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Ligny - Semences - Naufragés volontaires
Posté 14 avril 2016 -

 Bien moins sombre que le précédent "Exodes" et bien plus loin dans le temps que celui-ci, ou le premier "Aqua TM", "Semences" nous emmène sur la route à la recherche d'un paradis perdu. Dès le début, le lecteur sait que celui-ci n'existe pas. Le roman s'ouvre d'abord sur un prologue qui nous raconte la vie de Natsume au Groenland. Celui-ci décide de quitter sa tribu inuit après la mort de sa soeur. Celle-ci est mort à cause d'une maladie tropicale transmise par les moustiques. Malheureusement pour lui, la tribu inuit ne le croit pas car pour elle la magie est suffisante pour faire fuir les mauvais esprits. Ayant observé l'arrivée de fourmite sur leur île, Nao est déterminé à découvrir d'où elles viennent.

En route vers le Sud, c'est sur la côte, à côté de la caverne de la tribu de Nao et Denn qu'il vient mourir. Juste avant, il a le temps d'échanger quelques mots avec Nao et Denn, de tenter de se faire comprendre. Ceux-ci, se fiant à son foulard, décide de partir vers le Nord, à la source du paradis terrestre représenté par le foulard de Natsume. Mais Nao et Denn se leurent, leur espoir est vain. Néanmoins, c'est un espoir et sur cette base ils se mettent en route vers un nouvel avenir.

En chemin, ils vont croiser les tribus du désert, une cité des Âges Sombres habitée et en voie de reconstruction, etc. La route est longue et pavée d'embuches pour arriver au Groenland, mais elle offre de nombreuses rencontres . En route se tisse un lien amoureux entre Denn et Nao. Voué à se marier dès leur retour dans la tribu, l'un comme l'autre se voyaient comme frère et soeur. Mais chemin faisant et leurs hormones s'y ajoutant, il naît quelque chose entre eux que la relation physique ne fera qu'améliorer. Là-dessus, Jean-Marc Ligny s'éternise un peu. La découverte de l'un et l'autre se fait en pleine innocence, sans tabous et avec une effervescence qui gêne parfois leur entourage d'ailleurs. Cela en est parfois amusant mais pour eux, il n'y a plus aucune religion offrant un tabou sur le sexe et le plaisir. Leur religion à eux, c'est celle de Mère Nature qui a remplacé ce tabou par un autre : celui de la technologie.

Pourtant, celle-ci les fascine. On la retrouve dans les objets de Natsume, ces objets que Denn et Nao ont emporté avec eux. De son côté Nao a emporté une partie de la colonie de fourmites de leur tribu. Via le lien symbiotique qui les lie à Nao, les fourmites apportent régulièrement leur aide à Nao et Denn. Mais in fine, ce qui se révèle tout doucement, c'est que ces fourmites sont plus adaptées que l'homme à l'état actuel de notre terre. Comme si après l'ère des hommes venait l'air des insectes.

"Semences" est la continuité de "Aqua TM" et "Exodes". Il n'en a hélas pas la même force. Pourquoi ? D'abord parce que le roman est moins sombre. Il faut bien avouer que dès qu'il y a une forte teinte de noir, au mieux ça marche. Cela doit être du à la mauvaise propension de l'homme à tout mettre au noir ? Néanmoins, "Semences" est un bon livre et j'ai aimé lire ce livre. On y fait un voyage digne d'un roman de Pierre Bordage. Ces deux jeunes humains, Denn et Nao, offre une vue plus positive de la vie. Leur parcours est positif. Il cherche un eden inexistant mais il cherche un avenir plutôt que de fuir des événements sombres. Cela dit, ils quittent quand même une tribu moribonde dont la consanguinité pousse vers la dégénérescence.
Par l'âge de ses personnages et par son aspect plus positif, "Semences" pourrait se classer dans le young adult. On peut aisément le conseiller à un public adolescent qui d'ailleurs se retrouvera sans doute également dans la découverte de la sexualité de Denn et Nao.

Bref, "Semences" reste un bon livre bien que moins bon que les deux précédents. Mais est-il possible de faire aussi bien que "Aqua TM" ? Etait-il possible et nécessaire de faire plus sombre encore que "Exodes" ? L'intérêt ici est plutôt d'offrir une vision plus positive, celle d'une possible renaissance de l'humanité, tout en montrant ce vers quoi nous pouvons arriver si l'humanité continue à agir de ma inconsidérée avec les ressources naturelles. Une bonne lecture pour ma part.

Naufragés Volontaires

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Ligny - Aqua TM - Actusf
Posté 14 décembre 2009 -

[Jean-Marc Ligny] montre en tout cas à quel point il sait désormais écrire des livres ambitieux avec plusieurs lignes de narrations et sur des centaines de pages. Ambitieux, AquaTM l’est bel et bien. Un portrait passionnant d’un monde totalement bouleversé. Car vous l’aurez sans doute compris, au-delà de l’intrigue, AquaTM est un roman qui dénonce, et qui questionne. Le dérèglement du climat, l’échec des politiques occidentaux, la force de l’Asie, la toute puissance des multinationales, l’abandon de l’Afrique, la montée des extrémismes de tout poil...

Le background mis en place par Ligny est plein d’images saisissantes. On est pris par ce tableau un peu catastrophique du futur d’où surgit une lueur d’espoir. AquaTM est un excellent roman, ambitieux, profond et jouissif. De l’excellente SF !

 

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Ligny - Aqua TM - Elegy
Posté 14 décembre 2009 -
   Le futur que dépeint ici J-M Ligny est effrayant, car il est presque "évident", destin immuable vers lequel notre monde autodestructeur semble nous entraîner. Aqua est un thriller noir à souhait, et qui pourtant vous donne envie d'aller faire des roulades dans les champs, pendant qu'il est encore temps...
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Ligny - Aqua TM - Lecture Jeune
Posté 14 décembre 2009 -

   On ne s'ennuie jamais à la lecture de cet épais roman, avec ses trois axes narratifs répartis sur trois continents ( Afrique, Europe, Amérique du Nord) et ses nombreux personages finement caractérisés. Ce livre épais, mais divisé en courts chapitres, à l'intrigue bien construite et aux fréquents rebondissements. Très bien documenté mais aucunement pédant.   

   Cette somme à l'écriture fluide, poétique par moments, mérite largement le prix Bob Morane 2007 qu'elle vient de recevoir. Même si elle semble pessimiste sur l'avenir de l'homme, elle ne peut laisser indifférent celui qui accepte de s'y plonger!

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Ligny - Aqua TM - Noosfere
Posté 14 décembre 2009 -
     Jean-Marc Ligny nous offre là l'un de ses meilleurs romans, l'un de ses plus aboutis, un thriller captivant, écrit dans un style incisif et épuré. En une succession de brefs chapitres qui se succèdent à toute allure, sans aucun temps mort ni aucune scène superflue, il brosse un portrait effrayant et pourtant humaniste des lendemains à venir, un tableau très documenté et saisissant de réalisme. L'accumulation des données climatiques, sociologiques ou géopolitiques s'intègre parfaitement au récit, sans peser sur sa dynamique survoltée ni sur la psychologie des nombreux personnages — aucun d'entre eux ne s'avère exagérément simpliste ni caricatural.
     Au sein de cette fresque visionnaire, Ligny introduit en outre quelques ingrédients fantastiques, issus de la sorcellerie africaine mais aussi de l'esprit d'un autiste. On pourrait craindre que le surnaturel vienne amoindrir la crédibilité de l'ensemble, mais il la rehausse plutôt, grâce à un mélange subtil et parfaitement équilibré de tous ces composants disparates.

     Bref, voilà un gros pavé de quelques 730 pages qui se dévore sans peine ni ennui, en soulevant mille questions pertinentes sur notre environnement et sur son avenir. Du grand Ligny !

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Ligny - Aqua TM - Phosphore
Posté 14 décembre 2009 -
Écrit au présent, un roman dense et puissant comme une tempête de sable. Terrifiant.
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Ligny - Aqua TM - Présences d'Esprits
Posté 14 décembre 2009 -

    Un de ses livres les plus aboutis. Un roman ambitieux qui mélange aventure et anticipation sociale. Le lecteur est très vite captivé par le portrait d'un monde qui demain pourrait être celui de nos enfants. Aqua TM est un roman engagé  qui dénonce les dérives religieuses, l'échec des politiques occidentales, le pouvoir grandissant des multinationales, et qui pose des questions graves.

    Le tableau semble très sombre, mais l'espoir n'est pas absent du livre, grâce à certains personnages qui incarnent des valeurs d'entraide et de partage.

    Un excellent livre, qui se dévore du début à la fin. Les chapitres courts et intenses donnent du rythme au récit. Un grand livre de SF.  

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Ligny - Aqua TM - RTBF
Posté 14 décembre 2009 -
Un roman intense et bien documenté, une science-fiction qui atteint deux objectifs : délasser et faire réfléchir!
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Ligny - Aqua TM - Science & Vie Junior
Posté 14 décembre 2009 -
Un roman à mi-chemin de la sience-fiction et du thriller politique et social. Passionnant!
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Ligny - AquaTM - Imaginelf
Posté 01 février 2010 -

   Comment passer à côté de ce roman, récompensé à de multiples reprises en 2007, à l’heure de la conférence de Copenhague ? La première partie du roman est particulièrement effrayante. En suivant ceux qui deviendront les protagonistes de cette histoire, l’auteur emmène son lecteur pour un voyage autour du monde sous des tempêtes d’eau en Hollande, dans des déserts morts en Afrique, sous une tornade aux Etats-Unis, dans des camps de réfugiés (ou de survie) en Allemagne. C’est à chaque étape un véritable choc, les hommes sont livrés à eux-mêmes, luttant pour leur survie quand certains privilégiés se mettent à l’abri dans des enclaves protégées, l’écart de richesses n’ayant jamais été aussi important et la maladie ou l’insécurité jamais aussi présentes. Le récit se concentre par la suite sur cette petite nappe phréatique au Burkina Faso, pays parmi les plus pauvres, oublié depuis longtemps du reste du monde. La lutte s’engage entre une grande entreprise américaine qui revendique les droits d’exploitation et le gouvernement Burkinabé qui trouve de l’aide auprès d’une ONG qui envoie du matériel de forage. Chacun s’estime dans son bon droit et les coups bas ne tardent pas à pleuvoir. A tout cela se mêle un peu de magie, la connaissance ancestrale africaine, le Bangré, s’opposant au Mal Absolu, d’abord difficilement identifiable. Parfois le lecteur pourra se demander ce que vient faire cette touche de fantastique dans ce monde rattrapé par une réalité plus dure et palpable que jamais. Cependant, cet élément permet de faire le lien entre deux peuples, deux conceptions, deux forces, pour mener logiquement vers une fin un peu pâle par rapport au début du livre, mais honnête pour l’intrigue. La force d’AQUA™ réside dans la crédibilité de ce monde presque apocalyptique. Le réchauffement global, la remontée en Europe de maladies africaines comme le paludisme, la prise de conscience tardive des entreprises qui ne travaillent à une solution que quand elle peut être rentable, en oubliant les plus démunis, le détachement à la réalité suite à un enfermement sur soi, le malaise des populations à subir des pressions climatiques et sociales. Bref, ce monde semble atrocement réel et si la dégradation des climats est bien exponentielle, cette vision à vingt ans de notre futur pourrait bien ne plus être « vulgaire » fiction. Malgré des passages un peu plus faibles, comme la fin, AQUA™ est une lecture indispensable, pour l’environnement qu’elle dépeint ainsi que pour les hommes qu’elle met en scène. Désabusés, défaitistes, démissionnaires, égoïstes, drogués ou au contraire battants, plein d’espoir, amoureux, solidaires, aucune facette de l’humanité n’est épargnée et les héros ne sont pas exempts de sentiments de doute et de renoncement. Plus qu’un récit d’aventure, AQUA™ est le récit de l’humanité, un cri d’alerte avant qu’il ne soit trop tard. A moins qu’il ne s’agisse d’un triste constat sur ce qui attend le monde ces prochaines années.

Left, imaginelf.com, 14 decembre 2009.

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Ligny - Aqua TM - efelle.canalblog.com
Posté 01 mars 2010 -

Avec Aqua TM, Jean-Marc Ligny signe un pavé de 730 pages qui se lit très bien, à la narration bien maîtrisée. Après un début assez désespéré, la narration distille des bribes d’espoir en dépeignant les modes de vie des différents peuples du désert. L’ensemble est prenant, l’auteur réussissant à instiller quelques pointes d’humour à un tableau globalement très noir. Le trait manque parfois de nuance mais constitue néanmoins un récit très sympathique mêlant mysticisme et prospective géopolitique sur fond de thriller.

efelle, 27 février 2010, efelle.canalblog.com

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Ligny - Mal-Morts - Imaginelf
Posté 25 octobre 2010 -

Une œuvre à destination des plus jeunes

Mal-Morts est un roman résolument jeunesse et en contient tous les bons ingrédients. Les lecteurs n’auront pas de mal à s’identifier à la jeune Élodie, dont les réactions de rébellion, le langage et autres caractéristiques en font une adolescente criante de vérité. Cependant, le récit a tendance à ne pas s’adresser au lecteur plus mature, comme le confirment les nombreux clichés qui parsèment l’œuvre. Compréhensibles pour un roman qui s’adresse aux plus jeunes, ils peuvent néanmoins dérouter. Les personnages rencontrés sont ainsi caricaturaux, grands méchants qui mettent Élodie en danger ou super copines (adultes) prêtes à tout pour la sauver, au milieu de parents complètement largués.Ceci n’est pas nécessairement un défaut, juste un avertissement sur la façon dont la lecture doit être abordée pour ne pas décevoir des attentes. Mal-Morts reste un roman jeunesse bien construit pour le public auquel il s’adresse.

Un conte noir, une métaphore

Le roman présente une part intéressante de noirceur qui se mêle bien à la légèreté de l’ensemble. Celle-ci se arrive bien sûr sous la forme des fantômes qui harcèlent Élodie ; les scènes d’attaque sont bien décrites, la fillette n’est pas épargnée et certains passages sont assez douloureux. La descente aux enfer de l’adolescente doit également beaucoup à des personnes qui l’entourent, par incompréhension ou méchanceté. Il est dommage que les institutions psychiatriques soient décrites avec autant de clichés, mais ces caricatures n’apparaissent pas non plus comme un jugement sur la réalité et constituent un ressort narratif qui crée une très bonne ambiance d’angoisse.Mal-Morts est une métaphore du mal-être adolescent, un conte qui emmène Élodie sur différents chemins de douleur avant de lui proposer une alternative, en semant sur son chemin des personnes qui l’aideront à s’apprivoiser elle-même et sa malédiction.Un style qui capte malgré une certaine naïveté.

Mal-Morts est un roman qui se dévore, Jean-Marc Ligny entraîne avec aisance grâce à son écriture fluide. Le style est foncièrement naïf, collant au domaine très jeunesse de l’œuvre. Ce ton gentillet pourra laisser certains lecteurs de côté mais saura attendrir les autres, qui verront leur côté midinette (mais oui messieurs, même vous) fondre devant les souffrances et les romances vécues par la jeune fille. Les rebondissements s’enchaînent de façon logique, rigoureuse et rythmée à la fois, jusqu’à une fin qui pourra laisser perplexe, aussi faudra-t-il peut être se contenter du souvenir de ce qui précède pour se faire une idée du roman.Chaque lecteur aura une approche différente de Mal-Morts qui lui permettra d’apprécier ou non ce conte gentillet qui traite de façon sympathique ce dur moment de la vie qu’est l’adolescence. Pour ceux qui arriveront à se laisser entraîner, nul doute que le plaisir sera au rendez-vous, car Jean-Marc Ligny sait décidément capter son public.

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Ligny - Mal-Morts - Ifisdead
Posté 02 novembre 2010 -

[…]Entre incompréhension et tourments, on comprend très vite que l'histoire d’Élodie incarne parfaitement ce dur passage qu’est l’adolescence. Le fait que ses luttes soient plus importantes lorsqu’elle a ses règles l’indique tout autant. Alors évidemment, nous sommes dans une sorte de conte initiatique, qui n’ira pas sans quelques clichés, notamment au niveau des parents, bornés et qu’on aurait très envie de baffer. De même pour les amis d’Élodie, gentils, presque un peu trop.

Cependant pour un livre jeunesse, c’est du très, très, bon. Il est aisé de s’identifier à l’héroïne, on est tous passés par la, les fantômes en moins. On évite l’héroïne tête à claques et la majorité des clichés. On échappe aussi à l’aseptisation. En effet, des thèmes forts sont abordés, la mort évidemment, mais aussi l’anorexie, le viol et autres sujets graves, souvent écartés des romans jeunesse, à tort, car on est très vite en age de le comprendre. Évidemment, ces thèmes sont abordés avec une certaines pudeur, ils donnent cependant un coté plus sérieux et plus grave au roman. Une raison de plus pour le conseiller.

Le coté psychiatrique m’a aussi fortement intéressé, j’aime tout particulièrement les histoires qui se déroulent dans ce milieu, je trouve cela fascinant. Bon évidemment, on ne dresse pas forcément un portrait tout rose des institutions psychiatriques, mais cela ne m’a pas semblé trop caricatural. L’histoire a réussi à me surprendre quelques fois, et pourtant ce n’étais pas gagné.

[…]

Au final, c’est un roman qui ne m’a pas déçue, et qui est à la hauteur de sa superbe couverture. Je le conseille à toutes les tranches d’ages aimant le Fantastique. Bien que le personnage principal soit une fille, je pense ce livre susceptible de plaire aux garçons aussi. Et si vous avez une sœur ou une cousine à qui vous ne savez pas quoi offrir, alors Mal-Morts sera le cadeau idéal, accessible et sérieux, c’est de la littérature jeunesse de haut niveau. D’autant que le prix des romans jeunesse des éditions l’Atalante est très attractif, et c’est à souligner.

Lire l'intégralité de l'article.

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Ligny - Mal-morts - Choisir un livre
Posté 19 novembre 2010 -

Ce roman broché, composé de 50 chapitres, offre une histoire au scénario pour le moins atypique. L'héroïne souffre d'un mal étrange et inquiétant qui l'isole de tous ; sauf, tardivement, d'Orfan, son idole, un chanteur adulé. Le texte est souvent sombre, car Elodie a du mal à comprendre et à accepter ce qui lui arrive et l'incompréhension de ses proches. Les personnages sont denses et suscitent beaucoup d'interrogations, à défaut d'empathie. Entre réalité et fiction, le récit, qui fait souvent état des menstruations de la jeune fille, se lit avec une certaine curiosité à laquelle se mêle un brin de confusion. Les dernières pages, qui laissent le lecteur sur sa faim, témoignent de l'étrange saveur qui émane de ce recueil.

COP

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Ligny - Aqua - Tous les livres
Posté 15 février 2011 -
Un pavé de 730 pages très agréable à lire, je sais, je tarde à vous donnez mes impression sur ce livre, et bien maintenant c'est fait.
C'est un livre assez sombre qui se plonge dans notre avenir, notre terre en 2030... Ce que nous allons devenir si nous n'arrêtons pas de tout détruire, nous les hommes!!!
Jean-Marc Ligny a su nous faire voir toutes les facettes de cette catastrophe planétaire, aussi bien coté européen que du coté USA tout en restant avec ce point central qui est l'Afrique et le manque d'eau.
Je suis passée par plusieurs phases avec ce livre, déjà par le fait que ça peut nous arriver, puisqu'on y va droit dedans et par la réalité des choses. Le froid dans le désert. La chaleur étouffante de la route. Je m'y croyais dans cet oasis très verdoyant et frais... mais à coté de ça, j'ai vécu la lecture de ce livre comme un grand film, il m'a emporté avec ses chapitres très rapides et la triangulation des actions et des ponts de vies différents. Un livre qui va vite très vite !!! [...]
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Ligny - Mal Morts - Lecture Jeune
Posté 19 avril 2011 -

Avec ce titre intriguant, Jean-Marc Ligny centre son récit sur la source du mal dont souffre l'héroïne, Elodie, une jeune adolescente « pas comme les autres ». Ces mal-morts (fantômes d'accidentés, d'assassinés, de suicidés...) hantent, à l'insu de tous, le monde des vivants et s'attaquent à toute personne vulnérable pour lui pomper sauvagement son énergie vitale. Elodie est une de leur proie depuis longtemps, mais elle a réussi à ne pas succomber. A ce combat épuisant et apparemment désespéré s'ajoute celui – fort courant dans les romans pour adolescents – qui l'oppose à ses parents qui internent finalement leur fille dans une clinique psychiatrique. Cet événement central déclenche chez l'adolescente des désirs de fugue, des sentiments de solitude, d'angoisse et d'incompréhension.

Assez noir par certains thèmes évoqués avec retenue (l'anorexie, la tentation du suicide, la mort), le récit est tempéré par la chaleur d'amitiés inattendues, la présence de la musique et une passion pour un chanteur comme en rêvent nombre d'adolescentes ! Cette petite touche de mièvrerie après beaucoup de tension n'altère pas la qualité du roman. Jean-Marc Ligny ne donne pas seulement la parole à Elodie mais multiplie les points de vue. Jouant sur une tension entre psychiatrie et fantastique, il évite les clichés fréquents dans les livres de fantômes. Au fil de ce livre à l'écriture fluide, le lecteur adolescent (surtout pas trop jeune) s'attache à une héroïne émouvante et peut laisser courir son imagination après un dénouement surprenant.


Marie-Françoise Brihaye - Lecture Jeune n°137

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Ligny - Mal-morts - Livrement
Posté 06 octobre 2011 -

Depuis ses plus lointains souvenirs, Elodie sait qu’elle a combattu toute sa vie les mal-morts. Ces esprits des morts n’ayant pas trouvé le repos, errent sur terre et aspirent l’énergie et donc la vie d’Elodie. Malheureusement, des morts, il y en a à tous les carrefours et Elodie a bien du mal à résister à leur emprise. Ses parents, terrorisés par le comportement d’Elodie la croient folle. Sa psychothérapie ne semble pas fonctionner, ils emploient donc les grands moyens et conviennent d’un séjour dans un établissement psychiatrique contre son gré. La clinique étant gérée par une ramasseuse de fric, Elodie part en soins intensifs. Sans l’aide de Mathilde et de Sandra, elle aurait rendu l’âme. Malheureusement, de nouvelles épreuves arrivent bien trop vite…

On éprouve beaucoup d'empathie pour notre petite héroïne, Elodie. Chétive, oisillon et très très mince, Elodie a de gros soucis dans la vie : les morts. Non seulement ce n’est pas un passe-temps pour le moins agréable mais là dessus, il faut aussi qu’elle se batte contre les incompréhensions de ses propres parents. Et à cet âge-là, on a déjà bien assez de mal à se concentrer sur soi et à essayer de s’assumer. Notre héroïne nous touche par son combat, son envie toute simple de vivre. L’identification à l’héroïne est assez aisée, on souffre pour elle. Cet aspect est renforcé également par la présence des mal-morts : ces fantômes ne cessent de la séquestrer et sincèrement, ils représentent une des composantes principales de notre intérêt quant à l’histoire.
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Cependant, au cours du récit, elle potentiellement le cliché ’un certain type de jeunes filles au moment où elle tombe sur une affiche de concert de son groupe fétiche Orfan. Que ce soit dans la description des papillons dans le ventre, de son projet de faire de la musique ou même de rencontrer son idole – si facilement – diminue notre contentement « littéraire ».
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Dans la sphère d’Elodie, évoluent ses parents Charles et Nicole. Il leur est extrêmement difficile de la comprendre, surtout quand il faut appréhender le concept de morts voleurs de vie, et pas n’importe laquelle, celle de leur fille. Bien qu’ils ne veuillent que le bien de cette dernière, ils s’y prennent plutôt mal. L’autre pendant est représenté par Sandra, une policière tout fraichement sortie de son école qui retrouvera Elodie dans un piteux état allongée dans un caniveau. Mathilde est l’infirmière en chef et le bras droit de la psychologue et gestionnaire de la clinique des Tilleuls, femme façon « roc », elle n’en demeure pas moins avec tout plein de sensibilité dans le dedans.

L'atmosphère relativement sombre, un peu glauque où le désespoir règne est très bien rendue. L'utilisation du fantastique est judicieuse pour souligner le mal être de l’adolescente. Malgré cette bonne idée, l’auteur s’éparpille et le manque d’intérêt au développement est assez éloquent.
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On notera quelques clichés comme les parents incompréhensifs, les adultes ultra gentils pour aider notre héroïne, et celui des institutions psychiatriques. Cependant, Jean-Marc Ligny ne berce pas ses plus jeunes lecteurs et va aborder quelques thématiques, toute en retenue : viol, anorexie, fugue, séjour à l’asile, suicide ; chose plutôt rare dans les livres adressés à cette cible.

Ce livre jeunesse réunit de très bons ingrédients. Les rebondissements et intrigue sont rigoureusement orchestrés, l'écriture est fluide et accessible. Les premiers chapitres se focalisent sur les combats avec les mal-morts : on est tenu en haleine ; le roman se dévore sur les deux premiers tiers. Par la suite, le récit prend une autre orientation et cela sent bon fleurette : quête de l’amour, l’estime de soi.
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L'horreur côtoie la guimlauve et c’est sans doute cette partie pleine d’amour avec un réel message d’espoir qui ne convaincra pas assez les « adultes ». Le départ est tellement prometteur que nous avons l’impression d’autant plus vive que l’intrigue s’essouffle très vite. La fin onirique peut laisser perplexe mais elle a l’avantage de ne se pas se laisser deviner facilement.

 

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Ligny - Aqua TM - Les Chroniques de l'Imaginaire
Posté 10 juillet 2012 -

En 2030, l'enjeu vital autour duquel se battent les peuples et les nations n'est plus le pétrole mais l'eau potable. C’est sur cette hypothèse que Jean-Marc Ligny a basé la trame de son roman qui commence par plusieurs catastrophes climatiques et des attentats par des terroristes liés aux écologistes.

Aussi, quand un petit pays d'Afrique assoiffé découvre, grâce à une image satellite piratée, une immense nappe phréatique fossile dans son sous-sol, c'est la survie assurée ! Mais ce pays n’a pas les moyens ni la technologie pour exploiter cette ressource. Aussi, quand un grand consortium américain, à qui appartient le satellite, revendique la possession de cette nappe, Laurie et Rudy, écologistes purs et durs, se chargent de convoyer du matériel de forage dans un vieux camion et s'engagent dans une aventure dont ils sont loin de mesurer les conséquences. Mais cette multinationale ne recule devant rien pour essayer de s’approprier ce trésor : chantage, meurtre, pot de vin, tout est bon pour arriver à ses fins.

Rythme trépidant, action, suspense tout est là pour vous scotcher à votre fauteuil et après l’avoir lu vous ne gaspillerez plus cet élément essentiel à la vie : l’eau. C’est dans ce roman que j’ai découvert le terme de « Réfugié climatique ». Le livre est sorti en librairie en 1993 et quelques temps plus tard l'hypothèse qui fait la trame de son récit a fait la une des journaux télévisés. Je l'ai lu d'une traite et cela fait peur car nous courons tous droit à ce genre de catastrophe.

Maurice
Les Chroniques de l'Imaginaire

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Ligny - Exodes - Un papillon dans la lune
Posté 10 juillet 2012 -

Un coup de coeur post-apo ! ça fait plaisir, parce que ça fait longtemps.

Il n'y pas pire prédateur de l'être humain que l'être humain.

Voici le tout dernier roman de Jean-Marc Ligny (auteur du multiprimé AquaTM) publié chez L'Atalante fin juin : Exodes. Un beau pavé pour un très bon post-apo. J'ai eu la chance de gagner ce petit bijou sur le blog des Éditions L'Atalante, mais autant vous dire que de toute façon il était prévu que je l'achète rapidement.

Ce post-apo choral nous raconte les histoires parallèles de divers personnages en Europe, qui vont bien évidemment finir par se connecter ou carrément se percuter.

Dans un futur proche, le réchauffement climatique a provoqué des changements de climat radicaux, ce qui a entrainé des catastrophes en tout genre -inondations, ouragans, sécheresse...- qui ont fini par provoquer les Guerres d'immigration. Certains pays ont installé des frontières électroniques mortelles. Notre histoire se passe après ces guerres, après la chute des gouvernements. Chacun essaie maintenant de survivre, à sa manière.

Ce qui était encore apocalyptique il y a vingt ans est devenu banal aujourd'hui.

Il existe des enclaves, sorte de dômes, où vivent les nantis, se livrant à des expériences génétiques mystérieuses. A l'extérieur, les "outers" se battent pour leur survie. Le cannibalisme n'est pas rare, et a notamment fini par créer des êtres effrayants : les Mangemorts. Le soleil est insupportable (entre 60 et 100 degrés dans la journée), il n'y a plus d'eau, les animaux disparaissent. Les maladies pullulent. Les Boutefeux, hordes d'hommes rendus fous par la drogue et les conditions de vie, mettent le feu et saccagent tout ce qu'ils croisent sur leur chemin.

Il n'y a plus de place ni de pitié pour les gens comme toi dans ce monde.

Très documenté sur le réchauffement climatique, Ligny est bluffant. On s'imagine cet horrible futur, dans lequel la jeune génération se sait être la dernière. Les implications du réchauffement sont impressionnantes, à l'image de ces pays entièrement engloutis que traversent Olaf et sa femme.

On est revenu au Moyen-Age sur les ruines du XXIème siècle.

La construction du roman est assez originale : l'ordre des chapitres est vraiment très cohérent, et ce n'est pas celui qu'on s'attendrait à trouver. Cela apporte vraiment un gros plus au livre !

Vous ne trouverez pas beaucoup d'espoir dans ce roman. Jean-Marc Ligny a même réussi à me faire flipper (juste un passage, en une phrase, wahou), et pleurer (bien que je ne sois pas une référence en matière de larmes en ce moment !). J'ai aussi bien ri en rencontrant le personnage du "Pustulero", un espagnol plein de bubons mais excellent tireur.

A noter : la superbe couverture créée par le studio graphique Leraf .

En bref, Exodes est un roman post-apo coup de cœur, lu très vite, et surtout terminé à 3 heures du matin. Il contient tous les bons ingrédients d'un livre du genre, sans compter sa construction originale qui lui donne encore plus de force. Je le conseille à tous les fans de fins du monde, et à ceux qui voudraient découvrir le genre. Merci et bravo Jean-Marc Ligny !

Un papillon dans la lune

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Ligny - Exodes - Les Chroniques de l'Imaginaire
Posté 08 août 2012 -

A Davos, tout va bien. Au moins dans l'enclave... mais qui se soucie des outers, de toute façon ?! Bien sûr, les orages sont terriblement violents, et il y a longtemps qu'on a oublié l'existence de la neige, mais il y a tous les conforts modernes et le dehors est... dehors. Une autre planète.

Dans les îles Lofoten, pour Olaf Eriksson le marin pêcheur et sa femme Risten, ça ne va pas si mal, même s'il y a de moins en moins de poisson et qu'il a de plus en plus mauvaise mine. Jusqu'à la disparition de leur fils.

A Saint-Polgues aussi, ça peut aller, surtout quand, comme Mélanie, on vit à l'écart du village, où ne restent plus guère que les vieux, en soignant les animaux blessés, et en essayant de faire venir un potager.

En Lombardie comme en Vénétie, c'est difficile de survivre quand on est une femme seule avec deux enfants, dont un malade. Quant à l'Andalousie envahie de moustiques et écrasée de chaleur, on comprend que Fernando la quitte en y laissant son père abruti par l'alcool et sa mère confite en dévotion.

Ce roman est trop bien fait pour être confortable à lire, d'autant qu'on s'attache à ces personnages qui sont tous crédibles, touchants, condamnés. Dans un futur à moyen terme où le climat s'est réchauffé, où les mers ont monté, noyant certains pays, en rendant d'autres inhabitables, passé les Guerres de l'Immigration, au nom évocateur mais dont on ne saura rien de plus, les humains continuent à essayer de se déplacer, de s'exiler, dans l'espoir qu'il reste de l'herbe ailleurs. La fin est à cet égard particulièrement cruelle.

La bibliographie qu'a utilisée l'auteur, et qu'il cite en fin de volume, est impressionnante, mais a été utilisée à très bon escient, au sens où on ne la sent pas en lisant. L'écriture est efficace, sans effets superflus, et l'auteur montre, presque sèchement, ce qui convient parfaitement au thème, les différentes façons dont les humains réagissent à l'insupportable, que ce soit sur le plan personnel ou social, la dictature raciste ou la création de "bulles" apparaissant logiquement comme des "solutions", avec leur égoïsme à courte vue où nous pouvons bien nous reconnaître.

C'est noir, désespéré et désespérant, malheureusement très crédible, bien plus convaincant à mon avis qu'AquaTM et de bien plus grande envergure. En somme, un roman qu'il faut lire, d'urgence, en espérant que des décideurs lisent la bibliographie qui l'accompagne, et y ajoutent foi. C'est sans doute beaucoup demander, hélas.

Mureliane
Les Chroniques de l'Imaginaire

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Ligny - Mal-morts - Obsküre Magazine
Posté 31 décembre 2010 -

Habitué de la littérature jeunesse, Jean-Marc Ligny y entre sans jamais édulcorer ni son propos, ni son écriture, et Mal-Morts est exemplaire à ce titre des tentatives récentes d'auteurs venus du monde de la littérature de genre «adulte» pour y briser les règles établies et systématiques.
Ici (comme il y a quelques temps dans La fin du monde de Fabrice Colin), la fin n'est pas heureuse, mais délicieusement ambigüe, et Jean-Marc Ligny dessine des personnages réalistes et ne recule pas devant les situations graves.
On y parle de fantômes, évidemment, mais aussi et surtout de névrose, d'enfermement, des ravages de la psychiatrie sur l'esprit fragile d'une adolescente, de cellules familiales éclatées ou de désespoir.

Et si la musique, qui rythme comme toujours chez Ligny, ce nouveau roman résonne certes davantage des échos du power-metal des groupes chers aux adolescents d'aujourd'hui que des références habituelles de l'auteur, Mal-Morts n'en est pas moins un excellent roman, riche en émotions et en images fortes, et ce quel que soit notre âge.

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Ligny - Mal-morts - Psychovision
Posté 19 novembre 2010 -

Mal-Morts est un roman jeunesse fantastique, tendant parfois un peu vers l'horreur, assez surprenant et abordant pas mal de thèmes qu'on ne s'attend pas forcément à trouver dans un livre à destination d'un public adolescent puisqu'il y est bien entendu question de la mort mais également d'anorexie, de suicide et de viol entre autres. L'horreur n'est donc pas que chez les trépassés mais aussi chez les vivants, c'est d'ailleurs celle des seconds qui semble créer celle des premiers. Car notre monde n'est pas enchanté, on y meurt à n'importe quel age, parfois de manière dramatique, même s'il ne s'agit bien évidement pas ici de dresser un portrait de notre triste quotidien. Jean-Marc Ligny a en effet une toute autre histoire à raconter, celle gentiment effrayante et éprouvante d'une fillette en lutte contre les morts dont les attaques peuvent avoir lieu à n'importe quel endroit, que ce soit sur une route de nuit ou bien entendu au détour d'un cimetière.

[…]

Divisé en chapitres cours, Mal-Morts multiplie les points de vues, celui de héroïne en premier lieu dont on sent la détresse à chaque page, puis celui de ses parents dont on sentira l'inquiétude pour leur fille et leur incompréhension vis à vis de sa maladie, puis celui de certains amis qui vont également essayer de comprendre les drames se jouant autour de la jeune fille. Les ambiances se multiplient ainsi et des scènes aux atmosphères très différentes se succèdent avec brio.

Bien loin de ne proposer qu'une énième métaphore de l'adolescence, Mal-Morts en parle quand même un peu, mais également de la difficulté de communiquer avec des adultes trop ordinaires quand on est encore une enfant qui découvre la vie et le monde. Et c'est enrobé dans un superbe roman fantastique, captivant et superbement conté par Jean-Marc Ligny qui ne prend pas les jeunes lecteurs pour des créatures innocentes et leur parle de choses parfois dures.

Lire l'intégralité de l'article.

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Ligny - Exodes
Posté 16 août 2012 -
Dans un avenir indéfini mais proche. Les catastrophes dues au dérèglement climatique global ont entraîné la chute des Etats et le délitement de la civilisation. L’Europe se désertifie, au sens propre comme au figuré. En Espagne, en France, en Italie, on survit comme on peut, en se nourrissant de rats quand on en trouve et d’une eau de moins en moins potable. On rêve de partir vers le Nord, où la température est sans doute restée clémente… mais, sur les îles Lofoten, en Norvège, la pêche est de plus en plus pauvre et l’afflux continu de réfugiés n’améliore pas les conditions de vie. Ou bien on tente d’entrer dans le cercle des privilégiés qui vivent dans des enclaves protégées et climatisées… mais, à Davos, en Suisse, le quota d’outers acceptés sous le dôme diminue d’année en année.
L’espoir diminue comme les réserves d’eau et la colère monte avec la température.
Ceux qui connaissent déjà AquaTM seront ici en terrain connu, car Exodes peut sans souci en être présenté comme la suite logique. Les deux romans ne manqueront pas d’être comparés même si, sans lien narratif, ils peuvent être lus indépendamment.
Au chapitre des points faibles relatifs, on notera que l’auteur a, cette fois, délaissé le volet ethnique-fiction qui faisait l’un des régals du précédent opus, en situant entièrement son action en Europe. En outre, on pourra regretter un rythme souvent haché par un suremploi de parenthèses (souvent inutiles) dans le texte.
Mais ces concessions n’occulteront pas les points forts du nouveau roman. Si AquaTM nous avait présenté trois histoires imbriquées, Jean-Marc Ligny aligne ici six intrigues dont les convergences sont minutieusement concoctées. Une nouvelle étape est franchie en matière de psychologie des personnages par une large diversité de comportements imaginés face à une situation de déchéance généralisée : chaque lecteur devrait pouvoir se retrouver et reconnaître ses proches dans les personnages. Le réalisme de l’ensemble n’en est que plus saisissant.
Enfin, en prenant garde d’en trop révéler, on signalera que certaines spécificités d’Exodes pourront surprendre, jusqu’au dernier chapitre qui n’est cousu de fil blanc qu’en apparence : il laissera sans doute une trace durable dans la mémoire de bien des lecteurs…
On sait depuis longtemps que l’optimisme est une affliction due à un manque d’imagination chronique ; que l’irresponsabilité qui en découle sévit de manière alarmante parmi les décideurs politiques et financiers ; et que l’imprévoyance qui en résulte accroît nos chances de finir par voir le pire se produire. Né en 1956, Jean-Marc Ligny vivra-t-il assez longtemps pour voir de ses yeux ce qu’il a anticipé ? Gageons que les optimistes en douteront.
Xavier Noÿ
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Ligny - Exodes - La maison muette
Posté 16 août 2012 -
Jean-Marc Ligny est un des poids lourds dans le domaine de la science-fiction et du fantastique. On lui doit une quarantaine de romans, dont "Inner City" ; "Yurlungur" et "La mort peut danser", pour citer ses oeuvres les plus connues. De plus, son dernier roman adulte, "Aqua TM", a obtenu plusieurs prix.


Les modifications climatiques sont au coeur de ce nouveau roman, un pavé qui avoisine les 540p. Les humains (ce qu'il en reste) sont scindés en deux groupes : les riches, réfugiés dans les enclaves (ces immenses dômes de plusieurs km) qui bénéficient d'une vie aisée, à l'abri du monde extérieur. Ce monde extérieur est ravagé par la sécheresse et une chaleur à suffoquer, où s'invitent des orages absolument monstrueux. La nourriture rare pousse certains individus à devenir des cannibales, ce sont les "Mangemorts". D'autres optent pour mettre le feu à ce qu'ils peuvent, histoire de semer un peu plus le chaos, si besoin en était. On les appelle les "Boutefeux". Ils ont la particularité de prendre une drogue qui annihile leur peur et leur souffrance.
Toutes sortes de maladies tropicales amoindrissent ou tuent ceux qui n'ont pas le privilège d'être acceptés dans les enclaves. Cette planète, cette chère planète Terre, s'est transformée en un véritable enfer. Les enclavés travaillent d'arrache-pied afin de la quitter, en prévoyant d'établir une colonie sur une autre planète. La recherche du gène de la longévité pour enfin acquérir le statut d'immortel fait partie des objectifs prioritaires, au milieu d'autres recherches dans les technologies de pointe.
Construit en une succession de chapitres alternant le parcours de six "histoires" amenées à se rejoindre (le hasard faisant un peu trop bien les choses, à notre avis), le lecteur a le sentiment de lire une succession de nouvelles qui ont été bricolé pour réaliser un roman. En outre, le sujet du bouleversement du climat ne brille pas par son originalité, et sommes donc rapidement sur notre faim. Bien que Ligny écrive avec une grande limpidité, ce thriller ne parvient guère à nous convaincre. Il réussit néanmoins à nous surprendre sur quelques personnages qui se montrent plus "humains" que ce barbarisme dans lequel ils sont engloutis, et d'autres qui se révèlent au contraire de belles crapules lorsque le masque tombe.

"Exodes" tape exactement dans un futur possible, où le climat sera un facteur de profonds changements à l'échelle planétaire. La plausibilité du monde crédibilise son récit, cependant il pèche de par son aspect "banal", tant le réchauffement climatique nous a été dernièrement rabattu aux oreilles. Nous savons par exemple qu'à moyen terme, des guerres pour l'eau feront leurs apparitions. Au final, un roman plaisant à lire, toutefois il ne laissera probablement pas beaucoup de trace parmi nos souvenirs. Dommage.
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Ligny - Exodes - Les Buveurs d'Encre
Posté 16 août 2012 -

Un futur pas si lointain... Le réchauffement climatique n'est plus un sujet d'empoignade entre experts, mais une cruelle réalité qui a exterminé presque toute vie animale. Les hommes, quant à eux, survivent et tentent de s'adapter. Avec des conditions de vie et des fortunes diverses. Tandis que l'élite économique vit au sein d'espaces clos et protégés, ceux du dehors (les outers) sont soumis à des phénomènes climatiques dantesques, et toujours sous la menace des Boutefeux, Mange-morts et autres marginaux. 

Si le roman de Jean-Marc Ligny fait la part belle à l'action, il nous propose bien autre chose qu'une "histoire à la Mad Max". En nous faisant suivre longuement le parcours de certains de ces survivants, parcours appelés à se croiser, il nous invite à une réflexion sur la part d'humanité irréductible en chacun. Que reste-t-il quand il ne nous reste plus rien ? Un beau roman, crépusculaire à souhait.

Yves

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Ligny - Exodes - Mythologica
Posté 16 août 2012 -

Tout est dit dans cette quatrième de couverture, alors le principal risque pour Jean-Marc Ligny est que l’éditeur soit allé trop loin dans son descriptif. Mais l’auteur a une expérience de l’écriture qui lui permet de surmonter cet obstacle. Ce roman est composé en quatre parties de tailles égales. La première s’intitule Un soir en Europe, car c’est uniquement en Europe que débute cette histoire. Du sud au nord, l’auteur nous fait découvrir la vie des personnages décrits plus haut. Malgré leur nombre, il ne se disperse pas et nous donne quelques clés de ce monde postapocalyptique. En dehors de l’hostilité croissante du climat qui génère naturellement un stress hydrique et alimentaire sur les humains, les survivants ont peur d’autres humains qu’ils se nomment Boutefeux, ces pillards qui détruisent tout par le feu après leur passage et que l’addiction aux drogues bien plus redoutables encore, ou Mangemorts, ceux qui n’apprécient rien tant que la chair de leurs contemporains.

Malgré la belle bibliographie dans laquelle l’auteur s’est plongé et malgré les précieux conseils qui ont pu lui être prodigués par des spécialistes, je reste dubitatif par rapport à quelques points de cohérence qui m’échappent en ce début de récit. Ainsi, en quoi l’homme qui est de moins en moins adapté à ce monde peut-il encore être au sommet de la chaîne alimentaire ? Sans blague, il est surprenant qu’une autre espèce animale n’ait pas pris le relais, même si l’on aperçoit quelques possibilités. Ensuite, il y a ces enclaves. Admettons que les hommes décident de se replier sur eux-mêmes et fassent de leurs illusions la réalité qu’ils décident de vivre. Admettons donc qu’ils acceptent de se bâtir une prison où ils vont volontairement vivre leur utopie. Il reste néanmoins la question de l’existence même de ces enclaves, car si le réchauffement climatique a été plus rapide que les prévisions, comment ont pu être édifiés ces dômes aussi rapidement alors que le réflexe humain que son cerveau reptilien lui souffle en premier est la fuite et non l’organisation de son extinction.

Autant de mystères, qu’on espère voir éclaircis dans la deuxième partie, Connexions. Ici, après avoir campé l’ordinaire des personnages, nous assistons à l’événement qui va changer définitivement cette nouvelle vie et les décider à faire d’autres choix. Que cela soit la dégradation des relations dans leur communauté, la faim qui devient de plus en plus prégnante ou les pillards qui approchent, tous vont faire un choix radical qui va nous orienter vers de nouvelles aventures qui trouveront leur apothéose dans Des projets malgré tout et Au bout de la route, respectivement les troisième et quatrième parties de cet ouvrage. Il ne fait aucun doute dans ce type de roman où plusieurs personnages agissent en parallèle que nombre d’entre eux vont se croiser, se combattre ou s’allier. Il n’en reste pas moins que ce récit, par la profondeur que Jean-Marc Ligny accorde à ses personnages, devient une passionnante aventure humaine.

Le style de l’auteur nous emporte dans une mise en perspective assez crédible de ce que pourrait être la vie d’hommes, de femmes et d’enfants, seuls ou au sein de communautés diverses, traversant un dérèglement climatique où l’homme n’a plus son mot à dire. Il reste une chose commune à tous ces personnages. On aurait pu les croire résignés, mais tant que la vie est là, il reste de l’espoir. Pour certains, il se traduira par le désir de trouver un hypothétique sanctuaire, pour d’autres ce sera le désir de se réaliser au sein de son groupe et pour d’autres encore simplement survivre un jour de plus. Un beau roman servi par une illustration remarquable de Raphaël Desfossé qui nous présente un arbre certainement mort dans un monde définitivement asséché, qui se reflète cependant au travers du titre dans un mode vert porteur d’espérances. La trame narrative en alternance de personnages au fil des chapitres est classique – et donc irréprochable – et les retournements de situation sont suffisants pour tenir le lecteur en haleine sans être trop nombreux ou tortueux pour le perdre. Le juste équilibre est donc assuré pour cette lecture intéressante qui présente un futur possible, qui est certainement encore évitable pour peu que l’humanité le veuille vraiment, à moins qu’elle ne continue d’étendre son empreinte jusqu’à l’extinction.

Chris

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Ligny - Exodes - Mythologica2
Posté 04 novembre 2013 -

Ce roman est classé comme un thriller d’anticipation écologique. Pour teinter rapidement le décor, avec comme sous genre le post-apocalyptique, celui-ci  se joue au 21ème siècle mais quelques décennies après notre époque. Le réchauffement climatique est finalement arrivé à son apogée, la vie est devenue très contraignante voir insupportable. Tant est si bien que l’existence sur terre s’est fortement réduite dans toutes les espèces, toute forme de vie se retrouve finalement à l’agonie, l’homme est alors conscient de vivre dans sa dernière génération.

Pour ce qui est de la construction du roman, je ne sais pas comment l’auteur a travaillé. Mais, de façon très imagé, ce roman est construit telle une toile d’araignée, chaque personnage ou groupe de personnages partent d’une extrémité de la toile pour évoluer plus ou moins vers le centre. Et évidement, le plus ou moins a son importance, c’est bien là que tout se joue ! C’est bien grâce à ce tissage que les personnages font être amené à se « rencontrer » ou pas …

Mise à part, les enclavés tel Pradeesh et sa famille ainsi que Mélanie qui use son énergie à sauver toute forme de vie, tous vont prendre la route toujours plus tortueuse, voir tout simplement tueuse ! Le suspense de ce thriller réside effectivement sur le fait, que l’on a vite le pressentiment que les personnages, pour certains, vont être amenés à se rencontrer. On attend donc avec avidités, la rencontre de ces personnages dont souvent leurs principes, leurs valeurs sont très vite remise en cause par cette environnement hostile qu’est maintenant la terre. C’est donc toujours une surprise que nous offre l’auteur lorsque l’on pense tenir un bout d’intrique, l’auteur lui en a décidé autrement… Et on tourne les pages toujours avec plus d’empressement pour voir quel bouquet final, l’écrivain va bien savoir nous conter.

Je pense qu’il est aussi important de rappeler que ce post apo fait vraiment la part belle à l’humain, où le chacun pour soit devient de plus en plus une valeur universelle et vitale. On rencontre évidement la pire vermine telle que les « mangemorts », inutiles de préciser leur nature tout est dans leur nom, c’est l’illustration parfaite de l’homme poussait dans ces pires retranchements. Les « mangemorts » sont certainement plus proche du zombie que de l’animal … On y rencontre également les « boutefeux », un regroupement d’homme presque organisé dont la ligne de vie se résume à Exterminer, annihiler, détruire et tout ça avec l’aide du feu et d’une drogue la « rabia negra » dont l’effet les fait profondément délirer sur leur place dans ce monde soit un antivirus …

Ne chercher pas de rédemption dans ce livre, vous n’en trouverez pas, l’espoir non plus même si l’auteur nous amène par moment à espérer. C’est noir, c’est glauque, c’est sale mais cela sonne tellement vrai. Soyez sure que le 21 décembre 2012, je repenserais à ce livre qui, je pense, va me laisser une trace indélébile, et  je serais alors vers quelle destination me conduira, alors, mon Exode.

Cornwell

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Ligny - Exodes - Phénixweb
Posté 16 août 2012 -

Le réchauffement climatique s’est accéléré et les ressources naturelles se sont épuisées ; la civilisation s’effondre et chacun s’efforce de survivre comme il peut dans les villes en ruines, les campagnes désertiques, les îles de plus en plus isolées. Quelques enclaves riches s’efforcent de maintenir un niveau de vie décent, comme Davos, isolée sous son dôme. Ailleurs, des communautés conservent un reste de solidarité, malgré les attaques de Boutefeux destructeurs et celles des Mangemorts (litote pour désigner ceux qui tuent pour manger de la chair humaine).

Le livre nous présente un certain nombre de trajectoires individuelles qui convergeront vers l’enclave de Davos au moment de sa destruction ; un savant biologiste qui cherche le secret de la longévité humaine ; une Espagnole mystique qui attend la venue des anges ; son fils qui rejoint les boutefeux ; une paysanne qui s’efforce de sauver les quelques animaux survivants de sa région ; une mère qui cherche désespérément à trouver un médecin pour son fils malade et un pêcheur des îles Lofoten qui voit son village sombrer dans la barbarie et s’enfuit avec sa femme sur leur bateau à la recherche d’un territoire encore habitable.

On suit toutes ces tentatives de survie en sachant que, malgré les promesses de la télévision des riches de « Darwin Alley », il n’y a plus d’espoir pour personne...

De fait, à part la fuite qu’envisagent certains, aucune action positive n’est proposée par personne. Mais sans doute serait-il déjà trop tard, au moment où commence l’histoire (l’année n’est pas indiquée : il semble que cela pourrait être 2100, si la catastrophe ne s’accélérait pas au delà de toute prévision).

Georges Bormand

Avertissement ? Est-il encore nécessaire de décrire ce qui se passera si rien de réel, de constructif (je ne crois pas à la possibilité d’une politique qui ne viserait que la conservation) n’est fait ?
En tout cas la description est soignée et précise.

Après avoir lu ce livre, il reste à chercher ce que nous pouvons faire pour qu’il ne soit pas dépassé par la réalité et ce peut-être encore plus vite que la date proposée... Mais répondre à cette question-là n’est pas l’objet d’un roman.

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Ligny - Exodes - Psychovision
Posté 16 août 2012 -
S'il n'est pas l'un des auteurs de SF français les plus connus, Jean-Marc Ligny n'en est pas pour autant le moins talentueux, capable donner tour à tour dans le fantastique avec des romans comme La Mort peut danser et Mal-Morts, dans le polar, dans la fantasy avec Chimère qui vient juste de ressortir chez Lokomodo et bien entendu dans la SF avec Aqua et le présent roman qui se déroule dans un futur où la pollution a rendu la terre invivable.

A travers plusieurs portraits, Jean-Marc Ligny dresse le portrait d'un futur peu enthousiasmant où l'homme est détruit par la maladie, par son environnement et surtout sa propre folie, mais aussi ses propres contradictions : principalement sa capacité à se détruire et son envie de survivre. Deux options dont la cohabitation semble impossible et l'affrontement inévitable, engendrant les pires conséquences pour les deux clans.
Parmi ceux qui veulent survivre, on trouvera Pradesh Gorayan, un scientifique travaillant depuis un laboratoire sécurisé à l'intérieur d'une enclave à essayer de donner les moyens aux hommes de survivre, L'épouse de ce dernier essaye de faire rentrer des outers dans l'enclave afin de leur éviter de rester à coincé à l'extérieur, mais lutter contre des riches patrons tentant de garder leur confort revient à se battre contre des moulins.
A l'extérieur, Mélanie Lenoine a ouvert un refuge pour essayer de sauver les animaux restant avec de maigres moyens, quitte à se mettre à dos le village voisin qui mangerait bien un peu de viande. Mercedes voit quant à elle la solution dans la religion, espérant que les anges l'emmèneront dans leurs OVNI au moment de l'apocalypse, ce qui lui permet de survivre à sa maladie, son mari alcoolique et au départ de son fils.
Son fils lui est justement à l'extérieur et essaye de faire son chemin seul, mais le destin va lui faire rejoindre un groupe de boutefeux, ces individus qui ne prennent plus leur pied qu'à se droguer et à incendier ce qu'il trouve devant eux. A l'intérieur de l'enclave, Pandora est une adolescente désabusée passant son temps à se droguer et s'envoyer en l'air avec les autres jeunes enclavés de sa génération, pensant que personne ne leur survivra.
Et tous connaîtront leur exodes et leur tragédies qui sera autant physique que psychologiques, laissant une part d'eux derrière eux et pas forcément la bonne. Cet enfer semble devoir rattraper tout le monde, surtout ceux qui s'en croient à l'abri et protégé, mais c'est surtout l'espérance qui meurt à petit feu à travers les différents voyages que propose ce récit où les départs n'offre aucune possibilité de retour.
Et c'est autant à travers ses portraits désenchantés et leurs chemins que Jean-Marc Ligny dresse le portrait de ce futur où les monstres sont partout et où beaucoup ne songent qu'à se servir des autres, à les utiliser. D'homme prêt à abuser d'une femme contre un service aux marchands d'organes, les plus faibles semble devoir se transformer en monstre pour survivre à l'instar du fils de Paula Rossi, faisant tout pour protéger sa mère.
En effet, les plus faibles, les plus naif et les plus optimistes semblent condamner à souffrir et à mourir dans ce monde sans avenir, à moins qu'ils deviennent monstrueux à leur tour, un choix qu'Olaf Eriksson, ce pécheur norvégien, n'est pas prêt à faire, quitte à affronter le pire de l'homme et de la nature, voyant la terre et la mer s'écrouler sous la pollution, laissant notre planète à de nouvelles espèces, toutes terrifiantes.
Les images fortes se succèdent donc dans ce roman où chaque goutte de bonheur est rapidement nettoyé par des trombes de désespérance, où les images d'un monde détruits se bousculent jusqu'à ce qu'il soit encore plus détruit, ne serait ce que par la main de l'homme. Jean Marc Ligny est un auteur capable de faire ressurgir le pire de l'humanité et de tuer tout espoir à travers la description d'un simple os carbonisé.

Tout espoir doit-il donc être abandonné? Peut-être pas, une étincelle existe peut être encore dans cet avenir. Si espoir et désespoir s'affrontent dans exodes, il n'y aura pas forcément de vainqueurs, même s'il y aura beaucoup de perdants. Exodes est donc un roman très pessimiste et passionnant, décrivant avec précision les bouleversements climatiques et humains qui nous attendent à travers un grand roman d'anticipation.
Stigg
Note : 9/10
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Ligny - Exodes - Quoi de neuf sur ma pile?
Posté 16 août 2012 -

"Exodes" est le dernier roman de Jean-Marc Ligny, auteur français de SF devenu au fil des textes le prophète de malheur français du bouleversement climatique, et dont j'avais beaucoup aimé la nouvelle Le porteur d'eau.

Europe, futur indéterminé mais proche : nos petits-enfants sont adultes, et ils vivent en enfer. Leur époque se situe après le dernier moment (dont nous approchons à grands pas) où une prise de conscience de la gravité du problème environnemental et une volonté collective de sacrifier le présent pour préserver un peu d’avenir auraient pu amener un infléchissement du fonctionnement de la mondialisation avec décroissance régulée de la prédation humaine sur les ressources naturelles. Ce ne fut pas le cas ; préférence pour le présent quand tu nous tiens.

L’accélération du réchauffement et la fin du pétrole, antérieures au roman, ont détruit la plupart des écosystèmes, rendu maintes terres invivables par le feu ou l’eau, provoqué les guerres d’Immigration, détruit les économies, puis les Etats qui subsistaient sur elles, enfin les sociétés. Il fait 100° dans le désert de la péninsule arabe, des vents de 300 km/h soufflent en tempête sur les Kerguelen, des tornades géantes ravagent l’Ouest américain. Heureusement (!), en ces lieux comme en beaucoup d’autres, plus un humain pour assister ou subir le désastre. Ils sont déjà morts, ou ont fui vers la courte, brutale et misérable vie des réfugiés climatiques.

"Exodes" raconte un moment de la vie de six personnages (sur)vivants dans ce monde en décomposition sociétale et environnementale terminale : Pradeesh, généticien qui cherche à mettre au point un traitement destiné à prolonger (dans quel but ?) la vie humaine, Mercedes qui trouve consolation en Dieu et dans ses visions hallucinées, Fernando qui part vers le « paradis » nordique et devient en route un Boutefeux, nihiliste et implacable, Paula qui traverse l’Italie à pieds pour trouver le médicament qui peut sauver son fils, Olaf fuyant en bateau vers le Sud pour trouver une nouvelle vie, et Mélanie qui tente de réhumaniser le monde en soignant des animaux blessés. On y verra leur quête, leurs espoirs, leurs rêves chimériques, et ce qui est l’essentiel, leur lutte pour la vie. Car "Exodes" est un roman qui ne parle que de ça, de l’instinct de survie qui pousse les hommes à tout pour quelques instants de vie de plus, même quand tout est perdu, même quand ces instants grappillés sont des instants d’enfer. En lisant "Exodes", on reprend dans la gueule le « sale espoir » de l’Antigone d’Anouilh, et on se remémore ces quelques lignes d’Howard, écrites dans « Nekht Semerkeht », la nouvelle à laquelle son suicide l’a empêché de donner une fin, « Le jeu n’en vaut pas la chandelle ! répéta-t-il. Ah… mais empêcher qu’elle s’éteigne… ». 0 pour Howard, 1 pour la chandelle.

Mais 0 aussi pour les héros (victimes ?) du roman. Car il n’y a pas d’espoir dans le monde d’Exodes. Aucun endroit où fuir, aucun havre de paix (même les enclaves ne sont pas invulnérables), aucun espoir d’une amélioration spontanée ou d’un progrès technique fulgurant (qui en serait à l’origine ?) qui règlerait la situation. A long terme, il n’y a rien, et même à court terme, chaque petite victoire de la volonté sur l’entropie et la mort est rapidement remise en cause. Toute joie, toute sécurité n’est que fugace dans un monde où chaque nouveau jour fait tomber de Charybde en Scylla. Températures torrides, eau parcimonieuse, végétation de plus en plus éparse, cultures moribondes, animaux sauvages presque disparus, tempêtes cataclysmiques, zones côtières submergées, poissons rares rendus toxiques par les métaux lourds, maladies tropicales généralisées, prédateurs animaux mais surtout humains. Gangs, pillards, boutefeux, mangemorts, arrachant aux autres le peu de vie qui leur reste pour faire durer la leur. Ceux-là sont comme des bêtes, descendus volontairement de l’arbre de l’évolution, rejoignant les rats, chiens errants et méduses qui prolifèrent, et ajoutant aux malheurs d’une humanité dont ils se sont exclus.

Mais le roman n’est pas une confrontation manichéenne entre des monstres et de gentils autres (nous, quoi), ce serait trop confortable pour le lecteur. Pour chaque homme et femme vivant sur cette Terre désolée, la lutte pour la survie est devenue la seule réalité, même si elles prend des formes moins évidemment prédatrices. Des enclaves aux bidonvilles, des petits villages à l’écart des routes aux ruines des grandes villes, chaque humain tente de prolonger sa vie, si nécessaire au détriment de celles des autres. Lutte pour la survie, celle de Pradeesh et Karine, parfaits bobos bien à l’abri dans une enclave protégée, dégoutés par les riches qu’ils servent, et pétris de compassion verbale pour les « outers » bloqués à l’extérieur, mais qui ne quitteraient leur confort pour rien au monde, et sont prêts à sacrifier ceux qui menacent un statu quo dont ils bénéficient. Lutte pour la survie quand Mercedes, la sainte femme, tait son accès à de rares médicaments ou tue pour sauver sa peau. Lutte pour la survie, la sienne et celle de ses enfants, quand Paula accepte de payer avec son corps et de tuer s’il le faut. Mais aussi quand Fernando doit choisir entre la mort et l’endoctrinement, ou Olaf entre un exil aux allures de banissement et les risques d’une guerre civile qui ne peut s’achever que dans l’anthropophagie. Et puis il y a de ces luttes qui n’ont pas de visages attitrés. Les communautés qui se fortifient pour s’isoler de l’extérieur, les pillards prêts à voler tout ce qui leur permettrait de vivre un jour de plus, le troc omniprésent dans un monde où la générosité est devenue hérétique, le stockage et la dissimulation des ressources rares de l’ancien monde. On peut être généreux, une fois, comme une tocade, mais la norme c’est la méfiance, la dissimulation, la préservation, la menace ou le meurtre préventif. C’est à ce prix seulement qu’on peut espérer vivre un jour de plus.

Les forts survivent, les faibles meurent ; mais la force n’est pas vraiment dans le corps, elle est surtout dans la tête : c’est l’acceptation de faire ce qu’il faut pour survivre, quoi qu’il puisse en coûter.
Dans son "Exodes", dont la couverture de Leraf traduit parfaitement l’ambiance, Ligny est terrifiant parce qu’il est convaincant. Sur les catastrophes qui guettent, et sur lesquelles il y a de moins en moins de doute, même si certains continuent de vouloir croire en une avancée scientifique salvatrice, mais surtout sur la nature humaine. Il suffit d’avoir assisté aux scènes d’émeute autour d’un avion en retard ou de savoir que Mr tout le monde stocke denrées de base et médicaments en cas d’inquiétude pour savoir d’expérience qu’en imaginant le pire, Ligny est sûr de tomber juste. Sous le mince et fragile vernis de la civilisation, l’Homme est un animal agressif, prédateur et sans pitié. Et alors qu’il tire sa révérence, emportant avec lui presque toutes les créatures vivantes qu’il a côtoyées, ses dernières forces lui servent encore à nuire aux autres pour se sustenter. L'auteur livre ici une des meilleures visions de ce qui pourrait être, noire, désespérée, terminale.

Alors certes, ce n’est pas le roman parfait ; quelques détails agacent. Des dialogues ou remarques prononcés sous le dôme sonnent faux, par volonté excessive d’expliquer ce que le lecteur comprend très bien sans aide (la page 262 étant terrifiante de ce point de vue). Le dôme justement dont l'approvisionnement en produits technologiques ou rares est assuré par les mythiques et invisibles chinois, ce qui est une pirouette un peu facile (Eschbach montre bien par exemple comment la fin du pétrole anéantit le commerce et, partant, toute production un tant soit peu complexe par manque de ressources, pièces, technologie disponible). Les « méchants » riches sont cachés dans l’enclave de Davos et les « méchants » fascistes ont un portrait d’Hitler ; dommage de voir que dans l’imaginaire français l’image du Diable est toujours la même, ad nauseam, comme au Guignol il y a toujours le méchant Gendarme. Quelques résolutions aussi paraissent rapides, voire miraculeuses : l’évasion de Paula ou les diverses retrouvailles de Fernando.

Néanmoins, "Exodes" est un très bon livre, une sorte de « Terre vue du Ciel » du futur, qui devient de facto l’un des ouvrages fictionnels de référence sur le réchauffement.

Gromovar

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Ligny - Exodes - Le Trégor
Posté 01 octobre 2012 -
Jean-Marc Ligny a longtemps vécu non loin de Guingamp pour nous autoriser à l'intégrer dans cette
rubrique. En 2007, son roman Aqua™ avait, justement, trusté les prix du genre. Exodes peut être vu comme son petit frère : il s'agit là encore de regarder, dans un futur proche, les conséquences du
réchauffement climatique sur notre planète et sur le genre humain. Cela à travers une ample fresque polyphonique mettant en scène des personnages en mode survie sur cette Terre ravagée, asséchée, dans ces villes détruites et dépeuplées. Dans un climat de violence et de désespoir absolus, des femmes, des hommes, des enfants se battent, se débattent malgré tout. Le lecteur suit pas à pas leurs pérégrinations respectives vers un ailleurs utopique, en fait une inéluctable apocalypse. Hormis quelques traits peu vraisemblables, le tableau d'ensemble, les descriptions superbes, dégagent une puissance indéniable qui laisse KO. On ne pensait pas que le réchauffement ferait froid dans le dos à ce point...
 
Le Trégor
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Ligny - Exodes - Les Vagabonds du Rêve Blog
Posté 04 novembre 2013 -
Dans un futur proche, bien trop proche, l’Humanité survit tant bien que mal au sein d’un monde en pleine déliquescence. Les guerres et les aléas d’un climat détraqué ont réduit les zones habitables comme peau de chagrin et, en dehors des quelques fortunés enclavés sous des dômes climatisés, l’existence sur Terre est devenue une lutte permanente. Une lutte avec pour seul horizon une échappatoire temporaire à un environnement de plus en plus inhospitalier, un sursis avant une extinction que tous devinent inéluctable.
Exodes nous offre le point de vue de plusieurs de ces résistants du quotidien qui, chacun à sa manière et sans jamais vraiment se l’avouer, nourrit encore l’espoir d’un monde meilleur. 
Il y a le scientifique Pradeesh qui a la chance de vivre avec sa femme et sa fille sous le dôme de Davos et d’avoir un travail qui le passionne, même si ces recherches en biologie génétique ne visent à profiter qu’à une minorité de nantis. Il y a Olaf, le marin norvégien, qui va entamer une véritable odyssée à la recherche d’une terre promise exempte des hommes et de leur cruauté. Il y a l’Italienne Paula qui brave tous les dangers avec ses deux fils en quête d’un médecin pour soigner son cadet. Il y a Mélanie qui a créé un refuge pour animaux et s’enorgueillit de son petit îlot d’harmonie au milieu du chaos. Il y a Mercedes, la fervente catholique espagnole, qui fait son possible pour aider son prochain et rêve de l’arrivée imminente des anges pour le salut de l’Humanité. Il y a enfin Fernando qui fuit une mère plus étouffante encore que la météo andalouse et qui compte sur son endurance et sa débrouillardise pour trouver son bonheur plus au nord. 
Et tout autour, il y a les bandes de brigands armés, les Boutefeux drogués et pyromanes, les Mangemorts qui ont abandonné leur humanité, les réflexes territoriaux des communautés aux abois et l’égoïsme des rares privilégiés parvenus à préserver un minimum de civilisation. 
C’est un roman dense et intense que nous livre ici Jean-Marc Ligny. Reprenant les thèses des plus pessimistes climatologues et scientifiques, il spécule un cruel corollaire de notre indécision actuelle. Et pour être certain que le message passe bien, l’auteur ne fait pas dans la demi-mesure : non seulement nous allons tous y passer mais notre souffrance sera atroce. De ce point de vue son roman est une incontestable réussite.
Que vous soyez sceptiques au sujet du changement climatique ou tout simplement fatigués de l’entendre répété à longueur de journaux télévisés, Exodes vous offrira une perspective qui vous fera au mieux réfléchir, au pire, froid dans le dos. Les premiers romans prophétisant une apocalypse nucléaire n’ont pas dû avoir beaucoup plus d’effet sur le lecteur à l’époque de l’escalade à l’armement nucléaire entre U.S.A. et U.R.S.S. 
Jean-Marc Ligny parvient cependant à éviter le piège du prosélytisme, ayant déjà fort à faire à bâtir son livre-univers. Seule la bibliographie qu’il donne à la fin indique avec quel sérieux il s’est impliqué dans la fabrication de ce futur déchu afin de le rendre le plus pertinent possible. Même la forme adoptée participe de cette volonté pour l’auteur de s’effacer devant son histoire pour lui donner plus d’impact : la narration au présent, sèche et sans trop de fioritures (le récit n’échappe cependant pas à certaines envolées lyriques pas toujours opportunes), met le lecteur dans le bain sans recourir à un pathos contreproductif ; la multiplication des protagonistes nous donne un panorama complet de la catastrophe et des différentes façons d’y faire face, toutes plus futiles les unes que les autres. 
La trame n’est pas en reste : entre les tribulations héroïques de uns et les tranches de vie des autres, un large éventail de situations et de comportements est couvert sans pour autant que l’histoire ne s’éparpille grâce à un habile jeu de chassé-croisé des lignes narratives. Malgré sa taille conséquente, Exodes ne s’enlise ainsi à aucun moment et ce sans avoir recours à des astuces du genre cliffhanger qui le dépouilleraient de son côté compte rendu caméra au poing. 
Un roman hautement recommandable, donc. Pas l’un de ceux qui vous éblouira par ses concepts scientifiques novateurs et encore moins qui vous donnera la pêche en fin de lecture, mais qui vous incitera à méditer sur l’inquiétante plausibilité de cette fin du monde et peut-être reconsidérer certaines de vos certitudes. Au-delà du message qu’il souhaite faire passer, Jean-Marc Ligny parvient à faire vivre son univers et ses personnages avec maestria et à nous livrer un roman sombre et puissant qui reste immanquablement gravé en mémoire. 

Michaël F.
Les Vagabonds du Rêve Blog
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Ligny - Exodes - noosfere.com
Posté 12 novembre 2012 -
 Jean-Marc Ligny, après son formidable AquaTM, où il raconte, la lutte d'un peuple pour conserver l'usage de son eau, contre des rapaces financiers, continue d'explorer notre probable futur. Avec Exodes il sillonne une Terre devenue quasiment invivable en raison du réchauffement climatique. Pour en explorer les principales conséquences, il propose de suivre les tribulations de six terriens dans l'enfer qu'est devenue la planète.
Il place son histoire en 2100 et ouvre son roman sur Pradeesh Gorayan. Celui-ci vit, avec son épouse et sa fille, dans une enclave de nantis, une bulle étanche construite au bord du lac Léman. Il est généticien et doit trouver le secret pour allonger la vie humaine de ceux qui sont protégés.
Après un périlleux périple sur les routes d'Italie, Paula Rossi arrive en vue de Naples. Elle cherche le médecin qui, selon certains dires, sera capable de soigner son plus jeune fils.
Mélanie Lemoine vit dans une ferme des Monts du Forez, à l'écart du bourg. Celui-ci est barricadé pour lutter contre les bandes de pillards qui veulent s'approprier le peu qui reste ou détruire. Elle recueille les derniers animaux, les soigne et les protège.
Fernando, le jour de ses dix-huit ans, a quitté le domicile familial de Séville. Il rêve de faste et d'opulence et pense les trouver au nord, avec, en plus, les bras de belles Suédoises ou Norvégiennes.
Mercèdes Sanchez, dont le mari est une épave alcoolique, s'est réfugiée dans la religion. Elle fréquente la congrégation Los Ninos del Paraiso, sous la houlette du padre Garcia. Elle est bien démoralisée par le départ de Fernando. Aussi, quand la padre lui propose de l'accompagner dans l'enclave du Vatican, où il doit se rendre...
Olaf Ericksen est pêcheur dans les îles Lafoten, mais la mer est de plus en plus vide de poissons. Il est confronté aux Réco, les réfugiés climatiques, qui ont trouvé là le bout du chemin. Il pense que le salut est au sud.
Tous s'engagent dans un exode personnel et leurs chemins vont se rejoindre pour... le pire.

En choisissant avec soin ses personnages principaux, en les confrontant à de nombreuses éventualités de dérives, tant humaines, sociétales que physiques l'auteur met en scène tout un éventail de situations éloquentes et plausibles. À partir de ces diverses orientations, depuis celle des nantis, prisonniers volontaires (Mais, n'est-ce pas déjà le cas, confinés dans leur enclave ?) qui crèvent de peur et d'ennui, jusqu'aux plus déshérités pour qui, chaque instant est une lutte pour la vie, il dresse un état de l'Europe. Il décrit les différentes évolutions des hommes, leurs adaptations face aux mutations entrainées par les changements des conditions de vie. Il pose un regard lucide et perspicace sur les mutations de la société humaine quand la mince couche de vernis, ses règles, ses institutions qui tentent de les faire respecter, volent en éclats. Il montre la déchéance de l'humanité, entre ceux qui cherchent à détruire et ceux qui cherchent à survivre à n'importe quel prix.
Jean-Marc Ligny retrace, avec justesse, l'escalade des violences, le rejet de l'autre, les représailles, le repliement sur soi-même, les façons de protéger les maigres ressources qui subsistent. Il raconte la déliquescence des communautés, l'émergence des petits caïds, des roitelets ivres de pouvoir, qui réinstallent par la terreur, la force, des régimes dictatoriaux pires que les plus célèbres.

L'auteur, dans son livre donne une image éloquente de la situation qu'il imagine quand il compare l'humanité à des fourmis sur un bâton en feu. Il n'y a nulle part où aller lorsque l'ensemble de la planète brûle. Avec Exodes, l'auteur prouve le côté vain de ces parcours, la fuite dérisoire vers d'autres lieux tout aussi ravagés. Mais, il ne tire pas de leçons, ne donne pas de morale, il explicite, avec crédibilité, des possibilités. La solution se déduit d'elle-même : éviter de mettre la planète, et donc l'humanité, dans cette position cataclysmique. Mais, n'est-ce pas utopique de penser à un salut raisonné de l'Homme quand le seul credo des véritables dirigeants est le profit à court terme, le gain immédiat sans soucis des conséquences, sans compassion pour le reste de l'humanité ?

Si l'auteur développe un volet humain important, il ne néglige pas le côté économique des situations qu'il crée, montrant comment les survivants adaptent des schémas pour gérer la pénurie.

Cependant, l'auteur n'exclut pas l'espoir, ce sentiment profondément enraciné chez l'humain. Il montre sa capacité à s'adapter aux pires conditions pour : « ...survivre encore un jour, une heure, éperdument. » Si l'auteur sème allègrement la mort tout au long de son récit, il ne met pas en scène de suicide.

Exodes est un livre « coup de poing », noir, désespérant. C'est un roman magnifique par ces personnages crédibles dans leur quête absurde, touchants, éminemment humains auxquels on s'attache naturellement.
 
Serge PERRAUD
nooSFere

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Ligny - Exodes - Murmures
Posté 17 décembre 2012 -

Une assez belle couverture qui tire l’œil et donne envie d’en savoir plus. Attention parce qu’une fois entré dans ce livre il est difficile d’en sortir même quand on change de personnage. En voyant le titre vous avez compris qu’il est question de plusieurs groupes ou solitaires qui fuient une situation donnée ou qui veulent rejoindre un point particulier.

Le point de ralliement ce serait la ville sous dôme de Genève parce que le reste est brûlé de soleil ou par les bandes de Boutefeux, des jeunes qui détruisent tout. Ailleurs aussi la mer monte et les méduses envahissent les ports, c’est le constat que font Olaf Eriksson et sa femme qui ont quitté les iles Lofoten. A Genève on cherche à prolonger la vie et l’on trafique des organes. En Espagne, Mercedes Sanchez recherche dans la religion un salut à son âme, car elle vient de tuer son mari et son fils a disparu. Son fils c’est Fernando il a rejoint un groupe de Boutefeux et y a été intégré grâce à la drogue qu’il a apportée. De son côté l’italienne Paula Rossi cherche un médecin pour traiter la toux de son fils cadet... Avec l’aîné ils ont fui Venise. Mélanie Lemoine elle tente de sauver le plus d’animaux possible dans son petit coin de France.

Un savant mélange de violence et de désespoir qui ne laisse guère d’aspects positifs. Nous sommes au cœur de la SF qui cherche à prévenir. Celle qui dit : si vous ne faites pas attention, ce que vous venez de lire deviendra réalité à quelques nuances près. Et on sent bien à la lecture que l’auteur se méfie de ses éventuelles envolées littéraires, il se surveille. Sa violence n’est extrême que lorsqu’elle est le fait de drogués. Et laisse plus de chance aux solitaires même si ce sont les premiers à partir.

Noé Gaillard

 
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Ligny - Exodes - Bifrost
Posté 29 décembre 2012 -
Les fins du monde sont rarement gaies. Avec Jean-Marc Ligny, elles s 'avèrent paradoxalement belles, à l'image de l'illustration de couverture très graphique de Teraf, fait suffisamment rare chez l'Atalante pour qu'on le signale.
Le lecteur avide de questions environnementales et géopolitiques se souvient sans doute de Aqua™. Le roman anticipait les plus que probables conflits de l'eau, se contentant, comme toute bonne SF, de pousser l'extrapolation jusque dans ses ultimes retranchements.
Avec Exodes, l'auteur français nous projette en Europe, quelque part entre la fin du xixe et le début du xxe siècle. Une projection dont on a pu découvrir un aperçu avec la nouvelle «Le Porteur d 'eau » au sommaire du no 56 de Bifrost. A cette époque, l'emballement du réchauffement climatique a fini par faire passer les pires prévisions du GIEC pour une aimable bluette. Les mesurettes préconisées par le développement durable apparaissent désormais comme l'ultime blague d 'une économie productiviste ne voulant surtout rien changer à sa manière de faire. Le dernier pied de nez d'une société de consommation ne désirant rien bouleverser dans sa façon de vivre. On suit ainsi les itinéraires de six groupes à travers une Europe en proie au chaos, au struggle for fife et à la barbarie. Des trajectoires jalonnées d'épreuves, de moments de répit, parfois d 'espoir, mais qui s 'achèvent surtout sur une voie sans issue.
Mélanie, l'amie des animaux, cherchant à faire le bien autour d 'elle pour en récolter les bienfaits. Fernando, jeune homme parti autant à l'aventure que pour fuir une mère dévote, persuadée que les anges descendront bientôt du ciel dans leurs OVNI pour sauver les élus de l'enfer terrestre où croupit l'humanité. Elle prendra la route à la suite de son fils pour répondre à des visions. Paula, prête à tout pour protéger ses deux enfants.
Olaf et sa femme, couple des Lofoten à la recherche d'un refuge, loin de la folie des hommes. Pradesh Gorayan, chercheur en génétique condamné à trouver le secret de J'immortalité s 'il souhaite continuer à vivre en toute quiétude dans l'enclave climatisée et surprotégée de Davos. Tous se démènent pour surv1vre dans un monde où dieux et maîtres imposent leur férule sur des existences précaires.
Le récit de ces destins nous dévoile un vieux continent arrivé en bout de course. Squelettes urbains hantés par les Mangemorts, spectres décharnés, humains déchus retournés à l'état de bêtes dévorant les cadavres.
Terres incultes polluées par les effluents toxiques et les remontées d 'eau salée. Ecosystème à l'agonie, déjà colonisé par les successeurs de l'homme fourmis, scorpions, plantes mutantes, méduses gorgées d'acide, moustiques porteurs de maladies tropicales ... Routes à la chaussée tavelée par le soleil parcourues par des véhicules bricolés à la Mad Max.
Villages retranchés où prévaut la loi du chacun pour soi. Et la menace constante des Boutefeux, hordes anarchiques vouées àla destruction, à l'annihilation et à l'extermination, histoire de purger la Terre de l'humanité, ce virus qui la ronge jusqu'à l'os. Dans ce monde, seules quelques enclaves brillent encore des derniers éclats de la civilisation. Des havres de paix et de science ? Plutôt des mouroirs pour une classe de nantis, fins de race avides de découvrir le secret de l'immortalité afin de perpétuer leur pouvoir le plus longtemps possible sans se soucier du futur.
Roman noir de l'avenir, la dystopie de Jean-Marc Ligny secoue les certitudes. Si le réchauffement climatique et l'effondrement sociétal en résultant constituent l'arrière-plan d'Exodes, l'homme apparaît comme le coeur du propos de l'auteur. A la fois lyrique, sarcastique et cruel, Ligny ne ménage pas ses effets pour rendre son roman d'une lucidité douloureuse. n se focalise sur l'humain, le dépouillant de son vernis d'être civilisé. Au rencart la compassion, la solidarité et la générosité. Que reste-t-il ? Un animal dont l'unique souci semble être d'arracher un jour de vie supplémentaire, quitte à le prendre à autrui. On reste pétrifié par ce comportement, hélas très vraisemblable.
Après Aqua™, Jean-Marc Ligny signe à nouveau un roman coup de poing. De ceux parlant autant à la tête qu'aux tripes. Une lecture plus que recommandable, pour ne pas dire indispensable !
Laurent Leleu
Bifrost
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Ligny - Mal-morts - Les Chroniques de l'imaginaire
Posté 24 janvier 2013 -

Non, Elodie n'est pas folle. En tout cas, pas dans le sens littéral du terme, et pas comme le croient ses parents ou ses camarades de classe. Elodie est une victime, victime des Morts, qui la pompe de son énergie vitale, pour pouvoir vivre un peu plus. C'est un combat désespéré et sans fin que livre Elodie. Dans cette tourmente, comment confier à ses proches ce que l'on subit sans être internée d'office ? Mais Elodie en parle, elle ne peut plus assumer seule. L'adolescente épuisée essaye donc de survivre avec deux mondes contre elle et sans allié, avec des parents de plus en plus dépassés, la baladant de psy en hôpital pour tenter de la soigner et d'enfin retrouver une vie normale, ce à quoi Elodie aspire aussi sans savoir comment s'y prendre pour mettre fin à son combat.

Mais une attaque plus grave va forcer son père et sa mère à une grave décision. En effet, ils ont décidé de l'envoyer dans un hôpital psychiatrique et de l'y laisser jusqu'à ce qu'elle retrouve toute sa santé. Or qui dit hôpitaux, dit forcément fantômes puisqu'on y meurt... De plus, les calmants et médicaments qu'on la forcera à prendre la rendront apathique et incapable de se battre. La fillette n''a donc plus qu'une solution, fuguer avant de finir enfermée et à la portée de ses avides ennemis.

Mal-Morts est un roman jeunesse fantastique, tendant parfois un peu vers l'horreur, assez surprenant et abordant pas mal de thèmes qu'on ne s'attend pas forcément à trouver dans un livre à destination d''un public adolescent puisqu'il y est bien entendu question de la mort mais également d'anorexie, de suicide et de viol entre autres. L'horreur n'est donc pas que chez les trépassés mais aussi chez les vivants, c'est d'ailleurs celle des seconds qui semble créer celle des premiers. Car notre monde n'est pas enchanté, on y meurt à n'importe quel âge, parfois de manière dramatique, même s'il ne s'agit bien évidement pas ici de dresser un portrait de notre triste quotidien. Jean-Marc Ligny a en effet une toute autre histoire à raconter, celle gentiment effrayante et éprouvante d''une fillette en lutte contre les morts dont les attaques peuvent avoir lieu à n'importe quel endroit, que ce soit sur une route de nuit ou bien entendu au détour d'un cimetière. La menace devient de plus en plus permanente en raison des attaques qui arrivent de manière surprenante et prend en plus une bien mauvaise tournure grâce aux vivants, que ce soit les parents sceptiques de l'héroïne qui veulent l'enfermer ou l'opiniâtre directrice de l'hôpital prête à tout pour soigner sa patiente et qui va la mettre grandement en danger. Elodie est donc devenue solitaire et introvertie malgré elle, laissant ainsi planer sur le roman un grand sentiment de solitude...

Mais l''histoire lui permettra aussi de trouver des alliés providentiels qui deviendront même des amis, car tout n'est pas noir dans Mal-Morts, un peu d'espoir finira même par apparaître grâce à Orphan, un musicien dont elle est fan. Cette rencontre permettra à l'auteur de nous emmener vers un conclusion inattendue dans laquelle la musique aura une place importante, où plutôt la créativité comme moyen de lutter contre un environnement cruel.

Divisé en chapitres cours, Mal-Morts multiplie les points de vues, celui de héroïne en premier lieu dont on sent la détresse à chaque page, puis celui de ses parents dont on sentira l'inquiétude pour leur fille et leur incompréhension vis à vis de sa maladie, puis celui de certains amis qui vont également essayer de comprendre les drames se jouant autour de la jeune fille. Les ambiances se multiplient ainsi et des scènes aux atmosphères très différentes se succèdent avec brio.

Bien loin de ne proposer qu'une énième métaphore de l''adolescence, Mal-Morts en parle quand même un peu, mais également de la difficulté de communiquer avec des adultes trop ordinaires quand on est encore une enfant qui découvre la vie et le monde. Et c'est enrobé dans un superbe roman fantastique, captivant et superbement conté par Jean-Marc Ligny qui ne prend pas les jeunes lecteurs pour des créatures innocentes et leur parle de choses parfois dures.

Moute (12/10/2010)

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Ligny - Exodes - Journal semi-littéraire
Posté 19 août 2013 -

Dans mon entreprise de lecture des finalistes du prix Rosny, j'ai terminé il y a peu Exodes, de Jean-Marc Ligny.

Le début fut raide. Sans doute l'influence des classiques avec lesquels je passe la journée (en ce moment, Sévigné et Nabokov pour l'agreg, moult extraits de tragédie et Bédier pour la rentrée), mais j'ai peiné ces derniers temps à entrer dans des romans de genre. Cerveau trop stimulé ou plus assez disponible, je n'en sais rien, mais Exodes...

Début raide, donc, car je lis le soir avec une âme d'enfant qui attend l'histoire avec laquelle s'endormir. Or, nous voilà exactement dans le genre de récit multiple qui fait fuir le sommeil : une anticipation si riche et crédible qu'elle prend aux tripes dès les premiers chapitres. Le cadre ? Un futur plus ou moins proche Celui qu'on ne saurait dater précisément, mais qui a tout de vrai, réchauffement climatique, pollution, humanité qui part à vau l'eau où, bien entendu et plus que jamais, les nantis s'en sortent avec la vie belle tandis que le bas peuple survit comme il peut.

Les personnages sont multiples et tous en errance, à des degrés divers. Pandora, l'adolescence à la jeunesse dorée se perd dans les affres de sa génération, tandis que son père continue des recherches pour un homme meilleur sans grande conviction et que sa mère traite les dossiers des crève-la-faim qui aimeraient entrer sous leur dôme, sans grand espoir de sauver qui que ce soit. Au-dehors, sous un soleil brûlant, le monde est dévasté et la loi du plus fort domine. Paula caresse pourtant l'espoir de trouver un médecin pour soigner l'un de ses fils malade. Fernando fuit une mère bigote, Mercedes, qui espère sauver au moins son âme. Dans le nord qui fait rêver les sudistes, Olaf et Risten voient les extrémismes s'imposer aux Lofoten et aspire à un monde autre... oui, les personnages sont nombreux, et s'ils semblent l'être trop au début, c'est qu'on attend un roman plus classique. Mais là n'est pas l'objet d'Exodes : c'est bien une histoire de l'humanité en générale qui se dessine, et une histoire aussi terrifiante que juste.

Et voilà donc un roman que j'ai adoré autant que je le déteste. Oui, ce roman est détestable, car il renvoie à une réalité violente, douloureuse et profondément prévisible, et en plus il le fait efficacement à travers la galerie de portraits que nous suivons. Le tout s'achève par la bibliographie qui achève la démonstration, concluant sur ce qui attend l'homme, malgré les touches d'espoir ténues qui colorent parfois les individus.

Journal semi-littéraire

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Ligny - Exodes - senscritique.com
Posté 11 mars 2015 -

Un grand roman d'anticipation, foisonnant et multiple, puisant dans le monde d'aujourd'hui les éléments de son déclin. Par une écriture riche et une construction narrative inventive, Jean-Marc Ligny se sert de ce qui résonne en nous pour nourrir notre imagination, au fil d'une histoire qui, aussi noire soit-elle, se lit comme une aventure.

 

PierreAFeu - senscritique.com - 10 mars 2015

 

 

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Ligny - Semences - ActuSF
Posté 25 septembre 2015 -
ActuSF : Votre roman, Semences, sort ce mois-ci chez l’Atalante. C’est le troisième tome de votre trilogie climatique, démarrée avec Aqua™ et poursuivie avec Exodes. Aviez-vous envisagé ce triptyque dès le départ ?
 
Jean-Marc Ligny : Non, pas du tout. Au départ, Aqua™ devait constituer mon unique contribution à la problématique du réchauffement climatique. Mais à mesure que je progressais dans l’ouvrage (dont la gestation a pris quelques années), le problème du réchauffement climatique est devenu de plus en plus prégnant et ses conséquences à moyen terme de plus en plus dramatiques (donc passionnantes pour l’écrivain de SF que je suis). Or Aqua™ traitait du problème à court terme, à l’horizon 2035 environ. Une fois ce roman terminé, Denis Guiot m’a commandé un roman pour grands ados/jeunes adultes pour la collection qu’il dirigeait alors chez Intervista. Je suis donc resté dans le sujet pour écrire Green War, qui se passe à la même époque qu’Aqua™. C’est alors que m’est venue l’idée de pousser le bouchon plus loin, à l’échelle d’un siècle, au cas (de plus en plus probable) où l’humanité n’arriverait pas à endiguer ce réchauffement climatique et où il atteindrait un point d’emballement, rendant la Terre invivable et détruisant du même coup la civilisation. Ça a donné Exodes, dont il a été dit à plusieurs reprises que c’était un roman très pessimiste et désespéré sur la condition humaine. Je n’ai pas voulu rester sur une vision aussi sombre de l’avenir et j’ai encore poussé le bouchon de deux siècles supplémentaires. En me disant qu’à cette époque, les survivants de l’humanité se seraient plus ou moins adaptés à survivre en un monde nouveau, ou du moins dont les conditions climatiques seraient largement inédites à l’échelle humaine. De là est venue l’idée de Semences : un roman un peu plus « positif » qu’Exodes, montrant comment l’humanité arrive à s’adapter et s’en sortir, d’une façon ou d’une autre.

ActuSF : L’histoire de Semences nous projette dans un avenir lointain. A quoi ressemble la Terre ? Quels changements a-t-elle subi ?
 
Jean-Marc Ligny : Globalement, d’un tropique à l’autre, le soleil tue. Les températures diurnes peuvent dépasser les 100°C et rien ne survit sur ces terres calcinées. Les zones tropicales se sont largement déplacées vers le nord et le sud (nos « zones tempérées » actuelles) avec leurs cortèges de cyclones gigantesques et de pluies diluviennes. Le pôle nord est devenu tempéré, envahi par la moisine, le kudzu et les moustiques, et l’inlandsis fond d’année en année. Les océans on gonflé, sont devenus acides et abritent une faune étrange. Sur les continents, la diversité biologique a chuté de 95% environ – flore et faune sont donc plutôt monotones, d’une région à l’autre. Pour une raison mystérieuse (que des scientifiques, s’il y en avait, décrypteraient sans doute…), il n’y a plus aucun oiseau. Les survivants, rassemblés en tribus éparses et ayant peu de contact, vivent avec parcimonie. La mémoire du passé est uniquement légendaire, vu qu’il n’y a plus aucun support pour lire la mémoire (essentiellement électronique) des siècles passés et que la plupart des livres ont disparu au cours des Âges Sombres. Les survivants de l’humanité vouent un culte plus ou moins fanatique à Mère-Nature. Tout objet technologique est généralement tabou (mais pas partout). L’humanité survit, de diverses manières. Mais elle n’est plus l’espèce dominante sur la planète. Ça semble être les fourmites (croisement entre foumis et termites, à l’origine inconnue) avec qui certains humains vivent en symbiose.

[...]

ActuSF : Vous abordez depuis quelques années les problématiques des ressources naturelles, du climat…. Qu’est-ce qui vous incite à écrire cette SF "écologique" ?
 
Jean-Marc Ligny : C’est, je crois, le fait que ça concerne directement l’avenir de l’humanité, ou du moins de la civilisation. Quand j’ai pris conscience au tournant du siècle que le réchauffement climatique était inéluctable, ma réflexion d’auteur de SF en a pris un coup. Je me suis dit : « Ce n’est plus un avenir possible, c’est un avenir certain. » Toute réflexion sur l’avenir devait désormais intégrer ce critère : « le climat va changer, et l’humanité va s’en trouver modifiée ». Il a fallu que je comprenne ce qui allait se passer, ce qui risquait de se passer, et les conséquences physiques, mentales, économiques et sociales à court, moyen et long terme. C’était devenu incontournable. Un peu comme la SF du temps de la guerre froide qui parlait d’apocalypse nucléaire, sauf que l’apocalypse nucléaire en question restait une possibilité : qu’un cinglé quelconque appuie sur le fatidique bouton. Le réchauffement climatique, lui, n’est pas une possibilité, mais une certitude. Fatalement, l’avenir de l’humanité devra en tenir compte. C’est ce qui m’a incité à écrire là-dessus.

[...]
 
ActuSF
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Ligny - Semences - lelitteraire.com
Posté 02 novembre 2015 -
Dans ce nou­veau volet de sa tri­lo­gie, l’auteur déporte son action dans trois siècles, lais­sant au réchauf­fe­ment le temps de faire son œuvre sur la pla­nète. Pour construire son intrigue, Jean-Marc Ligny s’appuie sur des simu­la­tions, des pro­jec­tions scien­ti­fiques, en par­ti­cu­lier sur le tra­vail que mène Valé­rie Masson-Delmotte, paléo-climatologue, et ses col­lègues. Il pose un cadre apo­ca­lyp­tique et ima­gine des modes d’adaptation pos­sibles bien dif­fé­rents selon des groupes de sur­vi­vants, ceux-ci s’appuyant sur des oppor­tu­ni­tés locales. Il prend en compte la régres­sion de la société, un retour vers un âge et un mode de vie pré­his­to­riques, avec, tou­te­fois, la sur­vi­vance, dans les sou­ve­nirs, de la civi­li­sa­tion anté­rieure et d’objets dont l’usage reste ignoré. N’ayant plus de télé­vi­sion pour sépa­rer les gens, c’est le retour des veillées avec des récits de légendes du temps de l’Âge d’Or, du temps des Âges sombres.
L’évolution des per­son­nages est inté­res­sante. Au fur et à mesure des ren­contres, de la décou­verte d’autres modes d’adaptation aux condi­tions nou­velles, moins pré­caires, les besoins évoluent. Le besoins fon­da­men­taux liés à une sur­vie dif­fi­cile s’ouvrent vers une autre dimen­sion, vers un autre niveau de la pyra­mide de Mas­low, vers des émotions, des sen­ti­ments qui ne trouvent pas leur place dans l’urgence de se nour­rir, de se pro­té­ger, dans la pré­ca­rité, dans l’absence de futur.

Le roman­cier replace une divi­nité puisque l’Homme est inca­pable de vivre sans cette chi­mère source de tous les excès : “Et les dévots aussi : au nom de Mère-Nature, ils ont tout cassé, tout brûlé, tout détruit, au pré­texte que Mère-Nature ne tolé­rait pas que l’homme fabrique quoi que ce soit, se hisse à un niveau plus élevé que le plus pouilleux des chiens sau­vages.” Il invente les four­mites, des insectes mutants qui semblent être un croi­se­ment entre les four­mis et les ter­mites.
Avec Semences, Jean-Marc Ligny offre un road-movie superbe de deux per­son­nages, leurs ren­contres, leurs décou­vertes, leurs aven­tures, un roman pas­sion­nant conçu avec une grande rigueur, effrayant pour les géné­ra­tions à venir.

Serge Per­raud
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Ligny - Triptyque climatique - lefictionaute.com
Posté 12 novembre 2015 -
Thématique : Fiction écologique

[…] Avec ce triptyque, nous redécouvrons la brutalité primale de nos origines que des siècles de civilisation n’ont su étouffer in fine, montrant combien la notion même de civilisation demeure bien fragile et caduque. Les lecteurs esthètes – et un tantinet cyniques dans leur voyeurisme – se délecteront de ces images apocalyptiques si bien reproduites. […]

Narration

[…] Les chapitres sont brefs, le style incisif, épuré et emprunt d’un réalisme qui vient renforcer la crédibilité de cette eschatologie. […] Ligny parvient sur l’ensemble du triptyque à dresser un écosystème d’une amplitude et d’un réalisme enthousiasmants où les passages narratifs mettant en scène les divers dérèglements climatiques sont parmi les plus probants. La beauté des paysages traversés est magnifiée par une poésie du verbe qui opère avec une réelle maestria. […] L’auteur nous livre ainsi un road movie sérieusement documenté, aux couleurs flamboyantes, au verbe ciselé et aux personnages finement élaborés.

Lecture

[…] Derrière la thématique centrale de la fiction écologique lignyenne, se retrouvent donc l’impuissance des politiques occidentales, la toute-puissance des multinationales, la montée des extrémismes, la dichotomie entre inners et outers, thèmes chers à l’auteur. À la lecture du triptyque, on ressort quelque peu secoué… Il nous faut en effet partager les affres sans nom d’une humanité livrée à elle-même et condamnée à des lendemains toujours plus sombres. L’univers de cette apocalypse annoncée est suffocant, poisseux, moiteux, ténébreux et cauchemardesque jusque dans ses moindres recoins. […] Une eschatologie esthétisante et hypnotisante sur certaines pages, pleines de furie et de tempêtes. Un mécanisme sur l’effondrement sociétal parfaitement mis en scène. Une lucidité sans équivoque sur le comportement grégaire de cet étrange animal qu’est l’homme. Et accessoirement un plaisir de lecture intact, au terme de ces quelque 1700 pages.
 
Frank Brénugat
Retrouvez l'avis complet sur :
lefictionaute.com
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Ligny - Triptyque climatique - La Liberté
Posté 02 décembre 2015 -
Avec Semences, l’écrivain français Jean-Marc Ligny prolonge une série d’ouvrages d’anticipation climatique initiée avec AquaTM. Il y décrit un monde où l’humanité s’est morcelée et étiolée face aux rigueurs terrifiantes du climat. De quoi en faire un digne représentant francophone de la « cli-fi », une étiquette dont il dit s’accommoder.
 
A partir de quand avez-vous travaillé sur le changement climatique ?

Jean-Marc Ligny : Cette notion a émergé dans ma conscience (et par suite, dans mon travail) au tournant du siècle, quand elle a commencé à s’infiltrer dans les médias et que je me suis rendu compte de son caractère inéluctable. J’ai alors compris que le changement climatique était inévitable, même si l’on prenait des mesures drastiques pour le réduire – ce dont je doutais fortement.
 
Pourquoi l’avoir placé au cœur de vos récents ouvrages ?

Ma démarche n’était pas d’expliquer le changement climatique en lui-même – il existe là-dessus une documentation très abondante et très explicite – mais d’imaginer ses effets sur la société et sur la conscience humaine. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, son avenir était pour ainsi dire tracé : on allait vers une dégradation importante des conditions de vie sur la planète, qui mènerait à terme à une extinction massive des espèces, y compris de l’humanité – ou du moins, de notre civilisation. En tant qu’auteur de science-fiction, je ne pouvais ignorer un tel paradigme.
 
Semences se passe en 2300. Sur quoi vous êtes-vous basé pour nourrir cette anticipation littéraire ?

A une telle distance, on nage dans l’incertitude. Le GIEC, dans ses rapports officiels, ne se hasarde pas à faire des prévisions à si long terme. Toutefois, peu après l’écriture d’Exodes, j’ai eu la chance de rencontrer Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC et experte en paléoclimatologie. Elle m’a donné quelques conseils et orientations, d’après ses connaissances des changements climatiques du passé. Puis elle m’a proposé d’organiser un séminaire afin de discuter du cas de Semences avec d’autres spécialistes de la faune, de la flore, des océans, de l’atmosphère, etc. Nous nous sommes retrouvés à une vingtaine d’éminents scientifiques à élucubrer sur ce que pourrait devenir la planète dans trois siècles. L’essentiel du contexte de Semences vient de là.
 
Thierry Raboud
La Liberté, 28 novembre 2015
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Ligny - Semences - Daily Books
Posté 15 décembre 2015 -

Troisième et dernier volume d’un triptyque ou d’une trilogie commencé(e) avec AquaTM (Folio) et poursuivie avec Exodes (L’Atalante) mais comme il se doit chaque épisode peut se lire indépendamment des autres. On rappellera incidemment que vous devez trouver ici-même une chronique consacrée à Exodes et que Aqua™ a obtenu quatre prix littéraires (Bob Morane, Julia Verlanger, Une autre terre, Rosny ainé).

Pour avoir rencontré Natsume avant sa mort Denn va embarquer Nao dans une folle équipée jusqu’au Groenland. Natsume a quitté la communauté Inuit où il vit à la mort de sa « compagne » Hiroko et il a traversé une partie du globe pour venir mourir près de la communauté cavernicole de Denn en Amérique du nord. Cette communauté est à bout de souffle et Denn à qui Natsume a donner un foulard sur lequel est peint un paysage paradisiaque, désire savoir ce qu’il y a de l’autre côté du désert. En compagnie de Nao son amie d’enfance et muni des outils des temps obscurs apportés par Natsume il part à l’aventure. Nao emporte avec elle une petite colonie de « fourmites » (fourmis/termites mutantes) qui sont capables de trouver de l’eau et entretiennent avec elle un lien « télépathique ». Vous devez bien vous douter de ce qui arrive aux deux jeunes gens… Mais il m’étonnerait que vous pensiez au sort des fourmites. Vous aurez deviné aussi que la terre sur laquelle se déroule cette aventure est ravagée par les effets pervers d’un climat rendu fou et malveillant.

Un des grands mérites de ce roman est de dénier à la Nature un comportement vengeur à l’égard des hommes. Jean-Marc Ligny montre bien et sans agressivité que ce sont les hommes et leur attitude qui sont responsables et qu’ils sont incapables de tirer les leçons de ce qui s’est produit dans le passé.

Je me permettrai de regretter un peu que la fin de l’histoire – les derniers épisodes-étapes de la marche de Denn et Nao – soient un peu résumée… Mais peut-être l’auteur nous réserve-t-il quelque recueil de nouvelles pour redonner vie à Denn et Nao (avez-vous remarqué combien ce nom fait écho à Rosny ainé ?).

Bonne lecture. Pour Noël offrez donc la trilogie…

Noé Gaillard
Daily Books
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Ligny - Aqua TM - Naufragés Volontaires
Posté 27 janvier 2016 -
"Aqua TM" est un sacré pavé : plus de 700 pages. Le genre d'ouvrage qui impressionne par son épaisseur. Mais, il faut passer outre cette première impression et plonger dans ce thriller qui est un vrai page-turner, un livre aux réflexions intéressantes sur nos enjeux économiques et humains d'aujourd'hui.
 
Le roman de Jean-Marc Ligny est un livre efficace donc. Construit comme un thriller, l'auteur y met un rythme vraiment bien agencé. Les pages tournent et jamais on ne s'ennuie. On passe d'un endroit à l'autre dans le monde, on suit un personnage puis un autre et on réfléchit aux liens qui se créent et qui unissent tout cet assemblage. Des chapitres assez brefs, sautant d'un personnage à l'autre, jouant parfois avec la note épistolaire de l'e-mail, offrent une rythmique variée dans la lecture du roman.
 
Les personnages eux-mêmes sont intéressants. Evitant un certain manichéisme, Jean-Marc Ligny dresse des personnages fracturés par la vie. Que cela suit Rudy qui a perdu sa famille dans un attentat qui a vu la destruction d'une partie de son pays, que cela soit Laurie avec ces fêlures internes et ces questionnements continuels, que cela soit Anthony le dirigeant du consortium avec sa vie de famille ratée et son addiction aux médocs pour tenter de garder le cap de sa vie, que cela soit Fatimata la présidente du Burkina-Faso qui tente de garder le pays debout malgré le coup d'état, ou que cela soit Abou qui découvre la magie de sa grand-mère et la vie difficile de militaire. Et d'autres encore. Tous ont quelque chose. Ce sont des êtres écrasés par la vie, par les éléments et par les événements, mais qui néanmoins réagissent, agissent et survivent. Parfois pour le bien, parfois pour le mal.

"Aqua TM" est donc bien un thriller. Un roman d'anticipation aussi car il situe les événements dans notre futur proche : celui de 2030. Notre planète subissant le réchauffement climatique, notre monde subissant les méfaits des extrêmes tant religieux qu'économiques. Mais notre monde à nous. Le même qu'aujourd'hui mais légèrement déformé selon moi. La science-fiction c'est ça : faire réfléchir les gens sur leur aujourd'hui en déplaçant le problème dans le futur et la fiction !

Je comparerais bien "Aqua TM" à "Tous à Zanzibar" de John Brunner. Je vais être targué de fous par certains, mais j'ose espérer rendre honneur à Jean-Marc Ligny par cette comparaison. Je rajouterais même que "Aqua TM" me semble plus accessible au public que ne le fut "Tous à Zanzibar". D'ailleurs, les extraits de presse, les citations diverses et autres notes que l'on trouve au début de chaque chapitre me rappellent la construction kaléidoscopique du roman de John Brunner.

Mais outre le thriller, outre l'anticipation, le roman de Jean-Marc Ligny est aussi un roman fantastique. L'auteur insuffle dans son récit la magie africaine et le pouvoir télépathique. Deux petites notes fantastiques qui rajoutent au contexte général. Deux notes que certains ne trouveront peut-être pas nécessaires au récit, mais c'est aussi ce qui fait que ce récit s'installe complètement dans les littératures de l'imaginaire et pas uniquement dans le thriller d'anticipation. D'ailleurs, j'ai beaucoup apprécié cet utilisation de la magie africaine, cela donne une petite touche à part au livre.
 
Bref, "Aqua TM" est un roman vraiment excellent ! C'est un livre vraiment noir, presque déprimant tant le futur présenté par Jean-Marc Ligny est apocalytique. Si les éléments ne suffisent pas à détruire la vie, ce sont les humains eux-mêmes qui continuent à s'entre-tuer. Pour l'argent ou pour des religions à la con. "Aqua TM" est un livre où l'on trouve le plaisir de la détente, le rythme efficace du thriller, la magie mais aussi de nombreuses questions sur notre vie d'aujourd'hui, de l'impact humain et écologique du libre échange libéral, ou de la mégalomanie de certains soi-disant envoyés de Dieu.
 
 
Julien Vanderhaeghen - Naufragés Volontaires
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Ligny - Semences - Journal semilittéraire
Posté 26 juillet 2016 -
Une émotion particulière en ouvrant ce roman... pas celle de la fin d'une série, si on peut parler de série pour trois romans finalement indépendant, non, autre chose. L'idée d'une boucle.

Aqua TM est un de ces romans qui ont une place particulière dans ma vie. C'était le sujet de ma presque-première critique publiée ailleurs que sur un blog, dans un support certes confidentiel, mais diffusé, bien réel. L'un des premiers romans que j'ai tendu, frémissante de timidité, à son auteur par-dessus une table. C'était à Nantes, c'était les Utopiales. C'était la créature magique et fascinante que je voyais derrière chaque auteur. A l'époque, je ne savais pas quelle était l'importance de l’œuvre de Jean-Marc Ligny pour la SF français. D'ailleurs, j'en lisais encore peu, j'étais encore novice malgré les kilomètres de pages déjà enquillés, et Aqua TM m'avait mis une claque que je ne reprendrais peut-être pas aussi fort aujourd'hui.

Semences, donc.

L'humanité est en voie de disparition. Les survivants ont retrouvé l'âge de pierre pour certains, ou croient encore à une civilisation aux allures technologiques, pour d'autres. Le climat s'est tragiquement réchauffé, il ne reste plus grand-chose à espérer. L'homme étant ce qu'il est, il s'en trouve toujours pour croire, oser, partir à l'aventure. S'accrocher à l'espoir d'un ailleurs vagu

ement meilleur, aussi incertain soit-il.

Ce fut le cas de Natsume, quelques années avant le début du roman. Il a rejoint une communauté inuit installée dans un Groenland envahi par les moustiques pour y voir mourir celle qu'il considérait comme une soeur. Ou de Denn. Dans une tribu moribonde qui vit dans une grotte, d'une pêche misérable et d'un accord symbiotique avec des fourmites. Ce dernier finit par quitter la communauté, avec le fol espoir de rencontrer des hommes qui vivraient un peu mieux. Un voyage dangereux et difficile, malgré la présence de Nao, l'amie d'enfance et bien davantage, qui finit par donner des allures d'histoire d'amour pleine d'espoir au récit. On a envie de croire, d'espérer avec eux que tout n'est pas terminé pour une humanité encore capable de s'émouvoir pour son prochain.

Je ne vous spoilerai pas, mais je ne peux rester silencieuse sur la fin. Elle est peut-être un peu facile, mais grandiose de logique tragique.

Angua - Journal semilittéraire
http://journalsemilitteraire.over-blog.com/2016/07/semences-jean-marc-ligny.html
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Ligny - Semences - Magazine Culture
Posté 06 septembre 2016 -
"Je ne pouvais ignorer un tel paradigme."

Avec Semences, l'écrivain français Jean-Marc Ligny prolonge une série d'ouvrages d'anticipation climatique lancée avec Aqua ™. Il y décrit un monde où l'humanité s'est morcelée et affaiblie face aux rigueurs terrifiantes du climat. De quoi faire de cet écrivain un digne représentant francophone de la "cli-fi", étiquette dont il dit s'accommoder.

À partir de quand avez-vous travaillé sur le changement climatique ?
Cette notion a émergé dans ma conscience (et par la suie, dans mon travail) au tournant du siècle, quand elle a commencé à s'infiltrer dans les médias et que je me suis rendu compte de son caractère inéluctable. J'ai alors compris que le changement climatique était inévitable, même si l'on prenait des mesures drastiques pour le réduire - ce dont je doutais fortement.
 
Pourquoi l'avoir placé au coeur de vos récents ouvrages ?
Ma démarche n'était pas d'expliquer le changement climatique en lui-même - il existe là-dessus une documentation très abondante et très explicite - mais d'imaginer ses effets sur la société et sur la conscience humaine. Pour la première fois, dans l'histoire de l'humanité, son avenir était pour ainsi dire tracé : on allait vers une dégradation importante des conditions de vie sur la planète, qui mènerait à terme à une extinction massive des espèces, y compris de l'humanité - ou du moins, de notre civilisation. En tant qu'auteur de science-fiction, je ne pouvais ignorer un tel paradigme.
 
Semences se passe en 2300. Sur quoi vous êtes-vous bésé pour rendre crédible cette anticipation littéraire ?
À une telle distance, on nage dans l'incertitude. Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), dans ses rapports officiels, ne se hasarde pas à faire des prévisions à si long terme. Toutefois, peu après l'écriture d'Exodes, j'ai eu la chance de rencontrer Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC et experte en paléoclimatologie. Elle m'a donné quelques conseils et orientations, d'après ses connaissances des changements climatiques du passé. Puis elle m'a proposé d'organiser un séminaire afin de discuter du cas de Semences avec d'autres spécialistes de la faune, de la flore, des océans, de l'atmosphère, etc. Nous nous sommes retrouvés une vingtaine d'éminents scientifiques à élucubrer sur ce que pourrait devenir la planète dans trois siècles. L'essentiel du contexte de Semences vient de là.
 
TR
Le soir
samedi 28 novembre 2015
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Ligny - Jihad - A l'ombre des nénuphars
Posté 24 novembre 2017 -

Il rejoint peu ou prou celui énoncé par la maison d’édition. 
Dès les premières pages, on est plongé dans l’horreur d’une guerre civile : la folie qui frappe à l’aveugle dans un village tout ce qu’il y a de plus calme ; le sentiment d’impuissance incarné dans le personnage du berger Ali, condamné à écouter le massacre et à le regarder de loin pour pouvoir témoigner et raconter. À travers l’histoire de Djamal, on explore les liens entre politique internationale et utilisation de la religion ainsi que le rôle des « puissances étrangères » dans les conflits locaux ; on plonge dans les coulisses de la traite des êtres humains ; et on réfléchit aux mécanismes qui entraînent quelqu’un dans la violence.
L’intelligence du scénario tient à la nature même de la « croisade » de Djamal, qui repose sur une vengeance personnelle. Djamal n’est pas un fou de Dieu, il ne croit qu’en sa propre volonté et non à une entité extérieure. En ça, on le suit et on découvre avec une foule de personnages improbables mais crédibles. Les thèmes évoqués rejoignent certains de ceux de Qui a peur de la mort ?, la part de magie en moins. Ici, la colère et la vengeance personnelle sont poussées à leur paroxysme, et balaient toute mythologie.
La puissance du roman tient à sa force prophétique, qui en ferait presque un roman-documentaire, hélas. Mais c’est justement la force et l’atout de la science-fiction : prendre le réel et le tordre en une sorte de miroir déformant, afin d’en dénoncer les absurdités parfois criminelles, et ce de façon plus habile et plus poignante qu’un récit d’autofiction. On ressort sonné de cette lecture qui donne envie de creuser davantage dans ces thèmes, et d’aller découvrir les autres titres de cet auteur prolifique.

- A l'ombre des nénuphars, le 12/11/17 

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Ligny - Exodes - Vibrations culturelles
Posté 07 septembre 2018 -

Jean-Marc Ligny avec Exodes poursuit sa vision après Aqua TM  d'un futur aussi épouvantable qu'il sera peut-être réel.

     Cette fois la fin de l'Humanité est bien là. L'enballement du réchauffement climatique est tel que la civilisation s'effondre : plus de gouvernements, plus de police et d'armée et des morts par millions par manque d'eau, des températures insupportables et l'absence de végétation et de nourriture.  Le roman se situe principalement en Europe et nous suivons la vie et surtout les errances de cinq personnages plus un sixième qui vit avec sa famille dans une relative sécurité sous un globe protecteur en Suisse. Il s'agit de Mercedes Sanchez en Espagne qui se réfugie dans la religion et tombe sous la coupe d'une secte. Fernando le fils de Mercedes qui rejoint les Boutefeux, bandes d'incendiaires qui mettent le feu au peu qui reste encore intact en hurlant "fuego, fuego".  Paula Rossi en Italie, mère de deux garçons dont l'un est très malade et qui est prête à vendre son corps pour quelques médicaments. Mélanie Lemoine en France qui tente tant bien que mal de sauver quelques animaux en piteux état. Olaf Eriksson et sa femme en Norvège, qui essaient à bord d'un chalutier de rejoindre des eaux plus clémentes. Enfin en Suisse Pradeesh Gorayan et sa famille, insouciants et confiants dans leur bulle protectrice et sécurisée, mais pour combien de temps encore ?  Le tout sous des températures infernales entrecoupées de tempêtes destructrices, avec des hordes de migrants dont certains mangent de la chair humaine pour survivre. 

Dans Aqua TM Jean-Marc Ligny posait les premières bases de ce qu'il pense, du moins dans son imaginaire de romancier, que sera les prochaines décennies. Dans Exodes il confirme sans hésiter et va même plus loin en décrivant purement et simplement l'enfer sur Terre ! Cette Terre où pour une goutte d'eau potable, une miette de nourriture, un médicament, il faut tuer rapidement et sans regret. Au terme du roman le lecteur est partagé entre deux sentiments : Jean-Marc Ligny exagère et après tout ce n'est qu'une histoire imaginée ou bien Jean-Marc Ligny a écrit un roman visionnaire. Pour ma part j'aurais tendance à penser cela quand on constate la dégradation rapide du climat global et les tout premiers signes alarmants qui surgissent et que l'on retrouvent dans le roman (par exemple la mutation des méduses consécutives à la hausse de température des océans). 

- Jean-Charles54, le 04 septembre 2018 

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En février, Lazare en guerre à prix réduit en numérique
Posté 12 février 2019 -

Le premier tome de "La Guerre sans fin", Paria, sort dans moins de deux semaines ! À cette occasion, nous vous proposons de découvrir "Lazare en guerre" à prix réduit en numérique.
Sur Kobo, sur Emaginaire, sur Amazon et partout ailleurs.

lazareenguerre499.jpg
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Johan Heliot à la Foire du livre de Bruxelles
Posté 12 février 2019 -
Le samedi 16 et dimanche 17 février, venez rencontrer Johan Heliot à la Foire du livre de Bruxelles.
Il sera en dédicace le samedi à 17h et le dimanche à 11h, 16h ainsi que 17h30.
Le dimanche à 16h, il interviendra lors de la table ronde : Frankenstein, le mythe est vivant.
 
heliot_3.jpg frankenstein_1918_s.jpg
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L’Atalante, 30 ans au compteur
Posté 11 février 2019 -

« Au départ une petite librairie de 15m2 spécialisée dans le cinéma au cœur de la ville de Nantes. Puis la librairie s’agrandit et devient édition, et du cinéma passe à l’imaginaire et à la science-fiction. C’est d’abord un catalogue étranger, dont une prise de guerre qui lui permet de se consolider : Terry Pratchett et sa saga du Disque-monde. Puis peu à peu des auteurs français, et non des moindres : Pierre Bordage avec sa trilogie des Guerriers du silence, Roland Wagner, Serge Lehman et maintenant Catherine Dufour. En 30 ans, L’Atalante est devenue l’un des piliers de la SF en France. C’est son anniversaire que nous fêtons aujourd’hui. »

Nicolas Martin, La Méthode scientifique sur France Culture – 26/01/2019

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Manuscrits
Posté 21 janvier 2019 -

Et la session de l’an passé ?

En 2018, nous avons reçu 885 manuscrits lors de l’ouverture de notre session annuelle de janvier, changement de méthode dont nous sommes satisfaits. Nous y avons trouvé une plus large proportion de fantasy (50 %) que de science-fiction (40 %) et assez peu de fantastique (10 %), sans compter les inclassables…
Plusieurs textes nous ont semblé prometteurs, mais souvent il leur manquait un petit quelque chose pour être publiables. N’hésitez pas à persévérer, à retravailler vos textes ou à en écrire d’autres. Faites-vous plaisir, surtout.
Un dernier conseil, le plus important selon nous : lisez ! Inspirez-vous, baignez dans les récits de vos prédécesseurs. Pierre Bordage, Michael Moorcock, Guy Gavriel Kay, Orson Scott Card, Ursula K. Le Guin, Jean-Marc Ligny, Becky Chambers pour n’en citer que quelques-uns. Il y a l’embarras du choix.

Lors de cette session, merveille !, nous sommes tombés sur une pépite. Il s’agit d’un roman de fantasy historique revisitant un mythe soufi. Il nous emmène en terres franques, en Syrie et en Irak. L’écriture de l’autrice est bouleversante tant par son érudition sur le sujet que par sa galerie de personnages fabuleux, tous uniques et ancrés dans leur époque et leur culture. Nous sommes heureux de bientôt publier L’Appel des Quarante, le premier opus de "La Rose de Djam", par Sandrine Alexie
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L'Atalante
Posté 21 janvier 2013 -

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