« Né dans cette Vendée qu'on dit profonde et sur laquelle l'histoire a jeté un voile d'oubli, voire d'opprobre, je ressentais depuis longtemps, depuis toujours ?, le besoin de me plonger dans son passé. L'incontournable retour aux sources ? La sacro-sainte quête des racines ? Je le vois plutôt comme une forme d'hommage aux miens, paysans depuis des siècles et semblant ployer sous le poids d'une malédiction. Je décelais, chez ces hommes et ces femmes, une peur ancienne qui les maintenait dans la résignation, dans la volonté farouche de se fondre dans le décor. Ils étaient les maudits de l'histoire moderne, mille fois maudits, eux qui furent exterminés au nom des idéaux, eux dont les maisons furent totalement détruites, eux que les anciens livres d'histoire présentaient comme des sauvages rétrogrades et manipulés par les prêtres. J'ai moi-même parlé le patois méprisé par les gens de la ville et combattu par les instituteurs, et j'ai tenté d'explorer le traumatisme, à ma façon, sans prétendre réécrire la grande histoire - laquelle, d'ailleurs, est une dépouille que se disputent les charognards de tous bords.
Mon propos n'est pas de prendre parti pour les uns ou les autres, mais de refaire un bout de chemin en compagnie des ancêtres et de quelques figures historiques. De regarder sans concession blancs et bleus, avec leurs contradictions, leurs faiblesses et leur grandeur. De restituer leur complexité, leur richesse, leur langue. De les aimer, tout simplement, en saupoudrant le tout d'une pincée de légende. Les légendes, me semble-t-il, éclairent l'âme humaine tout autant que l'histoire. À chacun sa façon de rendre ses devoirs de mémoire. »
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| Pierre Bordage en sucre |
Prix Charette 2007 |
Le prix Bob Morane 2010 dans la catégorie "roman traduit" a été décerné à: