Ceci n'est pas un simple recueil de nouvelles. Si chaque texte de ce volumineux ouvrage était une pierre précieuse, leur réunion serait une rivière de diamants. Un ensemble qui surpasse la somme des éléments qui le compose. Car non content de rassembler ses nouvelles de space-opera en un volume, Serge Lehman les a reliées entre elles par la quête d'Orson Malaverne. En organisant cette mise en abyme (car c'est bien Serge Lehman via Malaverne qui regarde ses œuvres au fil du temps et en mesure l'évolution), non seulement l'auteur structure 15 ans de nouvelles mais crée un lien hypertextuel, comme un squelette donnant sa cohérence à un ensemble de chairs. Ainsi entre chaque texte, Malaverne évoque sa quête, le contexte dans lequel il a recueilli le récit et comble parfois certains vides entre les textes. Si le thème général est l'avancée humaine dans le cosmos, chaque texte possède sa propre spécificité et évolue à sa propre échelle, de portée tantôt locale, tantôt universelle, parfois sur Terre, parfois à bord d'un croiseur aux limites de la Voie Lactée, face au grand vide qui sépare les galaxies.
L'écriture de Lehman est véritablement limpide et les termes techniques, toujours très précis et cohérents, qui auraient pu rebuter, passent vraiment bien. Lehman est tout aussi à l'aise en terme d'intrigues politiques que dans l'évocation des caractères de ses personnages.
Les premiers textes peuvent dérouter au premier abord mais le lecteur découvre le sens général comme Malaverne, au fur et à mesure.
Eclipshead
Serge Lehman nous plonge ici une nouvelle fois, dans l'univers d'une science-fiction aux allures débridées, mais si formidablement dirigée, sous une plume dont on ne doute plus du talent qu'elle souligne. Il s'accompagne au dessin de Jean-Marie Michaud, dont on peut également attester ici de sa passion « naturelle » et évidente pour le 9ème Art. Le dessin, les détails y sont excellemment traités, et le choix d’une palette majoritairement nuancée de gris donne l’effet attendu au scénario d’un auteur aujourd’hui inévitable dans la science-fiction française. Cette alliance subtile ne peut donc que nous satisfaire en tous points, en attendant impatiemment le suite de cette déjà surprenante série.
Emilie Simone, Khimaira (janvier-mars 2008)
Publiée en septembre dans la nouvelle collection Flambant 9 des éditions L’Atalante, voilà une bande dessinée de science-fiction surprenante et séduisante, concoctée par un maître du genre, Serge Lehman. Après le très mystérieux et elliptique Thomas Lestrange qu’il avait réalisé en coopération avec Sarah Debove (dessin), il signe à nouveau un album de science-fiction réussi. Ce premier tome de La Saison de la Couloeuvre offre le début d’une aventure qu’on a envie de poursuivre. […]
L’illustration et la mise en couleur de ce premier tome de la série, on la doit à Jean-Marie Michaud (Le pays miroir, De profundis, La dernière fée du pays d’Arvor). Il démontre toute sa maîtrise de l’art. Ses dessins, d’une grande originalité, foisonnent de détails. L’aspect des personnages est très travaillé. Pour la couleur, le dessinateur a choisi d’alterner des planches bichromiques alliant le gris et le bleu (qui évoquent l’ambiance assez froide du monde galactique) avec des planches où jaillissent abruptement des couleurs explosives. Du coup comme on ne s’y attend pas (la couleur est quasiment absente de toute la première et la seconde partie de l’album, respectivement « Cent mille cent secondes » et « Sous la surface des choses »), c’est une vraie surprise et un plaisir pour les yeux. Le choix du titre n’est pas anodin : couleur et œuvre donnent « couloeuvre », un animal qui surgit dans la dernière partie de l’album, intitulée fort savamment « Euphorie physique localisée ». […]
Les Cahiers de la Gazette (janvier 2008)
Serge Lehman est un des auteurs français de science-fiction les plus remarqués ces dernières années, et ceux qui ne connaissent pas ses romans et nouvelles comprendront pourquoi à la lecture de son premier scénario de bande dessinée. Publié chez L’Atalante (éditeur lui aussi très actif sur le plan de la SF), La Saison de la Couloeuvre est un récit particulièrement dense, qui met en place dès ce premier tome un univers cohérent avec un gros potentiel. Classique mais non dénuée d’audace et de fantaisie, la mise en images est assurée par Jean-Marie Michaud.
Les éditions L’Atalante ont créé une collection de bandes dessinées baptisée « Flambant 9 », versée dans le fantastique et la science-fiction. L’histoire et le texte de Thomas Lestrange, un des trois premiers albums sortis dans cette nouvelle collection, sont signés d’un auteur de science-fiction reconnu du genre, Serge Lehman, connu sur la planète BD pour son travail de coscénariste et d’adaptation de la trilogie Nikopol d’Enki Bilal pour le film Immortel, ad vitam, tandis que le dessin est l’œuvre d’une jeune auteure dont on peut admirer là les capacités graphiques. C’est en effet d’abord le traitement pictural de cette bande dessinée qui frappe, qui fait penser au peintre Edvard Munch, et qui porte bien cette fable d’après la fin du monde. Un événement cosmique a détruit la presque totalité de l’humanité, et une grande chimère a pris la place de Dieu. Gare à qui n’aura pas respecté le couvre-feu et assisté au moment où la reine des chimères « tourne son œil » ! Bien que ce récit s’inscrive dans la pure tradition de la science-fiction, il joue avec les marges et aime à s’abîmer à la lisère du conte fantastique ou du poème chimérique. Une bande dessinée qui nourrit l’imaginaire tout autant que l’inquiétude, mais qui ne sombre pas dans le pessimisme.
La Revue des livres
pour enfants (février 2008)
Une bande dessinée énigmatique dont le dessin s’admire comme une œuvre d’art…
« Flambant 9 », la nouvelle collection de bande dessinée de L’Atalante n’a pas hésité à frapper fort pour son album d’ouverture. Rien de moins qu’un Thomas Lestrange pour vous découvrir une approche inhabituelle de la bande dessinée. Il faut dire qu’entre l’illustratrice, Sarah Debove, nouvelle venue dans le neuvième art mais dont le talent s’affirme à chaque page, et Serge Lehman, le scénariste dont la renommée dans les quartiers de la science-fiction n’est plus à faire, on ne pouvait guère espérer moins. Les dessins de la jeune Nantaise, qui tiennent une grande place dans l’album, sont comme des peintures expressionnistes qui vous explosent en pleine figure à chaque fois que vous tournez une page. Quant au scénario mi-science-fiction mi-fantastique imaginé par celui qui avait déjà scénarisé Le Livre des ombres, il est elliptique et mystérieux à souhait… De quoi faire respirer notre imaginaire. […]
Une bande dessinée à conserver dans sa bibliothèque comme une œuvre d’art.
Il y a des bandes dessinées qui n'ont clairement pas la publicité qu'elles méritent. Quel dommage ! [...]
L'atmosphère de Thomas Lestrange est d'une poésie incroyable, féérique, même en dépit de la noirceur du sujet : l'après fin du monde. Dans ce monde qui se reconstruit, tous les humains que l'on voit sont innocents : certains sont jeunes et n'ont ainsi jamais connu le monde précédent, comme Sophie, alors que d'autres sont vieux et nostalgiques, voire un peu peureux dans cette nouvelle vie qui est la leur. Les personnages sont tous remarquables, des automates aux humains[...] Et que dire des dessins, absolument magnifiques. ils sont faits à la gouache, et pour le lecteur, c'est un plaisir de découvrir des peintures précises ou souvent un peu floues, à cause de la présence des chimères. Les cases sont nombreuses, jusqu'à neuf... Quel changement par rapport aux dessins industriels !
La fin tient la compraraison avec l'histoire et ne fait pas retomber le soufflé. Bien au contraire. Elle est, comme la BD, somptueuse. Une estrange et superbe bande dessinée à lire à tout âge, mais qui sera plus appréciée par les grands.
Edouard Bréard, Murmures.info, 22 janvier 2009.
Visuellement, déjà, malgré la couverture qui est, il faut bien l'avouer, rose, et bien c'est toujours aussi bon. Mêmes détails, même colorisation froide, mêmes apparitions de couleurs, mais cette fois-ci plus diffuses, et mieux gérées je trouve. Avec 6 pages d'explications historiques sous la forme d'un vieux livre d'images en couleurs, ça change, et c'est plutôt sympa.
L'univers s'enrichit considérablement, et ce, même dans le passé. On découvre de nouveaux personnages, de nouvelles races extra-terrestres. On en apprend un peu plus sur le fonctionnement des toboggans, sur l'histoire de la religion, sur l'intersection 55. Bref, beaucoup de points laissés dans l'ombre ou trop confus au premier tome,trouvent une explication, une raison d'être. D'autres portes s'ouvrent pourtant, et on attend donc avec beaucoup d'interêt le tome suivant.
Et puis, si scénaristiquement ça reste assez simple (escorte, cérémonie religieuse, passages temporels, enquête...), La saison de la couloeuvre, c'est avant tout un univers d'une grande richesse, une idée originale et une ambiance planante, froide... Et à ce niveau, je trouve ce deuxième tome encore meilleur que le second.
C..., Librairie Critic, mai 2009
Les temps seraient-ils venus pour un renouveau de la science fiction en bande dessinée ? Difficile, en effet de trouver des titres intéressants hors des champs balisés du « space opera » ou du thriller technologique option cyberpunk. Il y a maintenant La saison de la Coulœuvre. Le titre a tous les atouts dans sa manche. Serge Lehman, au scénario, est un vieux routard de la littérature de fiction, un des maîtres français du genre. Et l’Atalante, l’éditeur nantais, est l’un des labels reconnus de tous sur la planète SF.
La saison de la Coulœuvre permet à Lehman d’approfondir un univers d’une grande richesse, quelques thèmes chers aux auteurs de science fiction, ainsi qu’un certain nombre de questions touchant à l’humain, à la foi, à l’altérité. Jean-Marie Michaud, pour sa part, semble désormais très à l’aise dans cet univers particulier, entre architectures grandioses, technologie et créatures diverses, jouant d’une bichromie bleutée très sage et de couleurs chaudes saturées pour traduire l’état d’esprit des personnages. Seul bémol : une couverture un peu terne. La saison de la Couloeuvre mérite un « fascinant » d’honneur sur l’échelle de Spock.
Philippe Belhache, Sud Ouest blog, avril 2009
Dans une sorte de Ligue des Gentlement Extraordinaires à la française, les deux auteurs signent une uchronie intelligente et subtile, au fil d'un récit dense construit comme un comics américain
Prévu en six volumes (dont les trois premiers sont annoncés pour cette fin d'année 2009), ce récit hors normes nous permet également de retrouver Gess, le dessinateur des huit premiers tomes de Carmen McCallum. (suite)
Une dose de La Ligue des Gentlemen extraordinaire , une dose de BPRD, une large rasade de feuilleton des années 20-30, un soupçon de surréalisme… Le tout servi sous forme de vrai-faux « comics » par deux pontes du fantastique à la française sur une base de politique fiction à fort relent d’Uchronie. Improbable ? Non, Chimérique. Lehman et Colin, qui aiment à tester les limites de la bande dessinée dans ce qui reste leur domaine de prédilection, le récit de science-fiction, se lancent à leur manière dans le récit de super-héros.
Les deux hommes ancrent leur univers dans l’imaginaire traumatique de l’Entre-deux-guerres. Le postulat ? Les armes interdites et les technologies naissantes - gaz, radium, rayons X – auraient engendré une génération de surhommes dont l’action était à même de changer le cours de l’Histoire. Les premiers super-héros européens…
Cinéma, littérature, comics, légendes, science, histoire… Serge Lehman et Fabrice Colin ont pioché dans toute la culture populaire pour créer une série foisonnante, complètement folle, qui multiplie les croisements inattendus et les apparitions jouissives. Superman, le diabolique Docteur Mabuse de Fritz Lang, André Breton, les travaux de Marie Curie, le légendaire Golem ou les personnages de Kafka se rencontrent dans une intrigue aussi farfelue qu'excitante, sur fond d'une Europe en crise à l'orée de la Seconde Guerre mondiale, partagée entre le fascisme et le communisme. Chaque volume contient deux épisodes qui, à chaque fois, révèlent un univers encore plus profond et débridé que prévu.
Visiblement, les deux scénaristes ont bien retenu la leçon d'Alan Moore, et gérer avec malice la surenchère de l'intrigue pour ne jamais lasser le lecteur, et conserver le rythme trépidant de ces aventures abracadabrantes. Graphiquement, le travail de Gess rappelle par instants celui de Mike Mignola, schématique et dynamique, d'autant que La Brigade chimérique sait, comme Hellboy, enchevêtrer les univers avec talent.
Une série atypique dans la bande dessinée française, très ambitieuse, dont on attend la suite avec impatience.
Mikaël Demets, evene.fr, août 2009
On connaissait déjà Serge Lehman et Fabrice Colin scénaristes de bandes dessinées. Leur association nous vaut aujourd’hui une œuvre ambitieuse et un tantinet iconoclaste : la Brigade chimérique se présente comme une tentative française (oui, oui) de comic super-héroïque. Un programme audacieux et pour le moins alléchant.
Très vite – dès le titre ? –, une référence vient immédiatement en tête : la fameuse Ligue des gentlemen extraordinaires
d’Alan Moore et Kevin O’Neill. Serge Lehman et Fabrice Colin ont en
effet trouvé leurs héros tout prêts dans la littérature et le cinéma de
l’entre-deux-guerres (et sa réalité…). Pas nécessairement dans la seule
culture populaire : de Zamiatine à Kafka en passant par Fritz Lang et Jacques Spitz, c’est tout un pan de la culture européenne (en science-fiction et en fantastique) qui sert ici de source d’inspiration.
Mais le ton se montre assurément plus grave (et moins ouvertement « fun ») que dans le comic
de Moore : les auteurs nous décrivent rien de moins que « la fin des
super-héros européens », dans une Europe en proie au totalitarisme
(« Nous autres » à Moscou, le Docteur Mabuse à Métropolis, Gog à Rome,
la Phalange en Espagne), et à la veille de basculer dans une nouvelle
guerre mondiale. Les autres pays sont également dominés par les
super-héros « nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle
des gaz et des armes à rayons X » ; mais ils ne sont pas forcément
beaucoup plus fréquentables… Les alliances se dessinent déjà,
définissant l’avenir de l’Europe… et de ses super-héros.
Les auteurs savent
incontestablement nous accrocher, à la manière des meilleurs
feuilletonistes, et concluent chaque épisode sur un cliffhanger de bon aloi. Un bon point pour eux.
On fait confiance aux auteurs pour nous régaler dans les
épisodes suivants, tant ils ont placé la barre haute dès ce premier
volume.
L’histoire est belle et bien intrigante – pour ne pas dire
encore un peu (trop ?) floue… – et les personnages hauts en couleur,
« surhumains » ou non. En outre, à l’instar de la fameuse bande
dessinée d’Alan Moore précitée, le plaisir du lecteur se double d’un
jeu de piste de références plus ou moins cryptiques, merveilleuse
occasion de faire des découvertes enrichissantes. Sur le plan du
scénario, rien à redire ou presque.
On attend la
suite avec impatience. Preuve que cette tentative de comic super-héroïque à la française est une belle réussite.
La France tient enfin sa Ligue des Gentlemen Extraordinaires !
Un parallèle simple, voire
simpliste sans
doute, mais qui n'en est pas moins vrai, quand bien même ne faudrait-il
pas
limiter à cela cette tentative de « comics » à la
française
audacieusement publiée par les éditions L'Atalante.
Serge Lehman et Fabrice
Colin
avaient envie depuis un certain temps de mettre à profit ce patrimoine
oublié
de nos – nombreux ! - héros
des débuts
du 20ème siècle et l'on comprend mieux après lecture pourquoi Fabrice
Colin s'était
exprimé à plusieurs reprises sur son blog en espérant que la série
trouve son
public.
Car elle le mérite assurément
et
quoi de plus logique que de nourrir de telles attentes : casting de
choix (…), Histoire, la
grande,
joliment et habilement revisitée – qui n'aurait pas envie de vivre à
cette
époque où s'entremêlent science et surréalisme avec un tel naturel ? -
scénario
évidemment feuilletonnesque qui sait ménager ses rebondissements et ses
mystères au fil des pages, après une mise en action néanmoins un peu
lente dans
le premier volume (c'est bien là la seule misérable réserve que l'on
pourrait
relever pour l'instant, car il faut bien trouver quelque chose à
redire,
n'est-ce pas !), mais qui réussit à installer une ambiance à part en
quelques
planches à peine, le tout baigné dans une atmosphère à la fois
uchronique et
féérique sachant séduire sans complexe.
La brigade chimérique emprunte un rythme de parution élevé avec l'arrivée de ce second volet, à peine un mois après la sortie du premier tome !
Avec cet épisode, nous avons la confirmation du potentiel entrevu précédemment. L'histoire concoctée de main de maître par le duo Serge Lehman – Fabrice Colin montre une construction parfaitement agencée. Le récit mélange toujours uchronie et fantastique de belle façon.
Les influences d’Alan Moore au niveau de l'écriture sont toujours aussi perceptibles, mais curieusement on pense aussi au récent Umbrella Academy de Gerard Way. Tant d'influences provenant des comics justifient peut-être le format identique aux parutions américaines.
Graphiquement, le créateur de Carmen McCallum fournit une performance une fois de plus exemplaire, le rendu très « mignolesque » de son trait apporte une ambiance hors du commun au titre et offre à La brigade chimérique une identité visuelle forte.
Cette série a les cartes en main pour faire date.
Le récit nous narre la manière dont des super héros européens (et oui ils ne sont pas qu’américains) se retrouvent dans une aventure étonnante, où leur sort va être remis en cause. Découpé en deux parties, ce tome offre un prologue extrêmement intéressant, ainsi qu’un premier chapitre bien pensé. On ne peut toutefois s‘empêcher de rapprocher cette histoire, des œuvres d’Alan Moore comme Watchmen ou La ligue des gentlemen extraordinaires. Il y a pire comme compliment…
Pour assurer la partie visuelle, la tâche est confiée à Gess, le dessinateur ayant inventée la jolie Carmen Mc Callum ! Dès les premiers phylactères, on comprend pourquoi celui-ci a laissé sa place sur la série, car le style dévoilé est très différent. Clairement influencées par Mike Mignola et ses encrages appuyés, certaines planches pourraient faire penser à Hellboy, mais avec un trait plus fin et un encrage moins présent. Au-delà des inspirations, prestigieuses cela va sans dire, La brigade chimérique laisse de grands espoirs pour la suite…
Vous aimez
l'évasion dans le feuilleton à l'ancienne, les péripéties débridées et
l'irréalisme enchanteur ? Ne cherchez pas plus loin, La Brigade
chimérique a largement de quoi combler vos attentes.
L'idée de départ est, comme il se doit, abracadabrantesque : de
l'horreur des tranchées de 14-18 seraient nés des hommes dotés de
super-pouvoirs. En parallèle, et malheureusement il ne s'agit là que de
la triste réalité, ce même cauchemar a donné à d'autres des fantasmes
de super-puissance. Serge Lehman et Fabrice Colin se sont amusés à
modifier quelque peu de trop célèbres entités dictatoriales. […]
Dans ce premier tome, le prologue nous présente de nombreux héros, et constitue donc un plaisir intense de chasse aux références : même si certaines sont citées explicitement par les auteurs, il appartient au lecteur de retrouver les autres, et il y parviendra plus ou moins bien en fonction de ses connaissances.
Quasiment aucun personnage n'est gratuit, tous renvoient à une œuvre qui sous-tend le propos de Lehman et Colin. Mais que le lecteur à la culture moins encyclopédique que celle des auteurs ne s'effraie pas : il savourera tout autant le contenu. Car le monde bâti par les auteurs est très intéressant, très touffu, et les prouesses des protagonistes proprement stupéfiantes. La richesse de l'univers créé permet de nombreuses possibilités quant aux interactions des super-héros entre eux, et avec l'Histoire. C'est du reste l'un des points sur lesquels les auteurs seront jugés in fine dans cette BD. [...]
Au final, ce premier tome de la Brigade chimérique se dévore d'une traite, et se relit aussi sec pour y trouver des allusions et références qui auraient échappé à la première lecture. Un postulat de départ original, un scénario découpé très précisément, et gorgé de références qui sont autant de jeux de pistes, bref un plaisir de lecture intégral, que l'on complètera volontiers en consultant le site web mis en place pour l'occasion.
Une fois passé le cap du premier album introductif nous entrons avec ce deuxième tome dans le creux de l'action, de l'intrigue, les choses s'organisent, on découvre des secrets et maintenant que le cadre est placé c'est plus simple pour bien s'immerger dans l'histoire.
Du coup le scénario apparait tout de suite plus passionnant, moins anecdotique, on est vraiment dans l'esprit comics avec du rythme, de l'action, des passages de dialogues etc.
La série se lance et on s'attache réellement aux personnages. Dans l'épisode 3, réellement plus axé sur la Brigade elle même, nous entrons dans les secrets de l'intrigue, c'est assez surprenant et très bien vu.
Très fortement conseillé.
L’idée de cette série est, de l’aveu de ses auteurs (Fabrice Colin et Serge Lehman), de faire une comics de super-héros à la française et, pour une fois, ce “à la française” ne résonne pas comme un baiser de la mort. Pour le moment, l’histoire tape sur à peu près toutes mes cordes sensibles: une période que je connais particulièrement bien, des héros que j’aime beaucoup (Harry Dickson et Thomas Carnacki sont de la partie) et un côté “Ligue des Gentlemen Extraordinaires”, moitié uchronie, moitié réécriture des thèmes pulp façon Planetary. Tout ce que j’aime.
Le style de Gess, le dessinateur, s’inspire de celui des comics de “l’Âge d’or”, ainsi que de la ligne claire, avec une bonne dose d’inspiration Mike Mignola (Hellboy). Ce n’est pas exactement le domaine des expérimentations, mais plutôt une relecture moderne des anciens codes de la bande dessinée – qui a peut-être le défaut de faire style-genre (ou, pour être plus clair, s’autoparodier), mais c’est le thème qui veut ça.
Ces deux premiers tomes ont de quoi ravir les fans de super-héros à la sauce pulp des années 30.
La Brigade
Chimérique est le projet de bd franco-belge le plus ambitieux et le
plus réussi depuis Les Aventures de Mégamonsieur (…). Par contre, il n'y a aucun lien entre ces deux ouvrages,
j'avais juste envie d'en parler, c'est tout.
Sorte de croisement entre La Ligue des Gentlemen Extraordinaires pour
le scénario et Hellboy pour le dessin, La Brigade... offre une histoire
fouillée et passionnante qui met en scène différents héros de la
littérature, du cinéma ou même des personnalités publiques, dans une
uchronie qui se passe entre les deux guerres : le Nyctalope, la
Passe-Muraille, le Golem, Marie Curie ou encore un ersatz de Superman
(ey il y en a d'autres!) se croisent dans une intrigue politique où les
super héros, qui existent depuis la découverte du radium par Marie
Curie, doivent se débattre entre leur vie personnelle et la montée du
nazisme (représenté par le Docteur Mabuse) ou du communisme (appelés
dans l'ouvrage "Nous Autres"). C'est plus complexe que ça, et quasiment
impossible à résumer (…), mais c'est une bd absolument
formidable.
C'est intelligent, c'est beau, c'est bourré de références culturelles
(et certaines sont très pointues - j'ai dû vérifier sur internet hein,
je ne fais pas mon malin en me la jouant "mwahahah j'ai tout trouvé")
et d'idées géniales, et le tout forme un univers très cohérent, très
riche. La bande dessinée adopte un format comics très agréable, et
chaque numéro se découpe en deux épisodes, d'où un petit côté serial
que j'apprécie beaucoup.
Le prochain numéro sort le mois prochain je crois, et j'ai hâte de lire la suite.
Question : pour quelles raisons n’y a-t-il plus de super-héros en Europe ?
La réponse se trouve dans cette saga en six volumes, hommage à un roman oublié et intitulé L’homme chimérique, écrit entre les deux guerres par un certain George Spad. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut replonger quelques années en arrière, au cœur de cette folie meurtrière qu’était la Première guerre mondiale. Dans l’horreur des tranchées, alors que se déchaînaient les gaz meurtriers, des soldats touchés par ces gaz se sont transformés. Ils sont devenus des espèces de mutants, des sortes de monstres qui ont commencé à répandre la terreur et que certains ont voulu faire disparaître à tout prix de la surface de la terre.
C’est cette réalité jusqu’alors ignorée des historiens qu’entreprend de raconter la Brigade chimérique. Imaginée par deux écrivains, dont le romancier de science-fiction Serge Lehman, dessinée par Gess, à qui l’on doit déjà Teddy Bear et Carmen Mac Callum, la Brigade chimérique convoque le ban et l’arrière-ban des grandes figures de la littérature et de l’imagerie populaires. On croise ainsi au détour des pages le docteur Mabuse, le Golem, Fantômas, Sherlock Holmes, Doc Savage et Cagliostro, mais aussi d’authentiques personnages historiques comme André Breton ou Marie Curie. Porté par une imagination sans répit, le récit est publié en six volumes en l’espace de quelques mois, entre l’automne 2009 et le début de l’année 2010. La Brigade chimérique entraîne le lecteur dans les replis insoupçonnés de l’esprit inventif de Lehman et Colin. De mystérieuses organisations apparaissent, comme les Maîtres de Moscou, tandis que les alliances se nouent au gré des intentions parfois machiavéliques des protagonistes de cette œuvre foisonnante. Dans la grande tradition du roman-feuilleton cher aux écrivains du XIXe et du début du XXe siècle, la Brigade chimérique renoue avec la vogue des sagas populaires peuplées de personnages improbables et rythmées par des rebondissements inattendus.
Que veulent les Chimériques ? Qui est le Nyctalope ? Que cherche La Phalange, cet ancien officier de l’armée espagnole métamorphosé en un monstre superscientifique ? Autant de questions qui trouveront – peut-être – réponse dans les pages de La Brigade chimérique…
Les deux premiers tomes de la série permettant aux auteurs de faire les présentations, mais également de commencer à mettre en évidence les relations entre les super-héros, les forces ou faiblesses des alliances qu'ils tissent entre eux.
Ainsi, dans Mécanoïde Curie, le lecteur découvre un ensemble de héros européens qu'il croit pouvoir classer en factions. Mais est-ce si
simple ? Car dans La Dernière mission du Passe-Muraille,
le Nyctalope, défenseur de Paris, n'apparaît pas nécessairement comme
le héros bienveillant qu'il semble être... C'est d'autant plus vrai
dans le tome 2 et les épisodes Cagliostro et La Chambre ardente. Mais le suspense court toujours à la fin des deux premiers volumes de La Brigade chimérique. Ce
qui n'est évidemment pas sans donner envie de lire le troisième tome, qui paraîtra d'ici la fin de l'année 2009.
L'histoire est mise en images par Gess, dont le style se présente comme
minimaliste. Les cases ne fourmillent pas de détails, mais restitue
parfaitement l'ambiance d'années 30-40 dans lesquelles se déroulerait
une aventure super-héroïque : personnages aux looks marqués, engins «
boulonnesques » issus d'une technologie inexplicablement avancée,
créatures de superscience, et
caetera.
Le découpage des cases est également tout ce qu'il y a de plus
classique. Mais ce n'est pas dérangeant, voire même mieux (on ne fait
pas une mise en page absolument novatrice quand on a choisi un dessin
qui n'est pas d'avant-garde). En fait, dessin autant que scénario
placent le lecteur dans un contexte suranné d'avant-guerre parfaitement
retranscrit. C'est bien vu, bien écrit, parfaitement réussi. Chaque
tome est du bel ouvrage de qualité.
Il n'y a pas de doute concernant La Brigade chimérique
: c'est une série qui débute de façon excellente, qui est riche de
références, mais qu'on n'a pas besoin d'avoir pour prendre plaisir à
lire la BD, et dotée d'un scénario visiblement en béton.
Vivement la suite !
Derrière
l'épopée fantastique de ces super héros, c'est toute l'histoire de
l'Europe qui se dessine en creux avec la montée des totalitarismes.
Chacun d'entre eux - Le Nyctalope (France), Mabuse (L'Allemagne), «
Nous autres » (l'URSS),Le Gog (Italie), Andrew Giberne (L'Angleterre) -
incarne l'une des forces en présence dans cette période ô combien
mouvementée de l'entre deux guerres...
Mêlant habilement monde réel et fantastique, personnages historiques ou de légende, La Brigade Chimérique est un drôle de zombi, fourmillant de références historiques ou culturelles pour certaines oubliées (…).
Il y a deux tendances lourdes dans la science-fiction de ces dernières années : l'uchronie, qui développe des passés et des présents alternatifs, et la réactivation des mythes (dieux, légendes, superhéros - cf. par exemple le métaréflexif Livre de toutes les heures d'Hal Duncan). Serge Lehman a bien capté ces tendances, et s'en fait l'écho dans La Brigade Chimérique, qu'il scénarise avec Fabrice Colin. Dans la lignée des Watchmen et d'American gods (Neil Gaiman), entre autres, il s'interroge sur le degré de réalité que contiennent les mythes, et sur l'influence qu'ils exerceraient s'ils étaient davantage qu'un produit de l'imagination - des êtres de chair.
Car les mondes fictifs sont des mondes possibles, et l'existence de récits qui les rapportent leur donne un certain coefficient de réalité. Même s'ils n'ont pas été actualisés, ils existent à la marge du monde réel, dans des branches temporelles parallèles. L'uchronie (« l'autre temps ») consiste à les parcourir. […] Quelque part à la lisière du monde que nous connaissons, il y en a un qui lui ressemble, et qui n'a rien à voir.
C'est ce type de fantaisie, improbable mais cohérente, irréelle mais réaliste, que parcourt La Brigade chimérique. Dans un Paris de 1939 au bord de la guerre, Frédéric et Marie Joliot-Curie dirigent l'Institut du Radium, qui accueille les victimes d'armes chimiques et radioactives de la Grande Guerre ; des mutants aux capacités inouïes, dont le monde ne sait que faire. Ces rejetons de la « superscience », qui bouleverse notre maîtrise de la matière et s'apprête à accoucher de la bombe A, posent la question du statut des surhommes : doivent-ils se mettre au service de l'humanité, et défendre un idéal de justice ? Ou se réunir et couper les ponts avec le stade inférieur de l'évolution, pour inaugurer une nouvelle ère historique ? La querelle entre le Professeur Xavier et Magnéto a quelque chose d'intemporel.
La Brigade chimérique est une excellente « BD-feuilleton », très marquée par les pulps et les histoires de super-vilains des années 30, qui bénéficie du remarquable travail d'illustration de Gess, influencé pour sa part par Mike Mignola.
On fera tout de même un petit reproche : l'ensemble est trop court, au vu de la richesse du récit.
Projet à moitié fou né des cerveaux féconds de Serge Lehman et Fabrice
Colin, ce comics à la française fait déjà beaucoup parler de lui.
Serait-il
possible, qu'en notre belle contrée, nous ayons enfin droit à une
oeuvre digne de l'héritage d'Alan Moore et de Jack Kirby ?
L'oeuvre est toujours aussi passionnante, foisonnante, brillante - de qualité à tous les niveaux : scénario, dessins et même finition, bel ouvrage cartonné au format idéal. Bref une fois de plus, La Brigade Chimérique transforme l'essai avec ce troisième tome et prouve qu'il y a donc bien une place pour des comics français sur le marché (je serai d'ailleurs curieux de voir quel accueil serait fait à cette BD aux USA, si elle devait un jour être traduite dans la langue de Stan Lee...).
[…]
On ne peut être qu'admiratif devant l'équilibre entre introspection,
développement des personnages et de l'univers et scènes d'action
(élément que l'on attend forcément dans un comic, fut-il
français !). À ce titre, le combat de la Brigade contre la Xénobie est
à la fois classique (il faut protéger la ville d'une entité inconnue)
et surprenant (une conclusion bien plus fine que prévue et surtout
mettant à profit la psychologie et les pouvoirs d'un des éléments de la
Brigade).
[…]
La dernière
case de ce tome 3 de La Brigade Chimérique est un
chef d'oeuvre de composition et de symbolisme, à vous en coller des
frissons partout - sans doute les mêmes que ceux que peuvent éprouver
des Américains devant une image magnifiée de leur Captain America.
On
espère la suite de l'oeuvre au plus tôt…
Ce troisième tome d’une des séries les plus enthousiasmantes de la rentrée boucle un premier cycle prometteur. En effet, les bases sont posées pour une confrontation entre les forces du Bien et celles du Mal des plus palpitantes. L’idée d’exhumer d’anciens héros de la fiction européenne aujourd’hui oubliés (Le Nyctalope notamment) re-crée une mythologie fascinante, qui n’a rien à envier à celle développée par la bande dessinée américaine. Et mélanger ces figures avec le monde réel de la science et de l’art de l’entre-deux guerres fonctionne à merveille, pour composer un univers solide et riche. Le trait façon Mignola de Gess donne à l’ensemble la patine fantastique adéquate. La Brigade chimérique était le comics à la française que tout le monde attendait. Il est là, ne passez pas à côté.
À l’Est, le Docteur Mabuse impose peu à peu son règne de terreur, sous couvert de progrès scientifiques. À Paris, un homme aux pouvoirs mystérieux enquête sur sa vraie nature, aidé en cela par les époux Joliot-Curie. Il va découvrir qu’il porte en lui la Brigade chimérique, légendaire protectrice de la France, qui va devoir reprendre du service.
Benjamin Roure
Nouvelle étape dans le projet fleuve initié par le duo d’auteurs SF formé de Serge Lehman et Fabrice Colin avec la complicité de Stéphane Gess - graphiste tout juste échappé de « Carmen McCallum » (Delcourt) - et de la coloriste Céline Bessonneau. Lehman et Colin ont convoqué le ban et l’arrière ban de la littérature fantastique européenne des années 20 pour livrer un récit extrêmement référencé mais jamais empesé, sous une forme empruntant tant au feuilleton classique - façon pulp - qu’aux comics américains. Les deux hommes ont découpé « La Brigade Chimérique » en six tomes regroupant chacun deux épisodes. « L’homme cassé » et « Bon anniversaire, docteur Severac ! » livrent chacun leur quota d’informations sur Séverac et la Brigade, mais aussi sur George Spad, jeune femme énigmatique hantée par des voix mystérieuses. Gess se glisse dans l’imaginaire de l’époque, flirte avec l’art de Mike « BPRD » Mignola, use de la grammaire graphique des super-héros tout autant que de l’art contemporain. Et parvient ainsi à unifier un récit qui emprunte à des univers littéraires hétéroclites. Enthousiasmant.
Chronique de Philippe Belhache
Scénariste de nombreux romans de science fiction, Serge Lehman s’est penché sur le monde du 9e art depuis 2007, avec l’apparition de séries comme La saison de la coulœuvre ou encore Thomas Lestrange, parus chez l’éditeur nantais L’Atalante. Voici son nouveau projet, aux côtés de Fabrice Collin, déjà connu pour sa prestation sur Tir Nan Og, notamment. La brigade chimérique est d’ores et déjà prévue en 6 tomes, avec un rythme de parution très rapproché : les trois premiers volets sortiront sur 3 mois, de quoi permettre au lecteur de mieux se fondre dans cet univers. Le récit nous narre la manière dont des super héros européens (et oui ils ne sont pas qu’américains) se retrouvent dans une aventure étonnante, où leur sort va être remis en cause. Découpé en deux parties, ce tome offre un prologue extrêmement intéressant, ainsi qu’un premier chapitre bien pensé. On ne peut toutefois s‘empêcher de rapprocher cette histoire, des œuvres d’Alan Moore comme Watchmen ou La ligue des gentlemen extraordinaires. Il y a pire comme compliment… Pour assurer la partie visuelle, la tâche est confiée à Gess, le dessinateur ayant inventée la jolie Carmen Mc Callum ! Dès les premiers phylactères, on comprend pourquoi celui-ci a laissé sa place sur la série, car le style dévoilé est très différent. Clairement influencées par Mike Mignola et ses encrages appuyés, certaines planches pourraient faire penser à Hellboy, mais avec un trait plus fin et un encrage moins présent. Au-delà des inspirations, prestigieuses cela va sans dire, La brigade chimérique laisse de grands espoirs et confirme amplement dans les deux albums qui suivent. Plus que trois volumes pour découvrir la fin de cette étonnante aventure !
Mickaël
Une double page dans L'Indic pour La Brigade Chimérique, rencontre avec les créateurs de cette bande-dessinée...
[…]
Reste que pour l’instant cette série s’offre comme la plus
crédible des tentatives et surtout la plus réussie en la matière. Serge
Lehman s’est entouré de personnes sachant accompagner ce projet, se
plier au genre et à ses codes. Les reproches adressés à Gess comme quoi
il ferait du Mignola restent eux aussi caricaturaux. Ici la manière de
Gess est surtout au diapason du projet de Lehman qui se ramifie jusque
dans sa production et aurait pu aller jusqu’à sa publication en kiosque sous forme de
fascicules si cela n’avait pas été impossible financièrement.
Si La Brigade Chimérique apparaîtra peut-être comme la première bande dessinée francophone de super-héros réussie, je note pour ma part qu’elle apparaît en tant qu’uchronie dans un genre
aujourd’hui difficilement perçu autrement que comme une mythologie.
Dans les années 60 et jusqu’au milieu des années 80, Spiderman ou Daredevil
pouvaient être des héros contemporains, en phase avec leur époque et
son actualité, que l’on pouvait s’attendre à voir au coin d’un
building. Aujourd’hui, ils sont avant tout des mythes dont on peut
donner une version ou travailler d’après un postulat. Le super-héroïsme
semble de nos jours du domaine du « what if » généralisé, un
domaine merveilleux dont on s’amuse à biaiser, nuancer les codes par
exemples, au gré de trouvailles scénaristiques voire graphiques.
La Brigade Chimérique ne sera donc jamais une revanche ou
un rattrapage de la bande dessinée et de la science fiction francophone
dans le domaine du super-héroïsme, mais bien plutôt — et c’est là sa
pertinence — une interrogation féconde sur leur histoire entrelacée.
« Thomas Lestrange, traité en one shot, s'attarde sur l'avenir sombre d'une humanité réduite à rien par des « chimères » qui ont envahi la terre. Son dernier bastion, une ville gérée par des automates, est défendu par Thomas Lestrange, personnage étrange aux talents particuliers, le seul à supporter ce contact étranger et à pouvoir enrayer l’invasion… De ce récit onirique, légende à valeur de parabole, dont les composantes prennent une valeur symbolique, Sarah Debove a fait un objet surprenant ». Un univers angoissant où ça et là, omniprésent, des automates aux tetes de moribonds qui aident les hommes à reconstruire leur monde agonisant. Des humains dociles, appeurés... seul Thomas Lestrange ose faire front à la Reine des Chimères et à ses sordides servantes. Un univers graphiques particulier aux teintes hétéroclites (tantôt froides, tantôt chaudes), le tout fait au pinceau. Une atmosphère angoissante et doucereuse à la fois. Dans ce monde futuriste, on y palpe la peur des habitants qui peuplent l'ouvrage, ainsi que leurs espoirs en la venue d'un monde meilleur. Quant à la personnalité de l'héroïne, elle est déconcertante : un mélange de rationalité et de candeur. On alterne des périodes de dialogues et des périodes de pensées intimes... et des périodes où l'on regarde les choses de manière extérieure aux personnages et des temps où les événements entrent en résonance avec le personnage. Beaucoup de fluidité dans ces oscillations. Une réflexion sur le sens de nos valeurs, de nos mythes, de nos doutes... qui aborde les questions de l'amour, de la peur, de la folie. La manière dont les auteurs traitent la folie est assez intéressante d'ailleurs. Beaucoup d'absurde dans cette oeuvre, mais pas dans un sens péjoratif. Il faut accepter de se décaler de nos concepts habituels pour aborder les choses plus posément,... pour accepter le contenu de cet ouvrage tant sur la forme que sur le fond. Science fiction ? Fantastique ? Conte ? Je ne sais pas trop comment classifier cet ouvrage. Il me semble que cet album trouvera écho de manière différente en chacun de nous, un compréhension propre à chacun qui tiendra compte de nos convictions personnelles. Je suis partagée entre une adhésion totale à l'oeuvre et son rejet le plus puérile.
bd.blogs.sudouest.com, Janvier 2010
Dotée de dizaines de références à la littérature fantastique, ou à l'histoire en général, La brigade chimérique est une bande dessinée française qui doit compter six tomes. Le troisième vient juste de sortir et nous vous le recommandons chaudement rien que pour sa thématique et son ambiance.
À mi-chemin entre La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et Hellboy ces trois tomes possèdent cette petite touche tricolore qui fait la différence.
Quant au style graphique très particulier il n'est pas sans rappeler celui de Mignola tout en donnant un cachet singulier aux images.
Bref une bien belle réussite qui mériterait toutefois un petit peu plus d'action.
Il n'empèche que la thématique et l'ambiance pourraient coller à merveille à un jeu vidéo.
L'heure des super-héros européens est arrivée grâce à la Brigade Chimérique emmenée par le romancier Serge Lehman, le récit découpé comme un comic propose de découvrir la vie et l'œuvre de ces surhommes dans l'entreguerre avant leur disparition des mémoires.
Le docteur Mabuse, Nyctalope ou Marie Curie s'en donnent ainsi à cœur joie sur le Vieux Continent déchiré.
Mise en scène par un Gess au trait "Mignolesque", l'aventure est une immanquable du moment.
91% - La brigade des gentlemen extraordinaires.
Le baron Ceverac semble en proie au doute, sur ses seniments et sur son entourage, depuis le retour de la brigade chimérique. Pourtant Paris est plus que jamais le théâtre d'apparition de créatures en tous genre et la brigade aura fort à faire, tandis qu'un mal bien plus grand et dangereux gronde en Europe. Paris ne sera pas épargné.
Troisième tome pour la Brigade Chimérique, toujours concocté par les excellents Leiman et Colin , qui continuent de nous balader dans un Paris où pullulent des créatures de plus en plus bizarres et où le mystère semble habiter chaque recoin de la ville. Ce tome s'attarde d'avantage sur le baron Ceverac qui voit sa vie se transformer petit à petit depuis le retour de la brigade, il semble tiraillé, il veut comprendre ce qu'il lui arrive et à qui il peut se fier. Vaste entreprise en ces temps troubles où le fascisme et la méfiance commencent à s'emparer de l'Europe. Poutant avec l'aide des Joliot-Curie, il va meiux comprendre son état et enfin l'accepter. les auteurs continuent d'entretenir le mystère sur le rôle que va jouer le nyctalope et sur les évenements qui vont amener à la disparition de tous ces héros. Guess livre comme toujours un excellent travail au dessin même si les décors ne sont pas trop sa tasse de thé. En conclusion, c'est une bande déssinée habitée par une ambiance unique et dotée d'une réalisation sans faille.
L'Avis des Bulles, Janvier 2010, n° 124.
L'heure des super-héros européens est arrivée grâce à la Brigade chimérique ! Emmené par le romancier Serge Lehman, le récit découpé comme un comics propose de découvrir la vie et l'oeuvre de ces surhommes dans l'entre-deux-guerres avant leur disparition des mémoires. Le docteur Mabuse, Nyctalope, ou Marie Curie s'en donnent ainsi à coeur joie sur le vieu continent déchiré. Mise en scène par un Gess au trait "mignolesque", l'aventure est une immanquable du moment S.F.
Geek n° 4, Novembre-Décembre 2009.
Je vous propose aujourd'hui une petite sélection de comics et BD qui m'ont plu et que je souhaite faire connaître (même si certaines sont déjà des succès d'édition!).
(...)
- LA BRIGADE CHIMERIQUE T.1 à 4 (série en cours), de Lehman, Colin, Gess et Bessonneau, Editions de l'Atalante, 2009. Un comic français de haut vol, rivalisant avec les anglo-saxons tant sur le contenu que la forme mais basant son histoire juste avant la seconde guerre mondiale. Les super-héros et les super-vilains européens sont en pleine ébullition dans cette période d'avant guerre où pouvoirs mystiques et super-sciences rythme la vie des grandes capitales européennes. Notamment à Paris où les Joliot-Curie et le Nyctalope assurent la défense de la ville des Lumières. Unique !
(...)
Gaétan, 28 mars 2010, moijimagine.blogspot.com
Les trois premiers tomes de La Brigade Chimérique mettaient en place l’univers uchronique imaginé par Serge Lehman et Fabrice Colin. Les armes employées et les expérimentations menées pendant la Première Guerre Mondiale ont donné naissance à des mutants, devenus des monstres ou des super héros destinés à influer sur l’avenir du monde.
(...)
Avec ce quatrième tome de la série, le récit revient enfin et à proprement parler au thème qu’introduisait le premier opus : la menace de guerre qui pèse sur l’Europe en cette année 1939. Le Docteur Mabuse, allié à Gog, l’homme le plus riche du monde, et à La Phalange, qui met l’Espagne à feu et à sang, menace avec son armée de Crânes le corridor de Dantzig. C’est l’annexion par l’Allemagne, on le sait, de ce bras de terre donnant à la Pologne un accès à la mer, qui déclencha la Seconde Guerre Mondiale. Le lecteur est donc parfaitement conscient de ce qui se prépare dans l’univers parallèle de La Brigade Chimérique.
Le feuilleton uchronique mitonné par Serge Lehmann et Fabrice Colin, deux des grandes signatures de la SF made in France, se poursuit avec bonheur aux éditions L’Atalante avec deux nouveaux épisodes, « Politique internationale » et « H-A-V-russe », réunis en recueil.
Les deux hommes approfondissent ce cross-over réunissant l’ensemble des figures de la littérature fantastique des années 20. Ils mettent en avant un Nyctalope obsédé par sa propre gloire leurré par « Nous autres », avatar du système communiste, pendant que Mabuse développe l’armée des Crânes symbolisant le régime nazi. Séverac, de son côté, mesure l’impact de l’activité de la Brigade Chimérique sur sa santé physique et mentale.
Le travail de Gess (image et conception graphique) et Céline Buissonneau (couleurs) offre puissance et crédibilité à ce récit d’aventure qui détourne avec bonheur les codes du récit de super-héros. Que du bonheur.
Philippe Belhache
C’est déjà au sein de cette collection au nom éloquent, «Flambant 9», que le romancier Serge Lehman (Le livre des ombres, Chasseurs de chimères) faisait il n’y a pas si longtemps ses premiers pas sur le marché de la bande dessinée avec une histoire de science-fiction assez brillante, intitulée La saison de la couloeuvre. C’est à nouveau au sein de la maison d’édition L’Atalante, mais accompagné de Fabrice Collin (« Tir Nan Og ») en tant que co-scénariste, que l’auteur récidive, proposant cette fois un récit de super-héros se déroulant en Europe. Et c’est une nouvelle fois remarquable !
Le récit débute en 1938 au sein d’une Europe qui s’apprête à écrire une page importante de son histoire. Si tout commence par une réunion de super-héros européens, les auteurs promettent de nous livrer l’histoire de leur fin au fil des pages. Le contexte politique est très réaliste et cette rencontre au sommet permet de faire connaissance avec les nombreux protagonistes, ainsi qu’avec les idéologies qu’ils incarnent. L’ensemble est d’une richesse incroyable et les références sont multiples. On découvre ainsi une kyrielle de personnages tels que le Dr Mabuse, Andrew Gibberne alias l’Accélérateur, Leo Saint-Clair alias Le Nyctalope, Doc Savage, Superman (Steele), le Passe-murailles, Harry Dickson, Irène Joliot-Curie, fille de la célèbre Marie Curie, etc …
L’album est divisé en deux parties, la première étant une sorte de prologue qui permet de faire connaissance avec les différents personnages et de découvrir l’univers imaginé par les auteurs. Vient ensuite le premier épisode de cette série qui comportera six tomes au final et qui est marquée par un rythme de parution qui a de quoi séduire : 3 tomes parus depuis le mois d’octobre et les 3 suivants prévus pour début 2010.
Au niveau du graphisme, on retrouve Gess, le dessinateur de « Carmen Mc Callum », dans un style très réussi, qui n’est pas sans rappeler celui du célèbre Mike »Hellboy » Mignola. Ajoutez à cela une qualité d’édition remarquable et vous obtenez une série qui a tout pour séduire !
On peut déplorer la quantité de trop petites cases par page, c’est un peu fatiguant, même si les dessins sont globalement à la hauteur. Cette réserve faite, on se plongera avec délice dans ce qui reste l’un des très beaux hommages à la littérature populaire française du début du vingtième siècle, mené par des connaisseurs et, sans doute, de vrais fans (Lehman et Colin). Certains regretteront aussi le grand nombre de personnages qui oblige les auteurs à en négliger certains au profit d’autres. Cela paraît obligatoire avec un concept qui fait la part belle à la citation et à l’hommage constant. On l’accepte ou pas. Et puis, les vrais héros de la série sont ceux qui ont été créés par les scénaristes, à savoir l’incroyable Brigade Chimérique elle-même !
Pour en revenir aux méchants de l’histoire, il aurait été difficile d’en choisir de pires. Les nazis ont été pleinement intégrés dans la culture populaire depuis belle lurette. Le fanzine Nagual avait d’ailleurs consacré un intéressant dossier à ce sujet. Superman et Capitaine America les ont affrontés pendant la guerre, des super espions capitalistes ont fait de même à partir des années cinquante en luttant contre leurs héritiers (quand ils n’exterminaient pas, avec la même conviction, d’affreux communistes) ! Plus récemment, Indiana Jones, lui-même hommage aux pulps et aux sérials, les a largement combattus pour le plus grand plaisir des nouvelles générations. Citons aussi les romans d’horreur, La Lance de James Herbert ou L’Heure du loup de Robert McCammon, peut-être influencés à leur tour par les aventures du héros au fouet. Parmi des éléments à même de séduire la littérature et le cinéma d’évasion : leur goût pour l’occulte, étudié dans Le Matin des Magiciens puis Planète, et leur sens du décorum : croix gammées, runes, têtes de morts et vêtements noirs des SS, cérémonies grandioses…
De très bons méchants potentiels on le voit, qui valent bien l’Empire de George Lucas !
Comme disait Hitchcock, « meilleur est le méchant, meilleur est le film ». Un adage aussi valable pour une B.D comme La Brigade Chimérique, même si ce tome IV ne les exploite pas encore assez.
Patryck Ficini
Les éditions l'Atalante ont publié en août 2009 le premier tome d'un comics nouveau souffle, La Brigade chimérique. Sous la plume du dessinateur Gess et grâce aux textes de Serge Lehman et Fabrice Colin, aidés par la coloriste Céline Bessonneau, le monde des super-héros est revisité par le biais de l'Histoire. Depuis sa sortie, la bande dessinée connaît un succès grandissant auprès d'un public de plus en plus fan. Démonstration en a été faite aux dernières Utopiales, où les auteurs sont restés pendant des heures dédicacer le troisième opus à une horde de lecteurs. C'est dire si le quatrième épisode était attendu ! On y retrouve Sévérac et George Spad dont la relation se précise, le Nyctalope à Moscou et l'identité de l'allié de Mabuse... Si tout ceci vous semble du chinois, lisez-vite la Brigade !
Ouest France, 7 avril 2010
Prolongement rêvé aux productions populaires de l'entre-deux-guerres, La Brigade chimérique dessine un monde où tout se tient.
Difficile de présenter cette série, aujourd'hui à son quatrième tome: et même au départ, on n'y comprend pas grand chose. On se figurait grosso modo que l'idée était fort originale (des justiciers bien de chez nous à la veille de la Seconde Guerre Mondiale), mais que sa réalisation était malaisée. Notamment, l'excès de petites cases et de grandes figures (de littérature populaire en histoire littéraire: André Breton sous une affiche du Nyctalope) pouvait signaler la bande dessinée un poil trop cultivée pour être honnête. On se trompait: le charme met un peu de temps à agir, mais il est profond.
Il tient d'abord aux racines de La Brigade... qui s'enfoncent assez loin. Le romancier Serge Lehman, ici scénariste (avec Fabrice Colin, est parti d'un étonnement: pourquoi l'Europe occidentale n'a-t-elle pas produit de super-héros? "Quelque chose "manque" dans notre imaginaire, sans qu'on puisse dire quoi exactement": ce quelque chose fut pourtant tout près d'exister, en témoignent les aventuriers des feuilletonistes qu'un coup de pouce aurait pu hisser jusqu'aux exploits de leurs confrères américains. En témoignent encore quelques romans oubliés, tel, en 1919, L'homme chimérique de George Spad(?): dans les tranchées, le lieutenant de Séverac, pris entre les gaz allemands et les rayons X de son unité de radiologie, se trouve "remplacé" par quatre personnages, les Chimériques.En 1934, l'éditeur annonce une suite: "Dans l'Europe en état de guerre civile larvaire, une nouvelle génération de surhommes travaille au contrôle de la foule (...) c'est au centre que se dresse le plus grand ennemi de la liberté, le maître du crime légal et de l'hypnosede masse. MABUSE! Ce nom seul fait trembler et gémir sur tous le continent... Sauf à Paris. Dans les salles secrètes de l'Institut du Radium, la riposte se prépare. Réservez dès maintenant auprès de votre libraire La Brigade Chimérique contre Mabuse."
La suite ne paraîtra pas, ou du moins ne paraît qu'aujourd'hui. Ses concepteurs sont fidèles à la bande-annonce de 34, dans la distribution des rôles, dans le trait souvent expressionniste (Mabuse oblige), et dans l'esprit finalement si profond: l'Histoire se projette ici sur les intrigues ou mieux encore, les fictions sont rendues à leur très grande et très mystérieuse force. En ce sens, on reste soufflé par l'ampleur remarquable, du point de vue du texte comme de l'inventivité graphique (Gess), des dernières pages de ce volume: les gargouilles deviennent officiers allemands et Gregor Samsa dévoile les étapes de la solution finale - que vient-il faire dans cette galère? Le site consacré à notre bande-dessinée rappelle que Kafka, pour présenter le héros de La Métamorphose, use du terme même qu'emploiera Hitler pour désigner les Juifs - ungeziefer, vermine."Cette institution d'une énigme latente, déposée dans la littérature et le cinéma européen des années 20-30, d'une jonction entre les mots, les images, les symboles aussi dévastratrice que le dévoiement nazi du thème du surhomme, est l'émotion qui a donné forme à La Brigade Chimérique."
Gilles Magniont - Le matricule des anges, avril 2010
La Brigade Chimérique: la revanche du feuilleton français
Alors que Marie Curie a confié le sort de Paris au Nyctalope, le tristement célèbre docteur Mabuse fomente un plan machiavélique pour conquérir l’Europe. Les Joliot-Curie, associés au héros de la Première Guerre mondiale, parviendront-ils à contrer ce sinistre complot ?
En relisant des feuilletons de l’entre-deux-guerres, l’écrivain de science-fiction Serge Lehman s’était surpris à constater à quel point la littérature française regorgeait de personnages hauts en couleur, largement dignes de son pendant anglo-saxon. Et de se dire qu’il suffirait d’un bon coup de pinceau et d’un scénariste un peu malin pour en faire une sacrée bonne série. L’idée de base de La Brigade chimérique était née. Las, un certain Alan Moore venait d’avoir peu ou prou la même avec sa Ligue des gentlemen extraordinaires, et affronter le magicien de Northampton en duel de scénaristes relevant quasi systématiquement du suicide allégorique, le projet fut mis en sommeil. Puis, réalisant que Moore interrompait son univers en 1914, Lehman replongea dans ses notes et commença à échafauder un scénario. La thématique ? La fin des super-héros européens.
Il ne serait pas impossible, ni même absurde de comparer les deux œuvres, mais l’expérience serait longue et d’un intérêt limité. On se contentera de dire que La Brigade chimérique sort du duel sans avoir à rougir, ce qui est déjà beaucoup. Exhumés d’ouvrages très différents, les personnages comme François Dutilleul (le passe-muraille de Marcel Aymé) ou Gregor Samsa (« héros » et avatar de l’auteur dans La Métamorphose de Kafka) acquièrent une nette épaisseur. Mention spéciale à Léo Saint-Clair, le Nyctalope, issu d’une série de feuilletons signés Jean de La Hire et réincarné ici en chef de la protection de Paris désigné par Marie Curie. Ce sinistre personnage, pétri d’ambition et à l’ego aux proportions étonnantes, est prêt à bien des bassesses mais parvient pourtant à se rendre assez émouvant dans sa folie des grandeurs.
LE JEU DE RÔLE DE LA BRIGADE CHIMÉRIQUE SERA ÉDITÉE CHEZ SANS-DÉTOUR
La rumeur que vous révélions il y a peu se concrétise : le jeu de rôles de la Brigade Chimérique verra donc bel et bien le jour. Et ce sera chez Sans-Détour fin 2010.
La Brigade Chimérique est une série de bandes dessinées française fortement influencée par l’esprit des comics US. 4 volumes sont déjà parus chez l’Atalante. Son traitement original du thème des super-héros et sa période historique (l’entre-deux-guerres), encore peu explorée, semblaient faits pour aboutir à une adaptation de son univers radiumpunk en jeu de rôles. Nous vous faisions part de ce projet dans cet article que nous vous invitons à redécouvrir pour en apprendre plus sur la BD.
Ce projet d’adaptation rôlistique devient donc réalité et sera édité chez Sans-Détour dans un format encore inconnu. La date de publication devrait nous conduire vers la fin de l’année en cours.
Fan de la première heure de la série, Romain d’Huissier (Qin, Capharnaüm, Devâstra…) mène ce projet avec enthousiasme. Ses super-pouvoirs lui ont permis d’attirer auprès de lui quelques plus purs héros de la nation rôliste : Willy Favre (Brain Soda, Humanydyne, Kuro, Sable Rouge…), Julien Heylbroeck (Warsaw, Humanydyne…), Laurent Devernay (Kuro, Brain Soda...), et Stéphane Treille (Qin, Kuro...). En plus de cette dream team ayant à son actif une partie non-négligeable de la production ludique francophone de ces dernières années, le projet d’adaptation est mené avec le soutien et la collaboration de toute l’équipe à l’origine de la BD.
En plus de permettre, évidemment, de jouer des aventures dans l’univers de la BD, le jeu aura aussi l’ambition de servir d’encyclopédie officielle de cet univers et présentera ainsi de nombreuses informations inédites, le tout illustré dans le respect du graphisme de l’oeuvre.
En attendant d’avoir en mains de plus amples informations, nous vous laissons en compagnie de l’argumentaire laissé par les auteurs : Incarnant des surhommes dotés de capacités prodigieuses, les personnages seront mêlés de près ou de loin aux bouleversements qui agitent alors les cités européennes durant les années 30 : crise économique, montée des extrémismes, guerre imminente… Mais ils pourront également vivre des aventures plus feuilletonnantes : partant à l’aventure aussi bien dans des contrées encore inexplorées en compagnie d’Hareton Ironcastle que voyageant sur Mars pour y contrer les desseins des tripodes décrits par H.G. Wells – à moins qu’ils n’essaient d’empêcher le terrible Sun Koh de découvrir la Nouvelle Thulé…
Narbeuh - Ikosa.net
La Brigade Chimérique: l'adaptation en jeu de rôle
Et voilà, après de longs mois de travail, c'est enfin fait ! Ce jeu de rôle sera édité par Sans Détour à la fin de l'année 2010. L'annonce officielle est sur leur site et les abonnés à leur newsletter ont déjà du recevoir l'information sous forme d'un beau PDF donnant quelques détails.
Cette adaptation a été rendue possible grâce à plusieurs personnes :
- Tout d'abord les auteurs de la BD eux-même (alias le Club de l'Hypermonde) : Fabrice Colin que j'ai contacté en premier et qui s'est démené pour que ça se fasse, Serge Lehman qui nous a livré les secrets de son esprit foisonnant et nous laisse nous amuser avec ses jouets, Gess qui est enthousiaste depuis le début et dont le talent ne cesse de nous émerveiller, et Céline Bessoneau bien sûr.
- L'Atalante en la personne de Annette, qui a pris le temps de m'écouter et m'a pris au sérieux dès le départ, ce qui n'était pas gagné.
- Sans Détour bien sûr ! Un éditeur d'un professionnalisme épatant, qui a immédiatement cru au potentiel du projet et nous permet de travailler dans les meilleures conditions possibles. (c'est bien la première fois de ma carrière d'auteur que je signe mon contrat avant que le jeu ne soit paru...)
- Et enfin l'équipe de choc qui a accepté de monter dans le stratogyre avec moi (moi c'est Romain "Rom1" d'Huissier pour ceux qui ont pas suivi dans le fond) : Willy "BrainSalad" Favre, Julien "Wyatt Scurlock" Heylbroeck, Laurent "Bob Darko" Devernay (qui a de plus joué le rôle d'entremetteuse avec talent) et Stéphane "Stephlong" Treille.
Voilà, nous en sommes au début de l'aventure mais nul doute que vous entendrez à nouveau parler de cette adaptation en JdR de la Brigade chimérique ! En attendant, la Confrérie du Radium travaille dur.
Rom1 - Rom51.blogspot.com
La Brigade Chimérique: l'adaptation en jeu de rôle
Et voilà, après de longs mois de travail, c'est enfin fait ! Ce jeu de rôle sera édité par Sans Détour à la fin de l'année 2010. L'annonce officielle est sur leur site et les abonnés à leur newsletter ont déjà du recevoir l'information sous forme d'un beau PDF donnant quelques détails.
Cette adaptation a été rendue possible grâce à plusieurs personnes :
- Tout d'abord les auteurs de la BD eux-même (alias le Club de l'Hypermonde) : Fabrice Colin que j'ai contacté en premier et qui s'est démené pour que ça se fasse, Serge Lehman qui nous a livré les secrets de son esprit foisonnant et nous laisse nous amuser avec ses jouets, Gess qui est enthousiaste depuis le début et dont le talent ne cesse de nous émerveiller, et Céline Bessoneau bien sûr.
- L'Atalante en la personne de Annette, qui a pris le temps de m'écouter et m'a pris au sérieux dès le départ, ce qui n'était pas gagné.
- Sans Détour bien sûr ! Un éditeur d'un professionnalisme épatant, qui a immédiatement cru au potentiel du projet et nous permet de travailler dans les meilleures conditions possibles. (c'est bien la première fois de ma carrière d'auteur que je signe mon contrat avant que le jeu ne soit paru...)
- Et enfin l'équipe de choc qui a accepté de monter dans le stratogyre avec moi (moi c'est Romain "Rom1" d'Huissier pour ceux qui ont pas suivi dans le fond) : Willy "BrainSalad" Favre, Julien "Wyatt Scurlock" Heylbroeck, Laurent "Bob Darko" Devernay (qui a de plus joué le rôle d'entremetteuse avec talent) et Stéphane "Stephlong" Treille.
Voilà, nous en sommes au début de l'aventure mais nul doute que vous entendrez à nouveau parler de cette adaptation en JdR de la Brigade chimérique ! En attendant, la Confrérie du Radium travaille dur.
Rom1 - Rom51.blogspot.com
Le Nyctalope a quitté Paris, parti pour Moscou en secret, où il espère conclure une alliance avec "Nous autres". Profitant de son absence La Brigade chimérique lance un raid sur le C.I.D pour libérer Grégoire Samsa, détenu dans ses geôles depuis neuf mois, et qui semble être en possession d'informations capitales pour l'avenir...
Cette fois-ci le voile se lève sur Nous autres et sur la ville de Metropolis où Mabuse semble avoir réussi à créer l'impossible. Le Nyctalope aveuglé par sa propre personne finit par réaliser trop tard que Nous autres ne s'alliera jamais avec lui et qu'il a perdu un temps précieux, temps que d'autres ont mis à profit pour former des alliances. Après la trahison de ses soi-disant amis de Russie, Curie décide de réagir et envoie la brigade chimérique à Metropolis pour enrayer le plan de Mabuse.
Nous voilà donc rentrés dans le vif du sujet; les scénaristes, qui n'avaient jeté jusqu'à présent que quelques pistes, nous entraînent désormais vers le cœur de l'histoire, une histoire dont les répercussions seront mondiales et qui va évidemment se solder par une issue plutôt fatale pour nos héros oubliés de l'histoire. Comment ? Et bien c'est ce qui nous reste à découvrir dans le sixième et dernier tome. Les allusions à la littérature populaire restent nombreuses, La Brigade chimérique faisant partie de ces bandes dessinées qui peuvent se lire et s'apprécier à divers niveaux, même si l'on ne connaît pas toutes les références.
GESS reste très constant au dessin, il parvient à créer de superbes compositions pour ces planches, particulièrement dans le cinquième tome, c'est un vrai plaisir de retrouver son trait même s'il gagnerait à être plus précis parfois sur certaines cases. Force est de constater que cette série, même presque parvenue à son terme, continue d'être totalement captivante, que ce soit au niveau de l'écriture que de la conception graphique.
Brice BARBENCEY
[...] Mais le projet le plus enthousiasmant vient de L'Atalante, éditeur nantais qui a carrément pris la question à bras-le-corps: que sont devenus les super-héros européens? Lehman, Colin et Gess répondent avec La Brigade chimérique, série de 6 albums (4 parus) rendant la vie à d'authentiques super-héros de la littérature populaire du début du XXè siècle aujourd'hui oublié : le passe-muraille, le nyctalope, l'accélérateur, etc. Un travail traité au format comic, avec un grand soin graphique et un récit qui pose une question: et si la disparition des super-héros était liée à un complexe de vaincu?
Thibaut Dary - Le Figaro Magazine - 22 avril 2010
Séverac est dans le laboratoire d’Irène Curie, la fille de la célèbre Marie, à l’Institut du Radium. Le but de l’expérience est maintenant de transformer la chevalière de Séverac en mini chambre ardente : un simple coup sur la bague avec la paume de la main permet désormais à Séverac d’invoquer les quatre divinités de la Brigade Chimérique. Idem dans l’autre sens… A présent, Séverac et Curie attendent George Spad, mais l’écrivain a de plus en plus de retard et cela inquiète Séverac, qui commence à se rendre compte d’une chose : il devient bel et bien amoureux de la jolie biographe chargée d’écrire les mémoires de Léo Saint Clair, le célèbre super héros protecteur de la ville de Paris.
Justement, ce denier s’est absenté de la capitale française pour se rendre à Moscou en compagnie de Gibberne, dit l’Accélérateur. Ils ont ensemble une audience prévue avec le chef de « Nous Autres », mais de report en report, le héros anglais devient de plus en plus interrogatif sur l’absence de réactions de la part de son allié français. Pendant ce temps, c’est Félifax, un autre héros français, immense félin de son état, qui est chargé d’espionner ce qui se passe à Métropolis. Et ce qu’il va découvrir sur les agissements de Mabuse est tout simplement terrifiant…
Séverac vient d’aider Spad à reprendre connaissance après une nouvelle crise, particulièrement violente celle-ci. Le couple se rend à Montmartre afin de pénétrer de force dans les sous-sols de Saint-Clair, afin d’aller y chercher Le Cafard, un autre héros retenu prisonnier là depuis des mois. La Brigade Chimérique parviendra sans difficulté à forcer le passage jusqu’au Cafard, mais il se trouve qu’un monstre très ancien est également retenu en ces lieux : un monstre venu d’un autre âge, qu’il va falloir maintenant vaincre.
Nous montons d’un ton dans les révélations et dans l’action avec ce quatrième tome de La Brigade Chimérique. Le graphisme bénéficie toujours de ce trait vif admirable pour les mises en mouvement, même si le principal atout de ce tome reste l’action menée sur plusieurs plans, à bien des endroits différents. Alors que nous étions centrés sur Paris dans les tomes précédents, nous voilà ici de retour à Métropolis, ainsi qu’à Moscou, en plus de la capitale française.
De même, Le Cafard est enfin libéré, même s’il ne fera pas long feu : un nouveau mystère, à priori russe, est à suivre maintenant. Un tome révélateur donc, qui n’est pas sans laisser de nouvelles interrogations, et c’est tant mieux, d’autant que le tout est traité avec le même sérieux et la même qualité que ce qu’on a pu lire dans les tomes précédents. Il ne nous reste qu’à pester que les trois derniers tomes ne soient pas parus ensemble comme cela fût le cas pour les trois premiers, histoire d’éviter une attente que j’espère pas trop longue…
Clark, le 05 Mai 2010
Un tome 4 de même qualité que les précédents
Après quelques mois d’attente, le quatrième tome de La Brigade chimérique est enfin disponible. Les lecteurs des tomes précédents (chroniqués ici et là) vont donc pouvoir poursuivre la découverte de l’univers superscientifique de Serge Lehman et Fabrice Colin, mis en image par Gess et Céline Bessonneau.
Les super-héros entrent en action Le Nyctalope et l’Accélérateur sont en visite en Russie, pour rencontrer le Grand Frère, mais "Nous Autres" retarde chaque jour l’entrevue stratégique. À Paris, Irène Joliot-Curie persuade Jean Séverac de profiter de l’absence de Saint-Clair pour mener un raid dans son QG de Montmartre afin de délivrer Gregor Samsa, le Cafard, que le protecteur de Paris retient prisonnier. Quant à Félifax, l’homme-tigre, il effectue pour le Conseil une mission de reconnaissance à Métropolis, d’où le Docteur Mabuse manigance de maléfiques projets...
Toujours plus passionnantLes trois premiers tomes de La Brigade chimérique mettaient en place l’univers uchronique imaginé par Serge Lehman et Fabrice Colin. Les armes employées et les expérimentations menées pendant la Première Guerre Mondiale ont donné naissance à des mutants, devenus des monstres ou des super héros destinés à influer sur l’avenir du monde.Parmi ceux-ci, on trouve notamment les quatre membres de La Brigade chimérique, des justiciers dont les secrets ont été révélés au lecteur dans les épisodes précédents. Une introduction des personnages principaux pour laquelle les co-scénaristes ont pris leur temps (la moitié de la série). Même si le lecteur a vu dans les trois derniers tomes ces super-héros – et d’autres comme le Passe-Muraille, la sorcière Palmyre ou John-l’étrange – affronter des créatures superscientifiques ou issues du fin fond de l’univers, il a pu s’impatienter de ne pas entendre plus parler du Docteur Mabuse – le grand méchant – et de ses alliés.
Avec ce quatrième tome de la série, le récit revient enfin et à proprement parler au thème qu’introduisait le premier opus : la menace de guerre qui pèse sur l’Europe en cette année 1939. Le Docteur Mabuse, allié à Gog, l’homme le plus riche du monde, et à La Phalange, qui met l’Espagne à feu et à sang, menace avec son armée de Crânes le corridor de Dantzig. C’est l’annexion par l’Allemagne, on le sait, de ce bras de terre donnant à la Pologne un accès à la mer, qui déclencha la Seconde Guerre Mondiale. Le lecteur est donc parfaitement conscient de ce qui se prépare dans l’univers parallèle de La Brigade Chimérique.
Mais ce n’est pas parce qu’il se doute de ce qui va survenir que le lecteur n’est pas étreint par le suspense dans lequel baigne le récit. Car les points de divergences introduits par Lehman et Colin sont nombreux. Les super-héros, les mutants, les créatures cosmiques, la Russie dirigée par "Nous Autres", et cætera, autant d’éléments qui rendent intrigante la para-histoire imaginée par les deux auteurs. Autant d’éléments qui la rendent passionnante.
Le récit s’appuie sur le graphisme particulier qui est l’œuvre de Gess. Le dessinateur choisit à chaque fois le juste niveau de détail pour ne pas surcharger les cases, tout en rendant les décors réalistes. Il émaille également ses planches d’éléments historiques qui rendent crédibles l’univers de La Brigade Chimérique (reproductions de photographies et d’affiches d’époque, portraits fidèles de personnages historiques comme le Président du Conseil Daladier...). Un travail de documentation qui porte un récit bourré de références historiques et aux feuilletons du début du XXe siècle.
Le résultat final est un quatrième tome d’une série de bande dessinée dont la grande qualité est confirmée. La Brigade Chimérique est une BD passionnante, dont la lecture se présente comme incontournable.
Stéphane Gourjault
Trois volumes, pour une série qui en comptera six, édités chacun à un mois d'intervalle depuis l'automne 2009 et une très grande ambition : publier un comic héroïc à la française. Petit format comme leur modèle américain mais une couverture sobre et très graphique. 48 pages pour deux titres par ouvrage (plus un prologue pour le tome 1). Peu de pages donc mais un contenu très dense !
Aux commandes du scénario et associés pour la première fois dans une bande déssinée, Serge Lehman et Fabrice colin. Forts du constat de Serge lehman qu'il n'existe plus de super-héros européens, ils ont imaginé leur disparition. La référence à Alan Moore et à La Ligue des gentlemen extraordinaires est claire et assumée. L'inspiration se nourrit de feuilletons du début du XX° siècle. Mais la créativité des deux scénaristes les préserve de tout plagiat.
Tout commence en 1938 même si les flash-back sont nombreux. Des surhommes européens apparus pour certains lors de la Première Guerre mondiale ont pris du pouvoir de façon plus ou moins occulte. Les uns pour défendre Londres- « l'Accélérateur »- , ou Paris – Le Nyctalope - , capitales de démocraties classiques, les autres pour imposer une forme de totalitarisme, tels le docteur Mabuse et son armée des crânes, tenant du nazisme, la phalange qui écrase l'Espagne ou les « Nous autres », scientifiques russes au service de la disparition de l'individu. Un axe du bien, un axe du mal et trois protagonistes pour le futur conflit mondial.
Les deux premiers volumes, très movementés mettent en place leur stratégies, et le troisième, pivot de ce bloc, explicite une partie des mystères afférant à la fameuse brigade chimérique. Les références à la littérature (dont la science-fiction) et au cinéma abondent (Rosny aîne, Marcel Ayme, H. G Wells, Ray Bradbury, Zamiatine, Fritz Lang, etc) et le lecteur averti peut traquer avec gourmandise les innombrables références. Mais celles-ci n'alourdissent pas un récit plein de suspense et de fantastique, un brin déjanté mais complexe, requérant de l'attention. Les scénaristes empruntent aussi au monde réel certaines figures historiques (comme certains surréalistes ou le couple Curie et son institut du radium) qui apportent une coloration d'époque. L'atmosphère glauque et lourde de l'entre-deux-guerres est remarquablement rendue par le graphisme de Gess et les couleurs de Céline Bessoneau. Gess s'appuie sur une documentation fouillée, ses références à l'expressionisme, à Mignola, Tardi, etc sont perceptibles, mais le résultat frappe par sa cohérence, son dynamisme et la qualité du découpage.
On attend donc avec grande impatience le tome 4 (qui doit paraître au printemps) et les suivants. La Brigade chimérique ne s'adresse pas à de jeunes lecteurs mais plutôt à de jeunes adultes avertis (même si le site donne beaucoup de clés) qui trouveront beaucoup de plaisir à découvrir cette « expérience » uchronique, ambitieuse, originale et surprenante qui sait maintenir un équilibre entre réalité et imaginaire.
Marie-Françoise Brihaye
La brigade chimérique (Tome 5)
Lehman, Colin, Gess & Bessonneau
Edition : L'Atalante, Collection : Flambant Neuf 2010, 42 pages
HAV Russe… Quel est donc le mystère qui se cache derrière cette charade donnée par le Cafard juste avant de mourir ? Plusieurs personnes travaillent d’arrache pied à l’institut du Radium, à Paris, pour essayer de percer le mystère. On y retrouve notamment Jean Séverac, ainsi que George Spad qui devient presque folle à essayer de résoudre cette énigme, elle qui doit déjà lutter contre ses voix mystérieuses qui lui vrillent parfois l’esprit… Mais la relative tranquillité part en lambeaux lorsqu’Irène Curie reçoit une photo : Nous Autres, la crème du communisme russe, se sont alliés à Mabuse… La photo a été prise par Félifax, envoyé en espion à Metropolis.
C’en est trop pour George, qui désire prendre l’air : elle a une idée en tête, mais elle préfère ne pas en parler pour le moment : elle quitte ainsi Jean Séverac à regret, car elle sait qu’elle tombe amoureuse de cet alter-ego, qui n’a qu’une bague à frapper pour faire apparaître aussitôt les quatre membres de la brigade chimérique. Ce n’est que bien plus tard que Séverac est convié au Club de l’Hypermonde, un club de scientifiques très fermé où il retrouve George, ainsi qu’Irène et Frédéric, qui se sont remis apparemment de la trahison de Nous Autres…
L’occasion est trop belle pour Jean et George de conclure : et ce, juste avant le départ de Jean pour Metropolis : en dirigeable, la nuit, il est débarqué seul au-dessus de la ville infestée de soldats allemands. D’autres recherches ont lieu en parallèle, mettant en évidence l’existence d’une brigade chimérique allemande. La différence étant que le soldat qui doit la faire apparaître n’est jamais reparu. Le leader de cette brigade allemande ? Mabuse, bien évidemment…
Cinquième et avant-dernier tome de La Brigade Chimérique aux éditions de L’Atalante… Une nouvelle fois, on a droit à un petit livre très joli au niveau de la forme, avec un petit format digne des anciens comics. Cette chose pleine de charme renferme une nouvelle fois deux tomes de cette série, et nous donne l’occasion d’en savoir plus sur pas mal de personnages, notamment sur George Spad et sur l’origine de ses voix… Notamment, le mystère Tola nous sera enfin dévoilé…
Sur le plan graphique, c’est avec plaisir qu’on retrouve le dessin si particulier de Gess, mis en couleurs par Céline Bessonneau. C’est détaillé et beau, tout en restant parfaitement lisible : de quoi dévorer une nouvelle fois ce cinquième tome. Le récit emprunte énormément aux guerres mondiales et aux conflits ayant eu lieu entre les peuples en ces sombres époques, et cela se ressent jusque dans les couleurs utilisées. Un tome qui dévoile beaucoup de choses, et qui aborde le virage vers la conclusion, toute proche maintenant, même s’il faudra malheureusement attendre octobre 2010 !
Ecrite par Clark, le 27 Juillet 2010
Les clins d’œil sont toujours savoureux, les auteurs faisant intervenir des écrivains d’époque bien connus et d’autres qui ne l’étaient pas encore, mais font référence également aux futurs héros bien humains qui se révèleront dans la littérature européenne d’après-guerre, suite à la disparition des créatures issues de la superscience.
Ces derniers épisodes sont franchement marquants. Restent en tête d’une part cette photo de famille de tous les surhommes européens, que le lecteur n’aura pas vraiment eu le temps de connaître, et d’autre part cette réécriture des horreurs de la guerre et de ses justifications, dont les symboles ne laissent pas indifférents.
Lelf
Parmi les séries ambitieuses sorties ces dernières années, La brigade chimérique aurait eu de quoi effrayer nombre d’éditeurs. Le but était de raconter une histoire de super héros, dans un format comics, parlant des derniers surhommes européens et de leur disparition.
Or si un tel récit semblait une véritable gageure à mettre en place, Serge Lehman et Fabrice Colin ont relevé le défi haut la main. Leur univers est riche et intrigant, multipliant les références à Wells, Jean Ray et Fritz Lang (entre autre) durant les 6 tomes de leur œuvre. L’inspiration d’Alan Moore était également évidente lors des premiers opus…
Les derniers tomes se détachent toutefois plus volontiers de l’influence du scénariste anglais et de sa fameuse Ligue des gentlemen extraordinaires. La conclusion du récit se révèle surprenante et rassurera les lecteurs dubitatifs tant elle est bien amenée. Avec 6 albums sortis en 14 mois, ce comics à la française (un french comics) n’a pas eu le temps de s’essouffler !
La prestation exemplaire de Gess aux dessins impose le respect. Durant près de 300 pages (depuis le début), le dessinateur des premières aventures de Carmen McCallum et de Teddy Bear concocte une partition graphique impeccable, fortement influencée par le Mignola période Hellboy. On en aurait bien repris encore un peu…
Après un temps mort (c'est le cas de le dire), arrive donc le sixième
album et la conclusion, la révélation du pourquoi du comment de la
disparition des super-héros européens, qui sous-tendait l'ensemble de
la BD.
Que dire au final ? Implacable, cette conclusion est tout aussi
tétanisante qu'effroyablement logique, en poussant dans ses derniers
retranchements les mécanismes internes de cet univers. Oubliés les
clins d'oeil (Francis Drake), l'épilogue de la Brigade Chimérique n'est
qu'un lent chemin de croix de renoncement, dont il ne reste qu'une
promesse à respecter coûte que coûte, alors que la superscience, ou la
magie, peu importe son nom, disparaît du Vieux Continent : gagner la
guerre.
Dans les flammes, la fumée et la cendre.
Ne vous laissez pas abuser par la vague impression qu'il s'agirait d'une simple déclinaison de la Ligue des Gentlemans Extraordinaires, car ce concept-ci est original et tout bonnement génial : on y découvre pourquoi les super-héros ont disparu d'Europe aux alentours de la 2nde Guerre Mondiale... alors même qu'ils auraient pu connaître le même destin glorieux que leurs cousins américains (Spiderman, Superman et autres Batman).
Les deux scénaristes (Serge Lehman et Fabrice Colin) nous font donc
découvrir une magnifique galerie de héros et de méchants puisés dans la
littérature fantastique française et européenne du début du XXème siècle
(du Nyctalope au Docteur Mabuse), en émaillant le récit de références
ludiques aux surréalistes ou au fameux "surhomme" de Nietzsche, le tout
magnifiquement dessiné par Gess et parfaitement mis en couleur par
Céline Bessonneau.
C'est
bien simple : c'est si intelligent, beau et malin que mes yeux en
pleurent amèrement de jalousie et d'envie (d'autant que je cherche
depuis pas mal de temps à bosser sur un concept de super-héros à la
française).
Bref, vivement le 6, histoire d'abréger mes souffrances.
Fabien Velhmann
En lien avec l’article précédent sur les Utopiales, applaudissons l’arrivée quasi simultanée du 6ème et dernier tome de La Brigade Chimérique et de l’Encyclopédie pour le Jeu de Rôle qui en est issu.
Le premier vient clore magistralement le scénario élevé au radium par Serge Lehman et Fabrice Colin, maturé dans la Chambre Ardente par Gess et Céline Bessoneau. Le tout est publié aux éditions L’Atalante.
Pour ceux qui auraient eu la malchance de passer à côté de cette formidable série, en voici le résumé. Alors que l’Europe s’apprête à basculer dans la Seconde Guerre Mondiale, les héros et justiciers européens tentent de deviner les sombres plans du Docteur Mabuse et de lui barrer la route…
Honnêtement, nous sommes largement au-delà d’une simple histoire de super-héros mais bien en face d’une réflexion aussi solide que ludique sur la place de l’homme parfait et de son mythe au coeur des tumultes des sociétés. En réutilisant les héros populaires du début du siècle depuis oubliés, les auteurs tentent de répondre à la question qui nous taraude tous : pourquoi le super-héros est-il l’apanage des Etats-Unis ? La réponse à ce qui pourrait être une boutade – révélée dans ce dernier tome - tombe comme une… évidence !
Car c’est là toute la solidité de cette série, chaque lecteur peut y lire ce qu’il souhaite : une aventure avec des héros principalement français, une évocation de la foisonnante galerie d’œuvres dîtes mineures de l’entre-deux guerres, une réflexion sur l’Histoire et la fondation d’un mythe,… Le tout orchestré crescendo sur 6 tomes pour une fin en apothéose, imprévue mais inévitable.
L’autre ouvrage va ravir aussi bien l’amateur de jeu de rôle que celui de BD. En effet, les éditions Sans Détour proposent une adaptation de la saga en JDR. Proposé en avant-première lors des Utopiales, on peut déjà deviner par les quelques visuels disséminés ici et là sur le net, que cet ouvrage porte en lui les mêmes qualités que la série-mère.
Il ne vous reste plus qu’à découvrir le travail de ces explorateurs de la Superscience !
Dans cette fulgurante re-visitation de l'Histoire, Lehman et Colin rendent donc un bel hommage à la réelle genèse des méga-vengeurs de comics, pratiquement tous nés de l'imagination de scénaristes et dessinateurs juifs (Schuster & Siegel, Will Eisner, Bob Kane, Jack Kirby, Stan Lee...) qui, consciemment ou non, ont du repenser à la légendaire créature de glaise du rabbin Loew. Les auteurs s'amusent à imiter des clichés du genre comme pour faire la transition : Lebon abattant son gigantesque poing sur le sol crie "A ton tour de souffrir !", les armes à feu font des "Krak !" et des "Buda ! Buda !" et quand la Brigade affronte Mabuse pour le combat ultime au sommet, chacun se charge de l'adversaire qui lui ressemble le plus.
Cette série qui mérite doublement le qualificatif de fantastique s'achève par une des évocations les plus magistrales et bouleversantes de l'horreur absolue. Je n'en révélerai pas davantage sinon qu'il fallait oser inventer une vision aussi originale pour l'indicible, où la Porte des Enfers descend du ciel comme atterrirait la soucoupe volante d'envahisseurs maléfiques. Bon, maintenant que c'est fini, vous aurez compris que La Brigade chimérique appartient déjà aux plus belles heures de l'histoire de la bande dessinée. Une saga qui se perpétue ce mois de novembre sous la forme d'une Encyclopédie descriptive et décryptive qui est aussi un jeu de rôle, éditée par Sans Détour et qui sera inaugurée durant les Utopiales de Nantes.
Les heures sont graves mais les auteurs n'oublient pas de conjurer la malédiction par quelques pointes d'humour comme lorsque Irène Joliot-Curie pète un cable, agacée par les élucubrations de ses amis et surtout l'enthousiasme d'un gamin accro aux romans-feuilletons fantastiques. Un humour qui sait aussi se noircir, à l'image de cette remarque d'une gueule cassée de 14-18. La séance au club de l'Hypermonde permet de réunir quelques hautes figures de la littérature dont Serge Lehman a du dévorer les oeuvres : aux anciens Maurice Renard, J.-H. Rosny aîné, Jean Ray* vient se joindre un p'tit jeune prometteur nommé Barjavel.
Encore un mot à propos du dessinateur Gess, qui continue d'offrir ici des planches exceptionnelles. Sa première série, Teddy Bear (publiée il y a près de vingt ans) vient de re-paraître en un volume intégral chez Drugstore. A l'époque, son style était très proche de celui de Liberatore. C'est dire si il l'a fait évolué depuis.
Pour la conclusion de cette saga qui fera date, patientez jusqu'en octobre.
Autre nouvelle pour cette fin d'année : La Brigade chimérique va être adaptée en jeu de rôle !
L’aventure de La Brigade Chimérique, bande dessinée hors normes, a commencé il y a un petit peu plus d’un an avec la sortie d’un premier tome préparé depuis belle lurette en coulisse par les auteurs Serge Lehman et Fabrice Colin, le dessinateur Gess et la coloriste Céline Bessonneau.
« C’est trois ans de boulot, 10 pages dessinées par mois, qui ont pris fin en juin dernier », raconte Gess à l’occasion de la sortie du 6e et dernier tome. Son attachement au projet se ressent, à fleur de peau : « J’ai renoué avec des émotions d’enfant, les contes et légendes, le roman, le feuilleton. Je me suis emparé du scénario de Serge, ça venait comme une évidence. J’ai mis le dessin au service de l’histoire. » L’histoire ? « C’est une parabole autour de l’Histoire, pour faire un pont entre l’Europe d’avant la guerre et maintenant. » Une Europe peuplée de super-héros comme Mabuse, le Gog, Harry Dickson ou Bob Morane… des super-héros oubliés, remplacés par leurs homologues américains en collant, revus à la sauce Gess. Ainsi « pour le passe-muraille, je voulais quelqu’un d’aérien. Je suis plutôt allé chercher du côté de Fred Astaire que Bourvil ».
Le succès de La Brigade Chimérique ne s’est pas fait attendre, comme on a pu le voir aux Utopiales l’année dernière. Une longue file d’attente a forcé les auteurs a rester dédicacer tout un après-midi.
Un public de tous les âges, car comme l’explique Gess, « les gens sont touchés dans leur âme d’enfant ». Et si on lui demande son personnage favori, il hésite avec Georges Spad pour finalement expliquer : « Je suis très attaché à Palmyre, cette sorcière magicienne en lien avec un monde parallèle, elle m’intrigue beaucoup. J’aime bien les gens militants comme le couple Joliot Curie, surtout Irène, qui marche sur les pas de sa mère. »
La Brigade vient d’achever ses aventures d’une manière bien sombre… mais elle ne refera pas l’histoire. L’aventure continue avec la sortie d’un jeu de rôle et d’une encyclopédie qui permettront à tous les amateurs de prolonger le contact, en attendant, qui sait, une résurrection.
Gess sera présent durant les Utopiales sur le stand de la librairie et maison d’édition, L’Atalante.
Ce sixième et dernier tome de La Brigade Chimérique est donc celui où le monde de fiction imaginé par Serge Lehman et Fabrice Colin va laisser place au monde réel, ou plutôt devrait-ton dire que l'uchronie va devenir la réalité par un habile tour de passe-passe qui donnera tout son sens à la série. Puis, il ne s'agit finalement que d'une ultime transformation dans une série qui en contient déjà beaucoup, même si la dernière n'est logiquement que le retour à la normal que l'on pouvait attendre depuis le début de la série, la fameuse fin des super-héros européens. Et leur disparition n'aura pas vraiment lieu au cours d'une gigantesque apocalypse où tout ce beau monde s'affrontera, elle se fera plutôt avec subtilité et en confrontant le monde issu de la littérature au monde réel. Comme si les écrits de l'époque étaient devenus matériels pour le pire et le meilleur et comme si une magie ou une science avait donné vie à ce qui aurait du rester sur papier. Mais ils devront finalement y retourner afin de montrer notre réalité dans toute son horreur.
L'excellent dessin de Gess et bien entendu les superbes couleurs de Céline Bessonneau donnent toute leur ampleur à ce final et n'hésitent pas à utiliser des images chocs pour donner tous leurs sens à l'histoire qu'ils servent. Puis on retrouve évidement les clins d'oeils à divers comics et romans qui font partie du charme de la série et qui nous offrent même un note d'espoir dans un final particulièrement sombre et crépusculaire.
Mais la vrai question avec ce final est de savoir si la France a enfin réussi à sortir un bon comics ? La réponse me semble être à la fois oui et non. Oui parce que la série pourrait tout à fait trouver sa place entre certains graphics-novels et mini-séries sans avoir à rougir aucunement de ses défaut. Et à la fois non parce justement, c'est une histoire qui se termine et qui ne permet donc pas de continuité comme la plupart des personnages de Super-Héros américains. Mais cela serait vraiment dommage pour les amateurs de ces derniers de ne pas tenter l'aventure, ceci-dit ! Et pour les amateurs de BD Franco-belge également !
Serge Lehman et Fabrice Colin sont maintenant des figures incontournables de la sphère fantastique en France et ici, ils imposent leurs pattes à un univers pétrit d'influences venant aussi bien du comic book, du cinéma ou bien évidemment de la littérature. Mélangeant allègrement personnages de fiction (tel le Passe Muraille) que réels (Les Joliot-Curie), la Brigade chimérique se présente comme une superbe fresque mais dont l'histoire ne se laisse pas déflorer en quelqeus phrases, il s'agit clairement d'un OVNI qui traverse nos librairies dans un flash lumineux. À cheval des deux côtés de l'Atlantique, il s'agit d'un vrai régal.
On peut s'amuser à chercher les influences de partout mais il faudrait beaucoup de temps pour toutes les trouver.
Côté dessin, on trouve un Gess qui après s'être illustré sur Carmen Mc Callum, s'illustre à nouveau ici dans un pur style comics. Saluons l'exploit de sortir six albums de 46 pages en deux ans !
Une série pour tout les amoureux des super héros, du fantastique et de BD bien ficelée.
Au bout de six tomes, Serge Lehman, Fabrice Colin, Gess et Céline Bessonneau ont construit un univers parallèle super-scientifique cohérent et raconté une histoire au cours de laquelle le suspense n’a fait que monter. Tout se joue donc dans ce sixième tome très attendu, surtout à cause du cliffhanger du tome 5.
Dernier tome de la série, ce sixième album de La Brigade Chimérique comprend, comme pour les précédents opus, deux épisodes (La Tête arrive ; Le Grand Nocturne) qui dévoilent enfin l’issue de l’aventure du Docteur Jean Séverac, de George Sand et des Curie, au centre des conflits géopolitiques qui secouent l’Europe de la fin des années trente. Le lecteur a appris tout ce qu’il pouvait vouloir connaître de la Brigade Chimérique et des autres personnages, avec ou sans pouvoir super-scientifiques, que lui ont présentés Lehman, Colin et Gess. C’est la conclusion de l’épopée fantastique qu’il attend à présent, avec une impatience certaine.
Il sera donc servi, puisque le tome 6 met fin à La Brigade Chimérique, sans risque apparent que les auteurs s’attaquent à une suite à la saga. Six tomes étaient prévus, il n’y en aura que six. Le lecteur est donc rassasié à l’issue de sa lecture, et ne peut être que satisfait de la fin qui lui est offerte. Satisfait, certes, mais peut-être malgré tout légèrement déçu. L’histoire est assez complexe, mettant en scène de nombreux personnages, mais les auteurs ont habilement réussi à retomber sur leurs pattes, à cadrer la conclusion de leur aventure, en somme à remplir leur contrat.
[…]
La Brigade Chimérique est au final une série incontestablement de qualité, à conseiller. Si le lecteur pouvait attendre plus d’eux, Colin, Lehman, Gess et Bessonneau (ces deux derniers officiant avec le même talent que pour les tomes précédents) signent un tome concluant habilement la série.
Le Docteur Mabuse et son armée de squelettes nazis ont pris le pouvoir en Europe. Mais tout n’est pas perdu, tant que la Brigade Chimérique veille… Alors que Georges et Tota, attaquées par un Lebon transformé en gigantesque nuage vivant, se font arrêter par les crânes de Mabuse, la Brigade intervient. Dans un format comics, la série raconte les aventures de super-héros européens : des humains que la guerre des tranchées, en 14-18, a transformé…
Un univers riche et intrigant qui trouve ici sa conclusion.
[…]
L’excellente série « La Brigade Chimérique » de Serge Lehman, Fabrice Colin et Gess qui est de mieux en mieux et j’essaye de ne pas être jaloux.
En fait je ne le suis pas car leurs super héros de début du siècle nés de la mythologie populaire n’ont rien à voir avec les miens mais la synchronicité est une chose curieuse. Pourquoi les français se mettent-ils à faire du super héros maintenant? presque tous en même temps car je sais qu’il y en aura d’autres. Mystère.
Ladite « Brigade Chimérique » d’ailleurs avec son Dr Mabuse et sa Marie Curie vient d’ailleurs de s’achever en beauté avec un super épilogue, c’est aux éditions de l’Atalante et il faut que vous vous jetiez dessus. C’est un des meilleurs comic books de ces dernières années, un des deux ou trois, et pour une fois il est français.
La manière dont ils ont brassé l’histoire de l’Europe jusqu’à la seconde guerre mondiale et ses horreurs en incluant toute la mythologie populaire française mais pas seulement, est pour moi une totale réussite. De plus, Gess, dessinateur que j’aimais bien jusqu’à présent, a fait des progrès considérables et son dessin est tout à fait passionnant.
[…] Sachez tout de même que la fin de ce tome conduit à l'embrasement qui démarre la seconde guerre mondiale... La brigade chimérique s'achève donc, non sans laisser entrevoir une encyclopédie qui reprend l'univers de la série. Sachez également que cette aventure ne date pas d'aujourd'hui, puisqu'elle est la reprise d'une aventure parue initialement entre les deux guerres, il y a bien longtemps...
Côté scénario, cela aura été fluide de bout en bout, et surtout magnifiquement mis en image par Gess et Céline Bessonneau. Certaines pages sont monumentales de détails et de mouvements, avec des fonds admirablement travaillés, notamment pour ce dernier tome.
Une série intelligente sur laquelle vous pouvez compter, pourquoi pas pour vos cadeaux de Noël de cette fin d'année 2010 !
Ecrite par Clark,Les auteurs Gess, Serge Lehman, Romain d'Huissier, Willy Favre, Julien Heylbroeck, Laurent Devernay nous ouvrent les portes de la Brigade Chimérique.
Voici le lien qui vous permettra d'accéder aux interviews de l'équipe : http://temps-de-livres.over-blog.com/
Prix du Jury BD Gest' 2010
« Le Jury 2010 a souhaité distinguer une création qui relève à la fois de la série et, d’une certaine manière, de l’initiative. En 14 mois, sous l’égide d’un « petit » éditeur qui aligne les choix remarquables qui construisent son identité, Fabrice Colin, Serge Lehman et Stéphane Gess ont proposé un récit complet, composé un univers peuplé de super-héros évoluant sur le continent européen au cours d’une période trouble. La conclusion de l’article publié à l’occasion de la sortie du 6e et dernier tome traduit l’enthousiasme procuré par la découverte de cette série qui a su jouer des codes classiques pour imposer les siens : "Brillant du début à la fin, audacieux dans sa thématique et sa construction, exigeant mais respectueux envers le lecteur, La Brigade chimérique est peut-être l’une des meilleures surprises de ces dernières années. À découvrir de toute urgence, si ce n’est déjà fait." »
[…]
Les super-héros sont une invention d'outre-Atlantique ? Faux. Mais on les a, eux aussi, oubliés, voire refoulés. Pour preuve, cette BD en six tomes, La Brigade chimérique, co-scénarisée par Fabrice Colin et illustrée par Gess, qui cherche à rendre compte du retrait de la figure du surhomme à l'orée de la Deuxième Guerre mondiale. Car l'Europe n'a été sauvée par aucun être d'exception, aucun « homme truqué » pour reprendre la formule de Maurice Renard, aucun prodige de la science ; elle a, au contraire, retourné la technique contre elle-même, dans un acte d'une barbarie inouïe qui la laissera exsangue et humiliée. Sa repentance passera par une certaine gêne à glorifier le miracle technologique, et les mutants déserteront la scène littéraire européenne, pour mieux se voir offrir un panthéon moderne aux Etats-Unis.
Il est temps, donc, de redécouvrir ces héros de feuilletons : le Nyctalope, vigilante de Paris créé par Jean de la Hire (l'auteur de Le Roue fulgurante) ; l'Accélérateur, proto-Flash né dans une nouvelle de H.G. Wells, « Le Nouvel accélérateur » ; ou Félifax, l'homme-tigre inventé par Féval fils. Et chez les vilains : le Docteur Mabuse, personnage de Norbert Jacques popularisé par Fritz Lang ; Gog, le milliardaire nihiliste de Giovanni Pappi (réédition chez Attila) ; et quelques autres affreux au nom cinématographique (le Werewolf, l'Ange bleu...). L'idée géniale étant d'ajouter à cette liste quelques personnages réels, très « années 30 » (les Surréalistes...), et d'intégrer « Gregor Samsa », l'homme-cafard de La Métamorphose - avec ce postulat philosophique à faire froid dans le dos : le terme employé par Kafka pour désigner le monstre de sa nouvelle est « ungeziefer », le même qui servira à Hitler pour désigner les Juifs - de la « vermine ». Comme si les mots, à l'origine simples images ou métaphores, pouvaient engendrer une réalité, comme si la réification des métaphores, qui est une des plus vieilles recettes de la science-fiction, avait opéré hors de la littérature, dans le réel, au prix d'immenses sacrifices humains.
Dans ce contexte, nos héros de l'entre-guerre symbolisent une transition : après les gentlemen sans pouvoirs (très intelligents ou très riches, comme Sherlock Holmes, Arsène Lupin, ou la Ligue d'Alan Moore), après les premiers « miracles » de la science (L'Homme invisible, Dr Jekyll, le Passe-Muraille), ils personnifient le moment où l'image de la technique bascule, révélant son ambivalence, dans le sillage de la Première Guerre mondiale, et à la faveur des études sur le radium que l'on mène à l'Institut des époux Curie. Plus tard, il y aura l'uranium, Los Alamos, Hiroshima, et on se dotera de monstruosités plus grandioses encore (les X-Men), dont la valeur morale sera clairement mise en question. Entre-temps, une génération intermédiaire aura été sacrifiée, la magie aura quitté le vieux continent, à l'image du Golem de Prague qui, dans ce sixième tome, fuit le nazisme et embarque pour l'Amérique. Nos héros de feuilles à deux sous regardent, démunis, la nouvelle science s'ériger en instrument de mort. Pour la peine, on les oubliera. L'heure est sans doute venue de déchirer le voile d'hypnose tissé par Mabuse / Hitler pour retrouver ces héros primitifs à l'impuissance touchante.
[…] L’intrigue
générale reste centrée sur la mystérieuse disparition de la Brigade
Chimérique, cette formidable équipe à la fois magique et scientifique,
qui mit fin à la Première Guerre et vécut de grandes aventures avant de
disparaître aussi brusquement qu’elle était apparue. De grandes
révélations sont à venir, dans le plus pur esprit pulp qui anime les
feuilletons populaires. L’histoire réussit même dans l’épique ! Mais en
révéler plus serait criminel…
Parue en l’espace d’une année (octobre 2009-octobre 2010) au gré
de 6 albums, la Brigade Chimérique nous promettait de répondre à la
question posée plus haut : qu’est-il advenu des super héros du Vieux
Continent ? Là encore, exploit : au bout de 6 tomes, l’histoire se
boucle parfaitement, ou plutôt l’Histoire devient celle que nous
connaissons – désespérément réelle, sans plus de superscience ni de
magie.
Et la prise de relais est parfaite : depuis le début, et jusque
dans les dernières pages, on nous montre de nombreux personnages, super
héros ou autres, fuir vers les Etats-Unis. Quiconque connaît un tant
soit peu les héros américains qui font la gloire des comics, ne pourra
pas ne pas relever certaines allusions, ni reconnaître quelques noms…
Les super héros européens ont peut-être disparu, mais pas leur héritage !
Et d’autres héros, différents mais ô combien familiers à nos yeux, ont
pris leur place dans la lutte à venir.
Que reste t-il de cet ambitieux projet « à l’américaine » et
pourtant made in France ? Une très grande réussite, presque trop grande
par moments car très exigeante. On se prend parfois à se trouver
parfaitement inculte devant tant de références littéraires, historiques
et culturelles, et même philosophiques (comment aborder la Seconde
Guerre Mondiale ET le concept du surhomme sans citer Nietzsche, je vous
le demande). Heureusement, suffisamment d’indices sont donnés pour
aiguiller le lecteur sans le braquer – et ce n’est pas tous les jours
que l’on ressort aussi savant d’une BD, et encore moins d’un comics, hé
hé !
En tout cas, une chose est sûre : on ne vous avait jamais raconté le début du XXe siècle comme ça.
Steampunk à l'Apéro : La brigade chimérique from Lord Orkan Von Deck on Vimeo.
Pourquoi les X-Men, Superman, Spiderman et autres super-héros sont-ils tous américains ? Qu'est-ce qui a empêché l'émergence d'une véritable littérature de comics en Europe ?
C'est la question qui sous-tend la bande-dessinée La Brigade chimérique, dont les six tomes ont été publiés chez l'Atalante de 2009 à 2010. Elle a clos son cycle en décembre dernier et voit aujourd'hui paraître aux éditions Sans-Détour L'Encyclopédie et le Jeu de rôle permettant la mise en scène créative des lieux, des concepts et des personnages de La Brigade.
Ressusciter l'imaginaire de l'anticipation française des décennies 1920 et 1930 et faire revivre les années folles par le prisme créatif du "radiumpunk", telle est l'originalité de l'oeuvre de Serge Lehman, Fabrice Colin et Stéphane Gess. Décryptage et rencontre avec les auteurs.
[…]
Lorsque l’Atalante se lance dans la bande-dessinée, cette maison ne fait pas semblant. Après nous avoir livré Fergus, un album de science-fiction, c’est cette fois-ci une série qui débute avec La Brigade Chimérique. Dans la droite ligne des super-héros américains ce sont des héros européens qui vont reprendre le flambeau dans un monde bercé de Guerre Froide.
Atypique, cet album l’est assurément. Cela s’explique entre autre par les deux auteurs : Serge Lehman et Fabrice Colin qui sont des trublions bien connus de la scène de l’imaginaire. Des héros issus pour certains de la littérature du XIXème siècle et de l’imaginaire des deux auteurs pour les autres.
Riche, cet album l’est particulièrement. Des personnages hauts en couleur, des évènements inattendus, du suspens, tout est là pour faire de ce premier tome d’une série de six un réel succès.
Les graphismes sont également à la hauteur. Old-school avec des couleurs un peu passées ils font penser à ces vieux comics des années 70 que l’on pouvait trouver aux Etats-Unis. Un charme tout particulier qui vient dénoter au vu de l’ensemble de la production actuelle en bande-dessinée. Mais finalement n’est-ce pas lorsque l’on rompt avec l’actuel que l’on crée le succès ? En ce qui concerne la Brigade chimérique c’est bel et bien le cas.
Le premier opus de La Brigade chimérique est donc un album de bande-dessinée particulièrement agréable à lire et qui n’est pas sans faire penser à la Ligue des Gentlemans Extraordinaires. Rien à redire devant la qualité de cet album : enfin une bande-dessinée française qui sort des sentiers battus. Cela fait vraiment du bien…
Deuskin - Mythologica
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