a cerné l’idée que le personnage peut de temps à autre nous parler, est d’une lecture des plus aisées. On se retrouve plongée dans le Latium et les divers conflits qui peuvent y avoir lieu. On y entend clairement le choc des armes en métal, et on voit les hommes suer au soleil lors du labeur de la culture de la terre. Toute l’ambiance de l’époque, que ce soit par l’organisation du royaume ou l’importance énorme des dieux y est très bien retranscrite, sans aucun faux pas, maîtrisé d’un bout à l’autre.
Je pourrais faire de nombreuses éloges supplémentaires à Lavinia, mais je me contenterai de vous conseiller sa lecture. Ce roman m’a happé du début jusqu’à la fin, rendant ma séparation avec l’héroïne déchirante. Un roman de ce début d’année 2011 qui vaut clairement le détour.
[...] Un peu à la façon de Marion Zimmer Bradley qui vingt ans plus tôt nous proposait une relecture de la guerre de Troie
Un véritable plaisir alors même que je ne suis pas une inconditionnelle de l'auteur. Seulement comment ne pas s'attacher à Lavinia ? Une existence qui ne tient à presque rien. Quelques vers perdus à travers l'Énéide, elle-même perdue dans un vaste héritage qui tombe déjà presque en poussière dans l'indifférence. Mais un poète a prononcé son nom, même une seule fois, et voilà qu'un autre poète lui insuffle la vie. Car il y a de la poésie dans ce récit, de ce "supplément d'âme" qui caractérise la fantasy dans ce qu'elle a de meilleur, quoiqu'il ne s'agisse pas d'un roman de fantasy.
Lavinia suivra donc le dessein que lui ont tracé le poète et les dieux
mais elle le suivra de son plein gré, en femme libre d'elle-même, malgré
tout.
Entre retours sur sa vie et visions à venir, une figure de femme pleine
d'intensité, très belle, servie par une écriture à la hauteur et
structurée par une solide érudition, jamais tout à fait visible mais
bien présente.
J'ai beaucoup aimé. Pas étonnant que ce roman ait obtenu le Locus Award
2009. C'est peu de dire qu'il le méritait.
Hélène - 05/03/2011 - Les Vagabonds du Rêve
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Couronné notamment par un Locus Award en 2009, ce nouveau roman signé d’un grand nom comme Le Guin était fatalement attendu.
Ici, elle donne vie et prête voix à un personnage oublié, Lavinia, à peine évoqué dans l’Enéide de Virgile. Et pourtant, celle simplement présentée dans la légende comme la femme destinée au héros, l’épouse destinée à jouer un modeste rôle strictement défini à l’aube de Rome, ne manque pas d’épaisseur…
Pas de réelle surprise en vue : Ursula K. Le Guin nous livre là un beau portrait de femme, feutré, subtil, complexe, prenant pour cadre une étonnante Antiquité, le tout par le biais d’une plume douce, amère, mais toujours poétique.[...]
Les latinistes convaincus ont sûrement rencontré, au fil des écrits, le personnage de Lavinia, ne serait-ce que dans L'Eneide de Virgile, pourtant à peine évoquée dans ces pages. Pourtant, le personnage de Lavinia joua un rôle clé dans l'histoire de Rome à ses origines, son monde donnant naissance à la civilisation moderne occidentale. Elle vécut dans l'ombre d'Enée, libre malgré tout et gardant le chois de son destin, tout en se protégeant. Ce destin peu banal, qui fut à l'origine d'une des plus importantes guerres de l'Antiquité, la romancière Ursula K. Le Guin a choisi de le raconter sans fioriture mais avec élégance et poésie, en un récit juste et fulgurant, vivant portrait d'une femme libre et digne. Lavinia, qui égale sans peine les chefs d'œuvre pourtant nombreux de l'auteur (dont le célèbre cycle de Terremer), a décroché le Locus Award 2009, l'un des très grands prix consacrés à la littérature de l'imaginaire.
Christian Robin - Courrier français 11.03.2011
Interdit de lire et d’écrire
On savait que les régimes totalitaristes ne portent pas trop dans leur cœur les intellectuels, car ces poseurs de questions deviennent gênant et risque de déstabiliser le pouvoir en place. C’est ce qui se passe avec les Alds qui ont pour croyance que des démons se cachent sous les mots. D’où leur interdiction aux leurs de lire ou écrire sans quoi c’est la peine capitale qui s’applique. Mais c’est sans compter le poète Orrec Caspr et son épouse Gry. Lui, est conteur. On peut imaginer qu’il désapprouve les Alds. Il faut donc les rééduquer à la beauté des mots. Ce sujet pour le moins fantaisiste revient à l’écrivaine Ursula K. Le Guin qui maîtrise la langue et la rythmique du récit comme pas une. Du moins dans la traduction éclairée de Mikael Cabon. On a adoré.
Daniel Rolland - Culture Hebdo
Et un classique incontournable de la SF. et de la fantasy, l'Américaine Ursula Le Guin l'est indéniablement, elle que la critique a depuis longtemps apparentée à Tolkien et à Frank Herbert. Née en 1929, Le Guin continue d'écrire, sans nul essoufflement. Vient de paraître, Voix, premier volet d'une trilogie qui promet d'être remarquable.
Le récit a pour cadre un vaste territoire imaginaire, Les Rivages de l'Ouest, dont le centre est la ville d'Ansul, de très ancienne culture, dont l'auteur donne un plan détaillé en tête de son roman. Ansul, cité magnifique, cœur du monde, avant que surgisse l'invasion barbare.
Cité de l'harmonie, de l'art, de la haute pensée, Ansul est tombée sous la coupe des Alds, peuple de nomade des déserts de l'Asudar, incultes, fanatiques, dévastateurs. Ces ennemis de toute culture interdisent les livres, car selon eux, les mots seraient le repère des démons. Cependant, il demeure au cœur de la ville, une salle cachée, où seuls peuvent pénétrer quelques rares initiés et où sont sauvegardés des livres. La narratrice se souvient qu'à quatorze ans, alors qu'elle ne savait même pas lire, elle détenait de par sa mère morte, le secret pour pénétrer dans ce sanctuaire. C'est des livres que la toute jeune fille acquerra le pouvoir de libérer Ansul des oppresseurs barbares ; aidée en cela par le vieux passemestre, le maître de la culture traditionnelle, personnage fascinant, doté d'une aura de sagesse et de bienveillance, dont les réflexions lapidaires ne peuvent qu'interpeller.
Roman d'évasion, certes, mais porteur de sens. Éloge du langage, des livres, de la culture, laquelle l'histoire l'a montré en Perse et en Chine, a le pouvoir d'absorber les envahisseurs incultes.
Jacques Crickillon - Lectures
L'Énéide, le poème épique de Virgile, raconte la guerre opposant Turnus à Énée jusqu'à la victoire de ce dernier. Bien que long de 10 000 vers, il ne cite qu'une seule fois la femme à l'origine du conflit, Lavinia, que sa mère avait promise au guerrier du Latium, alors que les augures disaient au père de l'offrir au Troyen. Mais Virgile le savait inachevé et le vouloit voir brûler à sa mort. Il y eut au fil du temps diverses tentatives pour le compléter. Ursula Le Guin a préféré donner le point de vue de Lavinia sous une forme romanesque, tout en débarrassant le récit de ses dieux et en restituant au mieux les conditions de vie de l'époque. Son texte est moins épique : les combats sont résumés en deux pages par une éloquente litanie de meurtres en cascade, mais il donne vie et force à ce qui fait le moteur du récit. Le Poète rêvant à son œuvre apparaît à son héroïne, lui narrant les scènes où elle est absente. Au final, ce poème en prose complète avec finesse l'œuvre originale en éclairant respectueusement ses contours.
Claude Ecken - L'écran fantastique
Période faste pour l’Atalante. Les parutions d’auteurs francophones se multiplient et Ursula K. Le Guin nous réjouit le cœur et l’intellect. Pendant que l’excellent cycle pour la jeunesse Chroniques des rivages de l’Ouest poursuit son bonhomme de chemin (la conclusion est prévue pour mars), l’éditeur nantais nous gratifie d’un roman adulte, auréolé du Prix Locus, excusez du peu. Même si une récompense n’est pas toujours un gage de qualité, elle apparaît ici amplement méritée, distinguant en outre un roman admirable.
Abandonnant les préoccupations très contemporaines, Ursula Le Guin nous invite à un voyage dans le passé, quelque part entre mythe et réalité, en cette terre du Latium où naîtra la Rome républicaine puis impériale. Une pause enchanteresse et bucolique où s’exerce l’acuité redoutable du regard de l’ethnologue. Une parenthèse empreinte de poésie et de lyrisme. Une invitation à relire L’Enéide de Virgile, texte épique s’il en est, retraçant le périple d’Enée et les origines mythiques de la cité de Rome.
La place de Lavinia tient à peu de choses dans L’Enéide, son rôle constituant à devenir la femme du héros Enée, et par la même à sceller l’alliance entre les Troyens et les Latins. Ursula Le Guin choisit de faire de la jeune femme la narratrice et le personnage titre de son roman. Lavinia apparaît ainsi comme la réécriture, du point de vue féminin, d’une partie de l’épopée de Virgile. L’auteur mourant apparaît lui-même dans le récit, comme une apparition spectrale en provenance du futur, lorsque Lavinia se recueille dans le secret du sanctuaire de sa famille. Le dialogue noué entre les deux personnages – le réel et le fictif – se révèle très touchant, un des moments forts du roman. Le poète lui dévoile le passé – la guerre de Troie, le séjour en Afrique chez Didon – et le futur – l’arrivée d’Enée et la période augustéenne -, se faisant ainsi oracle. On le constate rapidement, ce dispositif narratif sert de prétexte à une réflexion sur la liberté et le destin, sur le réel et la fiction. Personnage anecdotique et pourtant capital de l’épopée – en elle, la lignée d’Enée fait souche -, Lavinia ne vit qu’au travers des écrits de Virgile. Ici, elle incarne la légende, restant consciente de son caractère fictif, en grande partie imaginaire, et interpellant avec régularité le lecteur à ce propos. Ce faux monologue impulse un sentiment de trouble. Il rend la jeune femme d’autant plus réelle. Lavinia sa liberté. Un destin pour ainsi dire gravé dans le marbre. Forcer la main de son père, s’opposer à sa mère, à sa famille et à son peuple. Épouser la cause de l’étranger, de l’exilé. Exister en tant que tel et non uniquement sous la plume d’un autre. incarne aussi un destin livresque et tente de s’accorder
Lorsque le roman débute, Enée débarque avec armes et bagages. Lavinia assiste à l’événement annoncé par le spectre de Virgile. Puis, sans transition, l’histoire se décale dans le passé. Ursula Le Guin nous plonge au cœur du Latium archaïque. Immersion immédiate aux côtés de gens simples, petits paysans, esclaves, maisonnée du roi Latinus. La limpidité de la narration et l’authenticité de la reconstitution frappent aussitôt l’esprit. Une vie près de la nature, le sacré imprégnant par ses rites chaque geste du quotidien. Les couleurs, les odeurs, les sons, rien ne manque. Le cadre du drame à venir est dressé. Il ne reste plus aux évènements qu’à se dérouler, fatidiques puisque déjà écrits. Alors en attendant, on fait connaissance avec Latinus, vieux roi fatigué désirant la paix. Avec son épouse Arnata, rendue folle par le chagrin, avec Turnus, impétueux et jeune souverain de Rutulie, avec Drances, conseiller roublard de Latinus. Avec Enée enfin… On s’émerveille du traitement des personnages, de l’atmosphère envoûtante tissée par Ursula Le Guin. Un tropisme dépourvu d’artifices et de fioritures. Tout l’art du conteur au service de la littérature.
A près de 80 ans, Ursula Le Guin démontre avec Lavinia que le meilleur de son œuvre n’est pas derrière elle. Loin de s’endormir sur son passé, elle écrit un roman tout bonnement époustouflant. Lavinia rappelle ainsi les litres les plus importants de bibliographie, Les Dépossédés ou La Main gauche de la nuit pour n’en citer que deux. Et il s’impose comme une des parutions incontournables du début de l’année 2011.
Laurent Leleu- Bifrost
Gavir connaît sa place et son avenir : il est un esclave de la maison Arcamand, et plus tard il remplacera Everra, le professeur qui enseigne à tous les enfants de la maison, maîtres et esclaves. Et il ne parle qu'à sa soeur aînée, Callo, de ces "souvenirs" qui lui viennent d'évènements qui ne se sont encore jamais produits. Gavir serait parfaitement heureux sans Holby, fils bâtard du Père, dont les règles ont fait un esclave, et qui en souffre violemment, et sans Torm, le fils cadet brutal du Père, qui le préfère à son aîné Yaven. Gavir enfant ne sait pas que sa place, son avenir et tout ce qu'il aime vont un jour laisser place à un mur noir, sans mémoire, d'où n'émergeront, peu à peu, que les vers qu'il a appris.
Pouvoir de se souvenir, pouvoir de dire, pouvoir de tuer, ou de sauver, pouvoir sur l'autre en général, tous ces différents pouvoirs sont au coeur de ce roman, sous-tendu par une réflexion sur l'origine du pouvoir et sa fin : d'où vient-il ? comment l'obtient-on ? Est-il légitime d'utiliser quelque moyen que ce soit pour l'obtenir ? Y a-t'il quelque chose de plus important ? Le Guin y remet donc sur le métier un thème illustré, notamment, dans Terremer.
Bien sûr, elle y poursuit la réflexion sur la liberté et l'esclavage, quelle que soit la forme que ce dernier prenne, qu'elle avait abordée dans les tomes précédents. On y retrouve aussi (c'est une constante dans toute son oeuvre) le thème de la différence homme/femme, dans cette illustration extrême qu'est la vie si codifiée des gens du Marais. Enfin, est déclinée sous une autre forme encore l'importance de la culture, comme instrument de liberté et de connaissance de soi autant que du monde.
Tout cela dans une langue très lisible pour le lecteur adolescent à qui le roman est destiné, et qui ne pourra que s'attacher aux personnages de son âge qui le peuplent. L'action y est quasi constante, ce qui encouragera le jeune lecteur à poursuivre. Enfin, s'il peut bien sûr se lire seul, on aura davantage de plaisir à lire la fin si on sait qui sont les personnages qui y apparaissent.
Il n'y a rien d'étonnant à ce que ce roman habile et abouti, que les adultes prendront également beaucoup de plaisir à lire, ait obtenu le prix Nebula en 2008.
Mureliane - Les chroniques de l'imaginaire
Chez le Latin Virgile, elle n'était rien ou presque ; chez Ursula Le Guin, elle est tout. Grande prêtresse américaine de la fantasy, l'auteur de Terremer s'empare de la femme d'Enée, Lavinia, à peine évoquée dans L'Enéide, pour en faire l'héroïne féministe d'une passionnante évocation du Latium antique. Fille du roi Latinus, Lavinia refuse le parti qui lui est promis car un oracle lui a prédit qu'elle épouserait un étranger. Elle sait qu'ainsi elle provoquera la guerre mais ira jusqu'au bout...
On retrouve ici les thèmes qui depuis cinquante ans parcourent l'œuvre d'Ursula Le Guin : place de la femme, réflexions sur la foi et la guerre, croyance dans le pouvoir des mots. A la première personne, son roman conte l'éveil à la vie d'une jeune femme. Et s'enrichit d'une réflexion sous-jacente sur l'écriture, qui jamais pourtant ne vient altérer le charme du récit.
Durant le premier tome, c'était Orrec qui nous racontait son histoire. Ici, c'est Némar, jeune fille appartenant à la maison du passemestre. Les débuts du livre sont assez durs, puisque nous apprenons la descente en enfer de la ville d'Ansul et surtout de ses habitants.
Puis par la suite, nous suivons tout simplement l'histoire de Némar, sa vie de tous les jours avec cette peur constante. A travers Némar, nous apprenons également l'histoire de sa famille, les Galva, et celle du passemestre, et également leur religion.
Puis un beau jour, Orrec et Gry font leur apparition, et à partir de ce moment, les évènements s'enchaînent. Au fur et à mesure du livre, nous apprenons à connaître ce couple. Car nous les avions quitté alors qu'ils étaient en fin d'adolescence dans le tome précédent. Alors que l'histoire de Némar se passe une vingtaine d'année après le départ d'Orrec et de Gry de leurs foyers. C'est donc un nouveau couple que nous rencontrons. Ils ne sont plus les enfants qu'ils étaient, mais ils sont deux adultes ayant traversé plusieurs pays, découverts de nombreuses coutumes. Orrec est devenu un poète connu et reconnu de tous, et Gry s'occupe toujours des animaux.
J'ai adoré leur évolution, ce qu'ils sont devenus. Gry est certainement mon personnage préféré, son fort caractère, déjà aperçu dans Dons, est toujours présent, et elle n'hésite pas à dire haut et fort ce qu'elle pense. Le couple que forment Gry et Orrec est plein de douceur et d'amour, c'est ainsi que je le ressentais.
J'aime également beaucoup Némar. Néanmoins, il faut remarqué qu'elle incarne un personnage qui est assez cliché. Une orpheline qui est pris sous l'aile d'un vieux monsieur érudit, et qui possède un héritage particulier. Mais au final, tout est tellement bien tourné, et l'histoire si intéressante que ça ne m'a pas dérangé le moins du monde.
Mais à travers ces personnages principaux, il y a également tous les autres qui sont présentés : Tirio, le passemestre, Ista également, Gudit ... chaque personnage à sa place et son rôle, et on ne peut que les apprécier.
Une chose que j'ai particulièrement aimé dans ce bouquin, c'est la place qu'ont les livres justement et la lecture. Ce peuple qui risque la mort pour préserver les derniers livres restants, je trouve ça tellement beau, courageux, et juste.
Ce tome est beaucoup plus intense que le précédent. Et si l'une des critiques que j'ai pu faire aux romans d'Ursula Le Guin, c'est à dire un certain manque d'action, oubliez la ! Ici nous en avons ! Tout est parfaitement rythmé, et on ne s'ennuie pas une seule seconde.
Cette histoire n'est pas seulement un livre d'apprentissage. C'est aussi un livre sur tout un peuple opprimé qui se bat. C'est aussi un livre dans lequel la religion est présente et importante. Bref, c'est une superbe histoire, magnifiquement contée.
Si j'avais adoré le premier tome, celui ci m'a encore plus touchée, c'est un véritable coup de coeur.
Olya - olyaolenka.over-blog.com
Ce premier tome des Chroniques des
rivages de l'Ouest (qui a obtenu le Pen/USA Award en 2005) se situe
non pas sur ces rivages mais dans l'arrière-pays, région vallonnée
des Entre terres où les Brantors, propriétaires de domaines
agricoles et sorciers, tous dépositaires d'un don, cherchent à la
fois à maintenir la pureté du lignage pour une bonne transmission
de leurs dons et à conserver leurs terres (malgré les attaques de
leurs voisins), voire à les agrandir. Ces dons sont variés :
guérison, appel du gibier, asservissement, destruction, etc.,
parfois dangereux et même mortels. Ils passent par la voix, le
regard, la main... La fantasy dans cette fiction n'a donc rien à
voir avec celle des récits héroïques pleins de guerres
spectaculaires, d'elfes, de nains, de dragons et de magiciens... Dans
cette société figée, la vie est dure, souvent cruelle et violente,
la pratique de la sorcellerie, celle de microsociétés assez
renfermées.
Le roman, écrit à la première personne est centré
sur les souvenirs d'Orrec – depuis sa petite enfance jusqu'à la
fin de l'adolescence -, qui est un des deux personnages principaux
avec son amie d'enfance, Gry, et qui a hérité du pouvoir de
défaire, pouvoir de destruction, apparemment sous sa forme la plus
terrifiante : il a donc décidé de neutraliser son regard en portant
un bandeau, préférant devenir temporairement aveugle pour ne pas
faire un usage incontrôlé de ses capacités. Ce récit initiatique
de facture classique analyse très finement la maturation fort
douloureuse et difficile d'Orrec en plongeant le lecteur au cœur de
ses sensations, pensées, rêves, l'évolution de ses relations avec
son père et son amie Gry et sous-tend une réflexion sur la
transmission et la liberté. Dans une société aussi figée, est-il
possible d'échapper à un destin tout tracé, d'acquérir une
conscience autonome, de s'émanciper ? Que faire du don, y en a-t-il
un autre usage ? Ce roman atypique et singulier, semé de récits
dans le récit, à l'écriture poétique, ne sacrifie pas aux canons
d'une fantasy spectaculaire et met en place un monde très crédible
et des personnages finement caractérisés dont on pressent et on
attend les aventures pour les deux tomes suivants, sans doute sur les
rivages de l'Ouest. Il s'adresse à un lectorat curieux et sorti de
la préadolescence.
Marie-François Brihaye – Lecture jeunesse
Une fille de roi, Lavinia, courtisée par de nombreux prétendants, attend Enée, l'étranger que les oracles lui ont promis et avec qui elle se mariera pour donner naissance à une dynastie dont les descendants fonderont la ville de Rome et un empire immense. Lavinia, héroïne du roman éponyme, est évoquée en quelques vers par Virgile dans l'Enéide. Ursula K. Le Guin reprend cette trame, mais renverse le point de vue en donnant la parole à cette jeune femme qui devient la narratrice : "C'est mon poète qui m'a rendu réelle [...], qui m'a donné la capacité de me souvenir de ma vie, de mon identité". Magnifiée par une écriture très attentive aux paysages et aux émotions, sa voix convoque un Latium à l'âge de bronze, mi légendaire, mi réel, avec sa vie quotidienne paisible malgré quelques guerres, ses fêtes et ses rites religieux. Lavinia, pieuse, loyale et sensible, mais aussi déterminée et lucide, évolue dans cet univers simple et plein de mystères à la fois.
Contre l'avis général, elle choisit son destin d'épouse d'Enée même si le prix à payer en est la guerre et le sang versé. Autour d'elle gravitent des personnalités riches et complexes, son père, Latinus et sa mère, Amata, Enée et son fils Ascanius, Turnus, un de ses prétendants, toutes très humaines et attachantes. La narration se déploie sur plusieurs décennies mais de façon non linéaire, Ursula K. Le Guin trançant des arabesques dans le temps avec de fréquents retours dans un passé héroïque ou des projections dans un avenir contemporain de Virgile. Seuls le spectre du poète mourantn venu rencontrer Lavinia, et le poids d'oracles s'exprimant dans les rêves, donnent une coloration fantastique au roman.
Cet ouvrage inclassable a été récompensé par le prix Locus 2009. Tout à la fois épique, tragique, fantastique et lyrique, il plonge le lecteur dans une Antiquité lointaine qui n'est pas sans rappeller parfois le monde des seigneurs paysans de la Chronique des rivages de l'Ouest. Lavinia interroge aussi subtilement le statut de la femme dans la société antique, le poids et le rôle des rites religieux, l'art de la diplomatie, et plus largement les notions de destin, de liberté et d'immortalité. Au lecteur de prendre le temps de savourer un livre très dense, de découvrir une époque inattendue et un magnifique portrait de femme.
Marie-Françoise Brihaye - Lecture jeune
On ne présente pas Ursula Le Guin. Sa bibliographie parle pour elle. Les romans de cette grande dame de la SFF, imprégnés de son goût pour la découverte et l'exploration de sociétés étrangères, visent toujours à cerner, dans le chaos des formes, la constante qui est au coeur de toute vérité humaine. On l'appelle parfois religion, ou plus simplement : lien. Les êtres de La Guin, comme dans le vrai monde, sont liés par le besoin de croire aux fictions qu'ils se créent.
Le cycle des Rivages de l'Ouest, qui fait plus qu'évoquer les lumières et les couleurs du monde de Terremer, est une oeuvre de la maturité, où le ton, la distance, la langue posée définissent les personnages et les situations :
Une lecture essentielle pour les ados qui n'en peuvent plus de Percy Jackson et de Tara Duncan...
Ursula K. Le Guin est un des tout grands auteurs des littératures de l'imaginaire. Cette Américaine de 81 ans a écrit des chefs-d'oeuvre, comme La main gauche de la nuit, Le nom du monde est forêt, L'autre côté du rêve, Les dépossédés.
Son imaginaire s'ancre sur l'individu et les sociétés. Les sciences sociales, l'anthropologie sont ses vecteurs théoriques, mais ce sont les êtres qui la concernent. Et elle n'a pas son pareil pour mettre en scène des personnages, humains ou extraterrestres d'ailleurs, et des mondes qui sont à ce point crédibles qu'on se croirait dans un roman réaliste.
Lavinia est un personnage de mythologie et de poésie. Elle apparaît dans L'Enéide de Virgile. Enée s'établissant dans le Latium prend la fille du roi Latinus pour épouse. C'est Lavinia. Trois vents pages dans Lavinia. Qui sont la voix de cette oubliée du poète romain. Et cette voix est réelle comme un rêve. Ou un poème.
Car davantage peut-être qu'un roman, c'est une longue ode que Le Guin écrit. Avec une maîtrise absolue du style, de la subtilité, de la fluidité de la prose. Et c'est un hymne à Lavinia, c'est-à-dire à la femme, forte et fragile, décidée et désemparée, pour qui l'on se bat et pour qui l'on conclut la paix.
Enée est un guerrier couturé, un bel homme, un bon mari, un héros venu de Troie pour établir les racines de l'empire romain, comme le veut l'histoire de Virgile. Mais c'est Lavinia qui le choisit, qui l'épouse, qui force son destin et permet ainsi la fondation de Rome. L'histoire de Rome est féministe. Comme l'histoire du monde, Ursula La Guin vous le dira.
Superbe réflexion sur la place de la femme dans la société, sur la religion et les rites, sur le pouvoir, ce Lavinia est un ravissement. Un pur plaisir de lecture, que l'on savoure lentement.
Jean-Claude Vantroyen
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