L'atalante éditions
Accueil | Auteurs | Bordage
Commande librairie Logo caddie
  • auteurs

  • Entretiens
Entretien Usbek&Rica, 19ème éditions des Utopiales

« Même dans les situations désespérées, j'essaie toujours de garder un certain optimisme »

Son goût pour le mysticisme, son rapport au corps, sa nouvelle série d'heroic fantasy, son éditeur historique... À l'occasion de la 19ème édition des Utopiales, nous avons pris le temps de discuter avec l'écrivain français de science-fiction Pierre Bordage, qui a déjà une quarantaine de livres derrière lui.

Ici, à Nantes, tout le monde le connaît. C'est un peu comme s'il avait lui-même érigé les murs de la Cité des Congrès, cet immense espace qui accueille chaque année les Utopiales, plus grand festival de science-fiction européen. Une poignée de mains, un clin d’œil, un sourire malicieux : Pierre Bordage est ici en terrain conquis, avec les visiteurs et les fidèles lecteurs comme avec les organisateurs du festival. « Il faut dire qu'après dix-huit années passées à sillonner les travées des Utopiales, on commence à connaître tout le monde », confie, presque gêné, celui qui a été la tête pensante du festival pendant ses premières années.

Avec plus de 40 ouvrages au compteur, dont des succès comme Les Guerriers du Silence, Wang ou Ceux qui sauront, Pierre Bordage apparaît aujourd'hui comme l'un des auteurs majeurs de la « nouvelle » science-fiction française, ce courant qui a relancé le genre dans l'hexagone après une longue période d'hégémonie des auteurs anglo-saxons. Nous avons profité de la présence aux Utopiales de l'écrivain prolifique pour échanger avec lui sur ses livres les plus récents : la série d'heroic fantasy Arkane (dont le tome 2, La Résurrection, vient d'être publié  aux éditions Bragelonne) et Échos dans le temps (J'ai lu, 2017). Mais aussi pour parler de son rapport au corps, de mysticisme et de sa maison d'édition de toujours, L'Atalante.

Usbek & Rica : Vous êtes un habitué des Utopiales depuis le début des années. Vous avez même été président de ce festival entre 2000 et 2011, avant de laisser la main à Roland Lehoucq. Pourquoi êtes-vous tellement attaché à ce rendez-vous ?

Pierre Bordage :
Je ne me pose même pas la question : chaque année, je réserve mon début de mois de novembre aux Utopiales. C'est l'opportunité de rencontrer mes contemporains. Depuis quelques années, un pôle scientifique composé de chercheurs et d'ingénieurs s'est développé, ce qui permet de faire se croiser les auteurs qui imaginent le futur et les scientifiques qui le concrétisent. C'est aussi une occasion pour rencontrer mes lecteurs, et en particulier ceux qui ne peuvent pas se déplacer dans les salons du livre. En plus, le festival se déroule dans la ville où j'ai grandi et où sont nées mes premières inspirations, ce qui resserre encore les liens affectifs entre Les Utopiales et moi.

« J'aime l'idée que le corps soit notre seul bien ici-bas, et qu'il faille vivre avec, malgré toutes ses contraintes »

Cette année, le thème du festival était « le corps », sous toutes ses formes. Dans vos romans celui-ci se retrouve souvent modifié, altéré, meurtri, augmenté. En quoi le corps est-il une porte d'entrée intéressante pour l'écrivain que vous êtes ?

Le corps, c'est notre véhicule sur cette Terre. C'est notre voiture, notre vaisseau. Il est très important car c'est lui qui nous permet de vivre dans la matière et d’expérimenter, avec toutes les limitations que cela impose. Le corps me pousse à beaucoup réfléchir, notamment sur l'identification et l'attachement qu'on peut avoir à celui-ci, alors que nous savons pertinemment que nous allons le perdre un jour. Le transhumanisme arrivant, peut-être qu'on transférera un jour nos données mémorielles dans un nouveau corps, mais je ne suis pas certain que ça soit souhaitable. J'aime l'idée que le corps soit notre seul bien ici-bas, et qu'il faille vivre avec, malgré toutes ses contraintes.

Vous dites souvent que le mysticisme transcende vos œuvres et votre vie. Vous avez notamment déclaré : « Je ne suis pas  l'auteur de mes livres mais plutôt l'hôte qui accueille l'histoire qui passe à travers moi. » Qu'entendez-vous par là exactement ?

Quand une idée de livre m'arrive, je la laisse se développer un peu à l’intérieur de mon esprit et, à un moment, elle demande à sortir. Comme je ne fais pas de plan, que je ne prévois pas grand chose, c'est le livre qui s'écrit alors à travers moi. Je laisse toujours l'histoire se déployer et prendre le contrôle. Elle se nourrit de moi, de ma chair, de mon sang et de tout ce que j'ai vécu, mais il y en a une part qui m'échappe complètement et qui me dépasse. Je suis toujours surpris de la tournure que prennent mes livres, comme si je n'avais pas vraiment de responsabilité dans leur écriture. J'ai déjà essayé de maîtriser complètement la chose en travaillant d'une façon plus classique, mais au bout dune soixantaine de pages, j'avais l'impression de tuer mon histoire, de la rendre inintéressante par un dirigisme trop prononcé. Il m'arrive souvent d'aller me coucher le soir sans savoir ce que mes personnages vont devenir le lendemain. Parfois, la solution arrivera pour eux de façon inattendue ou au prix d'un sacrifice imprévu. Je laisse mes personnages vivre leur vie et évoluer au gré de mes inspirations.

« Je ne souhaite pas que notre société s'effondre, même si je pense qu'il faudrait un changement brutal pour la préserver »

Dans Échos dans le Temps (J'ai lu, 2017),  un de vos personnages, qui vient du futur, dépeint un monde peuplé de seulement 1 milliard d'habitants, dans lequel la société s'est effondrée pour laisser place à une humanité augmentée et fortement divisée. Pour vous, l'effondrement de notre civilisation est-il une perspective crédible ?


Le sort de la planète se joue à chaque instant. Et pourtant, les dirigeants pensent beaucoup trop à leur réélection et brossent la population dans le sens du poil en disant : « Ne vous inquiétez pas, on va consommer ». On parle tout le temps du pouvoir d'achat mais il faut commencer à tenir un autre discours, un discours d'urgence. Sinon, la prise de conscience des populations risque d'être très douloureuse quand les premiers signes concrets de l'effondrement vont arriver. Il y a eu des informations assez alarmantes récemment, mais nous sommes pris dans la consommation à outrance. Alors que faire ? J'aimerais que l'effondrement n'arrive pas, même s'il semble inévitable au regard de notre inaction. C'est pour ça que j'ai essayé, dans Échos dans le Temps, de proposer une vision pessimiste du futur pour tirer la sonnette d'alarme.  Je ne souhaite pas que notre société s'effondre même si je pense qu'il faudrait un changement brutal pour la préserver. J'essaie toujours de garder un certain optimisme, même dans les situations désespérées. Cela fait de moi un collapsologue humaniste, j'imagine (sourires).

« Aujourd'hui, l'heroic fantasy est plus centrée sur l'humain, sur un processus de réenchantement du monde »

Arkane, votre dernière série, se déroule dans un univers d'heroic fantasy, très loin des romans d'anticipation et des space operas auxquels vous êtes habitués. Pourquoi ce choix ?


Peut-être qu’inconsciemment, j'essaye de voir si les archétypes peuvent nous apporter des solutions dans le futur. Je suis un fan des travaux de John. W  Campbell ou de Robin Hobb et des auteurs d'heroic fantasy qui essaient de se renouveler et d'apporter une nouvelle dimension au genre. Il y a là ce refuge qui permet de s'oublier, ou de revenir aux fondamentaux. On trouve souvent la fantasy réac', mais je ne pense pas que ce soit le cas. Je pense qu'elle a profondément évoluée et que maintenant, on est plus centré sur l'humain, sur un processus de réenchantement du monde. Ces dernières années, on constate une progression importante des œuvres dystopiques et, malgré leurs qualités, je trouve ça décourageant. Quand je regarde des films de Frank Capra qui sont un peu optimistes, ça me fait du bien. Dans les année 1930-1940 , le monde était encore enchanté, mais les guerres et les divisions ont achevé cette joie de vivre. Donc je pense vraiment que l'heroic fantasy peut être un bon moyen de se détacher un peu de tout ça. En tout cas, personnellement, ça me libère !

L'Atalante, votre éditeur historique, fête cette année ses 30 ans. Vous êtes intervenu aux Utopiales pour parler de cet anniversaire. Pourquoi êtes-vous si attaché à cette maison ?

L'Atalante a publié mon premier livre (Les Guerriers du Silence, ndlr) en 1993, huit ans après son écriture. Après des années de galère, cette maison d'édition m'a lancé et permis de vivre de ma passion. Au début des années 1990, les éditeurs ne publiaient jamais d'un bloc les ouvrages de science-fiction française de plus de 188 pages. C'était donc une chance pour moi de voir mon livre présenté dans son intégralité, dans une édition de 700 pages. Ce premier pas a ouvert la porte à d'autres auteurs français comme Serge Lehman, Laurent Genefort ou Roland C. Wagner, qui ont pu voir leurs œuvres publiées en grand format et connaître enfin le succès qu'ils méritaient. Le public a suivi, et l'Atalante a montré qu'il ne fallait pas forcément être américain pour être un auteur de science-fiction qui fait vendre. Donc fêter leurs 30 ans ici, aux Utopiales, c'est un bon moyen de boucler la boucle et d'apporter toute la reconnaissance que cette maison d'édition nantaise mérite, après toutes ces années.
  • Collections
+
Comme un accordéon
Sciences humaines
+
Insomniaques et ferroviaires
Roman noir et policier
+
La Dentelle du Cygne
Science-fiction et fantastique
+
+
Romans, etc.
Littérature, cinéma, peinture
+
Flambant 9
Bandes dessinées
+
Le Maedre
Littérature jeunesse
+
+
  • Les internautes vous conseillent
Livre9
Je m'en rappelle - 579 impressions marseillaises
Serge Valletti
Livre9
Un roman de quartier
Francisco González Ledesma
  • Newsletter
        Inscription newsletter
  • À la une
+
En février, Lazare en guerre à prix réduit en numérique
Posté 12 février 2019 -

Le premier tome de "La Guerre sans fin", Paria, sort dans moins de deux semaines ! À cette occasion, nous vous proposons de découvrir "Lazare en guerre" à prix réduit en numérique.
Sur Kobo, sur Emaginaire, sur Amazon et partout ailleurs.

lazareenguerre499.jpg
+
Johan Heliot à la Foire du livre de Bruxelles
Posté 12 février 2019 -
Le samedi 16 et dimanche 17 février, venez rencontrer Johan Heliot à la Foire du livre de Bruxelles.
Il sera en dédicace le samedi à 17h et le dimanche à 11h, 16h ainsi que 17h30.
Le dimanche à 16h, il interviendra lors de la table ronde : Frankenstein, le mythe est vivant.
 
heliot_3.jpg frankenstein_1918_s.jpg
+
L’Atalante, 30 ans au compteur
Posté 11 février 2019 -

« Au départ une petite librairie de 15m2 spécialisée dans le cinéma au cœur de la ville de Nantes. Puis la librairie s’agrandit et devient édition, et du cinéma passe à l’imaginaire et à la science-fiction. C’est d’abord un catalogue étranger, dont une prise de guerre qui lui permet de se consolider : Terry Pratchett et sa saga du Disque-monde. Puis peu à peu des auteurs français, et non des moindres : Pierre Bordage avec sa trilogie des Guerriers du silence, Roland Wagner, Serge Lehman et maintenant Catherine Dufour. En 30 ans, L’Atalante est devenue l’un des piliers de la SF en France. C’est son anniversaire que nous fêtons aujourd’hui. »

Nicolas Martin, La Méthode scientifique sur France Culture – 26/01/2019

Écoutez l'émission

 franceculture.png

+
Manuscrits
Posté 21 janvier 2019 -

Et la session de l’an passé ?

En 2018, nous avons reçu 885 manuscrits lors de l’ouverture de notre session annuelle de janvier, changement de méthode dont nous sommes satisfaits. Nous y avons trouvé une plus large proportion de fantasy (50 %) que de science-fiction (40 %) et assez peu de fantastique (10 %), sans compter les inclassables…
Plusieurs textes nous ont semblé prometteurs, mais souvent il leur manquait un petit quelque chose pour être publiables. N’hésitez pas à persévérer, à retravailler vos textes ou à en écrire d’autres. Faites-vous plaisir, surtout.
Un dernier conseil, le plus important selon nous : lisez ! Inspirez-vous, baignez dans les récits de vos prédécesseurs. Pierre Bordage, Michael Moorcock, Guy Gavriel Kay, Orson Scott Card, Ursula K. Le Guin, Jean-Marc Ligny, Becky Chambers pour n’en citer que quelques-uns. Il y a l’embarras du choix.

Lors de cette session, merveille !, nous sommes tombés sur une pépite. Il s’agit d’un roman de fantasy historique revisitant un mythe soufi. Il nous emmène en terres franques, en Syrie et en Irak. L’écriture de l’autrice est bouleversante tant par son érudition sur le sujet que par sa galerie de personnages fabuleux, tous uniques et ancrés dans leur époque et leur culture. Nous sommes heureux de bientôt publier L’Appel des Quarante, le premier opus de "La Rose de Djam", par Sandrine Alexie
   retoursur2018_manuscrits_2019_s.jpg
+
L'Atalante
Posté 21 janvier 2013 -

fb_logo.png twitter_logo.png insta_logo.png pinterest_logo.png

Toute l'actu
No database selected