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Kay - Tigane - Les singes de l'espace
Posté 31 mars 2010 -
Trop occupé par ses luttes intestines, la Palme, péninsule divisée en plusieurs provinces, ne résiste pas aux deux puissances venues l’envahir. À l’ouest surgi Brandin d’Ygrath et à l’est Albérico de Barbadior. Seule une unique province offrira une réelle défense : Tigane. Et elle résistera tellement bien qu’elle tuera le fils d’un des envahisseurs. Brandin d’Ygrath, fou de rage, punira cette province en détruisant sa culture et en la soumettant à un joug terrible. Le récit démarre 15 ans plus tard, avec Devin di Asoli jeune chanteur de talent. Mû par sa curiosité, il va surprendre une réunion de conspirateur, et apprendre après quelques péripéties sa véritable origine : celle d’un natif de Tigane. Il est donc de ceux qui peuvent entendre ce nom et le retenir. Parce qu’en effet, Brandin d’Ygrath, sorcier exceptionnel, a décidé d’effacer le nom même de Tigane pour punir la mort de son fils. En apprenant cela, Devin se joindra à un groupe d’homme et de femme décidé à renverser les deux tyrans.
Sur cette idée très originale de destruction et d’annihilation d’une culture, Guy Gavriel Kay construit un roman d’aventure très réussi. En effet, le lecteur suivra essentiellement deux personnages : Devin donc, qui décide de mener un combat souterrain contre les deux tyrans, et Dianora, membre du saishan du roi d’Ygrath, tiraillé entre son origine et son amour. Au milieu d’eux on découvre nombre de personnages réussis et attachants. (...)
Guy Gavriel Kay nous livre ici une intrigue fouillée qui réussie pourtant à ne pas être difficile à appréhender. Le lecteur assiste à des complots, trahisons, actions de guérilla. Les personnages font tout pour que la liberté soit retrouvée dans la péninsule. Le lecteur est donc entraîné par ces actions et suit de bon cœur les aventures des héros. Si on ajoute à cela, une écriture parfaitement maîtrisée, un rythme soutenu et une utilisation à point nommé de très bon cliffhanger, on comprend très vite pourquoi on a du mal à reposer le livre quand il le faudrait.
 
Ainsi, Tigane se défini comme un livre de fantasy très réussi et original où la magie y sert plus de métaphore à la destruction d’une culture que de véritable enjeux du roman. Une ode à la liberté dans un texte maitrisé, tant dans son écriture que dans son rythme, de bout en bout. Un très très bon moment de lecture.
Gaëtan, 31 mars 2010, singesdelespace.wordpress.com 
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Kay - Tigane - Les Chroniques de l'imaginaire
Posté 29 janvier 2013 -

Dans une Italie de la Renaissance, appartenant à un monde différent du notre, autour duquel gravissent deux lunes, deux envahisseurs arrivent.Tous deux réussissent à conquérir les différents duchés de la Parme, grâce à la sorcellerie. Mais face à l'envahisseur, Valentin, prince de Tigane, tue Stevan, fils de Bradin, provoquant la fureur de son père, et sa malédiction : Tigane ne sera plus que la Basse-Corte, son nom ne sera plus jamais reconnu de tous ceux qui ne sont pas nés dans la province, le sorcier l'effaçant de toutes les mémoires, tout en éradiquant ce qui faisait la fierté de cette province. Valentin de Tigane meurt, tout comme ses deux premiers fils, au combat.

Vingt ans plus tard, Alessan de Tigane met tout en œuvre pour anéantir les deux tyrans, afin que tous puissent enfin renommer sa terre natale. Il fera tout pour y parvenir, aidé de son meilleur ami, Baerd, un jeune chanteur, Devin, un ancien duc, et Catriana.Je suis tombée sous le charme de cette merveille, écrite avec un style recherché et fouillé, où l'histoire est aussi intéressante que le style de l'auteur. L'histoire est complexe, intéressante, on s'attache petit à petit aux différents personnages et on suit leurs épreuves, se demandant toujours s'ils parviendront à leur but. J'aime également beaucoup le fait de lier ainsi la fantasy à un univers, somme toute, si proche de nous et de l'agrémenter de subtilités qui permettent de faire la différence. C'est un livre à connaître, parfaitement maîtrisé, qui m'a beaucoup apporté, et je ne saurai que le conseiller à tous les curieux! Un vrai coup de cœur !

Aphrael (24/04/2005)

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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Les Chroniques de l'imaginaire
Posté 29 janvier 2013 -

Depuis l'assassinat du dernier Khalife, la grandeur de l'Esperagne n'est plus. La paix qui régnait autrefois entre les Asharites, les Jaddites et les Kindaths, se voit à présent menacée. Doucement, les quatre rois d'Esperagne mettent en place leurs pions, avec pour seul but un rêve commun : écraser les autres roitelets et régner seul sur l'Esperagne.

Jehane bet Ishak, brillante médecin kindath, Rodrigo Belmonte, prodigieux chef de guerre jaddite et Ammar ibn Khairan, guerrier et poète asharite, auteur de l'assassinat du dernier khalife, semblent avoir un destin étroitement lié. En effet, malgré leurs origines et leur religion, l'assassin, le médecin et le chef de guerre seront des pions clés dans la renaissance de l'Esperagne. Mais qui écouteront ils? Leurs souverains et leurs religions, ou l'amitié et les sentiments par lesquels ils sont maintenant liés ?

Un roman magnifique ! Ne vous attendez pas a retrouver dans ce livre dragons, magie, et les bagages habituels qui les accompagnent Dans ce roman, Guy Gavriel Kay nous conte une histoire totalement à l'opposé de la très célèbre Tapisserie de Fionavar (combustible conseillé pour se chauffer en hivers).

... Ce roman est tout simplement grandiose. Premièrement grâce à ses parallèles avec l'Espagne médiévale, les guerres saintes et les "Jaddites" (que nous pouvons comparer aux chrétiens actuels). Et deuxièmement par la diversité des personnages et la profondeur que leur donne Guy Gavriel Kay ,ce qui rend ce livre agréable à lire (et à relire !!!). Dans ce roman, les personnages principaux font partie des différentes religions présentes en "Esperagne". L'auteur nous conte la lutte de ces trois religion, qui finalement, donnera naissance à une "Esperagne" infiniment plus stable. Malgré leurs religions et leurs origines, Tous seront en quelques sorte, des héros dans l'histoire de l'Esperagne...

Un roman époustouflant qui croyez-moi, est vraiment dur à relâcher !!!

Nemesius (13/12/2004)

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Kay - Les Chevaux célestes - Elbakin
Posté 17 juin 2014 -

Prendre comme cadre la Chine de la dynastie Tang (618-907) pour un roman de fantasy, voilà le pari osé de Guy Gavriel Kay dans Under Heaven. Et le moins que l’on puisse, c’est que c’est un pari réussi.
Nombre d’historiens s’accordent sur le fait que cette dynastie cristallise l’apogée de la Chine classique en matière de raffinements, de culture et d’art. En s’en servant comme socle pour nous conter son histoire, l’auteur nous offre un voyage à travers le temps et l’espace, pour nous plonger au cœur d’événements qui vont changer à jamais la face de la Kitai (nom de cette Chine imaginaire).
Au fil de la lecture, on se surprend à se demander pourquoi ce roman se classe dans le registre de la fantasy, tant le travail de reconstitution de l’auteur est impressionnant de justesse et de maîtrise, comme toujours avec Guy Gavriel Kay. Tout ce qui fait l’apanage de cette période est fidèlement retranscrit : l’importance du culte des ancêtres, la poésie, l’étiquette, le protocole, le compartimentage de la société, l’équilibre des forces de la nature et bien entendu, les intrigues de cour.
Ce sont les mythes et légendes chinois qui donnent la matière à l’auteur pour introduire, par petites touches, la composante fantastique de son récit. D’abord très discrète, presque invisible, elle se révélera finalement un moteur de l’intrigue.
La force de ce roman tient en deux choses : d’abord le cadre, exotique et envoûtant, de cette Kitai au bord d’un grand bouleversement, mais aussi la profondeur des protagonistes. Si toute l’intrigue tourne du personnage de Shen Tai, celui-ci se retrouve vite ballotté par les courants du destin et de la politique de la Kitai par le don généreux d’une princesse étrangère : 250 chevaux sardes, réputés les meilleurs du monde, et biens précieux entre tous. Cet événement, d’apparence anodin, va déclencher dans l’empire des événements aux répercussions incalculables, dont Shen Tai va finalement plus être spectateur qu’acteur.
Les forces qui vont se mettre en branle le dépassent. Heureusement pour lui, il fera connaissance sur la route qui le mène à la capitale Xinan (dont le nom n’est pas sans rappeler Xi’an, capitale du premier empereur chinois) de personnages hauts en couleur, dont certains inspirés de figures historiques (notamment le poète Sima Zian). Alors que Shen Tai nous fait découvrir les méandres de la Kitai, sa sœur Li Mei nous emmène, elle, au-delà des frontières de la Grande Muraille qui entoure l’Empire, à la découverte des terres sauvages peuplées de nomades (d’inspiration turco-mongoles), là où s’estompe la frontière entre réel et magie. Son périple nous permet de porter un regard « extérieur » sur la Kitai, sur comment est perçu cet empire par les nations qui lui sont voisines et assujetties.
Car, au fil du récit, quelque chose devient de plus en plus clair pour le lecteur : la Kitai est la véritable héroïne de ce roman. On sent battre son cœur à travers les actions des divers personnages, on assiste aux mutations qu’elle subit, et on voit comment elle s’y adapte. Ses traditions sont malmenées, son territoire ravagé de l’intérieur et menacé de l’extérieur, mais elle reste présente à chaque instant au cœur du récit, que cela soit dans la description d’une ville et de ses habitants, dans un poème déclamé par Sima Zian ou dans la manière dont agissent les protagonistes. La Kitai est éternelle, peu importent les remous de son histoire.
C’est donc un roman fortement empreint de poésie que nous livre ici Guy Gavriel Kay. Cette dernière, présente presque à chaque page, constitue finalement le ciment de l’œuvre : elle permet de nous faire découvrir l’histoire et la mentalité de la Kitai, mais sert aussi d’indicateur à la pensée et aux actions des personnages. La crédibilité du roman est renforcée par l’évident travail de recherches historiques fait par l’auteur en préparation de l’écriture. Si vous aimez la fantasy historique, ou que vous souhaitez vous offrir un voyage dans un monde imaginaire, mais finalement très ancré dans notre histoire, n’hésitez pas. Pour les autres, Under Heaven sera un dépaysement assuré et un enchantement pour l’esprit, tant la poésie et la magie qui se dégagent du roman sont fortes.

9.0/10

Gilthanas - Elbakin.net

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Kay - Les Chevaux célestes - Babelio
Posté 11 août 2014 -
Il aura fallu quatre ans pour que Under Heaven de Guy Gavriel Kay soit enfin traduit et publié en France sous le titre Les chevaux célestes. Une longue attente qui permettra peut-être aux lecteurs d'apprécier davantage encore ce roman qui s'avère être une réussite. L'histoire se base pourtant sur un événement qui pourrait au premier abord paraître anodin : le cadeau accordé par une princesse à un humble étudiant en remerciement de son dévouement envers les morts d'une terrible bataille ayant eu lieu bien des années auparavant. Un cadeau qui, sous couvert de récompense, va au contraire bientôt prendre des allures de malédictions pour le protagoniste, désormais au centre de jeux politiques et d'intrigues dont il ignore totalement les règles.

Les fans de l'auteur le savent, Kay a pris l'habitude de s'appuyer sur une période historique spécifique pour la plupart de ses romans : l'empire romain d'Orient à la fin de l'Antiquité pour  La mosaïque de Sarrance, l'Espagne de la Reconquista pour  Les lions d'Al-rassans ... Cette fois, c'est la dynastie des Tang qui régna sur l'empire chinois entre le VIIe et le Xe siècle après JC qui fait l'objet des attentions de l'auteur. Une dynastie qui constitua un véritable âge d'or pour la Chine (malgré quelques périodes de débordements sanglants) et ici rendue à la vie l'espace de sept-cents pages grâce aux recherches abondantes et minitueuses effectuées par l'auteur ainsi qu'à son attention soutenue au moindre détail. Le lecteur se retrouve ainsi transporté dans un univers exotique dont il appréhende peu à peu les étranges coutumes et croyances, les paysages grandioses, le fonctionnement administratif et la rigidité ritualisée qui en découle, mais aussi sa poésie, « la soie, le jade sculpté, les intrigues de cours, les étudiants et les courtisanes, les chevaux célestes, la musique du pipa »... Les nombreux passages consacrés aux évènements ayant lieu dans les steppes sauvages du nord de la muraille sont également criants de réalisme, au point de faire complètement oublier au lecteur tout ce qui se trouve alentours et de le transporter directement dans ce décor splendide.

Mais là-où réside le véritable génie de l'auteur, c'est en ce qui concerne les personnages. Au fil de mes multiples lectures, je n'ai jusqu'à présent que rarement rencontré d'écrivain capable de créer un lien si fort entre le lecteur et ses personnages. Qu'ils soient modestes ou puissants, hommes ou femmes, sauvages ou civilisés, tous sont bouleversants de vérité. On souffre avec eux, on espère, on se réjouit ou s'étonne des tours étranges que peut jouer le destin, bref, on vit avec chacun d'entre eux et c'est avec une profonde tristesse qu'on se résigne à leur dire au revoir : Shen Tai qui, en voulant simplement rendre hommage à la mémoire de son père, va se retrouver englué dans une toile d'intrigues inextricable ; Bruine, la belle courtisane originaire de Sardie ravageant les cœurs des puissants comme des humbles étudiants ; An Li, général ambitieux et retors ; Wei Song, guerrière kanlin dévouée ; Sima Zian, poète de génie bien plus lucide sur les évènements de son temps que ne le laisserait présager son appétit pour la bonne chair et la boisson... Et encore ne s'agit-il là que des protagonistes du roman qui comporte également son lot de personnages plus effacés, de passage l'espace de quelques pages uniquement mais auxquels l'auteur parvient à donner une véritable profondeur : « Les contes se composent de nombreux fils plus ou moins épais. Même les personnages secondaires vivent les aléas et la passion de leur vie jusqu'à leur mort ».

Avec « Les chevaux célestes », Guy Gavriel Kay renoue avec ce qu'il sait faire le mieux : mêler fiction et histoire pour offrir à ses lecteurs un portrait concis mais aussi très dense d'une époque troublée dans laquelle des personnages tous très différents tentent tant bien que mal de se frayer un chemin.
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Kay - Les Chevaux célestes - Mémorables lectures
Posté 15 septembre 2014 -

Les Chevaux Célestes n'appartient pas au domaine de la fantasy, mais plutôt à celui de la "variation historique". Le contexte d'une Chine Impériale d'il y a mille cinq cent ans ans m'a semblé très crédible, malgré mon manque totale de connaissances sur cette période dans cette partie du monde. Ce roman, aux grandes qualités littéraires, fera le bonheur des bons lecteurs, toutes générations confondues, qu'ils soient férus d'Histoire ou tout simplement de bonnes histoires...

L'ambiance n'est pas celle d'une épopée gigantesque, elle reste très intime, très introspective, sans nuire au rythme de la narration, qui est excellent. Le personnage principal, Shen Tai, est un jeune homme paisible et réfléchi, dont le tempérament se heurte régulièrement au poids des traditions, de son éducation, son enfance, sa famille... Son parcours classique de jeune homme de bonne famille est parfois ponctué d'une décision étonnante, voire même spectaculaire. C'est ainsi qu'il choisit, à ses risques et périls, d'honorer la mémoire de son père en transformant la période de confinement de deuil en une mission de dévouement inimaginable aux yeux de tous.

Cette décision - de porter secours aux âmes des morts du dernier champ de bataille, qu'elles soient de son peuple ou de l'ancien ennemi - loin de l'exposer à l'opprobre et au châtiment, lui gagne l'admiration sans borne de tous.

Une princesse de son pays, exilée par le mariage en terre si récemment ennemie, l'honore d'un cadeau qui défie l'imagination, 250 chevaux rarissimes, d'une valeur incroyable.

Ce cadeau inespéré et démesuré arrache définitivement Tai à son relatif anonymat et l'expose aux turpitudes du monde politique, auxquelles il aurait, sans doute, préféré échapper...

Dès lors, il doit utiliser son intelligence et les amitiés qui s'offrent à lui de façon souvent inespérée, pour rester vivant, tout simplement. Car tous les puissants dardent un regard concupiscent sur cette horde d'animaux mythiques, la vie du jeune homme n'ayant plus de poids qu'à leur regard.

Le récit se déroule avec une lenteur pleine de finesse et de réflexions. Malgré le thème épique, la grande majorité du récit ne cible à chaque fois qu'une poignée de personnages : Tai la plupart du temps, mais aussi sa sœur, Li-Mei, au destin contrarié, les puissants de ce monde impérial, et aussi quelques personnages tertiaires, qui donnent une note originale à la trame.

L'action ne survient vraiment qu'en fin de livre, après un déroulement tout en douceur que je n'attendais pas de ce livre, étant donné le thème de départ.

L'ambiance est en accord avec la volonté de la presque totalité des personnages de vivre leur vie selon des principes d'harmonie et de traditions, s'épanouissant dans la musique et la poésie. La violence qui surgit parfois n'en est que plus choquante.

Un importance particulière est accordée à la place des femmes dans cette histoire, mais uniquement celles qui bénéficient de la douteuse bénédiction d'être belles, jeunes et pour certaines, bien-nées.

Cette aveuglement au sort des autres femmes, si nombreuses, et la fascination pour la séduction - autant naturelle qu'acquise - des beautés de ce récit m'a semblé curieusement naïf. Tai (et l'auteur peut-être également, je me suis posée la question) semble idéaliser la position des courtisanes, alors même que toutes les obligations de leur servitude sont exposées avec délicatesse et empathie.

J'ai beaucoup aimé ce livre lors de ma première lecture en VO, voici quatre ans, mais je ne l'avais pas adoré, sans doute en raison du cadre historique, qui n'attisait pas particulièrement ni mon intérêt ni ma curiosité, et aussi pour une vague raison d'affinités. Pourtant, le temps écoulé, j'ai envie de le relire, un signe rare désormais - un signe qui souligne la qualité intrinsèque du récit, qui a su laisser son empreinte alors que les détails s'estompaient de ma mémoire, et qui donne sa place au roman sur ce blog de mes "best of".

Ma seule expérience de l'auteur jusqu'alors avait été Tigane, un roman auquel je n'avais jamais pu accrocher et que j'avais lu péniblement ligne après ligne, page après page, sans jamais être ni émue ni passionnée. Sur des conseils avisés j'ai fait une nouvelle tentative avec Les Chevaux Célestes et je n'ai pas été déçue, trouvant dans ce roman toutes les qualités que les lecteurs enthousiastes de Tigane avaient notées.

Pourtant, curieusement, les deux livres ont une ambiance similaire. Mais dans Tigane, les personnages, sans être stéréotypés, étaient figés, leurs émotions, sans être clichées, étaient convenues, et l'ambiance du livre m'avait semblé bien plate, et sa lecture... poussive.

Les Chevaux Célestes est d'un tout autre tonneau à mon avis, avec une écriture plus mature, et possède une personnalité qui échappait complètement à Tigane.

Cette conclusion est bien entendu le fruit de l'analyse que j'en ai fait pour expliquer ma divergence d'opinion entre ces deux lectures, et non pas un jugement absolu !

Enfin, je n'ai pas encore eu l'occasion de feuilleter ce roman en version française mais, étant le soin habituel apporté par l'Atalante à ses traductions, je pense que la qualité ne peut qu'être au rendez-vous !

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Kay - Les Chevaux célestes - Les Vagabonds du rêve
Posté 29 septembre 2014 -
Il est des auteurs dont on attend avec impatience le prochain roman. Guy Gavriel Kay en fait partie. Parce qu’il écrit très bien. Parce qu’il s’agit de fantasy mais pas que… bien qu’on ne puisse non plus parler de roman historique. Seulement, c’en est un. Mais c’est moins en maquillant le nom d’acteurs du jeu du monde ou en leur prêtant d’imaginaires exploits qu’en nous permettant de revivre à des époques oubliées et en nous immergeant dans le courant même du temps.
C’est dans la Chine des Tang qu’il a choisi de nous plonger cette fois. Et elle ne sert pas seulement de cadre puisqu’elle est partie prenante du roman. Civilisation raffinée que l’on découvre de l’intérieur jusqu’à en adopter le rythme. Non que le raffinement exclue la cruauté, la trahison et même la violence des combats. Sauf que les combats ne s’y livrent pas qu’à l’arme blanche mais, aussi, lors d’assauts de poésie, tout aussi meurtriers.
Le jeune Shen Tai, pour être un fin lettré, n’en est pas moins courageux, et plein de piété filiale. Ainsi, au décès de son père, le général Shen Gao, dont il a ressenti les pénibles souvenirs, se rendra-t-il au rives du Kuala Nor pour assurer une sépulture à tous les morts abandonnés là au cours d’une immense bataille. Œuvre pieuse qui lui vaudra non seulement la reconnaissance de toutes ces âmes errantes mais encore celle de l’impératrice du Tangur dont les sujets sont tombés en même temps que ceux du Xinan.
Une reconnaissance telle qu’elle offrira au jeune homme deux cent cinquante de ces précieux coursiers sardiens, ces chevaux célestes objets de toutes les convoitises dans un empire ou l’on ne dispose que de petits chevaux de steppe. Pour un pareil cheval sardien, qui ne commettrait un crime ? Pour quelques-uns, l’empereur lui-même serait jaloux. Pour plus de deux cents ?
Même en se proposant de les offrir à son empereur, Shen Tai sait qu’il devra les lui conduire lui-même et qu’il a bien peu de chances d’y arriver vivant. Cependant, il existe des gens intègres et d’autres qui, ne l’étant pas, font passer la ruine de leurs rivaux avant leur intérêt personnel.
Si ce voyage est plein de dangers, celui auquel est soumis sa sœur Li-Mei, princesse kitane offerte en mariage à un barbare des frontières, n’est pas moins dangereux. Dans ces contrées, point de duels assassins assaisonnés de joutes de poésie. La férocité n’y est pas plus grande mais sous sa forme la plus brutale, et il en va de même pour l’honneur, la vengeance ou les sentiments.
De la rébellion d’un général redoutable au vieil empereur d’un puissant empire, d’une gracieuse et non moins redoutable concubine à un poète exilé, parmi les intrigues de la cour et les vengeances mesquines comme à travers les ruelles populeuses, les steppes désolées ou les passes montagneuses, un voyage dans l’espace et le temps et, finalement, une merveilleuse leçon d’histoire.
Et si l’ensemble est saupoudré d’un soupçon de magie, il n’en est guère à vrai dire de plus grande que l’enchantement de ce roman. Peut-être n’atteint-il pas tout à fait à celui de Tigane ou des Lions d’Al-Rassan mais un moment de lecture parfaite qu’on ne peut que partager dans l’attente d’un prochain roman.
 
Hélène
Les Vagabonds du rêve
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Kay - Les Chevaux célestes - Avides Lectures
Posté 31 octobre 2014 -

Les Chevaux célestes est ma première incursion dans l’univers de Guy Gavriel Kay et je dois dire que je n’ai pas été déçue après tous les retours positifs que j’ai eu sur l’auteur. Si ce beau pavé m’a attiré en priorité, c’est parce qu’il se passait dans la Chine antique et que je suis fan d’Asie et de tout le décorum qui avait cours à l’époque. Comme j’apprécie les histoires de cape et d’épées et de destinée impromptue, Les Chevaux célestes ne pouvait que me plaire.

  Ce qui m’a le plus emballée est le cadre que nous présente Guy Gavriel Kay. Deux aspects sont représentés dans le récit, qui se confrontent continuellement. D’un côté nous avons les grands espaces sauvages, la puissance qui se dégage de la nature à l’état brut, de sa faune, le mysticisme qui imprègne cet environnement inhospitalier. Puis de l’autre c’est la beauté et la richesse des palais qui nous apparait dans toutes leurs splendeurs. La délicatesse des atours, l’envoûtement d’une danse, l’évocation d’un poème ou la douce mélancolie d’un instrument de musique. Cette ambivalence prend forme dans le personnage de Shen Tai, qui malgré le fait qu’il se soit retranché au milieu de nulle part pour enterrer les morts d’un champ de bataille, possède un sens moral et une ruse telle, qu’elle lui permettra de se faire une place à la cour impériale.

  Si les décors sont somptueux et les descriptions à couper le souffle, la multitude de détails et les explications qui nous permettent de resituer l’époque finissent par nous lasser, Kay finissant par se répéter parfois inutilement. Je regrette que l’auteur n’ait pas été un peu plus à l’essentiel vers les 2/3 de son récit. L’intrigue se délayant et l’intérêt du lecteur s’émoussant quelque peu. Dommage, car le sujet et la structure du récit étaient par ailleurs captivant. Et la destinée des personnages finit vraiment par nous importer.

  Bien que ce soit l’histoire d’un homme qui se retrouve aux prises avec des jeux de pouvoir un peu par hasard, l’auteur ne se contente de choisir un héros transparent et de peu d’intérêt. Au contraire. Au fur et à mesure du récit, on apprend à connaitre Shen Tai, à l’apprécier et à l’accompagner vers sa destinée exceptionnelle. A travers les yeux de sa sœur, à travers ses propres souvenirs d’enfance et de soldat, et par la façon dont il traite les gens autour de lui, Shen Tai se révèle bien plus complexe qu’on ne pourrait le croire (on qu’il voudrait nous le faire croire). Le récit de l’épisode qui lui a fait renoncer à sa vie de soldat et de dignitaire est tout bonnement horrible et on comprend les blessures qu’il traine depuis ce temps-là. Un personnage noble et modeste qu’on ne peut qu’apprécier.

  Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Du petit rôle de simple soldat qui trouve son bonheur à s’occuper d’un de ces fameux chevaux célestes, à la jeune fille dont on se sert comme d’une monnaie d’échange et qui se rebelle, en passant par un vieux poète ou un homme-loup qui a un pied dans l’autre-monde, chacun aura une tâche à accomplir dans cette fresque aux dimensions remarquables. Si la sauvagerie, la jalousie et la cruauté ne sont jamais loin, il en est de même de l’élégance, de la poésie et de l’abnégation. Un roman d’une puissance visuelle impressionnante, qui rappelle le meilleur des films de Wuxia. Si Shen Tai ne représente qu’une pièce de l’échiquier qui figure les forces en place, il pourrait bien faire mat. Oserez-vous suivre cette partie ?

Verdict : Avec les honneurs

 

Avides Lectures

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Kay - Les Chevaux célestes - Bifrost
Posté 04 décembre 2014 -

« On donnait à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donnait quatre ou cinq pour l’élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l’échelon supérieur et lui gagner la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montaient les chevaux des steppes. »

Suite au décès du général Shen Gao, son fils cadet, Shen Tai, décide d’honorer sa mémoire et celle de ses hommes en passant les deux ans et demi de son deuil à enterrer les ossements des défunts au Kuala Nor. Au terme de cette période, en remerciement pour avoir offert une sépulture à ceux qui ont donné leur vie, Shen Tai reçoit un cadeau exceptionnel de la part du souverain de l’Empire de Tagur : deux cent cinquante coursiers de Sardie. Mais est-ce vraiment un présent ?

Lire un roman de Guy Gavriel Kay, un des maîtres de la fantasy historique, c’est toujours une expérience, à la frontière du roman et du livre d’histoire. Le talent de conteur ne fait aucun doute : l’auteur évoque la Chine antique de manière brillante et tout y passe : la société, le commerce, l’art, la poésie, la religion, la guerre, l’étiquette et, bien sûr, la politique. On peut déplorer cette accumulation, proche parfois du catalogue historique, mais aussi s’extasier devant pareille évocation du contexte très spécifique de cette Chine antique. Sauf que ce kaléidoscope d’éléments a un prix, celui de la lenteur. Difficile ici de s’empêcher de regretter que l’intrigue et es fils du récit ne se déroulent plus rapidement, même si ce tempo, alternant le contemplatif, le mélancolique et des passages plus dynamiques, participe de l’ambiance et évoque volontiers certains films asiatiques comme la Cité interdite. Une autre réussite majeure du roman provient des personnages. Les héros et les seconds couteaux, très variés, sont à la hauteur de la figure centrale du roman : la Kitaï (c’est-à-dire la Chine). Sans oublier l’importance des héroïnes… Loin de jouer les faire-valoir, elles se montrent toutes aussi intéressantes et intrigantes que les hommes, voire davantage pour certaines.

Une impression globale malgré tout ternie par la fin du roman. En annonçant trop rapidement le vainqueur de la rébellion, l’auteur affadit la chute de son récit, dont on se détache page à page, moins impliqué qu’auparavant.

Les Chevaux célestes n’est pas le meilleur livre de Kay ; il ne tutoie pas les sommets du genre, contrairement aux Lions d’Al-Rassan ou Tigane. Mais le contrat n’en est pas moins rempli et l’immersion totale dans  cette Kitaï exotique plus vraie que nature. À noter que ce roman a été précédemment publié chez l’éditeur québécois Alire, dans une traduction signée Elisabeth Vonarburg et avec un titre différent : Sous le ciel.

 

Manuel Beer

Bifrost n°76

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Kay - Les Chevaux célestes - Bibliocosme
Posté 02 janvier 2015 -
Cela faisait longtemps que les fans de Guy Gavriel Kay attendaient la traduction de l’un de ses derniers romans, et c’est donc un véritable plaisir de découvrir enfin cet ouvrage inédit consacré à la dynastie des Tang. L’auteur renoue ici avec ce qu’il sait faire le mieux : mêler fiction et histoire pour brosser un portrait concis mais aussi très dense d’une époque troublée dans laquelle des personnages tentent tant bien que mal de se frayer un chemin. De la cour de l’empereur aux steppes sauvages du nord, le roman nous transporte dans un univers exotique et criant de réalisme, auprès de personnages à la psychologie toujours aussi fouillée, et par conséquent toujours aussi attachants. Espérons maintenant que la traduction de « River of stars » ne tardera pas trop…
 
Boudicca
Bibliocosme
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Kay - Les Chevaux célestes - Les Singes de l'espace
Posté 02 mars 2015 -
Dans chaque roman de Guy Gavriel Kay, il y a l’écho d’un poème. La douceur d’un monde qui se dévoile devant nous. La beauté d’une vie que quelques vers servent à nous décrire. Mais quand ce monde vit de poème, c’est tout un peuple qui s’illumine de ces quelques rimes pour nous envouter des légendes de ce pays à la frontière entre l’imagination et le réel.

Sous la IXe dynastie sous le ciel, Shen Taï, deuxième fils de l’illustre général Shen Gao de l’empire de Kitaï, s’est retiré durant les deux années officielles de son deuil dans les montagnes du Kuala Nor pour y enterrer les morts. C’est afin de le remercier de ce sacrifice que Cheng-Wan, princesse de jade blanc de l’empire du Tagur, lui a offert 250 chevaux célestes. Un présent inestimable et démesuré pour lui et son peuple, envieux de ses chevaux sardiens, que la Kitaï ne possèdent pas. Mais alors qu’il apprend cette nouvelle prompte à bouleverser son monde, Shen Taï se voit dans l’obligation de quitter le Kuala Nor à la rencontre de son empereur au sein des manigances de toute sa cour.

Il y a dans chacun des romans de Guy Gavriel Kay une tendresse, un rythme doux et envoutant. Tous sont teintés d’une mélancolie pour la beauté d’un monde ou la simplicité d’une vie. Et pour chacun d’eux nous sommes transportés, charmés parfois désabusés. Mais c’est toujours une myriade de sentiments qui s’offrent à nous pour nous faire vivre pleinement l’histoire de ses personnages et de ces peuples.

Dans Les chevaux Célestes, cette douceur ne fait pas défaut. L’auteur nous raconte l’histoire de la dynastie des Tangs, au VIIe siècle de notre ère. Amoureux des cultures, Guy Gavriel Kay nous replonge dans ce qui fut la grandeur de cette dynastie, qu’il reprend à son compte dans un roman de fantasy. Habitué du genre, et maître en la matière, il évoque des personnages historiques pour en refaire les héros de son roman. Et c’est avec un talent qu’il n’a plus à nous prouver qu’il nous fait revivre cette époque entre ses traditions, sa culture et ses conflits. Il nous livre les arcanes d’un pouvoir plongé dans des querelles internes, où chacun joue l’équilibre d’un monde pour des ambitions personnelles. Et à travers ces conflits, chaque personnage qui a fait la grandeur de cette dynastie revit sous la plume de l’auteur [...]. Nous nous attachons irrémédiablement à ces personnages pour leur caractère parfois piquant ou extravaguant mais toujours bienveillant.Il y a attachement réel pour chacun d’eux, un lien qui nous unit et nous fait vivre à leur coté le temps le long du roman.

[...] Dans ces décors majestueux, entre les grandes plaines solitaires au delà de la Grande Muraille et le tumulte incessant des villes de la Kitaï, Guy Gavriel Kay nous plonge dans un monde somptueux aussi diversifié que fascinant. Mais il nous invite également à réfléchir sur notre vie. “Une époque est toujours trouble pour celui qui la vit”. C’est notamment à travers ces mots, que l’auteur nous questionne sur la place de chacun dans ce monde et la perception des faits historiques au regard de celui qui les vit. Mais GGK nous rappelle également à quel point les chroniques et poèmes d’une époque peuvent moduler l’Histoire. Celle-ci appartient aux gagnants et pour chaque événement, ces derniers les content à leur image pour en faire la version de tout un peuple.

En définitive, l’œuvre de Guy Gavriel Kay est à la fois une chronique sur un monde fascinant éteint depuis longtemps, mais aussi une réflexion sur les évolutions d’un monde en perpétuel mouvement.

Dans un autres romans que j’affectionne l’un des personnages nous dit que “Le lecteur vit mille vies dans une vie. L’homme qui ne lit pas n’en vie qu’une*”. Et c’est une autre vie que j’ai vécue avec GGK. C’est une autre vie qui s’est achevée avec les dernières pages de ce majestueux roman.

LineTje - singesdelespace.wordpress.com - 02 février 2015

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Kay - Les Chevaux célestes - Médiathèque de Villeneuve d'Ascq
Posté 25 août 2015 -
Un impressionnant voyage vous attend : grâce à l’inspiration asiatique et historique (Chine du VIIIème siècle) de ce très beau roman mais aussi grâce aux personnages de cette histoire, subtils, épais, qu’ils soient attachants ou détestables. Shen Taï en tête, les protagonistes vous offriront leur regard sur les évènements en cours car du battement d’aile d’un papillon peut naître une tempête… Tel est le propos ici. Shen Taï, dont la vie n’est qu’un ruisselet dans cet immense empire, va rejoindre les flots tumultueux de l’Histoire et des puissants.
La langue est belle, la poésie omniprésente. Le temps est diffracté entre le passé, le présent et le futur au gré des souvenirs et des évènements pour embrasser des enjeux à l’échelle d’un homme ou d’un peuple …
Tout simplement grandiose !
Médiathèque de Villeneuve d'Ascq
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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Blog-O-Livre
Posté 18 septembre 2015 -
L’auteur nous propose ici un roman de Fantasy Historique, par là j’entends un récit dans un pays totalement imaginaire, mais dont, si on s’y penche un peu, on ne manquera pas d’y trouver des ressemblances avec l’histoire de l’Espagne, principalement de la fin de l’Al Andalous. Et je dois bien avouer que j’ai de nouveau été complètement happé par cette histoire, il faut dire aussi que, tant la complexité de l’intrigue, sa fluidité, que sa densité, font qu’on ne s’ennuie jamais vraiment une minute et on tourne les pages avec grand plaisir et envie d’en apprendre plus. L’auteur nous dessine ainsi des jeux d’intrigues et de pouvoirs où chacun met en place ses pions, ses machinations et ses trahisons et où nos trois héros, idéaliste d’une Esperagne révolue, vont devoir faire des choix, des concessions voir même parfois pire. On est ainsi littéralement captivé par la grandeur et la déchéance de ce pays, par la force de ce que construit Guy Gavriel Kay et par l’intensité qui s’en dégage et qui monte au fil des pages pour aboutir à une conclusion que j’ai trouvé des plus déchirante. L’auteur oscille parfaitement entre émotion, action, tension, machination, et maitrise parfaitement son récit pour ne jamais ennuyer ou se perdre.

Concernant l’univers, comme je l’ai dit, on se situe dans une Espagne imaginaire, l’Esperagne, qui possède quelque chose de fascinant, une certaine beauté, toujours bien porté par le travail de description de l’auteur, qui donne envie de visiter ses différentes régions, d’en apprendre plus ; que ce soit d’un point de vue de l’architecture, de la culture, de la poésie qui est un élément très présent et de l’art en général, mais aussi dans leurs différences comme dans leurs ressemblances. Car oui, ce qui finalement va rendre cet univers si intéressant à découvrir c’est principalement grâce à une certaine complexité qui s’en dégage, ce qui fait que chaque peuple, chaque lieu est finalement différent, que ce soit dans leurs religions, leurs visions des choses ce qui permet d’offrir une diversité intéressante, même si on se rend très vite compte que sur le fond, malgré ce qui les opposent parfois jusqu’à la guerre, ils ne sont pas non plus si différents de cela. Un univers qui ne manque pas non plus de nous faire réfléchir, tant certains aspects possèdent encore des échos à notre époque actuelle. Entre guerre sainte, beauté perdue et la fin d’une époque, l’ensemble possède aussi une certaine mélancolie, un sentiment de certitude et de perte qui se dessine au fil du récit et dont on ne souhaite pas tant on a envie d’y rester un peu plus longtemps. L’aspect fantastique, ici présent, se révèle très discret, évitant la sur-utilisation de magie, de bestiaires féériques ou autres pour n’offrir quelques aspects très légers, comme par exemple ce petit don de vision ou cette double lune, ce qui permet ainsi d’ancrer ce récit dans une certaine réalité sans non plus perdre le lecteur de Fantasy.

Concernant les personnages il s’agit là, selon moi, d’un des gros points forts du roman et, je ne peux le nier, le trio des personnages principaux ne m’a pas laissé indifférent tant ils arrivent à s’imposer et ont réussi de nouveau à me toucher dans cette relecture. Il faut dire que Guy Gavriel Kay nous offre des héros qui se révèlent clairement charismatiques, fascinants, prenants et surtout profondément humains, évitant du début à la fin de se révéler manichéen pour finalement s’avérer posséder chacun leurs convictions, leurs doutes, leurs fidélités, leurs faiblesses et leurs forces. On découvre ainsi Jehane, médecin de renom et fille d’un médecin encore plus reconnu, intelligente, courageuse, indépendante qui va se retrouver emportée dans une guerre qu’elle ne comprend pas, oscillant entre deux idéologies, mais aussi Rodrigo Belmonte, Capitaine de renom Jaddite qui n’a jamais été vaincu, intelligent, homme d’honneur envers son pays, qui va voir certaines de ces convictions misent à mal  et enfin Ammar Ibn Khairan, assassin, soldat et poète, stratège de génie, mais qui cherche à obtenir un monde meilleur et plus juste là ou la guerre, la haine et la violence se dévoilent de plus en plus. Il est difficile de parler d’eux sans trop en dévoiler, mais en tout cas ce sont vraiment des personnages qui m’ont marqué et m’ont passionné dans leurs aventures, dans leurs relations et dans leurs évolutions. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, de nombreux sortant véritablement du lot comme par exemple Alvar soldate Jaddite de la compagnie de Rodrigo, ou encore justement la femme de Rodrigo qui se révèle être une héroïne qui, on peut le dire, sait ce qu’elle veut et ne se laisse pas marcher sur les pieds.

Alors après on pourrait peut-être regretter certaines ficelles que l’auteur utilise un peu trop grossièrement pour faire avancer son intrigue, ou bien un démarrage qui, parfois, prend un peu son temps, mais franchement je n’ai rien ressenti de tel tant je me suis de nouveau retrouvé emporter par la relecture de ce roman. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi dense, soignée, d’une certaine façon mélancolique, se situant au plus près des émotions pour mieux nous accrocher. En tout cas Les Lions d’Al-Rassan fait partie, selon moi, des très grands romans de Fantasy, dont je conseille régulièrement la lecture et, qui plus est, est en un seul volume. Maintenant à chacun de voir, en tout cas il faut maintenant que je sors de ma PAL Les Chevaux Célestes qui m’attend.

En Résumé : J’ai passé un excellent moment de lecture (ou plutôt de relecture) avec ce roman qui nous propose de découvrir au fil des pages, une histoire complexe et entrainante de machinations, jeux de pouvoir, manipulations dans une Esperagne déchirée entre religions et avidités de différents monarques. Un récit fort, touchant, réfléchi,  dont l’intensité monte au fil des pages pour aboutir à une conclusion déchirante. L’univers développé tout du long se révèle dense et intéressant à découvrir, bien porté par des descriptions qui se révèlent superbes. L’aspect Fantastique se révèle ici très discret ce qui permet d’ancrer un peu plus ce récit dans une réalité proche de la nôtre. Les personnages sont vraiment fascinant, charismatiques, attachants, profondément humains et forts, loin de tout manichéisme. Le trio de personnages principaux m’a vraiment marqué et fait vibrer, par leurs différences et leurs ressemblances, mais aussi par les idées qu’ils soulèvent. Alors on pourrait regretter certaines ficelles un peu grosses pour faire avancer l’intrigue ou un démarrage qui prend un chouïa son temps, mais franchement je n’ai rien ressenti de tel tant je me suis retrouvé happé et emporté par cet excellent récit. La plume de l’auteur se révèle toujours aussi dense, soignée, mélancolique. Les Lions d’Al-Rassan fait partie des très bon romans de Fantasy que je conseille vraiment de découvrir, maintenant à vous de voir.

 
Ma Note : 9/10
 
Blog-O-Livre
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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Book en Stock
Posté 28 septembre 2015 -
[…] Moi qui habituellement n'apprécie guère les livres historiques, je vous avoue que jamais, au cours de ces trois jours intenses que je viens de passer en compagnie de Monsieur Kay, je n'ai éprouvé la moindre lassitude.

Même si l'auteur donne des noms différents aux trois grandes religions que nous croisons ici, chacun y retrouvera bien la sienne. Par la façon de penser, par ses aspects positifs mais aussi et surtout par ses travers : les deux principales factions qui s'affrontent ayant chacune leurs extrémistes hélas... Mais ce que j'ai trouvé de magnifique dans ce roman à ce sujet, c'est l'image, le symbole même des croyances que leur prête l'auteur. Les peuples du nord, les Véllédènes et les autres, sont Jaddistes, ils vénèrent Jad, l'astre solaire (et pour cause, c'est au nord qu'on en a le plus besoin). Les peuples du sud, d'Al-Rassan et des déserts de l'autre côté de la mer sont Asharites. Ce sont les fils des étoiles. Et de ci, de là, un peu partout, là où ils sont tolérés plutôt qu'acceptés, il y a les Kindaths. Le peuple des Errants, qui eux vénèrent les deux lunes qui courent dans le ciel. Ces images sont très poétiques et terriblement bien adaptées. J'ai adoré cette vision.

Cette histoire de l'Histoire est portée par des personnages d'une force et d'une profondeur incroyable. Jehane, la médecin Kindath, Rodrigo, le fier capitaine Jaddiste et Ammar, le tueur de khalife, poète et brillant conseiller Asharite. Je les ai vraiment aimé ces trois là. Quels destins, quelles personnalités, quels caractères forts et admirables. Je pourrais écrire des pages et des pages d'éloges sur eux, mais je crois que le mieux pour vous est d'aller les rencontrer dans les pages du livre. Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus, avec Ysaak le père de Jehane, médecin réputé dans toute la péninsule, au parcours si tragique. Avec un autre personnage féminin à fort caractère que j'ai beaucoup aimé, Miranda Belmonte, la femme de Rodrigo.

Une intrigue passionnante, qui va toujours de l'avant. Une trame que l'on pressent bien sûr, mais qui sait malgré tout nous surprendre avec des rebondissements soudains qui nous cueillent à chaque changements de partie. Une fin vers laquelle on se précipite inéluctablement malgré tous les freins que l'on tente d'enclencher... et quelle fin !!! […] Wow, j'adore !

En conclusion, je ne peux que vous conseiller de lire ce roman. Il a tout pour lui, tout. Il vient de faire une entrée fracassante dans mon top ten et déclasser d'un cran tous ceux qui y étaient gentiment installés depuis un moment.
 
Book en Stock
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Kay - Les lions d'Al-Rassan - Tatooa
Posté 26 avril 2016 -

Je le voulais, ce livre, hein. Je ne sais même plus trop pourquoi, parce que c'est l'an dernier que j'ai "mascagné" pour l'avoir. Un bouquin qu'on ne trouve plus que d'occasion, en poche, en tous les cas. Ma première commande n'est jamais arrivée. Dans ma seconde, il a été "remplacé" par un autre bouquin que j'avais pas demandé... Oo

Mais je suis opiniâtre et j'ai fini par le recevoir !
Et que j'ai bien fait... Je n'ai lu, précédemment, que Tigane, de cet auteur. J'avais bien aimé. Mais le sujet m'avait un peu trop fait penser à un de mes bouquins préférés du genre, "le château de Lord Valentin" de Silverberg, pour que je l'apprécie réellement... Je n'avais d'ailleurs pas vraiment fait gaffe à l'environnement tiré de l'histoire d'Italie, vu que je ne connais pas très bien l'histoire de l'Italie...

Ici par contre, je connais mieux la période de l'histoire de l'Espagne dont s'inspire ce cher Guy, et c'est drôlement bien restitué ! On reconnaît fort bien les diverses religions, les divers peuples, et en notre période troublée, il est bon de nous rappeler que les premiers à avoir massacré des gens au nom d'un dieu quelconque, ben, c'est "nous", cathos débiles et sanguinaires, tout l'inverse de ce qu'ils prêchaient, sans que manifestement ça ne les empêche beaucoup de dormir.

Tout cela est servi par une écriture (et une traduction) magnifique, des personnages forts et hauts en couleur, très très attachants, qui vous prennent aux tripes par leur sensibilité (oui, oui, on est dans un monde en guerre, et alors ?). Les descriptions évocatrices mais pas longues succèdent aux scènes d'action haletantes, aux relations entre les personnages, si finement décrites, si psychologiquement justes, dont Ammar Ibn Khairan, mon préféré, si trop "tout", trop humain (mais ils le sont tous), qu'il en devient "divin". A partir de la page 500, on ne peut plus le lâcher, vous voilà prévenus.

J'ai bien pleuré hier soir, une vraie midinette. J'ai un très gros coup de coeur pour ce livre magnifique et grandiose, une fresque haute en couleurs mais très réaliste de la reconquête de l'Espagne Musulmane, vue par un auteur qui a un réel talent pour créer de superbes personnages.

Tatooa

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Kay - Les lions d'Al-Rassan - Babelio
Posté 11 août 2016 -
Un gros gros coup de coeur pour moi.

C'était le premier roman que je lisais de Guy Gavriel Kay, et pour le coup je n'avais aucune grande attente pour ce livre; ce qui ne m'a pas empêchée d'être happée par l'histoire au bout de quelques pages.
Parce que oui, lorsqu'on commence à connaître les personnages, on s'y attache très facilement, aussi bien Ammar, Jehane, ou bien sûr Rodrigo, que les personnages secondaires, Miranda, Husari, ou encore Alvar. D'ailleurs, s'il y a bien un gros point fort à ce roman, c'est bien ses personnages, auxquels on s'attache très rapidement de par leur noblesse et leur humanité, grâce aux passages narrés de leurs points de vue notamment.
Autre point fort, l'humour que j'ai beaucoup apprécié : en effet, au vue du contexte, avec la reconquête et la guerre sainte, on aurait pu s'attendre à un récit tragique ; ce n'est pas le cas ici. Certes, il y a certains passages poignants, notamment avec la guerre, mais j'en retiens plus la grande amitié qui lie Jehane, Ammar et Rodrigo et leur humour.
On ne s'ennuie jamais, et les pages défilent très vite ; personnellement, j'ai terminé le bouquin en quelques jours, tant je n'ai pas pu lâché jusqu'à la toute fin, et ce malgré ma volonté de le faire durer.

Donc oui, un gros gros gros coup de coeur pour moi
 
LemonTree
Babelio
 
http://www.babelio.com/livres/Kay-Les-lions-dAl-Rassan/5686/critiques/1114866
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Kay - Les chevaux célestes - Le culte d'Apophis
Posté 24 octobre 2016 -
Guy Gavriel Kay est au centre d’un véritable mystère : auteur de fantasy reconnu (traduit en 25 langues, ayant vendu plus de deux millions d’exemplaires de ses romans), ayant participé à la mise en forme du Silmarillion avec Christopher Tolkien, écrivain au talent tout simplement immense (lisez ma critique des Lions d’Al-Rassan pour vous en convaincre…), il est malheureusement victime d’une véritable catastrophe commerciale en France. Un directeur de collection bien connu a un jour déclaré qu’en gros, se lancer dans une traduction de Kay, c’était mettre à-moitié la clé sous la porte tant les chiffres de vente étaient ridicules. Autant dire que le contraste violent entre la qualité des livres en question et leur accueil par le lectorat français, même s’il peut s’expliquer sur certains plans (fantasy sans beaucoup d’éléments fantastiques le plus souvent, à dessein peu spectaculaire, au rythme lent, introspective), reste pour moi du domaine de la pure injustice. Il faut cependant dire que la faible disponibilité des versions françaises des ouvrages de l’auteur canadien (pas de version électronique le plus souvent, introuvables neufs à part à la rigueur pour les 1-2 derniers sortis, pas d’impression à la demande) fait que, même avec la meilleure volonté du monde, il n’est plus très aisé, sur un plan technique, de découvrir son univers.

Bref… Les chevaux célestes, donc, est le premier roman d’un diptyque, le second paraissant en Novembre sous le titre Le fleuve céleste (il reprend l’univers du tome 1, mais quatre siècles plus tard). Notez que les deux tomes sont proposés par l’Atalante dans une nouvelle traduction, différente de celle réalisée par la maison d’édition québécoise Alire.

Univers

Comme la quasi-totalité de l’oeuvre de Kay, ce livre relève de la Fantasy historique. Le cadre est cependant beaucoup plus exotique que ceux, inspirés par l’Europe, majoritairement adoptés jusque là, puisqu’il place l’action dans un équivalent imaginaire de la Chine. Les noms changent, mais fondamentalement, c’est la même chose, avec une pincée de fantastique en plus (j’y reviendrai) : la Longue Muraille remplace la Grande Muraille, la Kitai de la Neuvième Dynastie remplace la Chine des Tang (au milieu du huitième siècle, pour être précis), Xinan est l’équivalent de Xi’an, les Bogü sont les mongols, et ainsi de suite.

L’auteur a fait, comme à son habitude, de longues et minutieuses recherches, et s’est entouré du conseil des meilleurs spécialistes. En conséquence, même s’il se sert du prisme de l’imaginaire, son roman a presque la précision des meilleurs romans historiques, et ses descriptions, son ambiance, sont riches, précises et sonnent vrai.

Pour le lecteur, en revanche, mieux vaut ne pas trop connaître l’histoire de la dynastie Tang, faute de s’auto-spoiler le déroulement des événements.

Je le disais à propos d’Al-Rassan, et c’est également vrai pour ce roman : il s’agit d’excellentes portes d’entrée pour quelqu’un qui ne connaîtrait pas la Fantasy ou ne l’apprécierait pas. Les éléments fantastiques sont au nombre de deux, trois si on compte la daiji (femme-renarde), sur laquelle l’auteur lui-même fait peser une grosse ambiguïté en ce qui concerne son caractère surnaturel… ou pas. D’ailleurs, voilà une piste qui pourrait expliquer le fait que certains lecteurs n’adhèrent pas à la Fantasy historique de Kay : c’est peut-être trop peu riche en éléments fantastiques pour eux. Personnellement, ça me gène d’autant moins que le reste des éléments du roman (personnages, niveau d’écriture, immersion, etc) est d’un niveau si stratosphérique que franchement, qu’il y ait de la magie, des dragons ou je ne sais quoi… ou pas, franchement, on s’en fiche.

Bases de l’intrigue

Nous suivons au début de l’histoire Shen Tai (comme chez nombre de peuples asiatiques, le nom de famille vient en premier), un des trois fils d’un célèbre général, Shen Gao, récemment décédé. Tai a choisi de passer les deux ans et demi de deuil réglementaire à la frontière ouest de la Kitai, près du lac où son père a mené son plus glorieux combat. Là bas, 100 000 squelettes de soldats de la Kitai et du Tagur (traduisez : Empire Tibétain) attendent que quelqu’un leur donne une sépulture pour trouver le repos éternel. 40 000 d’entre eux étant l’oeuvre de son père, Tai se donne pour mission, comme sacerdoce presque, d’accomplir cette tâche herculéenne. Son abnégation à la mener à bien, au mépris de son confort personnel, lui vaudra le respect des deux camps, désormais liés par un traité de paix et par le sang, une princesse impériale ayant été donnée pour épouse à Sangrama, le Lion de Tagur.

Et justement, ces deux souverains vont décider de récompenser Shen Tai, et pas de n’importe quelle façon : en lui donnant des chevaux. Là, ami lecteur, je te sens dubitatif : « Mouais, des chevaux, ça devait valoir quelque chose, mais tout de même, c’est un poil radin, non ? Pourquoi pas des terres, des titres et des bijoux ? ». Et c’est là que tu te tromperas. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les chevaux de la Kitai (et des Bogü) sont des petits machins, tout trapus et à-demi moisis, plus dignes du poney moderne que du fier étalon dont nous avons l’image. Mais, (loin) à l’ouest du plateau Taguran, il existe un pays, nommé la Sardie, dont les coursiers sont si extraordinaires qu’ils sont nommés les chevaux célestes. En recevoir un est considéré comme une immense récompense; cinq, et on change de statut, attirant par là-même des jalousies potentiellement mortelles ; Shen Tai, lui, en reçoit… 250. Va alors se poser le délicat problème de leur acheminement vers la capitale, et celui des problèmes politiques que ce don extraordinaire va entraîner, tant il bouleverse l’équilibre de certains pouvoirs.

Ce qui inquiète Tai, cependant, est qu’il vient de subir une tentative d’assassinat, alors qu’il vient juste d’apprendre pour le don des chevaux et que la nouvelle n’a donc en aucun cas pu se répandre. Qui a voulu le tuer, et surtout pourquoi ? Vous découvrirez la réponse dans le roman !

Personnages

La très grande force d’un roman de Kay, outre le style très plaisant, la redoutable maîtrise de certaines techniques littéraires (comme le fait de vous conduire à croire à quelque chose alors que la vérité est complètement différente) et le côté minutieux de la reconstitution quasi-historique, est le côté extraordinairement vivant des personnages. Dire qu’on s’y attache, qu’on est touché par leur sort, qu’on les trouve solides, rend tellement peu justice à la réalité qu’il faut vraiment lire un roman de Kay pour s’en rendre compte.

Une fois de plus Kay a su me toucher, notamment via une scène extraordinaire avec la concubine préférée de l’Empereur. On apprécie la très longue fin et l’épilogue (on peut presque dire que la fin fait un bon quart du livre), qui, comme dans Al-Rassan, nous donne une idée du sort de chaque protagoniste, même des années, voire des décennies, après la fin des événements relatés.

Toutefois, même si je place Les chevaux célestes très haut dans mon panthéon personnel, je dois dire que j’ai préféré Les lions d’Al-Rassan sur la majorité des plans, y compris les personnages principaux. La raison en est simple : Shen Tai est souvent conduit à jouer une partition écrite pour lui par d’autres, particulièrement les (excellents) personnages féminins. Il manque donc de ce côté « acteur de premier plan de l’Histoire (avec un grand H) » qui caractérisait les deux personnages masculins principaux d’Al-Rassan. En revanche, même si ce dernier avait de formidables personnages féminins (Jehane et l’épouse de Rodrigo), ceux des Chevaux célestes sont à mon avis supérieurs sur certains plans, à commencer par l’inoubliable Wen Jian, mais sans oublier Wei Song la guerrière Kanlin (traduisez : Shaolin), Bruine-de-Printemps ou Li Mei, la princesse offerte en mariage à l’héritier Bogü.

Shen Tai est plutôt complexe, mélange de soldat et de lettré, d’ascète et d’adepte de la boisson et de la compagnie des courtisanes (l’une d’elles ayant un grand rôle à jouer dans l’intrigue). Les autres personnages masculins sont très bons, de Roshan le général d’origine barbare, qui revendique le fait d’être fruste et illettré à son complet opposé, le truculent et talentueux Sima Zian le poète, en passant par le prince héritier Shinzu ou par un être fantastique (c’est, et de loin, l’élément le plus surnaturel du récit) dont je vais taire le nom et les caractéristiques. De mon point de vue, Liu et Wen Zhou sont un poil plus faibles selon les standards de Kay, mais restent, dans l’absolu, de solides personnages.

Comme souvent avec Kay, le personnage principal n’est pas réellement celui qu’il semble être de prime abord : il ne faut pas vous y tromper, ce sont les quatre femmes citées plus haut qui sont les véritables héroïnes de l’histoire, tout simplement via l’influence qu’elles ont ou ont eu sur les décisions de Shen Tai ou sur son destin, qu’il se contente souvent de « subir », bien qu’il se révolte contre cette passivité qui lui est imposée par les circonstances ou les commandements de femmes qui ont un pouvoir sur lui. Certes, dans cette civilisation pseudo-chinoise, ce sont les hommes qui détiennent officiellement l’autorité, mais depuis longtemps, les femmes les plus intelligentes et habiles ont su l’influencer, la détourner, la subvertir à leur profit.

Ce qui frappe, c’est la façon dont on vit les événements, dont le sort de ces personnages nous touche. A mon âge et après avoir lu des centaines de livres de Fantasy (ou de romans tout court), il est rare que je sois vraiment, réellement pris aux tripes : Kay a accompli cela non pas une fois, mais deux. Et il me reste encore beaucoup de ses romans à lire…

Ecriture

L’écriture de Kay est une merveille : sans employer un style pédant, il peint les tableaux évocateurs de mondes disparus, que ce soit la Chine des Tang ici ou l’Espagne sous domination musulmane dans Al-Rassan. La lecture est donc fluide et agréable, mais par contre, une particularité qu’on retrouve souvent dans ses romans est à signaler : le rythme est très lent, d’une part, et d’autre part on se concentre plus sur les personnages et leur place dans la fin d’un monde et l’apparition d’un nouveau que sur les combats, les grandes quêtes héroïques, les prophéties ou tout ce qui fait, d’habitude, partie des codes de la fantasy plus classique. Bref, si c’est de l’épique que vous voulez, vous êtes à la mauvaise adresse : les tableaux doux-amers peints sont certes magnifiques, mais peu trépidants dans le sens gerbes de sang et épées qui s’entrechoquent (encore que, dans celui-ci…). Le roman ne décolle vraiment, en terme de rythme, que dans son dernier quart : avant, celui-ci n’est pas lent ou ennuyeux, mais je dirais… posé. Avec cette lenteur majestueuse qui sied à l’Empire Chinois. Mais ne vous y trompez pas : il y a là-dedans de nombreuses scènes et dialogues d’une intensité tout simplement fabuleuse, les premières vous prenant aux tripes et les seconds vous faisant vous délecter d’une écriture si finement ciselée, un véritable joyau.

Une particularité de ce livre est la large place laissée à la poésie : l’art en général (poésie, donc, mosaïques -Sarance-, musique, etc) a une place très importante dans l’oeuvre de Kay, et ce roman ne déroge pas à cette tradition, pour ne pas dire cette règle. Sur ce plan, il se rapproche d’Al-Rassan, via le personnage d’Ammar. Vous verrez donc souvent de courts poèmes, qui participent à la création, dans l’esprit du lecteur, de l’image raffinée qui convient tant à cette période historique. Enfin, la poésie a une énorme importance, tout à fait concrète, dans l’univers du roman, puisqu’il faut s’y adonner, et avec talent, pour grimper l’échelle d’une bureaucratie omniprésente et toute-puissante (sur les 2 millions d’habitants de la capitale, 140 000 sont des Mandarins de l’un quelconque des neuf échelons).

Si le point de vue principal est celui de Shen Tai, d’autres sont adoptés assez fréquemment, en fonction de ce qui sert le mieux l’intrigue, le world- ou character-building. Il y a même des moments, particulièrement à la fin, où c’est le point de vue d’un narrateur omniscient qui est adopté.

Un mot sur l’édition (électronique)

Comme nous venons de le voir, même au sein d’un seul et même chapitre, le point de vue peut varier entre ceux de divers personnages. Le problème de la version numérique de ce roman est que rien ne le signale : on passe littéralement du coq à l’âne. Bref, c’est le genre d’écueil briseur d’immersion qui m’agace prodigieusement : d’une part, c’est extrêmement désagréable, et d’autre part, c’est vrai qu’il doit être effroyablement compliqué de mettre un trait ou trois étoiles au milieu de la page, hein.

Pär contre, sur tous les autres plans, l’édition est impeccable : pas une coquille ou une faute, un dramatis personæ, une carte, une très bonne traduction, bref, que demande le peuple ?

En conclusion

Cet excellent roman est assez typique du volet Fantasy historique de l’oeuvre de Kay : au rythme posé (il ne « démarre » réellement que dans son dernier quart), quasi-complètement dépourvu d’éléments fantastiques, avec d’excellents personnages (très vivants et très attachants) et un monde inspiré par une époque historique terrestre précise mais (re)vue selon un prisme imaginaire, il passionne, fascine même. Les dialogues et certaines scènes coup-de-poing sont des bijoux d’écriture ou d’immersion, mais ne doivent pas faire oublier que ce livre ne plaira malheureusement pas à tout le monde : trop peu fantastique ou trop inspiré par le monde réel pour certains, trop lent pour d’autres, trop peu sanglant ou épique pour certains autres, il ravira en revanche les lectrices et lecteurs aimant les livres faisant la part belle au décor, à l’ambiance, à l’introspection, à la psychologie des personnages, aux tableaux doux-amers de « mondes » historiques disparus.

Sur un plan très personnel, j’ai beaucoup aimé ce livre, dont j’attends avec impatience la « suite », qui sort le mois prochain (mais se déroule quatre siècles plus tard). Cependant, je le place tout de même en-dessous des Lions d’Al-Rassan, qui, lui, m’avait pris aux tripes de bout en bout et qui proposait des personnages bien plus maîtres de leur destin. Dans les deux cas, toutefois, je voue un culte à l’excellence de l’écriture, des personnages et aux épilogues qui donnent une idée du destin des protagonistes (survivants…) sur le très long terme, ce qui est finalement assez rare en Fantasy (on peut citer Le Seigneur des anneaux, par exemple).

Un dernier mot : à part peut-être son incursion dans la Provence contemporaine et l’Urban Fantasy (bizarrement son seul livre couronné par un prix prestigieux, à savoir le World Fantasy Award…), TOUT dans l’oeuvre de Kay est prodigieusement intéressant, que ce soit en Fantasy classique (Tigane, Fionavar) ou en Fantasy historique (les autres). Si vous en avez l’occasion, lisez ses livres. Si les écueils éventuels cités plus haut (rythme lent, peu de magie, de races ou de bestioles fantastiques, etc) ne vous dérangent pas et que vous pouvez mettre la main sur un de ces romans, n’hésitez pas, vous avez peu de chances de faire un mauvais achat. Je vous conseille de commencer par Al-Rassan, qui, de l’avis général, a le meilleur départ et le rythme le plus constant.

Apophis

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Kay - Les lions d'Al-Rassan - Book is not the enemy
Posté 14 novembre 2016 -
Il est certains livres dont il est illusoire d’essayer de faire un commentaire objectifs. Pour moi, les lions d’Al-Rassan est de ceux-là, un des rares sur lesquels j’ai du mal à prendre du recul pour en distinguer les défauts et les faiblesses (mais elles sont en toute subjectivité très rares). ^^
C’est dû en partie à l’auteur : Guy Gavriel Kay est après tout mon écrivain préféré, et même ses ouvrages de jeunesse sont à mon sens supérieurs à bien d’autres livres. Et çela peut paraître ridicule à dire, mais ce manque affligeant d’objectivité est aussi dû au livre lui-même, à son contenu, à son écriture et à son style narratif. Aux personnages qui l’habitent, à la tristesse et aux larmes que certains paragraphes font immanquablement naître en moi.
Bref, vous être prévenu, je suis totalement partiale en ce qui concerne ce livre.
Les Lions est ce que l’on appelle un roman de fantasy-historique, terme qui a été me semble-t-il tout spécialement inventé pour qualifier les œuvres de GGK. Ses romans ont en commun de se situer dans un monde imaginaire s’inspirant très fortement de périodes historiques très définies, aux enjeux clairement identifiés. La magie et le surnaturel sont très peu présents, voire absents, contrairement à la fantasy classique. Lamosaïquede Sarrance se joue par exemple dans une Byzance qui pourrait être celle de l’Empereur Justinien.
En ce qui concerne Les Lions d’Al-Rassan, le livre se situe en Espagne, plus précisément de la fin de la période du califat de Cordoue, et s’inspire notamment de la vie de Rodrigo Diaz de Bivar dit le Cid.
De cette période historique sont tirés les motifs, les thèmes qui parcourent le livre : la fin d’un monde et d’un temps, d’une beauté aimée. La rencontre entre trois religions que tout oppose, par le biais de personnages que leur humanité rapproche.
Les lions parle de choix que l’on doit prendre, et des désirs qui guident les personnages, désirs entre ce qu’ils voudraient, entre leurs appartenances, les impératifs qui font partie du plus profond de leur être. Car même le soleil se couche, et la fin de l’Al-Rassan aux cités chatoyantes ne peut que venir sur fond de guerre de religion.
Les Lions d’Al-Rassan est  porté par trois personnages principaux magnifiques, et quelques très beaux personnages secondaires, notamment Husari le marchand, et Alvar, un jeune soldat Jaddite narrateur récurent, qui suit tous les éléments de près et dont l’évolution au cours du livre est impressionnante.
Mais revenons aux personnages principaux, le triumvirat autour duquel s’articule le livre et qui est évoqué dans le résumé :
Rodrigo Belmonte, le Capitaine Jaddite, Fléau d’Al-Rassan que ses hommes suivraient jusqu’en Enfer aller et retour sans sourciller est un homme intelligent et rigoureux, férocement intègre et fidèle à son code de l’honneur (ainsi qu’a sa femme qui est un personnage féminin des plus exceptionnel et des plus terrifiants).
Il y a Jehane, fille d’un médecin Kiddath renommé et médecin elle-même, courageuse et déterminée, dont le peuple ne peut sortir indemne de la guerre, quelque soit le vainqueur.
Et enfin il y a Ammar Ibn Khairan l’Asharite, soldat et poète, aussi brillant orateur que bretteur et stratège, qui en assassinant le dernier Khalife quinze ans plus tôt a mis un terme au règne des Lions sur l’Al-Rassan.
Ce sont trois des personnages les plus profondément humains qui m’ont été donné de lire, exceptionnels chacun à leur façon, et les liens qui se tissent entre eux au cours du livre sont forts et subtils, pleins de non dit.
A vrai dire ils forment un peu mon OT3 ultime-de-tous-les-temps, mais c’est un autre sujet.
Que dire d’autre ? GGK à un style narratif très particulier et assez caractéristique, avec cette espèce de prise de distance et de relativisation des évènements, et en même temps une énorme empathie pour les personnages. C’est une manière d’écrire que je n’ai jamais rencontré ailleurs et que j’adore, qui donne un côté poignant aux évènements, les creuses et fait bien ressentir leur importance, l’impact qu’ils ont sur les personnages. Il a également un talent assez illégal pour mener le lecteur par le bout du nez et lui faire croire certaines choses, grâce a un système narratif un peu en décalage très efficace.
Pour conclure, je ne prétendrais pas que tout le monde tombera follement amoureux de ce livre en le lisant comme je l’ai fait, mais Les lions reste une très bonne lecture, et un roman tout a fait captivant. Un must selon moi (mais souvenez vous, je suis désespérément partiale ;) )
Autres avis :
– mon propre frère –ce traître- a un peu été rebuté par l’aspect de réutilisation d’une époque spécifique sans magie pour faire la différence, et Les lions n’est donc pas son livre favori de kay,

 – Arakasi, une de mes amies avec lesquelles j’ai souvent de longues discutions littéraire éclectiques et dont les avis sur le sujet ne m’ont jamais déçus  –et qui m’a d’ailleurs introduite à GGK justement via les Lions- est une fan absolue de Rodrigo Belmonte, entre autre, et considère les Lions comme son livre préféré.

En espérant vous avoir donné envie de le lire. :)

Jainas

Book is not the enemy

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Kay - Le fleuve céleste - Elbakin
Posté 14 novembre 2016 -
Après s’être inspiré de la dynastie Tang (618-907) dans les Chevaux Célestes, c’est aux années 1120 et à la chute des Song du nord que s’attaque l’auteur dans le Fleuve céleste, roman de 700 pages paru chez L’Atalante.
Comme à l’accoutumée, Guy Gavriel Kay a soigneusement étudié la période et on ne peut que recommander la lecture des remerciements figurant en fin de volume, dans lesquels il fournit une bibliographie qui ravira toute personne désireuse d’en apprendre davantage. Il revient à cette occasion une nouvelle fois sur son choix de fusionner histoire et imaginaire pour, en créant son propre univers, lui permettre de resserrer quelque peu la chronologie, comme dans les Lions d’Al Rassan, mais également de faire plus aisément interagir maintes figures librement inspirées de personnages historiques. Force est de constater que l’auteur sait à merveille exploiter une galerie de protagonistes hauts en couleurs, dressant ainsi une série de portraits tout sauf manichéens d’hommes et de femmes crédibles et pour beaucoup attachants. Le Fleuve céleste nous entraîne sur les pas de personnages variés, du plus humble au courtisan, du soldat au lettré, parvenant parfois en quelques lignes à dépeindre avec justesse quelque individu de moindre importance. Ainsi certaines figures fort secondaires s’avèrent marquantes à la lecture.
Comme il avait su le faire dans les Chevaux célestes, Guy Gavriel Kay nous immerge dans une culture raffinée où calligraphie et poésie tiennent une place centrale. Les intrigues feutrées de la cour impériale se dévoilent une nouvelle fois, mais les préoccupations de maints dignitaires apparaissent ici bien plus futiles et tragiques car se déroulant dans une Kitai déclinante et amoindrie ; civilisation brillante ayant conscience de sa lente déchéance sans en mesurer la gravité. Sans en dévoiler l’intrigue, le poids des événements survenus dans les Chevaux célestes se fait par ailleurs sentir durant tout le roman, ombre pesant sur la Kitai, crainte de nombreux empires en les ayant rendu paradoxalement inopérants face à toute autre menace. Car, comme l’indique la période concernée, c’est l’histoire d’une chute et des tentatives d’y remédier qui nous est ici contée, à travers les pas de Ren Daiyan, rejeton d’un archiviste de campagne, jeune garçon idéaliste et passionné rêvant de rendre à son pays sa gloire d’antan. Il ne saurait pour autant être ici question d’un simple roman initiatique au déroulement convenu et l’ouvrage nous entraîne avec finesse jusqu’à un dénouement particulièrement réussi qui donne matière à réfléchir et discuter. L’imaginaire et l’histoire se rejoignant alors avec brio pour fournir une vie exemplaire, au premier sens du terme, prenant à contre-pieds de nombreux récits de fantasy.
 
Elbakin
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Kay - Les chevaux célestes - Lully Fabule
Posté 16 novembre 2016 -

Il est de ces romans où la magie et le charme nous emportent dès les premières lignes. Il est de ces auteurs qui ont la plume si délicate et poétique qu’il nous enivre dès les premiers mots.
C’est une merveilleuse découverte que furent pour moi Guy Gavriel Kay et ses Cheveux célestes. le récit entremêle une fiction dans un cadre historique concret : la Chine du VIIIe siècle sous la dynastie des Tang, saupoudrée d’une discrète et délicieuse fantasy. Le roman foisonne de détails sur la culture, le quotidien et les traditions de cette époque mais également dans son récit lui-même, et bien des joutes scripturales se révèlent grâce à ces touts petits rien.

Les affres de la politique et les traits d’esprit sont les principaux alliés de l’auteur qui nous propulse en même temps que ses personnages vers des événements bien plus grands qu’on ne maîtrise pas et ne comprend pas toujours, mais qui sont ô combien actuels car ce qui déchirent les Hommes est intemporel. Avec grâce, subtilité et délicatesse, comme l’est la culture orientale, nous est calligraphié une peinture des sentiments et des émotions aussi réaliste que poignante.

Une merveilleuse et profonde mélancolie imprègne l’atmosphère de cette œuvre. Et c’est avec cette même mélancolie que je referme ce livre, rejoignant dans ma bibliothèque, cortège de mes souvenirs littéraires, ses ataviques prédécesseurs.

Lully Fabule

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Kay - Le fleuve céleste - Boudicca
Posté 30 novembre 2016 -
On connaît la propension de Guy Gavriel Kay à s’inspirer de périodes et de personnages historiques bien spécifiques pour en proposer une nouvelle interprétation teintée de surnaturelle : Les lions d’Al-Rassan rappelait la Reconquista espagnole, La mosaïque de Sarrance l’Empire Romain d’Orient sous Justinien, et plus récemment Les chevaux célestes évoquaient la Chine sous la dynastie des Tangs. On retrouve le même décor avec plusieurs siècles d’écart dans Le fleuve céleste, dernier roman en date de l’auteur qui choisit ici de se consacrer à la chute de la dynastie Song au XIIe siècle après J.-C. Il est bien loin, le temps où la Kitai régnait sur un empire incontesté et dont le rayonnement s’étendait bien au delà des frontières du pays. En dépit de sa culture extrêmement sophistiquée, de la complexité de son administration, et de la beauté de ses poèmes, de ses jardins ou de ses chansons, l’empire se révèle incapable de tenir tête sur le plan militaire aux divisées mais ambitieuses tribus des steppes qui s’agitent dans les territoires du nord. Un contexte préoccupant qui va cela dit permettre à deux personnes de se révéler : la première est un jeune bandit appelé à devenir le plus grand général de l’empire ; la seconde est une jeune femme bien née, élevée de manière peu conventionnelle, dont les poèmes et le tempérament charment ou exaspèrent les membres du clan impérial. « On croyait suivre le fil convenu de son existence et il se produisait un bouleversement soudain, après quoi on comprenait qu’elle venait en réalité de commencer. A l’instant. Tout ce qu’il avait vécu avant cette nuit était devenu pour lui comme un prélude, les notes égrenées sur un pipa pour l’accorder et s’assurer qu’il fut prêt pour la chanson à venir. »

Guy Gavriel Kay offre une fois encore une galerie de portraits saisissants, certains purs fruits de son imagination, d’autres fortement inspirés de personnalités de l’époque : Lin-Shan rappelle ainsi la poétesse Li Qingzhao, Ren Daiyan le célèbre général Yue Fei… Mais ce qui marque surtout le lecteur, c’est le soin apporté par l’auteur aux « figurants », ces personnages secondaires qu’on aperçoit en toile de fond tout au long du roman ou bien qui disparaissent brutalement au bout d’une ou deux pages. Pour chacun d’eux, Guy Gavriel Kay élabore un passé, détaille le caractère, les rêves, les blessures, bref, leur donne une véritable consistance qui émeut le lecteur, alors pleinement conscient que ces personnages gravitant autour des héros ne sont pas de simples hommes de paille mais des êtres à part entière sur lesquels le récit aurait tout aussi bien pu se focaliser. Et le génie de l’auteur ne s’arrête pas là, le cadre se révélant lui aussi minutieusement travaillé. Par le biais d’extraits ou de variations de poèmes préexistants, des réflexions formulées par les personnages sur l’art de la calligraphie, sans oublier les scènes témoignant d’un mode de vie et d’une philosophie tournés vers la recherche de l’harmonie, c’est toute une civilisation qui prend vie sous nos yeux, dans toute sa complexité et avec toutes les contradictions que cela implique. La plume de l’auteur y est évidemment pour beaucoup, la beauté de celle-ci résidant dans ce qu’elle laisse entendre mais ne dit pas, rajoutant ainsi à la complexité et à la subtilité de l’ensemble. L’émotion n’en est que plus grande pour le lecteur qui refermera le roman avec, comme souvent chez l’auteur, une profonde mélancolie mais aussi la sensation d’avoir été le témoin privilégié d’une histoire exceptionnelle.

Après Les chevaux célestes, Guy Gavriel Kay s’intéresse cette fois encore à la civilisation chinoise et rend un hommage poignant à la dynastie Song, confrontée ici à un moment charnière de son histoire. Une lecture inoubliable, tant pour l’immersion provoquée par la minutieuse reconstitution de l’époque que pour l’empathie éprouvée pour l’ensemble des protagonistes, et bien sûr pour la poésie de l’ensemble. A lire absolument !

 Boudicca - Le Bibliocosme

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Kay - Le fleuve céleste - Apophis
Posté 30 novembre 2016 -

Le tableau amer mais extrêmement émouvant de la fin d’un monde

Le fleuve céleste est la « suite » des Chevaux célestes de Guy Gavriel Kay. Il n’en reprend pas les personnages (étant donné que l’intrigue se déroule trois siècles et demi plus tard) mais l’univers est le même. Après la Chine des Tang, c’est donc celle des Song (du Nord, puis du Sud) qui sert de modèle à l’auteur canadien. Compte tenu de ce saut dans le temps, vous pouvez théoriquement lire ce roman même sans avoir lu le précédent. Toutefois, ce faisant, vous passerez à côté de nombreuses références à la Kitai de la IXe Dynastie, à Wen Jian ou à Sima Zian : cela ne nuit pas à la compréhension, mais appauvrit l’ambiance de chute d’une civilisation jadis grandiose que l’auteur veut installer.

L’Atalante nous propose une très belle édition physique, avec une superbe couverture à rabats, un dramatis personæ et une carte esthétique et fort utile. Il faut savoir qu’aucun scan ou photo sur le net ne rend justice à l’illustration, qui est en réalité d’un vert beaucoup plus beau et intense.

Pour tout ce qui concerne les fondamentaux de l’univers commun aux deux romans et leur auteur, je vous invite à vous reporter à ma critique des Chevaux célestes si besoin. 

(évolution de l’) Univers *

* Jambi, Tool, 2006.

L’auteur commence par faire un tableau de la situation du pays, la Kitai. Si vous n’avez pas lu le roman précédent, vous constaterez « juste » que vous avez affaire à une nation qui a perdu, au cours des derniers siècles, beaucoup de sa gloire passée. Si vous avez lu Les chevaux célestes, en revanche, attendez-vous à un choc : cette Kitai là n’a plus grand-chose à voir avec celle que vous connaissez, elle n’est plus que l’ombre de sa grandeur passée. Xinan est en ruines et n’abrite plus « que » 100 000 habitants au lieu de 2 millions (la Cour s’est déplacée à Hanjin), l’empire voisin du Tagur s’est balkanisé et ne représente plus rien (et surtout pas une menace), la guerre civile a fait 40 millions de morts, les routes de la soie sont perdues (coupées par les barbares), les Kanlin ont disparu corps et biens voilà deux siècles, la Longue Muraille est en ruines, l’Empire verse un tribut aux barbares Xiaolu (traduisez : Mandchous), qui ont ravi à la Kitai quatorze de ses provinces 200 ans auparavant.

Mais le changement est plus profond, plus insidieux : les militaires sont désormais regardés avec une grande méfiance, et la pratique des arts martiaux (au sens large : tir à l’arc, escrime, équitation, etc) découragée. La place des femmes dans la société a radicalement diminué entre les deux romans : elles n’ont plus la liberté de parler, de sortir, de s’habiller comme elles le veulent, et sont regardées, à la Cour, avec une grande méfiance. Il est loin le temps de la superbe Wen Jian, éminence grise aux toilettes magnifiques et extravagantes, embaumant d’un capiteux parfum, indépendante et respectée. D’ailleurs, un symptôme, lourd de sens, ne trompe pas : le Trône du Phénix (principe féminin) a été rebaptisé Trône du Dragon (principe masculin).

Notez que toutes les évolutions n’ont pas été négatives, puisque la technologie a progressé : les livres imprimés existent désormais, ce qui permet une transmission plus facile du savoir… ou des idées subversives.

Au final, le connaisseur de l’oeuvre de Kay se demande si, après avoir fait une version chinoise d’Al-Rassan dans le tome 1, l’auteur ne va pas poursuivre sa logique en nous montrant « le monde d’après » dans le tome 2 . Sauf qu’il y a le deuxième effet Kiss Cool : ce premier effondrement n’était que le prélude à un second, et ce que veut nous montrer Kay, ce sont des individus, un homme et une femme, qui refusent la déliquescence de leur société et veulent lui rendre sa splendeur passée. Malgré tout, Le fleuve céleste s’inscrit dans une thématique récurrente de l’auteur canadien : la fin d’un monde et le début d’un nouveau, vus de près par des acteurs de premier plan des événements.

Un point important à noter, pour ceux qui ne connaissent justement pas les livres du canadien : le surnaturel est très peu présent dans ce roman comme dans la plupart des autres. Quelques fantômes, une femme-renarde (un puissant esprit), et c’est tout. Pas de magie, de dragons, d’orcs, d’elfes ou de nains, rien. A part les noms qui changent (Longue Muraille à la place de Grande Muraille, Kitai au lieu de Chine, etc), c’est quasiment à un roman historique que vous avez affaire.

Personnages

Si vous êtes familier de l’oeuvre de Guy Gavriel Kay, vous ne serez pas surpris par la profondeur psychologique, par le côté extraordinairement vivant des personnages. Si ce n’est pas le cas, préparez-vous à lire un livre comme vous n’en avez jamais vu ! La quatrième de couverture nous apprend que nous suivons les destins de deux personnages : d’abord, Ren Daiyan, fils cadet d’un modeste archiviste d’une sous-préfecture des marches occidentales de la Kitai. Tout jeune, il a fait un serment : reprendre aux barbares les quatorze Préfectures perdues et faire disparaître la menace qu’ils représentent (au passage, les Xiaolu ne sont pas seuls : au nord-ouest, les Kisliks posent aussi problème). Une tâche qui s’annonce compliquée pour un sans-grade de quinze ans, dans une société où le soldat est regardé avec méfiance et la pratique de l’art martial découragée, avec à sa tête un gouvernement qui préfère verser un tribut et faire profil bas plutôt que d’aller donner une leçon aux nomades des steppes. Mais le destin (et les extraordinaires qualités d’archer du jeune homme) va s’en mêler…

Le second personnage principal est Lin Shan (je rappelle que dans la Kitai comme dans les pays asiatiques modernes, Lin -ou Ren- est le nom de famille), une jeune femme qui écrit (avec un grand talent) poèmes et chansons (sans les interpréter, la plupart du temps, elle-même). Pas vraiment belle mais avec un indéfinissable petit quelque chose qui attire l’attention, trop grande et indépendante pour une femme de son temps, et surtout élevée « comme un garçon » (comprenez : tirant -un peu- à l’arc et aspirant à passer les examens pour devenir fonctionnaire), Shan détonne dans cette ère de femmes (qu’on force à être) effacées. Souvent à la limite de l’impertinence (voire du mauvais côté de la frontière), sa conversation (que je trouve être, à titre personnel, la partie la plus séduisante d’une femme) est en revanche un régal pour les lettrés, érudits, et ses collègues poètes.

Lin Shan s’inscrit dans une inébranlable tradition chez Kay : celle de l’artiste. Vous remarquerez que, d’un art ou artisanat à l’autre, ils sont présents dans toute son oeuvre, du moins sur le volet Fantasy Historique.

Les deux personnages ont un évident point commun : celui de se dresser contre les codes que leur impose leur société, à savoir baisser la tête et faire profil bas, contre les Barbares pour Ren Daiyan, contre les hommes pour Lin Shan. Il y a, malgré tout, une différence essentielle entre eux : lui a le sentiment de suivre un chemin tracé par le Destin (ce qui est parfaitement illustré par la scène avec la Daiji, au passage), tandis qu’elle ne veut pas suivre un chemin tracé par d’autres.

Il est important de noter qu’il y a un tas d’autres personnages pas-si-secondaires : trois premiers ministres différents, trois Empereurs, deux frères et leur fils / neveu, un Haut-fonctionnaire qui aura une importance déterminante dans le destin de Ren Daiyan, Zhao Ziji le lieutenant de ce dernier, les chefs des barbares,  et ainsi de suite. Le point de vue va donc souvent alterner (en plus de celui d’un narrateur omniscient) au cours de la narration. Est-ce difficile à suivre ? Non (surtout étant donné la présence d’un Dramatis Personæ).

Ces personnages, je le disais pas-si-secondaires, s’ils sont importants sur le plan de l’intrigue, le sont aussi sur le plan de leur caractérisation : pas de pantins dans des décors en carton-pâte ici, chaque second-rôle a des motivations réalistes, ses propres traits de caractère, bref une âme. Loin d’être de simples faire-valoir, ils sont une composante à part entière du tableau général. Et c’est cette richesse qui fait aussi que le lecteur a de l’empathie, s’attache aux protagonistes : c’est bien plus naturel, évident, de la faire quand ils ont une âme que quand ils sont des stéréotypes, des coquilles vides.

Il est également judicieux de noter que, même si Kay donne, comme toujours, une place de choix à son ou ses personnages féminins, c’est peut-être celui de ses livres où les femmes sont le plus en retrait, et où le héros masculin est le plus mis en avant. Le contraste est d’autant plus saisissant, d’ailleurs, si on compare la place des femmes dans ce roman et celui qui le précède. Toutefois, c’est l’évolution de la société de la Kitai qui impose cette situation, pas un changement de cap de Kay.

Narration ou : la Théorie des Dominos

Alors qu’Al-Rassan ou Les chevaux célestes se déroulaient sur une période de temps réduite, la narration du Fleuve céleste s’étend sur des années, d’une part, et n’est d’autre part pas linéaire : il y a des ellipses (de plusieurs années, parfois) et des flash-backs, même si on ne s’en rend pas compte tout de suite. Par exemple, on nous mentionne le fait que dans le « jardin » (pensez à un parc géant, plutôt) de l’Empereur, il y a un énorme rocher qu’on a arraché, au prix d’efforts considérables (et de plusieurs morts) au fond d’un lointain lac. On nous parle de cette entreprise au passé, alors que dans un des chapitres concernant Ren, elle est évoquée comme en étant à son début.

De même, les Flash-forward (d’une certaine façon) sont innombrables : on ne compte plus les phrases du genre « au soir de sa vie, trucmuche raconterait encore le jour où il a vu Ren Daiyan accomplir tel acte ou prononcer telle parole marquante ».

Un point essentiel est à retenir : le rythme. Le roman fait 700 pages (enfin, 695, mais on ne va pas chipoter), et pour un lecteur lambda, il ne va commencer à « se passer » quelque chose qu’à partir du début de la seconde moitié, quasiment exactement à la page 350. C’est bien entendu faux : lorsqu’on arrive à la fin (et si on connaît un peu Kay), on sait que ce faux-(non-)rythme n’est en fait qu’une minutieuse mise en place des événements qui vont se dérouler dans la suite du roman. Encore faut-il le savoir ou aller jusqu’à la fin : je préfère donc prévenir, si vous êtes un fana des livres très rythmés et que vous vous attendez à un thriller où ça bouge tout le temps, vous risquez d’avoir du mal avec celui-ci (du moins, avec sa première moitié). Le rythme est posé, d’une lenteur majestueuse, qui, je trouve, se prête parfaitement au cadre sinisant. De plus, là encore, on s’en rend compte à la fin, aucune scène, si insignifiante paraisse-t’elle de prime abord, n’est inutile, elle augure de quelque chose, elle explique un point qui se trouvera peut-être des centaines de pages plus loin. Et puis bon, de toute façon, tout ça est d’une telle beauté, dans l’écriture comme dans la splendeur perdue de ce qui est décrit, que de toute façon, moi j’en aurais bien repris pour 700 pages de plus.

En fait, ce roman est divisé en deux parties : dans les 350 premières pages, on met en place la figure formée par des dominos; dans les 350 pages suivantes, on assiste à leur effroyable et inéluctable chute. Pour moi, il n’y a pas d’accélération du rythme à partir de la page 351, mais un basculement entre deux mondes, ce qui, quelque part, est bien plus habile sur un plan littéraire et bien plus saisissant qu’un banal emballement maîtrisé du rythme.

Comme dans Les chevaux célestes, le lecteur reste captivé, saisi par la puissance émotionnelle extraordinaire de certaines scènes : celle avec la Daiji, la rencontre sous le balcon de Lin Shan, les deux audiences de Ren Daiyan devant les Empereurs. Celui qui a lu le premier roman appréciera aussi les petites allusions à Sima Zian ou à Wen Jian, ainsi que celle, qui a une certaine importance dans l’intrigue, aux tombeaux de la famille Shen.

En conclusion

Dans cette suite aux Chevaux célestes, Guy Gavriel Kay nous montre, une fois encore, la fin d’un monde et le commencement d’un nouveau, vus par les yeux d’acteurs de premier plan des événements. Si, comme d’habitude, le protagoniste féminin a un très beau rôle, il s’efface un peu plus, cependant, dans ce roman précis, devant celui du protagoniste masculin, un militaire bien décidé à mettre un terme à la désintégration de son univers. Comme d’habitude avec l’auteur canadien, le rythme est posé (ce qui donne une majesté parfaitement chinoise à l’ensemble), puisque l’action ne démarre, d’un certain point de vue (limité, et que je ne partage pas) qu’à partir de la page 351 sur 700. Ce qu’il faut à mon avis comprendre, c’est qu’il ne s’agit pas tant d’une accélération d’un(faux-)rythme que d’un basculement, celui des dominos qui ont été minutieusement mis en place dans les 350 pages précédentes.

Malgré tout, ce livre ne se destinera malheureusement pas aux lecteurs impatients ou cherchant un livre très rythmé, aux cliffhangers ou rebondissements incessants : il sera plutôt pour les amateurs de grandes sagas historiques, qui prennent le temps d’installer personnages, situation et décor avant de mener l’intrigue vers une conclusion à la fois grandiose, tragique mais inévitable (sur ce plan là, c’est du pur Kay). Fin qui, d’ailleurs, est, je trouve, magistrale dans son élégance et son refus des conclusions faciles, dans un sens ou dans l’autre. Magistrales sont aussi ces scènes à couper le souffle, par leur tension dramatique, l’émotion qu’elles distillent ou leurs enjeux, dans la droite lignée de celles des Chevaux célestes ou d’Al-Rassan.

Bref, ce roman exigeant, pas destiné à toutes les catégories de lecteurs mais d’une splendeur indescriptible (et j’espère avoir réussi, dans ma critique, à en rendre une partie),  traversé par le souffle à la fois épique et amer de l’Histoire (même si ce n’est pas tout à fait la nôtre), montre, s’il en était besoin, que Guy Gavriel Kay est un écrivain au talent immense et un grand auteur de Fantasy (historique).

Apophis

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Kay - Les chevaux célestes - Lorkhan
Posté 15 décembre 2016 -

Poignards et fleurs de jasmin

Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, je ne suis au départ pas vraiment un adepte des romans longs. Mais des romans comme ça, je pourrais en prendre pour des milliers de pages ! Voilà c’est dit, merci, place à l’article suivant !  Bon, je vais développer un peu mais vous avez compris tout le bien que je pense de ces « Chevaux célestes ». Car oui certes, ce roman est long (650 pages), ce roman est lent (mais c’est une sorte d’éloge de la lenteur car cette lenteur est belle), ce n’est pas palpitant au sens où il ne faut pas attendre des rebondissements toutes les trois pages, mais il est d’une beauté rare. Car il est rudement bien écrit. Guy Gavriel Kay développe une plume ravissante, à même de faire naître des images marquantes dans l’esprit du lecteur, que cela soit dû aux actes des personnages ou bien aux superbes descriptions de paysages de cette Chine imaginaire.

Mais parlons-en d’ailleurs de cette Chine imaginaire. Elle ne porte pas le nom de Chine mais de Kitai. Elle n’est pas bordée par la Grande Muraille mais la Longue Muraille. Au-delà de cette muraille se trouve les Bogüs, directement inspirés des Mongols. Les Tagurans, dans les montagnes de l’ouest ne sont rien d’autres que des Tibétains dissimulés. Une grande proximité avec la Chine réelle donc, et qui ne s’arrête pas à la seule géographie puisque l’histoire du roman est directement inspirée de celle de la dynastie Tang qui dura presque trois cents ans entre les 7ème et 10ème siècle (aussi j’invite à ceux qui ne connaissent pas l’histoire de la Chine à ne pas se renseigner plus avant sur celle-ci s’ils veulent garder la surprise de l’intrigue), de même les personnages, s’ils portent des noms différents, sont pour certains d’entre eux des alter-ego de personnages existants. Bref, on se doute que le travail de documentation de Guy Gavriel Kay a dû être plus que conséquent, mais le résultat est d’une justesse rare : rien n’est laissé au hasard (la société y est finement décrite : l’art, l’étiquette, la politique, etc…) et l’atmosphère chinoise est bien là. Si on aime cette ambiance asiatique, ce roman est un plaisir de chaque instant.

Les personnages ne sont pas en reste. Le roman reste centré sur Shen Tai, au départ retranché près d’un lac perdu à la frontière de la Kitai pour honorer les morts d’une grande bataille qui s’y est déroulée vingt ans auparavant, mais qui va se retrouver pris dans les tourments du pouvoir lorsqu’il apprend que l’impératrice du Tagur lui offre 250 chevaux de Sardie, les fameux chevaux célestes. Un immense cadeau d’une valeur inestimable, qui ne peut qu’aiguiser les appétits des puissants, et mettre sa vie en danger. Shen Tai, fils d’un célèbre général, est plus complexe qu’on ne pourrait l’imaginer, son histoire personnelle est mouvementée et sa famille est une composante importante du récit, notamment sa soeur, dame de compagnie de l’Impératrice.

Les autres personnages sont tout aussi soignés, qu’il s’agisse d’un important protagoniste comme la guerrière kanlin (comprenez shaolin) Wei Song, du poète Sima Zian (inspiré par Li Bai), de la Précieuse Concubine de l’Empereur, Wen Jian (inspirée de Yang Guifei), du général An Li (inspiré de An Lushan), du Premier Ministre Wen Zhou (inspiré de Yang Guozhong), du gouverneur Xu Bihai (inspiré de Geshu Han) ou bien sûr de l’Empereur Taizu (inspiré de Xuanzong). Guy Gavriel Kay « pousse le vice » jusqu’à détailler la vie personnelle et/ou passée de certains personnages qui n’apparaissent qu’au détour de quelques pages, sans que cela ne paraisse comme étant de trop. Et comme la réalité dépasse bien souvent la fiction, les nombreuses références historiques permettent de développer un récit riche et passionnant (et ce monde de fantasy, dans lequel les aspects fantastiques sont très ténus, permet au romancier, comme l’a dit Alexandre Dumas, de violer l’Histoire pour lui faire de beaux enfants), entre complots, trahisons et intrigues de cour, là où quelques phrases peuvent se révéler tout aussi mortelles qu’une épée…

Ce déluge de détails est donc la force de ce roman, forcément au prix de la dynamique du récit. Celui-ci prend son temps, et les choses ne s’accélèrent que dans le dernier quart (dernier quart que l’on peut tout aussi bien considérer comme un vaste épilogue). Pour autant, comme je l’ai déjà dit, je n’ai absolument pas considéré cela comme une tare tant cette relative lenteur ne se fait pas au détriment de l’intérêt du récit. Et de ce côté-là, pas de souci. C’est bien simple, dès que j’avais quelques minutes devant moi, je lisais quelques pages. Et une fois ma lecture terminée, j’ai eu bien du mal à passer à autre chose. Le signe des grands livres, de ceux qui marquent. Des romans comme ça, j’en redemande. Et ça tombe bien, Guy Gavriel Kay en a écrit quelques uns (et un podcast d’Elbakin donne quelques pistes sur le sujet), à commencer par le tout juste sorti « Le fleuve céleste », s’inspirant cette fois de la dynastie Song, trois siècles et demi plus tard. J’en salive déjà.

Lorkhan

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Kay - Les chevaux célestes - Blog-O-Livres
Posté 29 décembre 2016 -
J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui propose de nous plonger dans une Chine imaginaire fortement inspirée de la Chine des Tang. L’univers est ainsi fascinant à découvrir tant on sent que l’auteur a fortement travaillé son sujet ne laissant rien au hasard. Un univers qui se révèle vivant et se dévoile devant nos yeux bien porté par des descriptions soignées et envoûtantes. On a ainsi franchement l’impression de plonger dans ce monde. Les personnages sont aussi un gros point fort du récit car, tout comme le travail qu’il propose sur son image de fond, il nous offre des protagonistes qui ne manquent ni de profondeur ni de densité. Chacun de ceux que l’on croise se révèle ainsi unique, humain, touchant et soigné et c’est cette grande diversité qui fait que chaque héros marque, d’une certaine façon le lecteur. Cela n’empêche pas certains de sortir du lot, je pense par exemple à Shen Tai, sa soeur ou encore la concubine préférée de l’Empereur qui m’ont paru encore plus « flamboyants ». L’intrigue est construit sur un rythme lent et posé, dévoilant de façon magnétique son univers et son complot et qui finalement colle parfaitement à l’ambiance souhaitée. Je pourrai peut-être regretter que l’intrigue sur la soeur de Shen tai soit un peu trop déconnectée du récit principal, mais franchement je chipote tant elle est intéressante et dépaysante. La plume de l’auteur est toujours aussi poétique, entrainante et soignée et je lirai sans soucis d’autres écrits de l’auteur.
 
Blog-O-Livres
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Kay - Le fleuve céleste - Alter1fo
Posté 29 décembre 2016 -
La Chine des Song (Xè siècle) est la matière utilisée pour tracer le parcours d’un homme hors du commun. Comme dans « les Chevaux Célestes », Guy Gavriel Kay prend ce qu’il veut dans l’Histoire, ajoute l’imaginaire (femme-renard, fantômes), mais cette fois avec beaucoup plus de parcimonie.

Dès la scène initiale, déclenchante, tout ce que fait l’auteur est là : l’immédiat, le devenir, le hors-champ, l’esprit. 700 pages où le Canadien peint. Une femme exceptionnelle. Parce que ceux qui le voudront liront une histoire d’amour douce et forte. Ils trouveront aussi la poésie, passée du chinois à l’anglais puis au français, mais ce qu’il en reste a de quoi toucher. Et il y a celle des pensées et des actions de ces gens.

Les civilisés et les barbares. Les soldats et les dirigeants. Nous ne choisissons pas notre époque, nous choisissons, parfois, notre manière d’y vivre. L’honneur, la carrière, la famille, la justice, l’audace, le respect, l’amitié, l’harmonie, la beauté.
 
Fix - Alter1fo
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Kay - Les Chevaux célestes - Albédo
Posté 29 mars 2017 -

« Le monde vous offre parfois du poison dans une coupe incrustée de pierreries, ou alors des présents stupéfiants. Il n’est pas toujours facile de distinguer les deux. » – G. G. Kay

Ce sont les phrases clés de ce roman. Et pour cause, Shen Tai se voit offrir 250 Chevaux Célestes. Ils sont mythiques, convoités et idolâtrés. 250 est un chiffre exorbitant, l’Empire Kitai dans son ensemble n’en possède pas l’équivalent. Il y a de quoi bousculer l’équilibre des pouvoirs au sein de ce pays millénaire, de quoi composer des poèmes immortels. Telle est la nature de ce présent… en apparence.

« Il n’est pas toujours facile de distinguer les deux. »

Suite à l’avis enthousiaste d’Apophis, ce roman était une de mes priorités en ce début d’année 2017. Je l’ai ouvert avec un sentiment mêlant appréhension et convoitise. La joie est au rendez-vous, c’est un coup de cœur.

Les Chevaux Célestes de Kay sont un genre de fantasy que j’apprécie particulièrement.

Il s’agit en premier lieu d’une fantasy historique. L’aspect surnaturel est léger tout en s’avérant crucial. Il n’est pas question de sorts, d’incantations spectaculaires, de manipulations d’éléments ou de pouvoirs incommensurables. La magie imprégnant l’univers de Kay reste discrète et se base sur la religion traditionnelle de la Chine (Taoïsme, Bouddhisme et Confucianisme). Ainsi le monde des esprits fait-il partie intégrante de l’environnement que ce soit au Kuala Nor, à travers les mystérieuses femmes-renards, les dieux vénérés ou bien les chamans des plaines du nord.

Légèreté de l’aspect fantasy n’est pas synonyme d’insignifiance, bien au contraire. Suite au décès de son père, Tai  décide d’honorer sa mémoire lors de son deuil de deux ans. Il enterre les ossements épars au Kuala Nor, dans les montagnes au nord ouest du pays. La tâche est titanesque, pas moins de 100 000 guerriers y ont péri. C’est en ermite qu’il accompli ce labeur, infatigable fossoyeur accompagné, escorté, surveillé par les esprits des morts.

Cette partie est fondamentale pour la suite : elle permet d’ancrer le récit dans cette fantasy subtile que je viens d’évoquer et d’immerger le lecteur dans la culture asiatique du Kitai. J’ai été particulièrement sensible à l’exotisme, à la beauté et aux nuances  de cette ambiance. Tout un aspect historique vient charpenter Les Chevaux Célestes. Les recherches consenties offre un univers riche, envouteur et exotique à souhait. Kay nous projette dans une  Kitai qui n’a rien à envier à la Chine de la dynastie des Tang. L’auteur s’en est fortement inspiré et à plus d’un titre; us et coutumes, organisation sociale et politique en sont directement issus  ainsi que la révolte d’An Lushan en 755 (merci Wikipédia). Ce fut – et c’est la cas dans le roman –  une période bienheureuse pour l’empire, dangereuse pour les acteurs haut placé. La Route de la Soie a permis le développement du  commerce, de la richesse et  du rayonnement du pays à l’extérieur. La religion (ses courants principaux) a influencé la structure sociale et façonné une culture exotique à nos yeux d’européens. C’est aux côtés de Shen Tai que le lecteur est invité à traverser l’immense pays, à découvrir cette richesse hors du temps. C’est encore avec lui ou ses proches qu’il affrontera les dangers, les tensions, l’indécision et parfois de petites victoires.

Au-delà d’une fantasy historique, Guy Gavriel Kay nous propose une intrigue politique savamment orchestrée, dans laquelle s’imbrique avec habileté la problématique des Chevaux Célestes. Effectivement, nous sommes dans une région où le respect de l’apparat et le comportement idoine peuvent avoir des répercussions fatales. Un verre de vin trop chaud peut conduire à la mort! Alors 250 Chevaux Célestes apparaissent comme un présent somptueux… ou un cadeau diablement empoisonné.

La situation pourtant claire de notre protagoniste va basculer avec ce dernier. Cadet d’une famille estimée, sa voie semble tracée et prévisible puisque la direction de la famille échue entre les mains de son frère aîné, personnage ambitieux, cultivé, et intelligent. Shen Liu est devenu un mandarin de haut rang et un conseiller puissant à la cour de l’Empereur Céleste. 250 Chevaux Célestes balaient d’un revers de parchemin, une hiérarchie familiale si bien  établie, et fragilise ou renforce une position enviable dans ce nid de dragons pas très clairs.

Mais que dire du bouleversement à l’échelle d’un pays ? L’équilibre des pouvoirs est déstabilisé, les jeux et intrigues politiques prennent leur essor. L’assassinat politique est à l’ordre du jour tant l’influence de ce cadeau unique secoue l’empire jusqu’aux plus hautes sphères du gouvernement. Cette facette du roman est haletante; jusqu’au dernier moment nous sommes dans l’incapacité de savoir où et quand les couperets vont tomber, quelle sera la prochaine victime expiatoire…

La galerie de personnages met en valeur cet ensemble. Chacun d’entre eux revêt une personnalité toute en relief, avec de multiples nuances et des logiques qui n’appartiennent qu’à l’homme. Ici point de caricature, les protagonistes s’animent d’une vie propre, presque indépendante du lecteur. Aux premiers plans  -Shen Tai, Shen, Liun, Li Mei, Zhou, Wong, le Poète Immortel – sont superbement rendus par une plume à la hauteur de ce récit tout en équilibre et en nuances. Kay maîtrise parfaitement l’art de brosser un caractère en quelques phrases et mots soigneusement choisis. Même le soldat en charge d’un cheval a des traits distinctifs.

Magnifique récit de fantasy historique et politique, par bien des côtés ce roman se rapproche de la Trilogie de l’Empire de Feist & Wurst, essentiellement dans son approche des jeux de pouvoir,  de l’exotisme du cadre, et du soin apporté aux personnages. La magie diffère toutefois l’un de l’autre. Le suspens repose essentiellement sur les enjeux politiques, et les dangers qui guettent Tai , Wong et Li Mei. Cependant l’auteur nous gratifie de quelques combats à pied ou à cheval, avec une lame ou un arc, seul ou accompagné…

Cette somptueuse épopée asiatique possède de nombreux atouts pour séduire un public exigeant sur la qualité d’écriture, soucieux de  la cohérence de l’intrigue et avide de découvrir une fantasy dépaysante.  Les touches surnaturelles sont distillées avec brio, le récit est  accessible mêmes aux lecteurs réfractaires à la fantasy.

Sans feux d’artifices magiques.

Il y a sans doute des petits défauts, j’ai choisi de ne pas les voir.

 Albédo - Albédo

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Kay - Les Chevaux célestes - Just a Word
Posté 29 mars 2017 -
Avant de s'attaquer à ce pavé de 649 pages (!!) que représente Les Chevaux célestes, (ré)introduisons son auteur, le canadien Guy Gavriel Kay. Après avoir travaillé avec Christopher Tolkien, fils d'un certain J.R.R Tolkien, Kay écrit dans un premier temps une fantasy plutôt classique avec La Tapisserie de Fionavar, c'est seulement par la suite qu'il commence à trouver sa propre voie avec des romans tels que Les Lions d'Al-Rassan ou La Mosaïque de Sarance. Pour ces derniers, l'écrivain développe un univers historique teinté de fantasy. S'inspirant à chaque fois d'une période historique différente, le canadien en tire une version fantasmée (mais toujours très proche de la réalité en définitive) qu'il tord selon sa volonté pour en faire une épopée à chaque fois plus ambitieuse. Devenu en quelques années un auteur majeur et distingué par la critique - il a en effet reçu à plusieurs reprise le prix Aurora et, consécration suprême, le World Fantasy Award pour Ysabel -, Guy Gavriel Kay est revenu en 2010 avec Under Heaven, un énorme roman se déroulant dans la Chine des Tang du VIIIème siècle, traduit dans un premier temps aux éditions québécoises A lire sous le titre Sous le Ciel puis repris aujourd'hui (et retraduit pour l'occasion) par les éditions L'Atalante sous une nouvelle dénomination : Les Chevaux célestes. De quoi va nous parler cette fois le canadien ?

Avec ce nouveau livre, Guy Gavriel Kay nous emmène dans la Kitai, version revue et corrigée de la Chine des Tang au VIIIème siècle. Alors au fait de sa gloire, l'empire a réussi à faire la paix avec son rival de toujours, le royaume de Tagur. Au Kuala Nor, terre d'affrontements perpétuels, les fantômes cherchent pourtant toujours le repos. Obligé de se retirer de la vie publique après le décès de son père, Shen Taï a entrepris une oeuvre pharaonique : donner une sépulture décente à chaque homme tombé sur ce champ de bataille. Sous le regard des forteresses frontalières de la Kitai et du Tagur, Taï passe près de deux années dans cette contrée inhospitalière, écoutant le murmure des trépassés. Jusqu'au jour où Chen-Wang, princesse du Tagur, lui offre un présent colossal : deux cent cinquante chevaux de Sardie, les fameux coursiers célestes. Dès lors, Shen Taï doit se résoudre à retrouver l'empire malgré l'immense danger que fait peser sur lui ce cadeau inattendu. Déjouant un premier assassinat, il va devoir composer avec les pièges d'une cour impériale dominée par le nouveau premier ministre When Zhou et son propre frère, Shen Liu. Pris au milieu de la rivalité entre When Zhou et le général Roshan, chef militaire tout puissant des septième, huitième et neuvième circonscriptions, Shen Taï devra choisir son camp.

Commençant timidement, Les Chevaux célestes affiche pourtant une claire ambition de la part de Guy Gavriel Kay, celle de construire patiemment un univers convaincant et profond restituant dans toute la splendeur et la poésie de la Chine ancienne. En se concentrant d'abord sur une frange de l'empire, à savoir le Kuala Nor, et en faisant petit à petit rentrer le lecteur dans ce nouveau monde, le canadien prend un risque calculé : produire un roman lent. C'est peut-être le premier revers de la médaille de l'entreprise monumentale (et c'est peu de le dire) que d'écrire cette fresque historique. Kay a besoin de bases solides pour démarrer sa véritable intrigue, c'est à dire la rivalité entre When Zhou et Roshan qui sera au final bien plus importante que l'acheminement des chevaux de Sardie eux-mêmes. De ce fait, l'histoire prend son temps, certainement un peu trop, surtout que le canadien connaît un défaut mineur mais récurrent, celui de répéter des faits déjà connus du lecteur. Cet excès de didactisme n'empêche pourtant pas rapidement de s'immerger totalement dans cet univers incroyable capturé avec un talent stupéfiant par l'écrivain canadien.

En s'attardant sur la poésie, la calligraphie, le pipa et tous les autres arts de la Chine ancienne, Kay développe une atmosphère, une ambiance. Les Chevaux célestes acquiert rapidement une saveur unique qui permet une lecture dévorante. Cette fluidité de l'histoire doit également beaucoup au style de l'auteur, toujours élégant et recherchant constamment une certaine poésie lancinante. En même temps que la mise en place de sa toile de fond, Kay construit des personnages extrêmement attachants. De Shen Taï à Bruine en passant par Sima Zian ou Taizu, tous s'avèrent réussis et vivants. Dans cette fresque historique qui aurait pu rapidement tourner au catalogue, le canadien arrive à faire vivre chacun avec une force tout bonnement incroyable. Au-delà du bâtisseur de monde, on se retrouve face à un modeleur de héros. Même le plus petit personnage secondaire fera surgir une émotion, quelle qu'elle soit, même en deux ou trois pages seulement d'existence. Cette capacité à toucher, à émouvoir, à nuancer aussi - on pense au général Roshan, personnage fascinant - fait aussi la grande force du roman. Ce qui impressionne encore davantage c'est la capacité de Kay à entrelacer ses fils narratifs pour ne jamais perdre son lecteur mais également pour faire monter crescendo son suspense. De ce fait, Les Chevaux célestes, malgré ses 649 pages, se dévore.

Evidemment, puisqu'il est publié par un éditeur de l'imaginaire, on pourrait s'attendre à de la fantasy quelque part. Ce qui n'est pas véritablement le cas. Bien évidemment l'auteur entretient le doute sur la possible origine surnaturelle de certains événements - on pense à l'histoire parmi les Bogü, au personnage de Meshag ou au mythe de la femme-renarde - mais à y regarder de plus près rien n'est vraiment arrêté. Chaque lecteur choisira d'y voir ce qu'il veut et l'on peut dire clairement que le roman pourra être perçu comme purement historique (juste décalqué dans un univers fantasmé) ou jouant à cache-cache avec une fantasy légère et discrète du plus bel effet. Toutes les catégories de lecteur devraient donc y trouver facilement leur compte. Ce qui importe au final, c'est l'intelligence dans le traitement de cette période historique. Kay jouant sur la mélancolie d'un Empire qu'on sent prêt à vaciller car arrivé au sommet, on ne peut que tomber. Il déploie alors au fur et à mesure des pages une tristesse lancinante, conscient de la disparition prochaine d'un empire légendaire qui ne connaîtra plus jamais son pareil. On pourrait encore parler de l'importance attachée à la culture et aux arts, terreau pour Kay d'une société plus solide, plus belle ou encore de la place importante de figures féminines fortes (et splendides) telles que Bruine-de-Printemps ou Wei Song. Mais c'est par l'amour que l'on finira en disant qu'à côté de ses intrigues politiques passionnantes, le roman nous parle également d'aimer envers et contre tout, malgré la tourmente (et son successeur, Le fleuve céleste, le fera encore de plus belle façon). La poésie de Kay dans ces instantes là s'avère renversante, s'éloignant alors de la question du pouvoir pour revenir à une dimension intimiste bouleversante.

Difficile de pinailler à l'excès sur la longueur des chevaux célestes quand on voit l'intelligence et l'érudition déployée pour cette épopée aussi ambitieuse que passionnante. Guy Gavriel Kay réaffirme sa domination sans partage de la fantasy historique avec une fresque délicate qui piège son lecteur de la première à la dernière page dans un univers d'une infinie poésie. Un tour de force en somme.

Note : 8.5/10
 
Nicolas Winter - Just a Word
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Kay - Les Chevaux célestes - Just a Word
Posté 29 mars 2017 -
Avant de s'attaquer à ce pavé de 649 pages (!!) que représente Les Chevaux célestes, (ré)introduisons son auteur, le canadien Guy Gavriel Kay. Après avoir travaillé avec Christopher Tolkien, fils d'un certain J.R.R Tolkien, Kay écrit dans un premier temps une fantasy plutôt classique avec La Tapisserie de Fionavar, c'est seulement par la suite qu'il commence à trouver sa propre voie avec des romans tels que Les Lions d'Al-Rassan ou La Mosaïque de Sarance. Pour ces derniers, l'écrivain développe un univers historique teinté de fantasy. S'inspirant à chaque fois d'une période historique différente, le canadien en tire une version fantasmée (mais toujours très proche de la réalité en définitive) qu'il tord selon sa volonté pour en faire une épopée à chaque fois plus ambitieuse. Devenu en quelques années un auteur majeur et distingué par la critique - il a en effet reçu à plusieurs reprise le prix Aurora et, consécration suprême, le World Fantasy Award pour Ysabel -, Guy Gavriel Kay est revenu en 2010 avec Under Heaven, un énorme roman se déroulant dans la Chine des Tang du VIIIème siècle, traduit dans un premier temps aux éditions québécoises A lire sous le titre Sous le Ciel puis repris aujourd'hui (et retraduit pour l'occasion) par les éditions L'Atalante sous une nouvelle dénomination : Les Chevaux célestes. De quoi va nous parler cette fois le canadien ?

Avec ce nouveau livre, Guy Gavriel Kay nous emmène dans la Kitai, version revue et corrigée de la Chine des Tang au VIIIème siècle. Alors au fait de sa gloire, l'empire a réussi à faire la paix avec son rival de toujours, le royaume de Tagur. Au Kuala Nor, terre d'affrontements perpétuels, les fantômes cherchent pourtant toujours le repos. Obligé de se retirer de la vie publique après le décès de son père, Shen Taï a entrepris une oeuvre pharaonique : donner une sépulture décente à chaque homme tombé sur ce champ de bataille. Sous le regard des forteresses frontalières de la Kitai et du Tagur, Taï passe près de deux années dans cette contrée inhospitalière, écoutant le murmure des trépassés. Jusqu'au jour où Chen-Wang, princesse du Tagur, lui offre un présent colossal : deux cent cinquante chevaux de Sardie, les fameux coursiers célestes. Dès lors, Shen Taï doit se résoudre à retrouver l'empire malgré l'immense danger que fait peser sur lui ce cadeau inattendu. Déjouant un premier assassinat, il va devoir composer avec les pièges d'une cour impériale dominée par le nouveau premier ministre When Zhou et son propre frère, Shen Liu. Pris au milieu de la rivalité entre When Zhou et le général Roshan, chef militaire tout puissant des septième, huitième et neuvième circonscriptions, Shen Taï devra choisir son camp.

Commençant timidement, Les Chevaux célestes affiche pourtant une claire ambition de la part de Guy Gavriel Kay, celle de construire patiemment un univers convaincant et profond restituant dans toute la splendeur et la poésie de la Chine ancienne. En se concentrant d'abord sur une frange de l'empire, à savoir le Kuala Nor, et en faisant petit à petit rentrer le lecteur dans ce nouveau monde, le canadien prend un risque calculé : produire un roman lent. C'est peut-être le premier revers de la médaille de l'entreprise monumentale (et c'est peu de le dire) que d'écrire cette fresque historique. Kay a besoin de bases solides pour démarrer sa véritable intrigue, c'est à dire la rivalité entre When Zhou et Roshan qui sera au final bien plus importante que l'acheminement des chevaux de Sardie eux-mêmes. De ce fait, l'histoire prend son temps, certainement un peu trop, surtout que le canadien connaît un défaut mineur mais récurrent, celui de répéter des faits déjà connus du lecteur. Cet excès de didactisme n'empêche pourtant pas rapidement de s'immerger totalement dans cet univers incroyable capturé avec un talent stupéfiant par l'écrivain canadien.

En s'attardant sur la poésie, la calligraphie, le pipa et tous les autres arts de la Chine ancienne, Kay développe une atmosphère, une ambiance. Les Chevaux célestes acquiert rapidement une saveur unique qui permet une lecture dévorante. Cette fluidité de l'histoire doit également beaucoup au style de l'auteur, toujours élégant et recherchant constamment une certaine poésie lancinante. En même temps que la mise en place de sa toile de fond, Kay construit des personnages extrêmement attachants. De Shen Taï à Bruine en passant par Sima Zian ou Taizu, tous s'avèrent réussis et vivants. Dans cette fresque historique qui aurait pu rapidement tourner au catalogue, le canadien arrive à faire vivre chacun avec une force tout bonnement incroyable. Au-delà du bâtisseur de monde, on se retrouve face à un modeleur de héros. Même le plus petit personnage secondaire fera surgir une émotion, quelle qu'elle soit, même en deux ou trois pages seulement d'existence. Cette capacité à toucher, à émouvoir, à nuancer aussi - on pense au général Roshan, personnage fascinant - fait aussi la grande force du roman. Ce qui impressionne encore davantage c'est la capacité de Kay à entrelacer ses fils narratifs pour ne jamais perdre son lecteur mais également pour faire monter crescendo son suspense. De ce fait, Les Chevaux célestes, malgré ses 649 pages, se dévore.

Evidemment, puisqu'il est publié par un éditeur de l'imaginaire, on pourrait s'attendre à de la fantasy quelque part. Ce qui n'est pas véritablement le cas. Bien évidemment l'auteur entretient le doute sur la possible origine surnaturelle de certains événements - on pense à l'histoire parmi les Bogü, au personnage de Meshag ou au mythe de la femme-renarde - mais à y regarder de plus près rien n'est vraiment arrêté. Chaque lecteur choisira d'y voir ce qu'il veut et l'on peut dire clairement que le roman pourra être perçu comme purement historique (juste décalqué dans un univers fantasmé) ou jouant à cache-cache avec une fantasy légère et discrète du plus bel effet. Toutes les catégories de lecteur devraient donc y trouver facilement leur compte. Ce qui importe au final, c'est l'intelligence dans le traitement de cette période historique. Kay jouant sur la mélancolie d'un Empire qu'on sent prêt à vaciller car arrivé au sommet, on ne peut que tomber. Il déploie alors au fur et à mesure des pages une tristesse lancinante, conscient de la disparition prochaine d'un empire légendaire qui ne connaîtra plus jamais son pareil. On pourrait encore parler de l'importance attachée à la culture et aux arts, terreau pour Kay d'une société plus solide, plus belle ou encore de la place importante de figures féminines fortes (et splendides) telles que Bruine-de-Printemps ou Wei Song. Mais c'est par l'amour que l'on finira en disant qu'à côté de ses intrigues politiques passionnantes, le roman nous parle également d'aimer envers et contre tout, malgré la tourmente (et son successeur, Le fleuve céleste, le fera encore de plus belle façon). La poésie de Kay dans ces instantes là s'avère renversante, s'éloignant alors de la question du pouvoir pour revenir à une dimension intimiste bouleversante.

Difficile de pinailler à l'excès sur la longueur des chevaux célestes quand on voit l'intelligence et l'érudition déployée pour cette épopée aussi ambitieuse que passionnante. Guy Gavriel Kay réaffirme sa domination sans partage de la fantasy historique avec une fresque délicate qui piège son lecteur de la première à la dernière page dans un univers d'une infinie poésie. Un tour de force en somme.

Note : 8.5/10
 
Nicolas Winter - Just a Word
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Kay - Le Fleuve céleste - Babélio
Posté 29 mars 2017 -

J'ai enfin fini mon premier Guy Gavriel Kay ! Depuis le temps que j'entendais chanter les louanges de cet auteur, j'en étais presque intimidée !
Comme c'est le deuxième livre qui se situe dans la Kitai, cette Chine médiévale imaginaire, j'avais un peu peur d'être gênée dans la compréhension de l'histoire ou dans le plaisir de lecture par manque de référence mais ça n'a pas du tout été le cas.

C'est un livre au style particulier, à éviter si vous êtes en quête de rythme effréné, de rebondissements et d'action à tout va. Non. Pour l'apprécier à sa juste valeur, Il vaut mieux laisser de côté l'impatience et se laisser porter par les mots tels les flots d'un fleuve, lents mais puissants.

C'est vraiment très bien écrit. Les phrases sont belles et travaillées sans donner une impression de laborieux. La Kitai est un pays décrit avec une richesse de détails incroyable et on sent l'érudition minutieuse de l'auteur pour la rendre aussi vivante et vraisemblable. C'est impressionnant comme il a réussi à rendre l'ambiance de son livre aussi prégnante. C'est sans conteste le grand plus du roman, même pour les lecteurs qui comme moi ne sont pas spécialement attirés par la fiction historique.

[…]

C’était une très belle découverte et je ne manquerais pas d'explorer le passé de la Kitai avec Les Chevaux célestes !

Miney - Babélio

 

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Kay - Les Chevaux Célestes - L'ours inculte
Posté 30 mars 2017 -

Bon d’accord, voilà, j’ai lu Les chevaux célestes de Guy Gavriel Kay, avec toutes ces belles choses qu’internet dit dessus, je me suis senti un peu obligé. Et j’ai mis du temps, parce que c’est un gros machin, mais j’y suis arrivé ! Youpi !

Ce roman raconte les péripéties de Shen Tai en Kitai, un empire fictif fortement inspiré de la chine de… Euh… J’y connais rien alors on va juste dire « de la Chine de y’a longtemps ». Pour honorer le deuil de son père, Tai part pendant deux ans et demi creuser des tombes pour les guerriers tombés pendant la bataille de Kuala Nor, à laquelle a participé le paternel. Pour le remercier de son dévouement, l’impératrice consort du Tagur (leur ennemi pendant cette bataille) lui offre non pas un, ni deux, mais 250 chevaux Sardiens, une race quasi-légendaire dans son pays. On pourrait croire que c’est plutôt sympa de sa part, mais notre fossoyeur réalise que ce cadeau (très très très) démesuré va attirer beaucoup d’attention sur lui, jalousies, malveillances et complots divers alors qu’il avait rien demandé. Ouais, ça fait un peu « problème de riches » quand même, mais ça va nous ouvrir les portes d’un roman complexe et riche. Le pauvre va en plus échapper à une tentative d’assassinat… qui n’a strictement rien à voir avec cette histoire de chevaux, on empile les emmerdes.

Forcé de revenir au cœur de la Kitai, Shen Tai va être propulsé en plein milieu d’intrigues politiques chez les puissants, il recroisera des personnes qu’il avait connues avant ses deux ans de retraite chez les fantômes. Mais entre temps, le monde a bien changé. Il va devoir s’adapter à ce nouveau monde, et aux responsabilités qui lui tombent sur le coin de la gueule alors qu’il voulait juste creuser des tombes tranquillou. Ce cadeau qu’il a reçu déstabilise tellement l’équilibre du pouvoir que tout le monde s’y intéresse, chacun à sa manière. La politique dépaysante se mêle alors aux intrigues familiales et personnelles de notre héros dans une trame subtile et maitrisée, et c’est là qu’on comprends un peu l’aura de ce bouquin. C’est pas de l’épique tonitruant ou du grim dark poisseux, mais simplement des personnages qui se débattent dans des jeux de pouvoir inextricables.

 On fera un grand voyage dans ce pays fictif, on y reconnaitra sans peine les « inspirations » de Guy Gavriel Kay pour les peuples décrits, on a les pseudo-chinois, les pseudo-mongoles, les pseudo-tibétains, etc… Mais ça fonctionne vraiment bien ! On ne suivra pas que Tai d’ailleurs, puisqu’un autre pan de l’intrigue nous trimballera dans les steppes de ces barbares du nord, au-delà de la muraille. L’auteur arrive à poser son ambiance tout en finesse, à faire sentir au lecteur cette atmosphère exotique qui nous change encore une fois de la fantasy « européanisante ». On s’imprègne des coutumes de ce peuple, on en découvre les valeurs et les règles sociales très codifiées, voir tout le monde coller le front par terre dès que l’empereur pointe un bout d’orteil est assez rigolo d’ailleurs.

Par contre le livre est relativement lent, ne vous attendez pas à de l’action badaboum et des duels virevoltants toutes les deux pages. On a bien quelques bastons, mais le gros de l’histoire se passe dans des dialogues, des silences, des moments de calme mais qui installent une tension palpable. Il faut tenir compte du rang de chacun, du rôle de chacun, peser ses mots et ses moindres gestes. Même les grandes scènes de batailles sont contournées, on ne nous montre que les « creux », les coulisses, le reste étant rapporté ensuite. Mais attention, lenteur ne veut pas dire qu’on s’emmerde (et j’en suis le premier surpris), on n’avalera certes pas le livre en deux après-midi mais chaque moment de lecture est un régal. On oscille entre l’émerveillement et la tension qui grimpe, on guette les moindres gestes de chacun, c’est d’une précision hallucinante.

Ce qui nous fait accrocher à toutes ces intrigues complexes (mais très compréhensibles grâce au talent de mise en place de Kay), ce sera surtout notre attachement aux personnages. Il y a bien sûr Shen Tai qui brille par sa finesse, mais aussi le facétieux poète Sima Zian ou encore la guerrière Kanlin Wei Song, et encore beaucoup d’autres. Chacun est une pierre de cet édifice précis et subtilement construit, aucun n’est sous-exploité ou mal traité, on a une galerie de personnages parfaite. Malgré un empire gouverné par des hommes, on remarque que Kay a aussi fait se croiser les destins de plusieurs femmes exceptionnelles qui ont chacune leur caractère (et font parfois tourner ces messieurs en bourrique).

Fresque asiatique aux personnages exceptionnels et à l’intrigue très solide, Les chevaux célestes emporte le lecteur dans un beau voyage immersif au tempo planant. On se laisse promener en Kitai avec plaisir, et on y reviendra pour Le fleuve céleste… Dans pas très longtemps…

 

L'ours inculte

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Kay - Le Fleuve céleste - Books
Posté 06 avril 2017 -
«Le monde ne vous laissera pas être celle que vous pourriez être. Le comprenez-vous?» Le poète Lu Chen, en chemin pour l'exil, s'est arrêté à Yenling. C'est la fête des pivoines. La ville est superbe. Il a été accueilli par son ami, l'ancien Premier ministre Xi Wengao. D'autres invités sont présents : le gentilhomme de la cour Lin Kuo et sa fille Lin Shan. C'est à elle que s'adresse le poète. La nuit est tombée sur la maison, et il s'est aventuré jusque dans sa chambre - elle a laissé la porte ouverte. Elle sait que le lendemain Lu Chen poursuivra sa route. Sa destination : l'île de Lingzhou, loin au sud. Un lieu dont on ne revient pas. Elle est jeune, bientôt fiancée à un membre de la famille impériale. Elle s'offre à l'exilé. Lui a compris qu'il avait affaire à une femme exceptionnelle. C'est pour cela qu'il a eu l'audace de venir la retrouver cette nuit-là. Et c'est peut-être aussi pour cela qu'il refuse.

Dans la « Kitai » de la XIIe dynastie, formidable transposition de la Chine des Song imaginée par Guy Gavriel Kay, les femmes ne sont pas comme Lin Shan, elles ne sont pas censées lire et écrire de la poésie, elles ne se mêlent pas aux conversations des hommes. Ce sont des servantes. Trois siècles plus tôt, elles étaient au centre de tout, influaient sur les affaires de l'État. Mais la brillante XIe dynastie, où des favorites pouvaient faire et défaire les Premiers ministres, a sombré. Et de cette catastrophe -dont Kay a raconté le déclenchement dans son précédent ouvrage, Les Chevaux célestes — on a décidé que les femmes étaient responsables. Pas elles seules, il est vrai. Les généraux trop puissants, trop indépendants aussi. L'un d'eux, par ambition, a plongé la Kitai dans la guerre civile et précipité la chute de la dynastie. La femme et le guerrier, voilà donc désormais les ennemis, ceux qu'il convient de maintenir abaissés pour que les désastres ne se reproduisent pas. On n'éduque plus les filles, on les enferme, bientôt on leur bandera les pieds. Quant aux généraux, on les choisit le plus médiocres possible. D'ailleurs, aucune personne censée ne rêve plus d'une carrière militaire. Les aristocrates se laissent pousser l'ongle du petit doigt, pour prouver qu'ils ne sauraient se servir d'un arc. Une femme et un guerrier, voilà aussi — et évidemment ce n'est pas un hasard -les deux héros du dernier roman de Guy Gavriel Kay. Ils s'appellent Lin Shan et Ren Daiyan. L'une est la jeune fille émancipée évoquée plus haut. Elle est inspirée par Lo Qingzhao, la plus illustre poétesse de l'histoire chinoise. L'autre est le fils d'un médiocre fonctionnaire de province, qui s'est juré de laver l'honneur de la Kitai en récupérant ses quatorze préfectures du Nord occupées depuis deux siècles par des barbares nomades. Son modèle : le fameux général Yue Fei, que les Chinois honorent encore aujourd'hui pour sa loyauté à toute épreuve.

Il est évident que la phrase du poète Lu Chen, au début du Fleuve céleste, pourrait s'appliquer non seulement à Lin Shan, mais aussi à Ren Daiyan. Tous deux ont choisi des voies impossibles. Il est non moins évident, dès le départ, qu'elle sera démentie. Car ce sont deux êtres exceptionnels. Toute la question est : comment vont-ils accomplir leur destinée ? Et accessoirement : comment vont-ils, alors que tant de choses les séparent, finir par se croiser ? Il est difficile de parler d'un roman de Kay. Jusqu'où aller sans empiéter sur le plaisir futur du lecteur ? Disons seulement que la plupart de ses ouvrages suivent un même cheminement : une montée progressive de la tension jusqu'à la conflagration finale. Mais ils le font selon des variations subtiles qui surprennent toujours (Le Fleuve céleste en est la confirmation). En général, une civilisation raffinée jette ses derniers feux avant des bouleversements qui entraîneront sa destruction ou, du moins, son irrémédiable altération. Les personnages de Kay sont conscients de cette fragilité.
Et s'ils ne le sont pas, le lecteur l’est pour eux. Dans ces romans plane toujours la menace de voir se défaire des équilibres magnifiques mais précaires. Cette dimension esthète, délicate, fait de Kay une anomalie dans le genre de la fantasy — un poète au milieu des soudards.

Cela ne veut pas dire qu'on ne trouve pas chez lui des scènes de épiques, des péripéties haletantes. Au contraire. Kay les maîtrise avec un brio sans égal. À la profondeur de ses personnages et des [mondes] qu'il restitue répond la complexité éblouissante — le raffinement, serait-on tenté de dire — de ses intrigues. Les retournements sont ménagés avec un art presque excessif. Un jeu de billard à trois bandes, là où les autres auteurs se contentent de coups directs. Qu'est-ce qui rend un roman captivant ? Cette grande question a donné lieu à un petit malentendu. L’imprévu serait la clé. On serait happé par l'histoire parce qu'elle surprend, croit-on parfois. En réalité, ce n'est pas seulement l'envie d'être surpris qui fait que l'on continue à lire, c'est aussi le contraire : l'espoir que se réalise ce qu'on attend (telle confrontation, telle révélation pressentie et désirée depuis longtemps). L’art du romancier consiste à mêler ces deux éléments, à étonner, mais aussi à préparer des moments attendus. Quitte, bien sûr, à leur faire prendre une tournure déconcertante. C'est ce qu'on comprend en lisant Guy Gavriel Kay, virtuose en la matière. À bien y réfléchir, Kay n'est peut-être pas vraiment un auteur de fantasy. Même s'il a commencé par une trilogie, La Tapisserie de Fionavar (parue entre 1984 et 1986), qui indubitablement relevait de ce genre et même de ce qu'on qualifie de high fantasy — celle qui, dans la lignée de Tolkien, met en scène un groupe de héros luttant dans un univers imaginaire contre les forces du mal. En l'occurrence, il s'agissait d'étudiants de Toronto (ville où Kay a lui-même fait ses études et où il vit), qui se retrouvaient propulsés dans le monde de Fionavar, où un dieu déchu et maléfique s'était libéré de ses chaînes. On y rencontrait des magiciens, des nains et même l'équivalent des elfes. Le paradoxe est qu'aujourd'hui encore beaucoup ne connaissent Kay qu'à cause de cette trilogie, qui reste son plus grand succès. Or c'est aussi l'un de ses livres les plus ratés. Une fresque indigeste, parfois ridicule, traversée il est vrai de morceaux de bravoure grandioses.

Sa voie, Guy Gavriel Kay l'a trouvée avec son ouvrage suivant, Tigane, paru en 1990. L’action s'y déroule dans la péninsule de la Palme, équivalent de l'Italie de la Renaissance. C'est un roman historique mais où les noms auraient été changés. Ils gardent les mêmes connotations mais sont inventés. Tout comme l'histoire.
Une formule nouvelle commence à prendre forme qui, dans un premier temps, déroute : les éditeurs de Kay refusent de publier cet ovni, qui trouve finalement preneur et connaît un beau succès. Malgré son cadre plus réaliste, la magie y tient encore une grande place.

Avec Une chanson pour Arbonne (1992), transposition cette fois de la Provence médiévale, Kay affine sa recette. Puis, en 1997, il publie Les Lions d'Al-Rassan, son chef-d'œuvre. La formule inaugurée dans Tigane y atteint un parfait point d'équilibre. Plus de magie ou presque. Nous sommes dans l'Espagne de la Reconquista, rebaptisée « Esperagne ». Les musulmans y sont appelés « Asharites » (du nom de leur prophète Ashar) et vénèrent les étoiles. Les chrétiens sont les « Jaddites » et vouent un culte au soleil. Quant aux « Kindath », qui représentent les juifs, ils sont les adorateurs des lunes (car il y en a deux, une blanche et une bleue). On y croise la médecin kindath Jehane Bet Ishak (les personnages féminins saillants constituent l'un des éléments récurrents des romans de Kay), le poète et guerrier asharite Ammar ibn Kairan et Rodrigo Belmonte, figure fortement inspirée du Cid.
Pourquoi ne pas simplement écrire un roman historique ? Kay a évoqué à plusieurs reprises le malaise qu'il éprouverait à faire endosser des attitudes et des pensées de son invention à des personnages réels. Un souci d'honnêteté, donc. Une façon surtout de libérer son imagination et de ne plus être prisonnier des faits. Les Lions d'Al-Rassan condensent en quelques mois ce qui se déroula en réalité sur des siècles. Le monde transposé de Kay autorise ce genre de dramatisation. Des entorses aussi par-fois à la vérité historique : dans Une chanson pour Arbonne, par exemple, la croisade contre les albigeois est repoussée...

Après la perfection des Lions d'Al-Rassan, Kay se cherche et s'enlise un peu. Son roman sur la Byzance du VIe siècle, La Mosaïque de Sarrance, se traîne sur deux tomes (parus en 1998 et 2000). C'est toujours aussi délicat, complexe, mais on s'ennuie. Et le finale —— éblouissant — ne vient pas complètement racheter ces inutiles longueurs. Le Dernier Rayon du soleil (2005) aurait pu être le contrepoids idéal : un roman plus ramassé où, pour une fois, Kay ne décrit pas un monde sur le point de disparaître mais une nation qui se construit (l'Angleterre d'Alfred le Grand). À cette innovation près, Kay n'y force néanmoins guère son talent. C'est un livre pour rien. Tout comme le suivant, Ysabel, le plus exécrable qu'il n’ait jamais écrit (et celui pourtant qui a reçu le prix Word Fantasy en 2008). Après plus de dix ans de productions plutôt décevantes, on aurait pu se demander si Guy Gavriel Kay n'était pas un auteur fini. Parus en 2010, Les Chevaux célestes ont prouvé le contraire. C'est son meilleur roman depuis Les Lions d'Al-Rassan. Et sa fausse suite, Le Fleuve céleste, lui est encore supérieure. Kay y explore des pistes inédites. Son intrigue s'étend non pas sur quelques mois ou une poignée d'années, comme dans ses romans précédents, mais sur des décennies. Que se serait-il passé si... ? Cette question a toujours obsédé Kay. Mais jamais il n'était parvenu à la thématiser aussi bien qu'ici, à plonger ainsi son lecteur dans le vertige des contingences humaines, à lui faire sentir avec une telle force les virtualités de l'histoire. Le destin du monde tient parfois à une rencontre qui aurait pu ne pas avoir lieu, à un ordre absurde, inique, auquel on décide malgré tout d'obéir...

La fantasy reste méprisée. Elle est pourtant l'héritière de l'épopée, qu'Aristote plaçait au-dessus de la tragédie et qui, pendant des millénaires, fut considérée comme le genre le plus prestigieux. Celui où s'exprimaient le mieux les sentiments les plus nobles, les forces sublimes dans lesquels des peuples entiers pouvaient se reconnaître. Quand on lit Le Fleuve céleste, cette filiation redevient tout d'un coup une évidence.
 
Baptiste Touverey - Books n°82
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Kay - Le Fleuve céleste - Les Vagabonds du rêve
Posté 03 avril 2017 -
Tout comme Les Chevaux célestes, ce nouvel ouvrage se situe lui aussi dans la lointaine Kitai. Mais plus tard, bien plus tard. Non au temps de sa splendeur, mais au tournant de son déclin, quand ce n’est plus la musique des Ming que l’on entend en sourdine, mais les échos mourants de la dynastie Song débordée par les barbares du Nord.
Point de mises à mort raffinées ici, que ce soit par la lame, le poison ou la poésie. Plutôt la force brutale, la ruse, la tromperie.
Ainsi en va-t-il de toutes les civilisations qu’elles croissent puis meurent dans tout l’éclat de leurs derniers feux.
Il y a de la magie dans l’écriture de Kay. Pas de celle qui déploie pouvoirs ou effets spectaculaires, dont il use avec grande parcimonie. Une vraie magie, invisible, qui vous transporte hors du temps pour mieux vous le faire vivre. Une façon de détourner l’histoire qui ne se contente pas de l’enseigner mais en fait pénétrer le sens. Et que dire de la poésie ?
Pas un de ses romans où cela ne se ressente et probablement davantage encore avec celui-ci.
Peut-être est-on plus lent à y entrer, car les personnages sont multiples et les chemins par lesquels ils se rejoindront détournés, on s’y prend toutefois plus fortement encore. Sans doute parce que l’histoire elle-même se double d’une réflexion poussée sur le pouvoir, sur ses liens avec l’art et, plus simplement, sur ces convictions intimes qui, aux moments-clefs de votre vie, vous font prendre une direction totalement imprévue ou vous ramènent au contraire sur le chemin premier.

Deux personnages de premier plan.
Le jeune Ren Dayan. Il ne rêve que de gloire, de reprendre aux barbares les « quatorze préfectures » perdues et de rendre à la Kitai toute la puissance et l’éclat d’antan.
C’est une chose que rêver mais, pour le jeune fils d’un petit fonctionnaire lettré d’une lointaine province, cela n’a rien d’évident. Surtout dans un pays qui a appris à se défier de son armée et lorsqu’un coup de pouce du destin semble vous propulser dans une tout autre direction, bien peu propice à une vie d’honneurs et de victoires.
Rien qui soit susceptible de le rapprocher de Lin Shan. fille unique qu’un père très aimant, avec une témérité inaccoutumée, a voulu élever en garçon, tout en veillant avec soin à lui choisir un fiancé qui n’en serait pas offusqué.
Ainsi sait-elle tirer à l’arc à une époque où les hommes de cour, eux-mêmes, n’ont plus goût à ces activités militaires démodées. Elle est également fort érudite et, si elle sait jouer du pipa avec grâce, compose ses propres poèmes et chansons.
Sa rencontre inopinée chez Xi Wengao, haut fonctionnaire en disgrâce, avec Lu Chen, célèbre poète sur la route de l’exil, fait partie de ces instants où le destin bascule.
Pour les individus. Et pour beaucoup plus qu’eux seuls. Car ce ne sont pas seulement les vies de Ren Dayan et de Lin Shan qui en seront bouleversées, mais celles de l’Empire kitan tout entier, depuis l’empereur et ses ministres jusqu’au plus obscur des petits fermiers dans les territoires confisqués par les Xiaolu. Et de tant d’autres !
L’auteur trace ici une fresque d’une telle ampleur – à la mesure de cet Empire – que tous les personnages, même ceux dits secondaires, nombreux, y prennent une intensité particulière qui attache le regard. Peut-être à la manière de ses longs rouleaux où la minutie du pinceau donne une vie propre à la moindre petite silhouette perdue en arrière-plan.
En s’inspirant ici librement, à sa manière si particulière, d’une célèbre poétesse et d’un non moins célèbre général chinois, si éloignés qu’ils nous soient dans le temps et l’espace, Kay nous permet de ressentir le souffle de l’histoire et, aussi, la nostalgie qui s’attache à toutes fins, fussent-elles celle d’une civilisation.
Un très grand auteur, sans doute un de mes préférés, et un très grand livre. À vrai dire, un splendide mémorial aux héros perdus d’un empire défunt. À lire ! Et de ceux que je relirai avec le même plaisir.
 Hélène Marchetto - Les Vagabonds du rêve
 
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Kay - Les Chevaux célestes - Tanuki No Monogatari
Posté 21 avril 2017 -
J’ai découvert ce livre via la très belle critique d’Albédo qui m’a convaincue de m’y intéresser. Et mes amis [quelle] claque, c’est un immense coup de cœur. Amatrice de romans historiques et de fantasy délicatement menée, ciel j’ai été plus que servie !

Moi qui n’ai aucun scrupule à lire en travers ou sauter des passages, j’ai dégusté ce roman mot à mot,  sans en sauter un ligne. C’est vous dire si l’écriture de Guy Gavriel Kay (que je ne connaissais pas) m’a enchantée.

Jeux d’alliance, tromperies et faux semblants, l’auteur nous happe dans un récit très dense. Plus qu’un livre historique/de fantasy classique, pleins de batailles pompeuses et héroico-héroïques, on navigue ici avec finesse d’affaires politique en affaires de famille.

Sans clichés, on suit Shen Tai, un fils de général, a qui une princesse offre 250 chevaux. 250 chevaux inestimables – tant par leur prix que par l’avantage tactique qu’ils représentent (imaginez recevoir 250 avions Rafale ! Il y a de quoi cristalliser les convoitises n’est ce pas ?).

Dans ce monde ni tout blanc ni tout noir, la dimension fantastique est elle légère et maîtrisée, plus mystique que grandiloquente. On croise au détour d’une ligne fantômes, femmes-renards, esprits des steppes – où est-ce là un effet de notre imagination ?

Mais pour moi le plus gros atout de des Chevaux célestes est son portrait historique prenant de la Chine des Tang.  Kay a travaillé son sujet et ça se sent. On en apprend beaucoup sur les coutumes, la philosophie et même la poésie de cette riche dynastie. Et point bonus pour moi, on découvre aussi  les peuples trop souvent oubliés de la route de la soie (Mongoles, Turkmènes, etc).

Malgré quelques défauts (dont un rythme un peu haché dans son dernier tiers), ce roman est une immense réussite. Pour preuve, après l’avoir lu en epub, je l’ai acheté en version papier -ce qui n’arrive pas tous les quatre matins 😉
 
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La route sera longue jusqu’à la capitale car le danger rode. Courtisanes aux œillades pleines de lames, poètes saouls et fidèles, et gardes du corps drapés de noir et de mystère, Les chevaux célestes est pour vous si :

    Vous aimez les grandes fresques chinoises, leurs redresseurs de torts et leurs complots servis par des personnages hauts en couleurs
    Vous cherchez un roman fleuve intelligent sachant détourner avec brio les clichés
    Vous aimer les récits qui prennent leur temps et se déploient avec élégance et finesse
 
Juliette - Tanuki no monogatari
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Kay - Le Fleuve céleste - Bifrost
Posté 21 juin 2017 -
Auteur aussi brillant que populaire, le canadien Guy Gavriel Kay est de nouveau réédité par les éditions l'Atalante deux ans après Les Chevaux célestes (in Bifrost 76),autre énorme pavé situé dans le même univers que le présent ouvrage. Cette fois, Le Fleuve céleste délaisse la IXe dynastie pour la XIIe et propulse le lecteur trois siècles plus tard, dans une Chine fantasmée, terreau fertile pour l'imagination fabuleuse et la plume élégante de l'écrivain. Comme à son habitude, Kay se sert d'une base historique solide – qu'il revendique légitimement – pour tisser une histoire ambitieuse, polyphonique et finalement grandiose. À la différence des Chevaux célestes, le lecteur n'entre plus dans un empire en pleine gloire, mais bien dans une Kitaï qui se meurt, qui décline. L'empereur n'est plus qu'un homme mal conseillé, étouffé par la cacophonie des clans conservateurs et progressistes. Le Fleuve céleste n'est pourtant pas qu'une histoire de cours et de nobles, mais bien celle de l'ascension d'un homme, un Robin des Bois à la sauce asiatique, qui finit par accomplir un fabuleux destin. Celui de résister, de briller et de se hisser au-dessus de la médiocrité de l'élite intellectuelle de l'époque. Rai Daiyan, personnage magnifique et flamboyant, s'avère encore plus réussi qu'un certain Shen Tai dont on se souvient pourtant avec émotion. A ses côtés naviguent des seconds rôles tout aussi réussis et passionnants, à commencer par Lin Shan, l'une de ces figures féminines dont Kay a le secret, et Zhao Ziji, ami et combattant plein de fougue et d'honneur.
Le Fleuve céleste arrive rapidement a surpasser son illustre aîné. D'abord parce que Kay semble n'avoir plus besoin d'introduire son univers, ensuite parce que les intrigues politiques et la dimension épique s'équilibrent avec une facilité évidente. Au-delà de ces atouts primordiaux, c'est aussi, et surtout, la beauté et l'exotisme de cet univers tiré de la Chine ancienne qui fait tout le charme du roman. Habitué a bâtir des univers depuis toujours, l'auteur canadien délivre ici une superbe toile de fond où la poésie, la calligraphie, les jardins et les mélodies de pipa deviennent autant d'éléments dépaysant mais aussi fascinants. On est tout de suite transporté par la plume de Kay, par l' intelligence de la construction de son récit et l'entrelacs de ses fils narratifs.
ll faut également rendre honneur à ce qu'explore Le Fleuve céleste au cours de ces 700 pages. Kay nous y parle de valeurs aujourd'hui désuètes, de courage, de résistance face à l'adversité mais également d'amour, de douceur, de beauté. Le Canadien nous raconte une époque qui entre en résonance avec la nôtre, tisse une toile mélancolique, à la fois sur la fin d'un empire de légende, mais aussi sur la disparition de figures humaines passionnantes. Le Fleuve céleste fait naître des
héros, jongle avec l'épique, la sauvagerie et l'intime. En effet, au-delà de cette fresque minutieuse, le roman sait s'immiscer dans la vie de ses personnages. Avec un talent sans cesse renouvelé, Kay nous convie a des petites destinées qui jalonneront le parcours des grandes figures historiques qu'il s'amuse à tordre pour bâtir son aventure. Le résultat n'en est que plus touchant.
Comme pour son prédécesseur, on pourrait ici pointer du doigt un certain défaut de répétition, la propension de Kay à répéter au lecteur des faits déjà énumérés auparavant – le non dégraissage d'une centaine de pages superflues. Mais en regard de l'immense réussite que constitue le résultat final, le lecteur oubliera très rapidement cet accroc récurrent chez l'auteur. Les amateurs de Kay seront ravis, les autres pourront en profiter pour découvrir une épopée grandiose – et se pencher tant qu'à faire sur le précédent volume.

Nicolas Winter - Bifrost n°86
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Kay - Les Chevaux célestes - Ombres Blanches
Posté 18 juillet 2017 -

Au cœur de la Chine

Guy Gavriel Kay aime bien l'Histoire. Après s'être intéressé dans d'autres romans à l'Italie médiévale, à l'Espagne de la Reconquista ou au règne de Justinien, il s'est attaqué à la Chine à l'ère de la dynastie Tang et notamment à l'épisode de la révolte d'An Lushan. Cet évènement lui sert de canevas pour y broder une épopée riche et documentée, forte de nombreux personnages réussis et désireuse de retranscrire la poésie et les légendes de cet âge d'or de l'Empire du Milieu. En nous glissant dans la peau de Shen Tai, jeune chinois catapulté au sein des évènements politiques et militaires de l'époque, ce texte, étiqueté « Fantasy » mais qui tient au final plus du récit historique romancé, réussit son pari de nous tenir en haleine sur plus de 600 pages.

Yoan - Ombres Blanches

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Kay - Le Fleuve Céleste - Albédo
Posté 18 août 2017 -

Le Fleuve Céleste – Guy Gavriel Kay

Et si magique.

L’Atalante

Ce roman de Guy Gavriel Kay fait suite aux Chevaux Célestes; 300 ans se sont écoulés depuis la fin des événements relatés alors, dans cette Kitaï directement inspirée de la Chine.

La guerre civile dont nous avons vécu les prémices dans le tome précédent laissa de profondes cicatrices dans le paysage asiatique. La Kitaï a peur de ses généraux et préfère désormais perdre du terrain face aux redoutables Cavaliers des Steppes plutôt que de s’exposer à une lutte fratricide. Les empereurs précédents choisirent d’abandonner une partie de leur territoires, une bande pourtant symbolique : les Quatorze préfectures bordant la limite nord du pays.

La situation n’est pas du goût de Ren Daiyan qui rêve de restituer toute sa splendeur à l’Empire.  De l’autre côté du spectre, nous trouvons Lin Shan, cultivée, unique qui enchante la cour de l’Empereur Wenzong. Leur destin est lié.

Le roman est composé de cinq parties et ce découpage savamment orchestré conduit inexorablement à la chute de la dynastie Song. Telle une onde harmonique, chacune amplifie cette sensation d’inéluctable. D’ailleurs, le son persistant et grave d’un immense gong résonne et semble persister à la fin de chacune d’entre elles.

Cette fantasy historique patiemment élaborée et richement documentée est typique de notre auteur.  A travers le destin des deux protagonistes principaux le lecteur prend contact avec cet empire surprenant et puissant.

Ainsi, d’un côté trouvons-nous un soldat  impliqué dans l’action, et de l’autre une femme de lettre et de l’art qui subit. Les deux faces d’une même pièce, opposées tout en étant liée. Ce double point de vue est primordial dans la saveur qui se dégage du roman de Kay.

Effectivement comment comprendre et accepter qu’une nation si puissante, si riche de ressources, de moyens et d’hommes se laissent presque volontairement malmenée par les barbares (Mongols) de la steppe?

Goooong!

Ren Daiyan et le lecteur se rebellent contre cette résignation, contre cet abandon déloyal. Nous découvrons ainsi un jeune homme, fils d’un archiviste dans une province septentrionale qui rêve de revanche mais surtout d’arracher les Quatorze Préfectures des mains des barbares.  Il est certain de sa destiné ainsi que de la pureté de sa mission et mettra tout œuvre pour réaliser cette prouesse. Tout au long de son parcours, le lecteur est invité à découvrir la Kitaï provinciale, paysanne, loin des yeux de la Cour et des puissants. Des petites gens, simples, vivant parfois dans le dénuement, sensibles aux accidents de la vie (famines, guerres et rebellions), savourant la paix, fidèles à leurs croyances ancestrales et animistes.

Pour tout ce peuple, l’attitude des dirigeants est incompréhensible, et la perte des territoires du Nord demeure une source de honte. C’est dans cette population, bercé dans ces espoirs et cette blessure que le jeune homme va mûrir, grandir et se forger. Aux moments clés, c’est aussi parmi eux qu’il trouvera un soutien sans faille. L’action sera au rendez-vous avec chacune de ses apparitions, parfois pour une simple escarmouche, une infiltration en territoire ennemi ou une bataille d’envergure, quelques fois aussi pour la bagatelle…

Gooooooong!

A l’opposé, Lin Shan apporte une vision tout à fait différente sur la nature même de la Kitaï. Certes, nettement plus contemplative, mais pas moins puissante et robuste. C’est à travers elle que nous nous apercevons de sa résilience, qualité indispensable et fondatrice de son éternité. Les nations barbares la balayeront sans doute, la brutaliseront certainement, mais tandis qu’elles passeront, la Kitaï demeurera. En effet, la force d’une telle nation n’est point dans la brutalité, ni dans l’affrontement des hommes, mais dans ses arts, dans son esprit, dans son âme.

Avec Lin Shan, le lecteur se familiarise avec son aspect le plus doux, mais également le plus redoutable. La culture Kitaï est sophistiquée, élégante, nuancée et complexe,  son influence a traversé et continue de traverser les siècles et les frontières. L’auteur prend le temps de construire cette ambiance particulière, immatérielle et de retranscrire cette aptitude à la contemplation. Certes, Lin Shan n’en est pas la seule actrice puisque nous suivons un illustre poète banni accompagné par son fils, et l’oncle de ce dernier qui aura une mission d’ambassade auprès des barbares du Nord.

L’auteur évite de tomber dans un faux rythme, ou de mettre le lecteur sur la touche, car Guy Gavriel Kay utilise le présent de l’indicatif lors de chaque passage avec Lin Shan. Ceci permet de nous propulser habilement au cœur de l’histoire, au tout premier rang. Aussi, vit-on les moments pleinement et perçoit-on davantage de dynamisme,  contrant ainsi la langueur du contemplatif.

Gooooooooooong!

Je rassure le lecteur, nous sommes bien dans de la fantasy et des éléments propres à ce genre sont bien présents, notamment avec des esprits, des femmes-renards (daji), et surtout avec des idéogrammes très particuliers… Il est toutefois inutile d’attendre de spectaculaires batailles magiques avec des sorts plus visuels et impressionnants les uns que les autres. Tout est dans l’ambiance, l’histoire et les personnages savoureux.

Question rythme, nous sommes dans la continuité Des Chevaux célestes, il est donc posé, travaillé et se fond parfaitement avec l’idée que je me fais de la Chine, à la fois douce et implacable. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu le tome précédent pour s’attaquer au Fleuve Céleste, cependant quelques petits clins d’œil parsèment l’histoire et sont appréciables en ayant goûté à l’histoire précédente (une référence aux 250 chevaux, une femme à la chevelure rousse, les vers d’un poète,….). Tout n’est pas parfait : quelques redondances et répétitions sont parfois ennuyeuses.

Goooooooooooong!

Le Fleuve Céleste s’inscrit parfaitement dans la continuité du tome précédent sur la Chine éternelle. L’auteur nous plonge au cœur de cet immense pays avec douceur, pour nous faire palpiter à l’unisson de personnages captivants. Un incontournable de la fantasy historique, un démenti éblouissant sur l’inanité du genre.

Lutin82
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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Elbakin
Posté 19 septembre 2017 -

Les éditions L’Atalante ont ressorti le roman en août 2017 avec une nouvelle maquette/couverture. 

Depuis l’assassinat, quinze ans auparavant, du dernier khalife, l’empire d’Al-Rassan est éclaté en cités-états rivales. Dans ce climat troublé, la discorde règne, et inlassablement se querellent asharites, adorateurs des étoiles d’Ashar, kindaths et jaddites, les fils du Dieu-soleil Jad. Il est cependant une menace plus grande encore qui pèse sur le royaume : au nord, les anciens monarques d’Espéragne semblent s’organiser pour lancer une guerre sainte de reconquête. C’est dans ce contexte instable que trois destinées d’exception vont se croiser. Trois êtres que tout oppose : Rodrigo Belmonte, le prestigieux chef de guerre jaddite, Jehane brillant médecin kindhat, et Ammar Ibn Khairan, le poète asharite, celui-là même qui jadis assassina le khalife…

Critique

Ce roman de Guy Gavriel Kay fut vraiment une très belle surprise pour tous ceux qui ne disposaient pas d’atome crochus avec ses précédents héros. Bien loin du monde de La Tapisserie de Fionavar, l’auteur se retrouve pour ainsi dire à l’opposé des influences de Tolkien sur son travail. Sa vision d’un pays imaginaire qui rappelle néanmoins fortement l’Espagne d’avant la Reconquista est tout simplement inspirée.
Kay nous promène à travers ses terres enchanteresses, ou l’harmonie et la tolérance qui ont fait leur force sont en train de se disloquer, à l’image du pouvoir. En suivant ces trois héros à la lourde destinée, il emprisonne sans échappatoire le lecteur, contraint de suivre la sourde agonie d’une époque, car c’est bel et bien cela qui se joue au fil des pages. Une période de paix et de prospérité inexorablement révolue.
Kay parvient à plusieurs reprises à tutoyer le sublime, tout en démontrant de façon magistrale qu’il n’y a forcément besoin de magiciens, de créatures fantasmagoriques, ou bien encore d’une incarnation du Mal pour faire de la bonne Fantasy, et tout simplement de la très bonne littérature. Un contre-pied total après le classicisme exacerbé de la Tapisserie. Autre qualité de cet admirable livre, de part un contexte qui se rapproche suffisamment de bons nombres de bases historiques, ou pour le moins s’en inspire, il peut être considéré comme un choix de premier ordre pour mettre un pied novice dans la Fantasy.
Prétendre que l’on quitte un livre à regret est certes un peu convenu, mais tout à fait justifié dans le cas de celui-ci.

8.5/10

Par Gillossen , le 08/04/2001

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Kay - Tigane - CourrierFrançais
Posté 28 septembre 2017 -

Tigane, de Guy Gavriel Kay. Gigantesque ! Avec La Chanson d'Arbonne, paru l'an dernier chez L'Atalante, on avait découvert Guy Gavriel Kay, Canadien de Toronto, l'espace d'un ouvrage magique, inclassable et pleinement abouti, un roman de "fantasy", épique et foisonnant, où la province d'Arbonne n'était autre que la Provence, à l'époque médiévale.

Tigane, plus long, plus ambitieux encore (bien qu'antérieur), apparaît comme le chef-d'oeuvre démesuré de l'auteur, une fresque haute en couleur contant la libération de la péninsule de la Palme (c'est-à-dire l'Italie, au temps de la Renaissance) des despotes et maîtres sorciers qui l'écrasent. Un très beau roman d'aventure, des personnages à l'épaisseur remarquable, une écriture juste, poétique et puissante, pleinement servie par la belle traduction de Corinne Faure-Georges : bref, un ouvrage d'exception.

Christian Robin, 28 août 1998.

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Kay - Les lions d'Al-Rassan - albédo
Posté 25 août 2017 -

Les Lions d’Al-Rassan se rattache presque à un pur roman historique. Presque. Une des caractéristiques signatures de Guy Gavriel Kay consiste à s’inspirer fortement d’un pays et d’une période de l’Histoire réelle et de la propulser dans un monde légèrement retouché.

Les Chevaux Célestes et Le Fleuve Céleste  proposent une immersion de toute beauté dans une Kitaï enivrante, réplique de la Chine des XIII° et XVI° siècle, alors qu’avec le présent roman, l’Espagne de la Reconquista est à l’honneur. Une autre caractéristique fondamentale de l’auteur canadien réside dans le soin apporté à cette retranscription historique et dans son travail de documentation en amont pour créer tout monde et une culture proches de la référence choisie.

Ainsi, les romans de Guy Gavriel Kay possèdent une saveur particulière si ce n’est unique, proche de récits historiques sans en être totalement. L’auteur respecte trop les acteurs des épopées célèbres pour les détourner et les faire vivre sous sa plume. Cette réserve nous offre ainsi des fantasy historiques palpitantes et envoûtantes à l’image des Lions d’Al-Rassan.

En effet, malgré la fidélité à l’Espagne du XI° siècle, il s’agit bien d’un roman de fantasy et non pas d’un simple roman historique transposé dans un pays imaginaire. Une touche légère paranormale avec un enfant doté de prémonitions s’assure d’ores et déjà de cette classification. Mais c’est surtout dans l’Espéragne (cf Espagne) de Kay, les deux lunes bleue et blanche- prenant possession de la nuit – qui font définitivement basculer le récit.  La présence de ce deuxième satellite n’est pas juste pour embellir le décor, la paire d’astres nocturnes influence sensiblement toute une culture, et joue un rôle majeur sur la psychologie collective du peuple kandith, les Errants (les juifs).

L’histoire proposée se déroule un quinzaine d’années après la chute du califat de Silvénes (pour nous, le califat de Cordoue). L’Espéragne se trouve divisé en quatre parties l’Al-Rassan (Al-Andalus) qui regroupe les divers royaumes asharites (musulmans), ainsi que le Ruende (Royaume de Leon), le Valledo (la Castille) et la Jalogne (la Catalogne élargie) gouvernés par des rois jaddites (chrétiens).

Les trois confessions connaissent des frictions et des tensions, mais sous l’Âge d’Or du califat, les peuples vivent dans une paix et même une sérénité relatives. L’Al-Rassan est sous domination asharite, et ceux-ci s’accommodent des deux autres religions. Il n’y a pas de conversions forcées, pour autant une certaine incitation existe, puisque les non-asharites doivent verser une taxe/impôt supplémentaire qu’ils soient jaddites ou kandith. Cependant, les élites et les personnes ouvertes font fi de ces différences à l’image du roi Badir et de son premier conseiller Mazur. Depuis longtemps, le souverain asharite de Ragosa (Saragosse) s’est associé avec  un kandith qui le « seconde »!

« Il y avait un monde à créer en Espéragne, en Al-Rassan, un monde fait de la rencontre des deux univers ou peut-être, si l’on voulait rêver de trois. Le Soleil, les étoiles et les lunes. »

La différence principale entre ces religions tient à la primauté accordée aux deux lunes par le peuple Errant, au soleil par les tenants de Jad (qui fut leur prophète ) et aux étoiles par les fidèles d’Ashar (le prophéte)… Évidemment, il y a d’autres variations culturelles, et des interdictions imposées, cependant elles s’axent sur cette trinité céleste. La subtilité et l’élégance de l’auteur est évidente dans ce choix de »totem » divin, et il enrichit le tout avec un background qui leur est propre.Cela s’illustre notamment avec les asahrites dont la religion est née dans le désert, qui se sont orientés grâce aux étoiles, et qui craignaient l’ardeur potentiellement mortelle du soleil…. ils entretiennent une relation unique avec l’eau et les étoiles bien évidemment, et ont une certaine méfiance vis à vis du soleil.

GG Kay parvient à construire un monde arabisant qui possède un parfum unique, et des fondations solides, tout en ce dissociant de la période historique choisie. Sa créativité  se ressent dans l’élaboration et l’illustration de ces trois religions, et surtout dans le background psychologique sur lequel elles s’appuient. Kay nous offre un monde parallèle au notre, tout aussi complexe et savoureux. S’immerger dans cet Al-Rassan, c’est comme franchir un portail et plonger directement dans un monde coloré, puissant et épicé.

La crédibilité de cet univers n’est pas le seul point fort du roman. L’intrigue qui retrace le début de la Reconquista espagnole avec en trame de fond la Première Croisade de Godefroy de Bouillon (en 1095) en reprend les éléments majeurs. Celle du roman aura son impact sur les événements se déroulant en Al-Rassan, mais, ce sont des destins individuels qui nous occupent essentiellement et qui nous feront vibrer.

Nous y suivons Jehane bet Ishak, une femme médecin kindath qui a hérité la passion de son père, un praticien réputé dans toute l’Espéragne. Nous faisons sa connaissance à Fezana le Jour de la Douve; date qui va bouleverser son avenir. Je n’en dirai pas davantage car l’auteur s’est échiné pour entretenir le suspens, alors je ne vais pas vendre la mèche… Sachez simplement qu’elle rencontre un personnage célèbre, dont la réputation est ambiguë, Ammar Ibn Khairan, poète, soldat et diplomate; et l’assassin du dernier calife de Silvénes (Cordoue) à Al-Fontina…

Un grande partie du roman se jouera à travers son regard. Nous découvrons une femme passionnée par son métier, en recherche constante de perfection. Malgré la réputation de son père, elle ne vit pas dans son ombre et ne cherchera pas à rivaliser avec lui, mais surtout à s’accomplir en tant que professionnelle et femme. D’un caractére affirmé, les pieds sur terre, quelques introspections nous livrent ses états d’âme, ses peurs, ses fragilités, et ses petites faiblesses. Elle est un compagnon de route parfait pour guider le lecteur à travers cette captivante épopée.

Un duo masculin est au cœur du récit, Ammar d’une part, et Rodrigo Belmonte d’autre part, un capitaine du Valledo qui n’est autre que le Cid (oui, celui de Corneille aussi!) personnage historique de la Reconquista. L’auteur s’est également inspiré d’un poète de l’époque pour son personnage d’Ammar, mais je doute qu’il s’agisse d’un assassin et d’un ca’id.

Guy Gavriel Kay construit l’asharite tout en ambiguïté et en charme. Outre ses talents de bretteur, le diplomate s’avère aussi habile à charmer les gens par ses mots, que sa main  l’est à infliger mort et blessures à l’arme blanche. Le poète en lui n’est jamais bien loin, et porte en lui un spleen prémonitoire pour sa péninsule. La place de la poésie et des arts est toujours aussi importante dans l’œuvre de Kay, à la fois pour enrichir le cadre et le worlbuiding, mais aussi en tant « qu’acteurs » dans les événements et la psychologie des personnages. A signaler : Ammar est un proche du roi de Cartada, et se trouve aux côté de son fils hériter à Fezana.

Le lecteur pourrait croire qu’une opposition de fait est programmée avec le Cid, Rodrigo Belmonte (qui a conservé son prénom), surtout que le Capitaine est à l’opposé du spectre asharite. C’est assez cocasse d’ailleurs, car Ammar est un personnage billant, resplendissant, tout en verve, alors que Rodrigo fils du Soleil est au contraire d’un tempérament calme, presque taciturne, peu disert, et dans l’efficacité.

La rencontre de  ces deux géants va effectivement faire des étincelles : deux âmes qui se reconnaissent comme des frères au premier coup d’oeil. Le trio multi-confessionnel va ainsi vivre une épopée vivifiante, qui emporte le lecteur sur son passage, mais à l’image du spleen habitant le poète, le drame se devine alors que la Reconquista se profile, et ses déchirantes divisions de loyauté.

C’est prenant, c’est émouvant, c’est magnifique, et finalement triste. Chapeau à Guy Gavriel Kay de nous faire vibrer avec tant de maestria.

Toute la créativité de l’auteur est alliée à un gros travail de documentation et mis en valeur par une plume soignée et réfléchie. L’écriture n’est pas « égale » d’un bout à l’autre du récit, Kay joue sur les variations, avec une rythmique qui évolue en fonction des passages et des protagonistes. Lors dune scènes d’action, les phrases sont plutôt brèves, lors d’une introspection, c’est plus long, plus « plat ». Les passages nostalgiques sont rendus avec un choix de mots et de musicalité plus langoureux,… Il est dommage que la traduction, pas mauvaise au demeurant, ne lui rende pas entièrement justice.

Le rythme est lent, surtout lors des cent premières pages, et cela risque de surprendre plus d’un lecteur découvrant l’auteur. Mais, lent ne rime pas avec ennui…

Il y a peu de temps, Céres et Vesta de Greg Egan abordait aussi une des thématiques présentes dans Les Lions d’Al-Rassan : la ségrégation.  Ici, elle vous est servi avec une belle élégance et subtilité. Nous pouvons apprécier également ces immenses qualités dans le traitement de l’épineux sujet des religions, à la fois si proches et si éloignées, qui déchaînent des passions parfois incompréhensibles.

 

Magnifique roman de fantasy historique qui nous emporte dans un Al-Rassan sur fond de Reconquista. L’histoire proposée nous fait vibrer au diapason de personnages captivants, attachants et émouvants. Le tout n’est pas dépourvu de fond, et se révèle un plaidoyer tout en sensibilité sur l’ouverture d’esprit. Un splendide rugissement.

En conclusion : j’ai été conquise! (Pavé de 600 pages lu en 2 jours).

albdoblog

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Kay - Les lions d'Al-Rassan - Babélio
Posté 29 septembre 2017 -

Je connaissais la réputation de Guy Gavriel Kay pour la reproduction de grandes périodes médiévales dans des univers qui n'ont guère de fantasy que les noms différents des lieux et des gens. J'attendais depuis longtemps cette réédition des Lions d'Al-Rassan tant elle m'avait été vantée.
L'auteur s'inspire ici d'Al-Andalus, l'un de ces rares lieux où des groupes d'hommes et de femmes aux religions différentes sont parvenues à vivre ensemble, à échanger autre chose que des coups d'épée, et à produire une culture fine et originale. Tout n'est pas parfait en Al-Rassan bien sûr, la méfiance entre communautés existe, les Asharites (musulmans) sont officiellement les ennemis des Jaddites (chrétiens) et tout ce monde méprise les Kindaths (juifs). Mais certains individus sont capables de passer outre, de franchir le fossé, de donner et de recevoir. Ces individus sont tolérants, à l'opposé du fanatisme religieux. Ils aiment rire, ils aiment la poésie et la vie. Ils peuvent être généraux, médecins ou prostituée.

Ce sont certains de ces individus que l'on accompagne sur leurs routes. Ammar le poète et soldat asharite, Rodrigo le jaddite qui fait tellement penser au Cid, Jehane la femme médecin kindath qui pourrait être la fille de Maïmonide, et bien d'autres. le roman est choral, nous donnant l'occasion de pénétrer profondément la psychologie de chacun (pour certains plus que pour d'autres). On s'attache rapidement à eux, profondément, trop.
Le premier plaisir est d'essayer de retrouver notre géographie – ce fleuve, est-ce le Guadalquivir ? cette ville est-elle Cordoue ? cette chaîne de montagne accole la Sierra Nevada aux Pyrénées dirait-on – de retrouver l'Histoire – cette partie retrace-t-elle les débuts de la première croisade ? cette bataille est-elle l'une de celles opposant royaumes chrétiens espagnols et Almoravides ? – Guy Gavriel Kay a un peu simplifié, supprimé les traits non nécessaires, mais il a conservé l'essentiel. Il a gardé beaucoup.

Je ne suis en général pas si sensible au rythme d'une histoire. Ici j'ai eu l'impression d'écouter une symphonie. Une partie d'installation alternant les moments drôles (et même digne du théâtre de comédie) et les moments tragiques, histoire de présenter tout le monde. Une suite qui concentre les héros principaux dans la ville de Ragosa (je penche pour Saragosse) gouvernée par un roi asharite éclairé et un chancelier kindath rusé. Rencontres, admiration, amour. de belles scènes de tactique militaire, beaucoup de scènes amusantes, un carnaval où l'on cherche qui est qui.
Puis le fanatisme religieux dont on entend l'écho lointain, qui installe une longue période de malaise dans le livre, l'intuition que l'on arrive à la fin d'une époque bénie.
Et l'explosion de l'orage.

Les moments dramatiques se succèdent alors, chacun plus énorme que le précédent. J'ai ralenti le rythme de lecture tellement j'étais saturé de sensations à chaque page. Dieu que Gavriel Kay sait bien faire passer l'émotion ressentie par ses personnages. Quel théâtre il nous offre ! Inoubliable.

Puis est arrivé la partie que je n'aurais jamais voulu que l'auteur écrive. Tout mon être s'est hérissé à cette idée. Je ne voulais pas lire cela. Tant que je l'ai pu, j'ai maintenu dans mon esprit deux versions parallèles de l'histoire. Je ne voulais choisir.
Et l'auteur a fait son choix, nous laissant dans l'ignorance jusqu'aux dernières pages. Il cherchait à nous épargner sans doute. La tristesse n'en a été que plus forte à la fin. Mais c'était inéluctable. Al-Andalus était merveilleux, mais Al-Andalus a fini.
De même Al-Rassan.
Al-Rassan entre dans la légende.

Dans cette histoire, on nous dit que les Lions sont les rois des divers pays d'Al-Rassan. C'est une erreur. Les Lions se nomment Ammar, Rodrigo, Jéhane, Alvar ou Mazur.
J'espère rêver encore de les voir venir s'abreuver à la rivière au crépuscule.

Relax 67, Babelio

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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - yoassarian
Posté 05 octobre 2017 -

Avec cette énième réédition Des lions d’Al-Rassan chez l’Atalante, voici l’occasion de lire l’une des œuvres les plus fortes et personnelles de Guy Gavriel Kay, à mille lieues du laborieux cycle de « La tapisserie de Fionavar ». Attention, chef-d’œuvre !

« Les pas des hommes sont autant de traces dans le désert. Rien n’est destiné à durer sous l’orbe des lunes. Même le soleil se couche. »

Trois peuples, trois religions cohabitent dans l’ancienne Espéragne. Au Nord, les royaumes désunis des Jaddites, adorateurs du soleil, se disputent la suprématie sur la péninsule, cherchant à reconquérir leurs terres perdues du Sud. En ce lieu, l’empire d’Al-Rassan a éclaté, déchiré entre plusieurs cités-États, contraignant les asharites, fidèles aux étoiles venus du désert, à payer un tribut au Nord pour acheter la paix. Enfin, honnis de tous et pourtant indispensables, les Kindaths, éternels errants vénérant les deux lunes, s’accommodent des sursauts de l’Histoire, tout en restant conscient que « où que souffle le vent, il pleuvra sur les Kindaths. »

Mais, le délicat équilibre prévalant depuis des décennies s’apprête à éclater, entraînant dans ses soubresauts les destins de trois personnages. Celui de Rodrigo Belmonte, LE Capitaine à la réputation de droiture et de vaillance, celui de Ammar Ibn Khairan, poète, diplomate, soldat et assassin du dernier calife d’Al-Rassan, et celui de Jehane, Kindath et médecin réputée.

Après l’Italie de la Renaissance (Tigane), la Provence médiévale du fin amor (La chanson d’Arbonne), c’est au tour de l’Espagne de l’Al Andalus d’être mise en scène de manière détournée par le truchement de la fantasy de Guy Gavriel Kay. Ici, point de créatures merveilleuses ou horrifiantes ni de magie de pacotille, juste des faits d’inspiration historique dans leur cruel et inexorable déroulement. L’auteur canadien tisse ainsi une tapisserie empreinte de mélancolie, prenant pour trame l’histoire de l’Espagne et pour intrigue les destins individuels de quelques personnages fictifs.

Réécriture du mythe du Cid et de la Reconquista, Les Lions d’Al-Rassan oppose un Occident et un Orient alternatif pour en retenir l’universalité du propos et le caractère épique. On vibre ainsi pendant les batailles, on s’enthousiasme pour le cosmopolitisme et la tolérance, on enrage devant la peur, l’ignorance qui stimulent la bassesse et la haine jusque dans le cœur des plus purs (envolée lyrique n°3544). Bref, on se laisse aller, sans succomber à cette éreintante conception manichéenne colportée par de nombreux romans de fantasy.

En conclusion, Les lions d’Al-Rassan montre de manière magistrale, il y en a besoin actuellement, qu’il existe une autre façon de faire de la fantasy et qu’il est possible de réenchanter l’Histoire.

 

Yoassarian

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Kay - Tigane - yossarian
Posté 09 octobre 2017 -

L’Histoire reste une source inépuisable d’inspiration quoi qu’en disent les idéologues sur sa prétendue fin. Les littératures de l’Imaginaire, en particulier la fantasy, en sont une manifestation indéniable. Steampunk, uchronie, anticipation (parce qu’elle cherche à prédire l’Histoire)… On ne compte plus les auteurs qui puisent ouvertement ou non dans ce patrimoine commun de l’Humanité. Guy Gavriel Kay s’inscrit dans cette veine, nous proposant avec Tigane un roman qui lorgne très clairement vers la péninsule italienne, aux alentours de la Renaissance.

« Tigane, que le souvenir que j’ai de toi soit comme une épée dans mon âme. »

A l’instar de l’Italie du XVe siècle, la péninsule de la Palme est partagée en provinces attachées à leur liberté et à leur indépendance. Une culture brillante s’appuyant sur le commerce des cités marchandes et la politique de princes agissant en mécènes s’est développée attirant la convoitise de ses voisins, l’Empire de Barbadior et le royaume d’Ygrath.

Comme sa copie historique, la Palme a subit l’invasion et l’infamie d’une occupation tyrannique. Le roman s’ouvre d’ailleurs par la défaite de la Tigane, la plus fière des neuf provinces qui a refusé en dépit de tout de s’incliner devant l’envahisseur. Comme Carthage, la Tigane doit être détruite car sa résistance a entraîné la mort du fils préféré du roi d’Ygrath et, comme celui-ci est magicien, il choisit de parachever sa vengeance en effaçant de la mémoire et de l’Histoire l’existence même de cette province. Désormais, c’est non seulement pour leur liberté que luttent les rescapés de la Tigane mais également pour leur identité.

Au-delà de l’intrigue dramatique, Tigane se révèle un roman habile autour de la mémoire. Il nous permet de comprendre qu’une civilisation ne se définit pas uniquement par sa puissance matérielle, mais également par l’image qu’elle transmet aux autres et par le rayonnement de ses réalisations passées. Même si le récit peut sembler un peu paresseux, la chute inattendue compense largement l’attente du lecteur.

Yossarian

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Kay - La Chanson d'Arbonne - Ozone
Posté 10 octobre 2017 -

Elle est là, la Fantasy de qualité dont on vous parle si souvent... Elle est bien là, même sans dragons, sans elfes et sans démons. Car la Fantasy, enfin, la littérature, elle est là pour conter la vie, la nôtre, même sous d'autres cieux, sur d'autres planètes ou à d'autres époques.

Le roman n'est pas là pour dispenser les derniers progrès de la science : dieu merci, il y a des revues et des universités pour cela. La littérature est là pour nous divertir, nous émouvoir, et nous donner quelques jolies plumes prêtes-à-porter pour les petites ailes de notre imaginaire ! Ceux qui oublient cela pour se complaire dans une quête intellectuelle masturbatoire nous fatiguent et sont dangereux : ils écartent le lecteur du plaisir de lire.

Heureusement, Guy Gavriel Kay n'est pas venu nous faire la leçon, mais bien nous offrir un merveilleux voyage, plein de vérité, comme un cadeau personnel qui nous touche si profondément qu'on croirait qu'il nous est entièrement dédié : un miroir rassurant, où se réflechissent nos doutes, nos craintes, et notre amour sauvage pour nos petits bouts de vie.

On se souvient des courts d'Amor présidées par la voyeuse Marie de Champagne où le courtois chevalier se faisait troubadour afin d'enlever sa domina. Lors, la société s'étirait et se soumettait au bon vouloir de vers et de pieds où les multiples topos tournaient autours de la conquête. Qui pourrait donc oublier Richard dit Coeur de Lion, le roi troubadour, brutal et sauvage monarque à la langue pourtant déliée et charmeuse. Déjà politique et chant étaient mêlés. Kay connaît bien son Histoire et l'importance du lyrisme dans le conte et la tradition orale. Il n'est pas non plus sans savoir que la magie peut naître du chant : psalmodie, incantation, hypnose, possession, sabat, rites en tous genres.

Or, au pays d'Arbonne, tous les troubadours sont rois. Car telle est la puissance de la chanson : elle ne se contente plus d'adoucir les moeurs, elle les façonne selon le bon désir des poètes rois, et soulève des murmures qui deviennent révoltes et renversent les trônes. Un nouveau pouvoir au milieu du conflit habituel de la raison, de l'esprit, du mythe et de l'envie, intérêts entre lesquels navigue Blaise du Gorhaut, fuyant le roi son père et la barbarie du royaume qui aurait dû lui revenir. Blaise est un héros sombre, fils désabusé mais brillant, homme de combat qui cherche l'oubli dans une forme de guerre incessante : il devient mercenaire.

Du Gorhaut à Tavernel, en passant par l'île de Rian, Blaise voyage avec son histoire, qu'il croit pouvoir garder secrète, et découvre en chemin les guerres et les intrigues d'un monde où les marionnettistes politiques parlent de l'avenir au présent. Mais l'amour, toujours, pèse plus lourd que tous les autres sentiments.

C'est donc une fuite, celle de l'homme devant la fatalité des traditions, et celle de l'histoire, parallèle, uchronique. Car si Arbonne n'est pas une contrée de la France médiévale, elle aurait pu l'être. Kay n'est pas seulement un romancier exceptionnel, il est aussi un passionné d'histoire qui se documente pour chaque nouveau livre : il n'y a pas de meilleur mensonge que celui maquillé de vérité, il n'y a pas de meilleure fiction que celle qui s'installe dans un univers si précis, plausible ou détaillé qu'on en oublie qu'on rêve...

Et la magie ? Mais la magie n'est pas une énorme boule de feu qui s'échappe des doigts du sorcier pour enflammer les orcs, non ; elle est un voile opaque, presque invisible, comme un sixième sens qui se dissipe à mesure qu'on s'éloigne de l'île de la déesse. Comment, cela vous rappelle quelque chose ? Avalaon, peut-être ? Ce roman de Kay n'est d'ailleurs pas si loin que ça de la trilogie arthurienne de Marion Zimmer Bradley. Les moeurs y sont peints avec la même passion, les clichés vulgaires de la Fantasy y sont aussi habilement détournés, mais le voile romantique est levé : c'est la patte de Guy Gavriel Kay, qui raconte les hommes comme ils sont, qu'ils soient parfumés ou puants de sueur, affublés pour la fête ou nus près d'une femme. Il y a dans La Chanson d'Arbonne ce qu'il doit y avoir dans un bon roman, ce qu'il y a dans Dune ou dans Hypérion : un miroir si juste où la grandeur de l'histoire sait éveiller notre humaine émotion. Une poignée d'hommes qui avancent dans l'Histoire et comme nous vers la mort ; et avec eux nous souffrons, avec eux nous pleurons, avec eux nous sursautons. Alors après, qu'il y ait spéculation, uchronie, boulons ou dragons : on s'en moque, ce ne sont que des appâts pour exciter l'imaginaire - et cela marche mieux avec certains qu'avec dautres. Que le mystère soit un monstre, un ordinateur, une déesse ou un Gritche, que l'on ait découvert ou non le secret du voyage dans l'espace, que le héros pilote un vaisseau, un voiture ou un cheval, qu'il cuisine au beurre ou à la margarine, l'amour, la politique, la peur, l'inconnu et la mort, eux, ne changent jamais, et ce sont eux qui font les bons romans. Il faudrait être fou pour dépenser plus.

Henri Loevenbruck, janvier/mars 1998. 

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Kay - Tigane - Les chroniques d'ailleurs
Posté 10 octobre 2017 -

Après le somptueux Les conjurés de Florence de Paul McAuley, l'Italie de la Renaissance revient au firmament des oeuvres littéraires avec ce nouveau roman magistral du désormais célèbre canadien de Toronto. Imaginez un roi sorcier (Brandin d'Ygrath) qui décide de profiter des dissensions minant les provinces états de la péninsule de Palme pour conquérir ce vaste et riche territoire. La terrible bataille de la Dreisa marque le triomphe des troupes de sorcellerie. Mais loin de savourer sa victoire, Brandin hurle sa douleur, car il a perdu son fils lors du siège de la province de Tigane. Fou de rage il raye celle-ci de la carte et interdit même de prononcer son nom. A travers tout un entrelacs d'intrigues politiques, d'affrontements complexes et de péripéties soigneusement structurées, le lecteur va assister aux efforts d'Alessan, le dernier prince de Tigane, et d'une poignée de compagnons, afin de reconquérir son trône désormais en possession de Brandin et du tyran Alberico de Barbadior. Un livre où l'on s'engloutit avec ravissement à la suite de personnages qui perdent l'habituelle potentialité manichéenne de nombreux ouvrages de fantasy au profit d'une dimension beaucoup plus humaine en faisant des êtres bien plus accessibles capables de prodiguer un enchantement d'émotions. A vous donc désormais de les partager.

Les Chroniques d'ailleurs, avril/mai/juin 1998. 

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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Science et vie junior
Posté 10 octobre 2017 -

Qui est Ammar ibn Khairan ? L'assassin du dernier Khalife d'Al-Rassan ? Un aventurier, un diplomate, ou un poète ? Un peu tout ça et plus encore, personnage fascinant à l'image de cette vaste épopée dans un empire finissant. Dans cette contrée bien étrange, où la vie se déroule au rythme des affrontements entre cités rivales, on mène une vie à haut risque : complots, vengeances, escarmouches. Heureusement, l'amour est là qui détourne, un temps, les personnages de leurs noirs desseins.

Juin 1999. 

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Kay - Tigane - L'Express
Posté 13 octobre 2017 -

Guy Gavriel Kay revisite l'histoire. Tigane, qui est tout simplement l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de la fantasy de cette fin de siècle, raconte le combat de l'homme contre l'oubli dans un pays qui aurait pu être l'Italie de la Renaissance : "[...] que le Mal nous anéantisse demain, il ne peut effacer notre nom ni la mémoire de ce que nous avons été."

L'Express, 23/04/98. 

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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Science-Fiction Magazine
Posté 13 octobre 2017 -

L'empire d'Al-Rassan a perdu son dernier khalife, assassiné par Ammar ibn Khairan. Du coup, ce territoire conquis par les Asharites (adorant les étoiles) a éclaté en cités-Etats et, au nord de la péninsule, les royaumes d'Espéragnes voués au culte de Jad (le soleil) entendent le reconquérir. Que va devenir ce pays où ont fleuri l'art et la science grâce au peuple errant, les Kindath, dans la tourmente politique et fanatique ?

Après le chef-d'oeuvre qu'était Tigane, Kay nous livre à nouveau un magnifique ouvrage, romanesque et épique, vaste, sensible et intelligent. Son univers de Fantasy est inspiré de contextes historiques précis (ici, la Reconquista espagnole), merveilleusement sensuel, et peuplé de figures inoubliables : Ammar, poète, assassin et diplomate, ou Jehane, jeune femme médecin prise entre l'obscurantisme et la haine ethnique d'un côté, et de l'autre l'engagement pour soulager la souffrance grâce au savoir... Pour eux, les choix personnels s'inscrivent dans les alliances politiques et stratégiques, à des carrefours de décision où leur vie bascule. Kay nous entraîne comme nul autre auteur de Fantasy dans les entrelacs de l'existence, dans son épaisseur qu'il dénoue, comme autant de voiles soyeux, de la voûte du ciel aux lits de l'amour.

Le thème central est moins fort que celui de Tigane mais le récit est peut-être plus efficace. Le tour de force est d'allier un vibrant plaidoyer pour la tolérance (les massacres et les viols d'Orvilla résonnent avec ceux qui rongent notre monde, vous savez ? le vrai) au fracas des batailles et aux ardeurs du désir. C'est magistral.

Stéphane Marsan, avril/mai 1999. 

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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Icarus
Posté 13 octobre 2017 -
 Dans ce gros et beau roman, à l'histoire riche et solide, G. G. Kay met en scène un flot d'aventures « historiques » sans temps morts et, comme à son habitude, des personnages forts et complexes. Il y peint en particulier un portrait de femme médecin tout-à-fait remarquable.
     Si l'on se laisse entraîner sans difficulté par le souffle de cette vaste épopée, que le talent de conteur et la puissance d'évocation de Kay rendent passionnante, on remarque l'absence quasi-totale des éléments habituels de la fantasy, à savoir magie et créatures fantastiques.
     Et c'est peut-être là l'aspect le plus inhabituel, le plus surprenant et le plus intéressant de cette oeuvre... En effet, en situant l'action dans un monde imaginaire, très inspiré cependant par l'Espagne médiévale à l'époque de la reconquête, l'auteur oblige le lecteur à s'interroger : pourquoi ne pas avoir écrit un véritable roman historique et pourquoi choisir la fantasy sans utiliser la liberté d'introduire des éléments fantastiques ?
     Les réponses ne sont pas évidentes, mais il est rapidement évident que le roman permet de réfléchir sur l'Histoire tout autant qu'un livre soi-disant ancré dans la réalité, ce qui amène à relativiser l'importance que l'on accorde à l'exactitude de certains faits historiques, car l'imagination permet d'apporter des éléments qui peuvent être plus riches de sens.
     Kay s'explique d'ailleurs lui-même dans un entretien accordé en 1998 à la revue Parallèles (n°8) : Je crois que la fantasy offre de magnifiques « outils » pour réécrire de l'Histoire. La fantasy rend un récit « universel » en l'arrachant de sa gangue spatio-temporel, ce qui permet au lecteur de replacer les éléments dans un cadre plus vaste.
     Cette démarche originale et la qualité de l'oeuvre qui en résulte suffit à classer Kay comme un auteur à part, et Les lions d'Al-Rassan est un exemple parfait de la réussite de son projet : le récit y atteint l'universalité souhaitée par l'auteur.
 
Pascal Patoz, 1999. 
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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Les Chroniques d'Ailleurs
Posté 20 novembre 2017 -

Comme si le succès rencontré par la trilogie de Fionavar lui avait permis de paufiner des oeuvres plus ambitieuses, l'auteur canadien Guy Gavriel Kay s'est attaché depuis à écrire une fantasy qui sort des sentiers battus et qui prend ses repères dans notre substrat historique. Tigane avait pour cadre l'Italie de la Renaissance, La chanson d'Arbonne campait un monde proche de la Provence médiévale. Ce dernier roman nous immerge dans un flamboyant territoire calqué sur l'époque où Maures et Chrétiens se disputaient le royaume d'Espagne, au temps de la Ier croisade. Avec le talent d'un peintre génial, Kay construit un arrière fond d'où émerge l'empire d'Al-Rassan. Une terre conquise de haute lutte par les asharites, qui en ont fait la patrie d'élection des artistes et des savants. Mais depuis l'assassinat du dernier khalife, l'empire a éclaté en cités-Etats rivales. Un seul homme pourrait lui redonner son unité d'antan : le roi Almarik de Cartada, surnommé "Le Lion". Mais il doit faire vite, car au Nord, les royaumes de l'Ancienne Esperagne voués au culte de Jad, le Dieu-Soleil, tendent à se réunir sous la bannière de Ramiro, le roi de Vallejo. Conduits par Rodrigo Belmonte, un redoutable chef de guerre, ils seraient capables d'envahir et de soumettre les miettes de l'Empire morcelé. Ce dernier d'ailleurs, fait partie des trois personnages exceptionnels qui vont se rencontrer au sein de cette poudrière. Ammar ibn Khairan d'Aljais, érudit et guerrier, dont le roi Almarik, suit les conseils avisés, sera le second. Enfin, Jehanne bet Ishak, la fière kindath, dressera entre eux l'ombre de sa beauté et de ses extraordinaires talents de médecin. Trois destins qui vont étroitement s'entremêler dans un univers de violence et de passions exacerbées dont l'auteur sait rendre à merveille l'intense complexité. Inclinaisons humaines et raison d'Etat entrechoqueront leurs trajectoires dans les débordements de ce livre pétri d'émotion qui, par le biais d'un imaginaire recomposé, nous entraînera au coeur de la légende du Cid et des féroces batailles d'une Reconquête empruntée aux Rois Catholiques de l'Espagne de l'Inquisition. Du grand et du très bel ouvrage, dont on referme à regret la dernière page.

Les Chroniques d'Ailleurs 

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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Justaword
Posté 20 novembre 2017 -

 Il était une fois l’Espéragne…

Les Lions d’Al-Rassan s’ouvre sur une scène quasiment intimiste, celle d’un poète contraint d’assassiner un calife au cœur d’un palais résonnant du bruit blanc des fontaines. 
Guy Gavriel annonce en somme son histoire : celle d’une chute où le drame sera avant tout humain. 
Conteur éblouissant, l’écrivain canadien nous entraîne à la suite de trois personnages principaux : Rodrigo Belmonte (inspiré du Cid), Ammar ibn Khairan (inspiré par Muhammad ibn Ammar) et Jehane bet Ishak (inspirée par Rebecca de York).
Tous les trois appartiennent à une religion différente : Asharite (musulman), Jaddite (chrétien) et Kindath (juive)… et servent donc des intérêts parfois aux antipodes les uns des autres. Et pourtant… Guy Gavriel nous montre comment le cours de l’histoire va les rapprocher.
Il construit trois personnages d’une complexité rare, touchants en diable et d’une crédibilité qui ne doit pas seulement à leurs bases historiques respectives. Tout dans Les Lions d’Al-Rassan semble réel pour le lecteur car Guy Gavriel a un don de bâtisseurs de mondes tout simplement hors du commun. Il nous raconte la Reconquista, l’Espagne et le Cid en passant le tout au sein d’un univers fantasy passionnant et finement pensé.
Comme pour Les Chevaux Célestes ou Le Fleuve Céleste, Les Lions d’Al-Rassan ne renferme quasiment aucun élément de fantasy pure. Pas de magie, pas de races étranges, pas de légendes… Hormis celle des hommes. 
C’est à peine si les visions de Diego peuvent prétendre amener un élément “surnaturel” dans cette version fantasmée de l’Espagne médiéval.

L’Histoire au service de l’histoire !

A l’instar de ces précédents romans, Les Lions d’Al-Rassan transforme l’Histoire avec un grand H en une fresque épique, dense, haletante et simplement poignante. 
Guy Gavriel Kay renouvelle avec Al-Rassan l’exploit de filer au lecteur une irrépressible envie d’ouvrir une encyclopédie ou un livre d’histoire pour vérifier ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Il arrive à dissoudre l’Histoire dans son histoire et à bâtir une aventure incroyablement intelligente.
Chose rare, voici une fantasy qui vous redonne le goût du réel. 
Heureusement, il ne s’agit pas d’un simple décalque de la part de l’auteur mais bien d’une relecture aux multiples sous-intrigues et aux multiples niveaux de lectures.
Comme la série Rome l’a fait sur le petit écran, Les Lions d’Al-Rassan imbrique la petite et la grande histoire, arrivant à donner vie à des personnages pseudo-historiques d’une façon grandiose. 
Non seulement le récit de Kay s’avère épique et passionnant, mais il sait aussi véhiculer des messages intemporels autour de la religion, de la guerre, des hommes et de la poésie.

Faire de votre pays, de toute l’Espéragne si vous pouvez l’unifier, une contrée qui comprenne davantage que la guerre et la piété trop sûre de sa propre vertu. Permettre à votre existence d’inclure davantage que les chants guerriers destinés à inspirer les soldats. Apprendre à vos gens à… comprendre un jardin, la raison de l’existence d’une fontaine, la musique.

Guerre et Poésie

Extrêmement friand de poésie lui-même, Guy Gavriel Kay ne peut s’empêcher de parsemer son aventure de poèmes sublimes. Ceux-ci ne sont pourtant rien moins que fades comparés à la beauté du drame qui renferme ce petit pavé. 
Même si l’on serait tenté d’admirer les personnages de Rodrigo et Ammar (et ils le méritent amplement), c’est avant tout Jehane qui impressionne. Voici un personnage féminin sublime qui hante le lecteur pour longtemps, celle d’une femme Kindath qui choisit l’impossible et s’y tient. 
Elle traverse avec Rodrigo et Amma une époque où les extrémismes religieux flambent de nouveau, où les poètes se taisent petit à petit, où l’amitié ne survit plus aux horreurs de la guerre.
Guy Gavriel Kay constate la course tragique de l’histoire, les sacrifices et les pertes, il nous arrache le cœur à plusieurs reprises sans prévenir, nous manipule pour mieux nous surprendre… Sous couvert d’une fantasy-light, il nous parle de tolérance, de fraternité et d’amour, il nous parle de rêves et de fin, mais surtout il nous explique à nouveau comment un homme seul peut changer le monde.
Les Lions d’Al-Rassan s’avère non seulement une charge contre les atrocités de la guerre mais aussi une dénonciation en règle du fanatisme religieux d’où qu’il vienne. Le genre de récit qui montre qu’il existe de la beauté en chaque chose pourvu que l’on voit l’homme avant la lettre.

 

Épopée tragique, Les Lions d’Al-Rassan vous invite à rejoindre l’Espagne de la Reconquista sous un autre nom et à revivre la légende du Cid sans le nommer.
Guy Gavriel Kay vous offre l’Espéragne et la Reconquête, les fontaines de l’Al Fontina et la beauté immortelle de Ragosa, le tout peuplé par des personnages inoubliables qui vous hanteront longtemps après avoir tourné la dernière page.
Un chef d’oeuvre.

 - Nicolas Winter, le 14/11/17 

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Kay - La chanson d'Arbonne - Le Bibliocosme
Posté 19 décembre 2017 -

S’il y a bien un auteur qui fait aujourd’hui figure de référence dans le domaine de la fantasy historique, c’est incontestablement Guy Gavriel Kay. Outre la Chine des Tang puis celle des Song revisitée dans ses deux derniers romans, l’auteur s’est également penché sur cinq autres périodes allant de l’Empire romain sous Justinien à l’Espagne de la Reconquista en passant par l’Angleterre du IXe siècle ou encore l’Italie de la Renaissance. Parmi tous ces ouvrages il en est toutefois un qui manquait à ma collection, et pour cause, puisqu’il se révèle aujourd’hui impossible à trouver en librairie et même difficile à trouver d’occasion (ou en tout cas à un prix raisonnable). Quel dommage, pourtant, de passer à côté d’une telle œuvre, car « La chanson d’Arbonne » figure sans aucun doute parmi les meilleurs ouvrages de l’auteur et vaut certainement un « Tigane » ou un « Lions d’Al-Rassan ». C’est du côté de la France que Guy Gavriel Kay vient ici chercher son inspiration, et plus spécifiquement du sud de l’hexagone. Nous voici donc transportés dans une Occitanie du XIIIe siècle fantasmée, paradis des troubadours et des musiciens vantant dans de magnifiques poèmes les charmes des nobles dames des cours d’amour. Au Nord, le royaume de Gorhaut considère toutefois d’un mauvais œil la place récurrente accordée aux femmes et à la musique dans la culture arabonnaise et entend bien profiter de cette « faiblesse » pour accaparer les terres de son voisin (et, accessoirement, mettre fin au culte de la déesse Rian, considéré par les adorateurs de Coranos comme une hérésie). Le contexte fait assez clairement référence au conflit qui opposa au cours du XIIIe siècle le royaume de France (Gorhaut) aux régions méridionales (Arbonne), annexées à la couronne à l’occasion de la croisade des Albigeois.

Les références à l’histoire ne s’arrêtent pas là, certains protagonistes faisant distinctement écho à des personnalités historiques plus ou moins connues parmi lesquelles on peut notamment citer Alinéor d’Aquitaine (les lecteurs plus érudits que moi reconnaîtront certainement bien d’autres mentions à des troubadours ou souverains de l’époque mais j’avoue avoir des lacunes sur cette période). Mais ce qui est surtout remarquable ici (et c’est un aspect que l’on retrouve dans la totalité des romans de Guy Gavriel Kay), c’est sa volonté de rendre compte de la complexité et de la richesse de la civilisation qu’il met en scène. Loin de se contenter d’évoquer l’Occitanie médiévale par le biais d’un simple décor, l’auteur a recueilli une vaste documentation sur la culture de l’époque, mettant ainsi en lumière ses particularités et ses caractéristiques les plus admirables. La musique occupe ainsi une place centrale dans le récit, troubadours et ménestrels ayant trouvé sur ces terres ensoleillées un environnement favorable au développement de leur art que le lecteur aura à plusieurs reprises l’occasion d’admirer. La place de la femme dans cette société arabonnaise se trouve également au cœur du récit qui fait la part belle à l’amour courtois, cette manière ritualisée de courtiser une femme sans l’offenser ni elle ni son mari au moyen de poèmes et chansons. Ce respect mâtiné d’admiration dont font preuve une partie des personnages masculins pour leurs homologues féminins renforce évidemment la sympathie du lecteur pour cette culture capable d’envisager les relations hommes/femmes d’une autre manière que celle du rapport dominant/dominée qu’on imagine pourtant prévaloir à cette époque (et qu’on retrouve effectivement chez leurs voisins du Gorhaut).

En terme de construction narrative, on retrouve ici la patte de l’auteur qui opte pour un nombre de scènes finalement assez limité (une quinzaine pour un roman de plus de trois cent pages) mais toutes soignées et ciselées avec une patience et un talent difficiles à égaler. Chez Guy Gavriel Kay chaque mot compte, chaque phrase prononcée par les personnages aura des répercussions par la suite, de même que chaque silence. Il en résulte des scènes d’une intensité dramatique bouleversante et qui resteront vivaces dans l’esprit du lecteur bien après la dernière page refermée (un aspect que l’on retrouve aussi dans la majorité de ses autres romans mais sans doute pas avec la même force). Difficile ainsi d’oublier le magistral duel opposant Blaise et l’Arabonnais, ou l’épreuve remportée par Valéry lors de la grande foire, ou le combat de Rosala pour préserver sa liberté et celle de son fils, ni, bien sûr, le troubadour de Bertrand de Talair chantant son amour pour son pays dans une auberge pleine de poètes et de musiciens émus aux larmes par la prestation du vieil homme (« Lisseut entendit alors Ramir de Talair dire, avec une tristesse douce et voilée, ces paroles qu’elle n’oublierait jamais : Voulez-vous me permettre de corriger une chose que j’ai dite tout à l’heure ? Je vous avais annoncé que je ne chanterais pas une chanson d’amour d’Anselme. En y repensant, je m’aperçois que je me suis trompé. Tout compte fait, c’était une chanson d’amour »). Si la plupart des échanges entre les personnages se déroulent dans un cadre intimiste, le roman comporte malgré tout son lot de scènes spectaculaires lors desquelles l’auteur peut là encore faire la démonstration de l’étendue de son talent, celui-ci excellant tout autant à dépeindre les affres de l’amour que ceux de la guerre.

Difficile, donc, de ne pas se montrer admiratif de l’art et la manière dont Guy Gavriel Kay fait preuve pour construire son récit dont la fin fait brillamment et tragiquement écho au début, preuve s’il en fallait que, dans les romans de l’auteur, le moindre détail a son intérêt. En dépit de toutes les qualités déjà évoquées tant au niveau de la construction de l’histoire que de la reconstitution historique, il reste encore à aborder le principal point fort de ce roman : les personnages. Qu’ils soient chefs de guerre ou musiciennes, nobles dames ou chevaliers, femmes en détresse ou mercenaires accomplis, tous révèlent une complexité et une humanité qui ne pourra qu’aller droit au cœur du lecteur Chez Guy Gavriel Kay rien n’est jamais tout noir ou tout blanc : tous doutent, se trompent, tentent de se convaincre qu’ils ont fait les bons choix et surtout tous révèlent une force insoupçonnée quand vient le temps des épreuves. On l’a souligné plus tôt, les personnages féminins occupent une place de premier plan dans le drame qui se joue alors en Arbonne ce qui n’empêche pas l’auteur de proposer de très beaux portraits d’hommes. Il y a bien sûr Blaise, hanté par la défaite de son peuple et par le conflit qui l’oppose à sa famille. Il y a aussi Bertrand de Talair et Urté de Miraval, unis tant par la haine qu’ils se portent que par l’amour qu’ils éprouvaient pour la belle et défunte Aelis. Et puis il y a Cygne, dirigeante capable et sensible s’efforçant de faire le deuil de son amour, ou encore Lisseut, la troubadour au talent sur le point d’éclore. Et puis il y a tous ces personnages secondaires auxquels l’auteur parvient à donner une véritable consistance et pour lesquels on se prend aussitôt d’affection : le sage et fidèle Valéry, l’espiègle Rudel, les troubadours Rémy, Alain et Aurélien, le triste frère de Blaise… Autant de figures que l’on oublie pas.

 

 

Écrit en 1993, « La chanson d’Arbonne » est l’un des premiers romans de Guy Gavriel Kay et, à mon humble avis, l’un des meilleurs. Vibrant hommage à la beauté et la subtilité de la culture occitane du Moyen-age, l’ouvrage bouleverse par la profondeur de ses personnages et surtout par la qualité de la plume de l’auteur, capable de donner vie à des scènes d’une puissance à couper le souffle que le lecteur gardera en mémoire bien après sa lecture achevée.

- Boudicca, le 06/05/17. 

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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Vous connaissez peut-être ?
Posté 13 janvier 2018 -

Je vous invite à découvrir Les Lions d’Al-Rassan de Guy Gavriel Kay. Ce roman m’a transportée au sein du fabuleux empire d’Al-Rassan, où j’ai pu voir se dessiner, page après page, une véritable légende.

Anciennement écrasant de grandeur et de magnificence, l’empire d’Al-Rassan a éclaté en cités-États rivales suite à l’assassinat du dernier calife. Les conquérants asharites sont désormais un peuple de savants et d’artistes qui passent beaucoup de temps à guerroyer entre eux. Seul peut-être Almalik, roi de la grande cité de Cartada, pourrait rétablir l’unité de l’empire, soutenu par le légendaire Ammar ibn Khairan, poète, diplomate et soldat.
Une unité qui deviendra vite nécessaire car une autre menace pèse sur l’Al-Rassan, celle des royaumes jaddites du nord de la péninsule, divisés, certes, mais avides de reconquérir le pays dont ils s’estiment dépossédés. Rodrigo Belmonte est le plus prestigieux de leurs chefs de guerre.
C’est dans l’exquise cité de Ragosa que se rencontreront Ammar et Rodrigo, pour un temps exilés au service du même monarque. Entre eux, la figure exceptionnelle de Jehane bet Ishake, fille du peuple Kindath et brillant médecin.

Les Lions d’Al-Rassan est un roman qui mêle historique et fantasy mais qui est tellement plus que ça. Il est question de guerre, de stratégie, mais aussi d’amour, d’amitié, de destinée… C’est l’histoire de héros partis sauver le monde, mais cette quête devient une poignante histoire d’amour, de loyautés divisées, et de ce qui arrive aux femmes et aux hommes lorsque le durcissement des croyances finit par refaire, ou détruire, un monde.

Et si l’histoire en elle-même est absolument extraordinaire, tout l’impact de cette œuvre réside, pour moi, dans la plume de son auteur. Guy Gavriel Kay a un don certain pour dessiner des personnages à la fois typiquement héroïques, et en même temps si proches de nous, humains lambda. On ressent la complexité de chacune des émotions qu’ils ressentent, de leurs personnalités respectives. Leur unicité les rend vraiment réalistes. Ajoutez à cela :

·          de la poésie

·         un monde riche, fabuleux et qui pourtant nous semble si réel (sûrement car Kay s’est inspiré de légendes, du folklore de notre monde, et surtout de l’Espagne des Maures du XIe siècle) 

un - récit qui tantôt s’étend dans la longueur pour nous faire ressentir la puissance de certains instants, et tantôt s’accélère, nous entraînant à la suite de la quête de nos trois protagonistes et vous avez un voyage merveilleux, qui, une fois le livre refermé, nous laisse plein de nostalgie, de bonheur et de mélancolie.

Parlons de la fin d’ailleurs. Non je ne vais rien vous divulgâcher (oui un mot bizarre, mais si parfait) c’est promis.

Cet auteur a un tel don. Lorsque l’on ferme son livre, on est à la fois triste et heureux. Triste d’avoir fini, mais heureux d’avoir eu la chance d’être témoin d’une telle histoire. Sans parler du fait que, on a beau avoir imaginé toutes les issues possibles, la fin est toujours surprenante. Et pourtant, une fois le livre fermé, on ne peut imaginer une meilleure façon de clore une telle histoire. Pas une bonne fin dans le sens « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », juste une fin à la fois surprenante, parfaite et inévitable.

Pour résumer, ce livre est génial car :

·          Les personnages sont à la fois trop cools et super bien caractérisés

·          La plume de Kay est poétique, prenante, pleine de surprises (La traduction est d’ailleurs très bonne !)

·          On voyage, on est transporté, et tout ce qu’on ressent ! Mon petit cœur en était tout essoufflé.

Attention cependant :

·          C’est un pavé

·         Certaines scènes peuvent être choquantes

·          Le départ est un peu lent

Mais bien évidemment ces trois petits points (surtout le premier) ne devraient absolument pas vous dissuader de vous lancer, d’apprécier, de vous régaler, et de revenir me remercier avec des étoiles dans les yeux (ou me dire que je vous ai trahis, que c’était nul et de me jeter des pierres m’expliquer pourquoi).

Oh, et en plus cette édition de chez l’Atalante est splendide et fera joli dans votre bibliothèque.

- Lucie, le 10/12/17

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Kay - Les chevaux célestes - Booknode
Posté 04 avril 2018 -

Comme je l'ai lu peu de temps après Le Fleuve Céleste (oui, j'aime faire les choses à l'envers), les souvenirs de celui-ci sont assez frais pour que je ne puisse m'empêcher de les comparer. Dans l'ensemble, je crois que j'ai préféré Les Chevaux Célestes, même si les deux ouvrages sont bons.

 

Je l'ai trouvé vite immersif, la dimension aventure étant un peu plus présente que dans Le Fleuve Céleste. Avec un personnage au centre des événements (un type qui n'a rien demandé et qui se retrouve avec un cadeau plus encombrant qu'autre chose, lequel va déclencher moult convoitises et magouilles politiques), l'action m'a parue plus...concrète, tout en impactant la Kitai toute entière.

 

J'ai apprécié les éléments fantastiques, rares mais bien présents entre les fantômes gémissants du Kuala Nor et l'inquiétante magie chamanique des Bogü.

 

Le rythme est lent, implacable, assez particulier. C'est le genre de lectures pour lequel il ne faut pas se montrer trop impatient, ou picorer trois pages par-ci, un paragraphe par-là, au risque de décrocher. L'atmosphère est très réussie.

 

L'écriture est travaillée, maîtrisée, et on ne peut qu'une fois de plus saluer l'auteur pour son érudition qui rend son univers crédible, construit, concret.

 

Malgré leur développement, je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages. C'est le deuxième Kay que je lis et pour l'instant c'est ce qu'il me manque chez cet auteur, quelque chose qui me donne l'impression d'être plus proche des personnages, de vibrer un peu plus pour eux, pour ce qu'ils ressentent, ce qu'ils vivent.

 

Miney - Booknode.com

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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Une certaine culture
Posté 20 avril 2018 -
[...] Quel est le verdict pour ces fameux Lions d’Al-Rassan ? Globalement très bien. Voire même très, très bien. Seule l’une ou l’autre petite chose aurait pu être différente. Mais ce n’est rien de bien important. La qualité de l’ouvrage est telle qu’il aurait fallu de grosses, que dis-je, de gigantesques lacunes pour qu’il soit une déception. Heureusement, il n’en a rien été et le plaisir de lire a été au rendez-vous jusqu’à la dernière page.
 
Comme déjà souligné dans de nombreuses critiques lues ci et là, l’un des points forts du récit est la rigueur presque scientifique dont fait preuve Kay pour construire son univers et son histoire. On sait que son monde n’existe pas pourtant on se retrouve immergé dans l’Espagne de la Reconquête comme si on lisait un roman historique à la véracité et à la réalité brutes et irréfutables. Les éléments de fantasy étant discrets, on finit par les oublier tant ils font rapidement partie du décor. Ces deux lunes font même envie. Quel plaisir cela devrait être d’assister à leur lever. Son monde fait rêver et, malgré la dureté propre à cette sombre époque, la magie de l’Orient opère grâce à une érudition et une poésie raffinées.
 
Les personnages quant à eux sont entiers et attachants malgré l’usage de quelques clichés propres à la fantasy médiévale. Héros sans peurs et sans reproches pour Rodrigo Belmonte. Pareil pour Ammar. A quelques reproches près. Ils sont beaux. Forts. Riches. Presque intègres. Bref, ils sont dignes de figurer dans les annales de la preux chevalerie. Ils sont un peu lisses mais ce n’est pas dérangeant. [...] En guise de conclusion, c’est un excellent roman de fantasy distingué et abordable dans lequel on se plonge avec une joie ensoleillée. Pauvre en violence et riche en descriptions, à conseiller pour ceux et celles qui veulent se lancer dans la fantasy doucement épique.
 
Une certaine culture  
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Kay - Les Lions d'Al-Rassan - Babelio
Posté 26 avril 2018 -

Ce livre plutôt imposant, m'a accompagné pendant un peu plus de deux semaines et je dois avouer que ce voyage m'a littéralement transporté. De la fantasy, oui, mais c'est juste un prétexte pour prendre quelques libertés avec l'Histoire avec un grand “H”. Hormis deux lunes dans le ciel et un pouvoir magique d'un des protagoniste secondaire, Diego, le fils de Rodrigo, qui a des visions prémonitoires, ne vous attendez pas a y trouver du fantastique et du merveilleux. Moi, ça me va très bien.

En réalité on est bien plus proche du roman historique, cette lecture m'a permis de m'intéresser à l'Espagne autour du XIe siècle. Il n'est pas difficile de trouver les rapports avec la société de l'époque, les noms des personnages ne cachent pas leur inspiration, la carte en début de livre s'apparente très fortement à la péninsule ibérique, ça en est même un jeu de retrouver les correspondances des états, villes et même des personnages !

L'un d'eux s'appelle Rodrigo Belmonte, comment ne pas y voir le lien avec Rodrigo Díaz de Vivar (1043-1099) personnage réel qui a déjà depuis longtemps inspiré la littérature, au XVIIe siècle en particulier, plus connu en France par son surnom “le Cid”. Guy Gavriel Kay bichonne et peaufine les caractères de ses personnages, Ammar, Jehanne, Alvar, Rodrigo et quelques autres, tous plus intéressants les uns que les autres, on se surprend à partager leurs sentiments.

On pourrait reprocher quelques longueurs et quelques redites dans le développement de ce livre mais j'ai trouvé ce choix, au contraire, tout à fait justifié et judicieux, et même j'ai aimé ces moments de lenteur, car on a le temps de s'attacher aux personnages, de s'imprégner de leurs points de vues, de leur façon de penser, de leurs manières de vivre, ces moments d'attente alternent avec l'action, le rythme de l'aventure est mesuré, précis, quasi cinématographique, avec une place pour le suspense, une autre pour la réflexion, l'aventure ne s'emballant que lorsqu'il le faut.

En bref, il y a peu de failles dans ce récit, ces pages sont remplies d'émotions, de vie, de sentiments, de drames et de bonheurs, j'ai pleuré, j'ai ri, j'ai eu peur, j'ai voyagé, je me suis aussi instruit. Construit avec beaucoup de talent, et avec une plume élégante pour ne rien gâcher, il y a tout ce qu'on peut attendre d'un livre. Pour moi, ça a été un très beau moment de lecture.

jamiK - Babelio 

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Kay - Tigane - albdoblog
Posté 07 août 2018 -

Une petite claque pour cette Palme de Kay!

Guy Gavriel Kay nous propose un roman de fantasy inspiré de la Renaissance Italienne, et conformément à son habitude, la qualité de cette description aussi bien dans l’esprit que dans le visuel est remarquable. Aussi, le lecteur ne peut-il que plonger avec extase dans cette Palme captivante et déchirée.

La Renaissance italienne mise en valeur

Nous découvrons effectivement non pas la Botte italienne, mais une Palme baignant dans une mer bordée de trois pays expansionnistes, Ygrath, Barbador et Khardhun. Ceux-ci mènent régulièrement des raids contre la péninsule afin d’arracher des richesses et bien souvent des captifs à vendre aux marchés des esclaves. Les villes côtières sont donc des endroits vulnérables, comme au temps de l’Italie de la Renaissance aux prises avec les arabes et berbères écumant les ports à la recherche de tribus, d’esclaves et de femmes destinées aux harems.

Ce contexte historique similaire à l’époque italienne est un ressort essentiel dans l’intrigue que nous propose l’auteur canadien, car la protagoniste principale va dans un premier temps se protéger de ces incursions en s’enfonçant dans les terres, avant de rechercher une de ces villes afin d’infiltrer le harem d’un des tyrans. En sus, comme à son habitude, Kay colle avec la réalité historique du pays qu’il souhaite faire vivre sous sa plume.

[...]

Aussi, l’atmosphère qui se dégage est-elle un facteur crucial dans l’équilibre et la réussite de son roman. Outre, les ressemblances géographiques et contextuelles, le point fort de l’auteur est de retranscrire une culture, ou des cultures comme s’est le cas une fois encore dans Tigane.

La Renaissance Italienne ne se résume pas à un essor architectural et économique, les arts et les idées qui se véhiculèrent à travers l’Europe constituent un leg tout aussi important et prégnant. [...]

Une intrigue captivante

 

En vous lançant dans cette aventure, vous serez conscients des enjeux posés dans la paume de cette main italienne tiganaise. Battue, divisée entre deux tyrans, cette péninsule vit sous le joug de l’envahisseur, l’un plus cruel que l’autre au quotidien. En effet, si Albérico, le colérique, est un sorcier au tempérament versatile et barbare, Brandin, plus raffiné, fait montre d’une cruauté sophistiquée et sans doute plus viscérale. [...]

Le lecteur va ainsi alterner d’un protagoniste à l’autre, découvrir les plans étudiés, leur déroulement, les voir menacer, sentir le danger, la mort rodant à un souffle. Mais, le plus cruel, pour lui sera d’avoir un cœur qui bascule pour l’un ou pour l’autre. Les chausses-trappes sont nombreux, les tyrans ingénieux, et sur le qui-vive, alors la partie est loin d’être courue d’avance. Tension et suspens sont au rendez-vous!

La trame principale est nette, et claire. En revanche, le chemin emprunté est tortueux, et complété par des sentiers cachés et des routes secondaires. En quelques mots : de quoi vous régaler.

Des personnages dignes de ce bel écrin

[...]

Je ne vais pas y aller par 4 chemins, le roman en comprend suffisamment. Dianora s’avère – sans doute – un des personnages féminins les plus fascinant de la fantasy. Sa soif de vengeance, n’est pas le seul sentiment qui l’anime. La vengeance n’explique même pas la psychologie de Dionara, elle n’en est que la conséquence. Le désir de revanche prend sa source dans son sens du devoir et des responsabilités. Elle est persuadée qu’elle doit supprimer Brandin. Et si adolescente, le monde lui apparaissait sous des dehors nets, avec des contours précis, les années ont façonné cette perception pour lui délivrer une vison bien moins manichéenne ou dichotomique. Cette évolution dans sa psyché n’est pas qu’une affaire de construction et de dynamique du personnage, pour nous le rendre plus vivant et sympathique. Ses prises de décisions vont être colorées par ces perceptions en constante affinage… Et quand elle comprend que la tâche initiale qu’elle s’est elle-même imposée prend du plomb dans l’aile, son désarroi est profond alors quelle est partagée, déchirée par le devoir et la réalité. Toute seule, isolée, elle ne cède jamais, et cherche constamment à dépasser son dilemme. Quelle femme! Et puis, Kay nous construit une trame dramatique qu’il est difficile de ne pas s’y laisser prendre…[...]

Un roman de Fantasy typique de Kay et même plus

Roman de fantasy n’est pas synonyme forcément de gros effets pyrotechniques et magiques avec Kay, notamment. Dans Tigane, il va vous surprendre car, la thaumaturgie est bien plus présente, avec nos deux tyrans, sorciers et d’autres magiciens qui vont faire leur apparition en cours d’aventure.

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Lutin82

 

 

 

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Kay - Le Fleuve Céleste - Booknode
Posté 21 août 2018 -

J'ai enfin fini mon premier Guy Gavriel Kay ! Depuis le temps que j'entendais chanter les louanges de cet auteur, j'en étais presque intimidée !
Comme c'est le deuxième livre qui se situe dans la Kitai, cette Chine médiévale imaginaire, j'avais un peu peur d'être gênée dans la compréhension de l'histoire ou dans le plaisir de lecture par manque de référence mais ça n'a pas du tout été le cas.

C'est un livre au style particulier, à éviter si vous êtes en quête de rythme effréné, de rebondissements et d'action à tout va. Non. Pour l'apprécier à sa juste valeur, Il vaut mieux laisser de côté l'impatience et se laisser porter par les mots tels les flots d'un fleuve, lents mais puissants.

C'est vraiment très bien écrit. Les phrases sont belles et travaillées sans donner une impression de laborieux. La Kitai est un pays décrit avec une richesse de détails incroyable et on sent l'érudition minutieuse de l'auteur pour la rendre aussi vivante et vraisemblable. C'est impressionnant comme il a réussi à rendre l'ambiance de son livre aussi prégnante. C'est sans conteste le grand plus du roman, même pour les lecteurs qui comme moi ne sont pas spécialement attirés par la fiction historique.

[...] c'était une très belle découverte et je ne manquerais pas d'explorer le passé de la Kitai avec les Chevaux Célestes !

par Miney

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Kay - Tigane - blogblabla
Posté 03 septembre 2018 -

Tigane, se passe dans un monde inspiré de l’Italie de la Renaissance et qui est réputé pour être le titre de l'auteur qui a le plus de magie parmi ceux parus chez l’Atalante, parce que je dois dire que je voulais le lire chez cet éditeur tant leurs éditions de belle facture m’attirent. De ce côté, aucune déception, la parution est de qualité avec un papier épais, une couverture mystérieuse qui colle bien au titre et une reliure solide et souple à la fois vu le nombre de pages et le format. La traduction est fluide et il y a reproduit les cartes nécessaires à la compréhension de l’histoire. Vraiment j’aime beaucoup leur travail.

Pour ce qui est de l’histoire maintenant, j’ai beaucoup aimé. J’avais peur d’une certaine complexité qui m’aurait gênée, ce n’est pas du tout le cas. Grâce à la plume simple et dynamique de l’auteur – sans que ça lui enlève la poésie dont il sait faire preuve – la lecture est aisée. Les pages se tournent rapidement. Le rythme est rapide. L’auteur a un talent inné pour donner très envie de lire la suite sans pour autant faire appel à cet effet de manche qu’est le cliffhanger. Il sait faire rebondir son histoire dans des directions inattendues et surtout il a su créer un univers cohérent, riche et très réaliste malgré la présence de la magie.

En effet, Guy Gavriel Kay est un conteur né. Il a un talent rare pour développer des personnages terriblement simples et attachants dans un univers fort complexe lui. Nous suivons donc trois groupes de personnages dans une sorte d’Italie de la Renaissance morcelée en plusieurs royaumes dont une grande partie a été conquise par 2 grands et terribles mages, qui sont en fait des tyrans.

[…]

En lisant cette histoire, je n’ai pas pu m’empêcher d’y trouver l’écho de la lente constitution de l’Italie qu’on connait à présent avec l’unification des différents royaumes. On devine donc dans les grandes lignes ce qu’il va se passer mais c’est plus les chemins empruntés pour ce voyage qui comptent et là, l’aventure est au rendez-vous. Entre batailles, épisodes mystiques, découvertes intérieures, révélations personnelles et passé étouffant qui nous rattrape, on ne s’ennuie pas un instant. L’écrivain passe en plus d’un lieu et d’un point de vue à l’autre avec beaucoup d’aisance, ce qui dynamise encore notre lecture de ce titre.

Porté par une sensibilité douce-amère, ce roman est donc dans la lignée des titres tragiques et classiques à la Hugo ou à la Dumas. C’est pour lui le moyen de porter des thèmes emblématiques : la perte de liberté, l’occupation et donc la quête de liberté et le patriotisme. On sent d’emblée que le dénouement ne sera pas un happy-end mais qu’importe, l’auteur nous emporte tellement bien dans les déchirements des aspirations de ses personnages. Ici, c’est l’émotion qui prime avec l’attachement non seulement aux personnages mais aussi à leur cause.

Ma note : 17 / 20

Les blabla de Tashan-blog

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Kay - Enfants de la terre et du ciel - Elbakin
Posté 11 septembre 2018 -

Promu en 2014 à l’ordre du Canada, une des plus prestigieuses distinctions honorifiques civiles du pays, Guy Gavriel Kay s’est imposé en 32 ans de carrière et 13 romans en développant (à l’exception de sa première trilogie) un style propre plus proches des romans historiques que de fantasy classique. Children of Earth and Sky a aussi été bâti sur ce principe très justement qualifié de « history with a quarter turn into fantastic ».

Après deux ouvrages situés dans une Chine imaginaire, l’auteur nous ramène ici dans un cadre méditerranéen qu’il a déjà exploré précédemment (« La Mosaïque de Sarrance » en particulier auquel le roman fait plusieurs fois subtilement référence). On retrouve le talent de l’auteur pour s’approprier une époque et la retranscrire à sa manière. L’univers servant de toile de fond est superbement dépeint ce qui lui donne une vraie profondeur historique. Le tout étant d’ailleurs tellement bien décrit que l’époque réelle ayant inspirée l’auteur est facilement identifiable. Comme à son habitude, l’auteur rajoute à ce tableau une touche de surnaturel qui bien que très légère réussi à donner une ambiance plus particulière que celle d’un roman qui n’aurait pas ce soupçon de fantastique.

Côté personnages, l’auteur nous offre une importante galerie de protagonistes aussi divers que variés. Là aussi on retrouve le talent de l’auteur pour rendre tous les personnages dès la première rencontre immédiatement intéressants et vivants. Il réussit à donner à chacun une personnalité et une identité propre ce qui fait qu’aucun ne semble être factice.

Pour ce qui est de l’intrigue, l’auteur a bâti son histoire comme une grande fresque se déroulant sur une zone géographique assez étendue où il a disposé ses personnages comme des pions prêts à servir l’avancée de la partie qui va se dérouler. Tout le jeu va être d’entrelacer les différentes destinées qu’au départ rien ne lie pour qu’au final elles soient toutes interconnectées. Pour ce faire, le roman est composé de chapitres assez courts sautant continuellement d’un personnage à un autre. Si cette structure permet de tisser un fil reliant petit à petit tous les personnages, ces sauts se succédant de façon assez fréquente surtout dans la première moitié, finissent par donner un petit côté frustrant à la lecture, le lecteur ayant sans arrêt l’impression d’être ballotté d’un personnage à un autre. De plus, ces changements incessants de personnage ont aussi pour effet de morceler et de ralentir l’intrigue.

Le récit suit de très près les actions et les ressentis de chacun des personnages plus sous forme de patchwork que d’un fil continu. L’auteur se focalise seulement sur certains événements clefs qui vont avoir une importance particulière pour les personnages. Ces événements peuvent d’ailleurs être étudiés sous le point de vue de différents personnages, ce qui donne un intéressant effet kaléidoscopique. Le roman est aussi marqué par la tendance de l’auteur à couper la narration sur le vif de telle ou telle scène pour prendre de la hauteur et partir sur des considérations plus philosophiques. Comme si dans ce livre l’auteur était moins intéressé par les évènements eux-mêmes que leur impact à plus ou moins grande échelle.

Avec Children of Earth and Sky l’auteur semble avoir non plus vraiment cherché à construire un récit sous tension mais un roman plus méditatif sur la condition humaine, s’éloignant ainsi d’un petit pas du récit d’aventure épique pour se rapprocher du conte philosophique.

Siriane
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Kay - Enfants de la terre et du ciel - Livrement
Posté 27 septembre 2018 -

Guy Gavriel Kay présente une fantasy sociale en plaçant l’être humain dans un monde instable. Nous découvrons avant tout des histoires personnelles ; de personnes impliquées dans des changements monumentaux. Le tout est non choisi : destins qui se dessinent, certains qui deviennent des héros anonymes, d’autres qui connaissent une fin de vie rapide. On pourrait les qualifier ainsi : des gens ordinaires aux desseins extraordinaires.

Par ce roman polyphonique, nous rencontrons des marchands, dirigeants, commandants, conseillers, fermiers, brigands, capitaines maritimes, espion, archère, prêtresses. Les personnages féminins se révèlent réussis : les femmes sont fortes et puissantes. L’ensemble des personnages est non factice. Ils tentent de survivre en négociant sur les terrains politiques et sociaux.

Les personnages sont élégamment articulés, l’auteur y prend soin. Il est aussi un maître d’angles de vue : certains passages sont vus parfois par plusieurs personnages et relatés en tant que tels. Si ces multiples perspectives peuvent paraitre comme un peu ennuyantes, il faut laisser se dessiner ces destinées interconnectées pour mieux appréhender la dimension qu’elles offrent. Le tout enrichit non seulement l’intrigue générale mais en nourrit des secondaires.

Les enfants de la Terre et du Ciel se déroule vingt-cinq années après l’histoire de La mosaïque de Sarance. Les clins d’œil envers ce récit et celui des Lions d'Al Rassan toutefois discrets ; il n’est pas nécessaire d’avoir lu ces romans pour comprendre celui-ci tant les connexions sont subtiles. Ce territoire est tombé et est devenu Asharias. Les conflits politiques s’étendent entre Senjan et Séresse et plusieurs peuples s’affrontent alors : Asharites (musulmans), Jaddites (chrétiens) et Kindaths (juifs).

L’aspect historique de cette histoire prend naissance dans la situation géopolitique des Balkans au XVe siècle après la chute de Constantinople ; c’est dans ce cadre méditerranéen que se campe le récit. Guy Gavriel Kay s’approprie une époque et inclut une pointe de fantastique comme souvent.

Je me suis peu attachée aux personnages : mon empathie pour eux a moins vibré car j’ai semblé – en tant que lectrice – manquer de temps avec chacun d’entre eux. Les multiples points de vue narratifs m’ont donné une impression discontinue, avec une intrigue plus morcelée. Il faut dire que ce roman souffre de la comparaison avec l’excellent  que j’ai dévoré en mars dernier. Comparé à l’ensemble de la bibliographie de l’auteur, ce roman n’est pas mon préféré. Je reste objective : l’histoire se révèle remarquable en tant que telle.

Guy Gavriel Kay prouve encore une fois ses talents de conteur, en proposant une belle prose mais aussi des moments doux amers. Il tisse d’anciennes histoires où se mêlent l’aventure, les amours, le danger et les guerres. C’est une réflexion tantôt profonde tantôt ironique qui nous amène sur les thématiques de l’héroïsme et de l’honneur, du chagrin et de l’amour.

L’intrigue, ponctuée de beaux instants, démarre lentement pour devenir poignante. Un cinquième du contenu est consacré à la présentation des personnages. L’ensemble se trouve être non étouffant et se lit rapidement. Quelques actions me sont apparues un peu étrangères à l’ensemble, conséquence d’une approche inhabituelle – et forte intéressante – de la part de l’auteur.

L’univers est luxuriant de détails, offre une profondeur que l’on sait nourrie par des recherches poussées et soignées. Les situations de réflexion demeurent le point central du récit et donnent un caractère réel à ces personnages.

 


- Acr0, le 20 septembre 2018. 

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Kay - Tigane - Les blablas de Tachan
Posté 12 octobre 2018 -

J’ai choisi pour recommencer à lire Guy Gavriel Kay : Tigane, son titre qui se passe dans un monde inspiré de l’Italie de la Renaissance et qui est réputé pour être son titre qui a le plus de magie parmi ceux parus chez l’Atalante, parce que je dois dire que je voulais le lire chez cet éditeur tant leurs éditions de belle facture m’attirent. De ce côté, aucune déception, la parution est de qualité avec un papier épais, une couverture mystérieuse qui colle bien au titre et une reliure solide et souple à la fois vu le nombre de pages et le format. La traduction est fluide et il y a reproduit les cartes nécessaires à la compréhension de l’histoire. Vraiment j’aime beaucoup leur travail.

Pour ce qui est de l’histoire maintenant, comme je le désirais j’ai beaucoup aimé. J’avais peur d’une certaine complexité qui m’aurait gênée, ce n’est pas du tout le cas. Grâce à la plume simple et dynamique de l’auteur – sans que ça lui enlève la poésie dont il sait faire preuve – la lecture est aisée. Les pages se tournent rapidement. Le rythme est rapide. L’auteur a un talent inné pour donner très envie de lire la suite sans pour autant faire appel à cet effet de manche qu’est le cliffhanger. Il sait faire rebondir son histoire dans des directions inattendues et surtout il a su créer un univers cohérent, riche et très réaliste malgré la présence de la magie.

En effet, Guy Gavriel Kay est un conteur né. Il a un talent rare pour développer des personnages terriblement simples et attachants dans un univers fort complexe lui. Nous suivons donc trois groupes de personnages dans une sorte d’Italie de la Renaissance morcelée en plusieurs royaumes dont une grande partie a été conquise par 2 grands et terribles mages, qui sont en fait des tyrans. [...]

Les tyrans auraient très bien pu ne pas être des mages, ça ne m’aurait pas gênée, la magie est secondaire ici, c’est juste une justification facile à leur puissance et main mise. En lisant cette histoire, je n’ai pu m’empêcher d’y trouver l’écho de la lente constitution de l’Italie qu’on connaît à présent avec l’unification des différents royaumes. On devine donc dans les grandes lignes ce qu’il va se passer mais c’est plus les chemins empruntés pour ce voyage qui comptent et là, l’aventure est au rendez-vous. Entre batailles, épisodes mystiques, découvertes intérieures, révélations personnelles et passé étouffant qui nous rattrape, on ne s’ennuie pas un instant. L’écrivain passe en plus d’un lieu et d’un point de vue à l’autre avec beaucoup d’aisance, ce qui dynamise encore notre lecture de ce titre.

Porté par une sensibilité douce-amère, ce roman est donc dans la lignée des titres tragiques et classiques à la Hugo ou à la Dumas. C’est pour lui le moyen de porter des thèmes emblématiques : la perte de liberté, l’occupation et donc la quête de liberté et le patriotisme. On sent d’emblée que le dénouement ne sera pas un happy-end mais qu’importe, l’auteur nous emporte tellement bien dans les déchirements des aspirations de ses personnages. Ici, c’est l’émotion qui prime avec l’attachement non seulement aux personnages mais aussi à leur cause.

Je ne regrette absolument pas d’avoir voulu lire ce titre pour découvrir Guy Gavriel Kay. Je pense même me pencher plus sérieusement sur cet auteur même s’il faut reconnaitre qu’il faut du temps pour digérer tout ce qu’il a à raconter et que ces autres titres qui m’intéressent se passent dans des univers moins proches et connus de moi : l’Empire Byzantin et la Chine, mais je suis prête à me lancer dans cette découverte.

Tigane, que le souvenir que j’ai de toi soit comme une épée dans mon âme.
- Tampopo24, le 31 août 2018. 
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Kay - Enfants de la terre et du ciel - Le Bibliocosme
Posté 16 novembre 2018 -

Retour en terrain connu pour le maître incontesté de la fantasy-historique

Après avoir consacré deux volumes à la Chine médiévale, Guy Gavriel Kay continue à explorer les périodes de l’histoire par le biais de la fantasy et s’attaque cette fois aux Balkans de la fin du XVe siècle. Vingt-trois ans après la chute de Sarrance (Constantinople) devenue Asharias, les adorateurs de Jad (comprenez les chrétiens) ont toujours du mal à se remettre du choc et les tensions dans cette région du monde ne cessent de s’exacerber entre les différentes forces en présence. Les Osmanli (les Ottomans) ne cessent de repousser les frontières de leur empire et lorgnent désormais sur des terres encore plus au nord et à l’ouest, à commencer par celles du Saint-Empire de Jad (le Saint-Empire romain germanique). L’auteur s’intéresse également au sort de trois cités qui ont chacune, pour des raisons bien différentes, des intérêts dans la région : la première est la République de Séresse (Venise) qui entend bien conserver sa domination sur l’Adriatique en matière d’échanges commerciaux ; la seconde est la ville de Dubrava (Dubrovnik) qui se bat pour garder son indépendance et ne s’attirer les foudres d’aucun de ses puissants voisins ; et enfin la troisième est la petite ville de Senjan (Senji), une place-forte dans laquelle se sont réfugiés ceux ayant fui l’avancée ottomane et qui se livrent depuis à la piraterie (non seulement sur les navires marchands venus d’Asharias mais aussi de Séresse). Bien qu’occupant une zone géographique fort restreinte, ces Senjaniens posent un véritable problème à toutes les grandes puissances alentour : l’empereur d’Obravic les a placé sous sa protection mais doit subir les foudres de Séresse qui n’accepte pas que ses navires soient pillés ; Séresse commence à perdre patience à force de voir ses marchandises disparaître et sa réputation écorner ; quand aux Osmali, ils ne peuvent évidemment tolérer qu’une minuscule cité à leur frontière se permette de leur nuire de manière aussi affichée.

Des frontières et des hommes

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’auteur n’entend pas se focaliser ici sur les principaux acteurs du pouvoir dans chacun de ses empires ou cités. Si un ambassadeur, un duc, ou même un empereur, ont bien le droit à quelques scènes, la plupart des protagonistes du drame qui se joue ici sont en réalité des personnes parfaitement ordinaires. Une guerrière avide de venger la mort de sa famille, un jeune peintre à qui on confie une commande risquée mais à même de le couvrir de gloire, un marchand, une noble déchue devenue espionne, un soldat d’élite de l’armée d’Asharias : voilà, pour faire court, le type de profils sur lesquels Guy Gavriel Kay a ici choisi de se pencher. Il s’agit en effet moins d’aborder ici les bouleversements opérés par la guerre et les conquêtes à l’échelle des empires qu’à celle des individus. La variation constante des frontières et les conséquences sur les « gens du commun » : voilà le cœur du nouveau roman du maître de la fantasy-historique. Un sujet au combien d’actualité que l’auteur traite avec sa délicatesse et sa subtilité habituelle en faisant partager à ses lecteurs la colère, la souffrance, l’impuissance ou le refus de se résigner de tous ces gens ordinaires qui ont vu leur vie totalement transformée en même temps que se remodelaient les frontières autour d’eux, que ce soit après le passage d’une force armée, ou simplement parce que la région dans laquelle ils vivent est devenue un objet de litige entre deux puissances. Guy Gavriel Kay aborde également avec cette sensibilité qui lui est propre et qui a fait le succès de ses précédentes œuvres la question du temps qui passe et des traces qu’un individus peut laisser dans l’histoire. Il ne se prive notamment pas de multiplier les références à certains de ses anciens romans, à commencer évidemment par « La mosaïque de Sarrance » dans laquelle il mettait en scène la même région du monde mais plusieurs siècles plus tôt.

Ce serait une erreur de croire une tragédie régulière, continue, même en des temps tumultueux. Le plus souvent, des périodes d’accalmie et de répit parsemèrent la vie d’un personnage ou d’un état. On observe un semblant de stabilité, d’ordre, une illusion de calme…et puis les circonstances changent en un tournemain. 

Émotion et reconstitution historique impeccable : la marque de fabrique de Guy Gavriel Kay

L’auteur mentionne ainsi l’air de rien une certaine fibule représentant un oiseau, les victoires d’un aurige exceptionnel ou encore la mosaïque sublime représentant deux impératrices, et chaque de ces références manquent de faire venir les larmes aux yeux du lecteur tant elles évoquent de souvenirs. Le roman est ainsi plein d’émotion et la mélancolie qui ne tarde pas à s’installer tient autant à ces fameux souvenirs des temps anciens qu’aux personnages en eux-mêmes. Comme toujours dans les œuvres de l’auteur, chacun des protagonistes se retrouve à un moment ou un autre confronté à un choix difficile à même de totalement bouleverser sa vie, voire, pour certains d’entre eux, l’ordre du monde. Outre ses personnages, le roman est aussi porté par la documentation impeccable de l’auteur qui tente de nous donner la vision la plus précise et la plus nuancée possible d’une époque donnée. Le contexte géopolitique est rigoureusement respecté, et il est particulièrement intéressant de voir l’auteur se focaliser sur le cas méconnu de Senji et des Uscoques (ces réfugiés ayant fui la Bosnie sous la pression des Ottomans et auxquels Georges Sand a d’ailleurs consacré un roman). Le roman fourmille également de détails qui nous permettent de nous faire une idée précise du contexte économique de la Renaissance, ainsi que de la manière dont on commerçait. Comme toujours, l’auteur cherche également à renforcer l’immersion de son lecteur en nous donnant un aperçu de la production artistique en cette fin de XVe siècle. Après la mosaïque sous Justinien, la poésie chinoise sous les Tangs, ou la musique à l’époque de la Reconquista, Guy Gavriel Kay met l’accent sur la peinture et l’essor de nouvelles techniques picturales qui donneront naissance aux chefs d’œuvre de la Renaissance que l’on connaît tous. Pigments utilisés, supports, liants, traités de peinture… : tout est là, et c’est absolument passionnant.

« Enfants de la Terre et du ciel » témoigne une fois encore du talent incontestable de Guy Gavriel Kay en matière de fantasy historique et permet aux lecteurs d’arpenter une nouvelle région du monde et une nouvelle époque. Les thématiques très actuelles évoquées, ainsi que la mélancolie qui se dégage du texte, renforcent l’émotion suscitée par les personnages qui, une fois encore, marqueront le lecteur pour longtemps une fois la dernière page refermée.

- Boudicca, le 16 novembre 2018.

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En février, Lazare en guerre à prix réduit en numérique
Posté 12 février 2019 -

Le premier tome de "La Guerre sans fin", Paria, sort dans moins de deux semaines ! À cette occasion, nous vous proposons de découvrir "Lazare en guerre" à prix réduit en numérique.
Sur Kobo, sur Emaginaire, sur Amazon et partout ailleurs.

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Johan Heliot à la Foire du livre de Bruxelles
Posté 12 février 2019 -
Le samedi 16 et dimanche 17 février, venez rencontrer Johan Heliot à la Foire du livre de Bruxelles.
Il sera en dédicace le samedi à 17h et le dimanche à 11h, 16h ainsi que 17h30.
Le dimanche à 16h, il interviendra lors de la table ronde : Frankenstein, le mythe est vivant.
 
heliot_3.jpg frankenstein_1918_s.jpg
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L’Atalante, 30 ans au compteur
Posté 11 février 2019 -

« Au départ une petite librairie de 15m2 spécialisée dans le cinéma au cœur de la ville de Nantes. Puis la librairie s’agrandit et devient édition, et du cinéma passe à l’imaginaire et à la science-fiction. C’est d’abord un catalogue étranger, dont une prise de guerre qui lui permet de se consolider : Terry Pratchett et sa saga du Disque-monde. Puis peu à peu des auteurs français, et non des moindres : Pierre Bordage avec sa trilogie des Guerriers du silence, Roland Wagner, Serge Lehman et maintenant Catherine Dufour. En 30 ans, L’Atalante est devenue l’un des piliers de la SF en France. C’est son anniversaire que nous fêtons aujourd’hui. »

Nicolas Martin, La Méthode scientifique sur France Culture – 26/01/2019

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Manuscrits
Posté 21 janvier 2019 -

Et la session de l’an passé ?

En 2018, nous avons reçu 885 manuscrits lors de l’ouverture de notre session annuelle de janvier, changement de méthode dont nous sommes satisfaits. Nous y avons trouvé une plus large proportion de fantasy (50 %) que de science-fiction (40 %) et assez peu de fantastique (10 %), sans compter les inclassables…
Plusieurs textes nous ont semblé prometteurs, mais souvent il leur manquait un petit quelque chose pour être publiables. N’hésitez pas à persévérer, à retravailler vos textes ou à en écrire d’autres. Faites-vous plaisir, surtout.
Un dernier conseil, le plus important selon nous : lisez ! Inspirez-vous, baignez dans les récits de vos prédécesseurs. Pierre Bordage, Michael Moorcock, Guy Gavriel Kay, Orson Scott Card, Ursula K. Le Guin, Jean-Marc Ligny, Becky Chambers pour n’en citer que quelques-uns. Il y a l’embarras du choix.

Lors de cette session, merveille !, nous sommes tombés sur une pépite. Il s’agit d’un roman de fantasy historique revisitant un mythe soufi. Il nous emmène en terres franques, en Syrie et en Irak. L’écriture de l’autrice est bouleversante tant par son érudition sur le sujet que par sa galerie de personnages fabuleux, tous uniques et ancrés dans leur époque et leur culture. Nous sommes heureux de bientôt publier L’Appel des Quarante, le premier opus de "La Rose de Djam", par Sandrine Alexie
   retoursur2018_manuscrits_2019_s.jpg
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L'Atalante
Posté 21 janvier 2013 -

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