En choisissant la boxe, Gaby Miranda, médaillé de bronze aux Jeux olympiques de Barcelone, croyait sortir de la misère. En choisissant de devenir écrivain, Paco Mayoral poursuit le même but. L'un défend son nom et sa renommée déclinante dans des combats de troisième zone, l'autre essuie les refus des éditeurs et consent à signer des articles racoleurs sur la violence dans le sport. C'est la mort du petit Chico Valverde au cours d'un combat clandestin de boxe opposant des enfants qui scellera leur rencontre. Au cours de son enquête journalistique, Paco découvre que Gaby entraînait cet enfant abandonné d'une riche famille barcelonaise dont les secrets sont aussi épais que les hauts murs de leur demeure bourgeoise. À travers ces destins croisés, González Ledesma - à qui l'on doit déjà Soldados, Los Simbolos et La Dame de Cachemire - brosse le portrait du désespoir et de la douleur. Le lecteur est sur le ring. Il encaisse les coups de poing du boxeur et les doutes de l'écrivain dans une Barcelone inconnue des guides touristiques. Un livre qui frappe. Direct au coeur.
Claude Mesplède
Journaliste raté, malchanceux perpétuel, Amores croit avoir séduit une somptueuse blonde. Il la suit dans la chambre d'un hôtel de passe avant de se rendre compte qu'il s'agit d'un travesti sous le lit duquel dépasse la main d'une femme baignant dans une flaque de sang. Bientôt l'endroit grouille de policiers. La morte, Maria Teresa Pau, travaillait comme secrétaire dans une banque. Sergi Llor, avocat conseil de l'établissement, enquête sur ce meurtre qui pourrait avoir pour origine une transaction douteuse réalisée par Juan Sanjuán, fondé de pouvoir de la banque et patron de la victime. Amores, toujours à la recherche d'un sujet d'article, apprend que Llor a passé la nuit avec Lauri, une mineure dont on retrouve bientôt le cadavre à l'intérieur d'une armoire, dans la chambre d'hôtel d'une prostituée. L'inspecteur Mendez, qui connaissait bien Lauri, commence à sérieusement s'intéresser aux activités de Juan Sanjuán et à ses multiples relations. Dans cette troisième enquête conduite par l'inspecteur Ricardo Méndez (après La Dame de Cachemire), cet attachant personnage donne toute sa dimension humaine au récit. Enquêteur désabusé, il s'est forgé sa propre morale et reste toujours du côté des petites gens. L'intrigue, compliquée à démêler, est entrecoupée de quelques scènes érotiques inhabituelles sous la plume du romancier qui ajoute un nouvel et brillant épisode à sa saga de Barcelone et de ses quartiers pauvres.
Claude Mesplède
Février 1936, le Front populaire accède au pouvoir en Espagne. L'avocat barcelonais Fernando Samper, emprisonné par l'Ancien Régime pour avoir combattu les armes à la main, est libéré. Comme son employeur et ami, le progressiste Francesco Peiro, vient de mourir, il se trouve sans travail et accepte d'être embauché par le vieux financier Rusiñol pour défendre les intérêts de sa banque. Mais les événements se précipitent. Franco et les militaires qui soutiennent les Nationalistes déclenchent la guerre civile. Samper doit partir pour le front avec l'éboueur Alberto Ochando et González Conde, un modeste employé de bureau qui grimpera vite dans la hiérarchie militaire pour devenir un meneur d'hommes redoutable. D'autres, plus malins, n'ont pas pris part à ce terrible conflit. Ils se contentent d'en attendre l'issue, cachés autour de Barcelone ou en exil à l'étranger avec l'espoir que les affaires vont reprendre. Comme Los Símbolos ou Soldados, Los Napoleones s'inscrit dans un cycle historique consacré à Barcelone, la ville natale du romancier. Écrit en 1964, mais publié seulement en 1977, cette passionnante saga, illustrée par quelques magnifiques portraits de femmes et les destins croisés de divers personnages des deux camps, met en évidence l'itinéraire de ceux que l'auteur appelle « Los Napoleones », des affairistes qui traversent chaque époque et chaque régime avec la réussite financière comme unique credo.
Claude Mesplède
« Soldados est de ces romans magiques qui plongent le lecteur dans un abîme de bonheur pensif et dont la lecture s’accommode mal des interruptions tant l’univers qu’elle tisse s’impose jusqu’au bout comme, dans le silence, le dernier souffle d’un mourant. »
Patrick Raynal, Le Monde.
Il y a fort longtemps, dans un bordel fréquenté par les artisans et les ecclésiastiques de Barcelone, naît un enfant étrange. A cinq ans, son visage est celui d'un adulte et il se nourrit de sang. Quantd il a sept ans, sa mère accusée de sorcellerie par l'Autre, est exécutée. Il survivra alors seul, au fil des siècles, se cachant, changeant d'identité et de métier quand ceux qui le côtoient s'aperçoivent qu'il ne vieillit pas, échappant plusieurs fois à l'Autre qui le pourchasse à travers les siècles. Aujourd'hui, Marta Vives, belle jeune femme, stagiaire dans un cabinet d'avocat, est amenée à croiser sa route, et à s'interroger sur l'histoire de sa propre famille, liée à la guerre en4re les deux éternels, ainsi qu'à celle que se livrent, depuis fort longtemps, les libres-penseurs et les tenants de l'orthodoxie religieuse.
Avec La Ville Intemporelle ou le Vampire de Barcelone, Francisco Gonzalez Ledesma fait une belle déclaration d'amour à sa ville et aux femmes qui en ont été, et en reste, l'âme. Peut-être plus encore que dans ses polars habituels c'est bien Barcelone le personnage central de ce dernier roman. Barcelone que l'on voit changer, étouffer, grandir, saigner, changer, souffrir, s'enrichir, vivre... du Moyen Âge à nos jours. Barcelone qui, comme toujours, est indissociable dans l'oeuvre de Ledesma de ses habitants, et plus particulièrement des plus pauvres, de ceux qui l'ont construite, nourrie et fait palpiter. Barcelone qui au cours des siècles s'est construite sur ses morts et ses ruines, et qui s'est empressée de les oublier. C'est à ce passé oublié que Ledesma rend hommage.
Il le fait pour la première fois, au travers d'un récit fantastique, mettant en scène le combat permanent entre le Bien et le Mal, Dieu et le Diable, ceux qui croient et ceux qui douotent, ceux qui prônent l'Obéissance et ceux qui veulent la réflexion et la discussion. Un combat qui ne s'achève bien entendu pas à la fin du roman...
Comme toujours chez le créateur de Mendez, il ne faut pas attendre une trame serrée et de l'action. Il écrit une histoire de vampire sans terreur ou presque, sans péripéties ou presque, sans combats titanesques entre forces surhumaines. Son récit fantastique, comme ses romans policiers, utilise le genre comme un prétexte à écrire, encore et toujours, la même histoire. Celle d'un souvenir mélancolique aux couleurs sépia, hommage à tous les anonymes qui sont l'âme de Barcelone. Francisco Gonzalez Ledesma se renouvelle en réécrivant le roman qu'il écrit depuis ses débuts. Ce qui est la marque de grands auteurs.
Jean-Marc Laherrère, actu-du-noir, 15 octobre 2008
Olivier VERSTRAETE, Radio Cité Vauban, 11 novembre 2008
Avec ce roman aux couleurs de l'Espagne, Francisco González Ledesma
fait de Barcelone l'un des éléments principaux de son récit.
L'architecture de la ville, son histoire, l'aspect social qui régit la
vie de ses habitants… Autant de détails retranscrits de façon
minutieuse et complète, de sorte que le lecteur puisse en apprendre un
maximum sur la cité sans pourtant jamais y avoir mis les pieds. Le
traitement narratif de l'auteur consiste d'ailleurs à faire évoluer la
capitale catalane comme un personnage à part entière, tel un être
vivant.
Barcelone est une ville peu exploitée dans les récits vampiriques.
Habitués à lire des histoires préférant prendre pour cadre les rues
Parisiennes ou les cimetières Londoniens, les lecteurs du roman se
voient ainsi immerger sur un tout nouveau terrain d'aventure. L'auteur
aime sa ville, cela transparaît clairement dans ses écrits, tout comme
son respect de la gent féminine dont il s'applique à décrire l'immuable
courage ainsi que son dévouement à de justes causes au fil des périodes
historiques que couvre le récit.
La ville intemporelle ou le vampire de Barcelone nous entraîne
donc aux côtés de la jeune Marta Vives en quête des secrets que
recèlent ses origines familiales. En parallèle, nous suivons le destin
d'un vampire bien singulier qui accumule les expériences en compagnie
de mortels célèbres ou anonymes, s'imprégnant à chaque fois de leurs
espoirs, leurs peines, leurs génies ou leurs cruautés. Autant de
tranches d'existences qui font de notre immortel un témoin vivant
traversant plusieurs périodes clés de l'histoire de la ville. L'auteur
profite de ce contexte pour divulguer une quantité non négligeable
d'informations. Un peu à la manière du film Highlander, nous voyons le
vampire parcourir les siècles sans subir les outrages du temps et en
endossant de multiples identités, à cette exception près dont le
personnage immortel ne s'éloigne que rarement de la cité qui l’a vu
naître. Un seul être en ce monde semble réellement connaître son
existence : ‹‹ L'Autre ››, sur qui nous n'apprenons finalement que peu
de chose au cours du roman, excepté le fanatisme qui anime ce dernier
et son penchant à faire le mal.
Francisco González Ledesma interprète le mythe du vampire de façon
original à bien des égards. Le non-mort dont nous suivons le périple
est asexué, fait extrêmement rarissime pour les créatures telles que
lui. Il a été enfanté et possède même une mère biologique malgré les
conditions pour le moins anormales de son enfance. Cette particularité
le place encore un peu plus à l'écart de l'habituelle figure vampirique
que nous connaissons. Les signes caractéristiques du vampire sont quant
à eux réduit à leur plus simple expression : à peine sait-on que le
personnage a besoin d'une ration quotidienne de sang pour survivre, que
sa peau est empreinte d'une certaine pâleur et que sa force physique se
situe au-dessus de la moyenne. Sa relation avec le sang est par
ailleurs des plus rudimentaires : il ne se substante que par nécessité,
jamais par plaisir. En outre, le vampire du récit ne craint absolument
pas les rayons du soleil bien que par nature, il privilégie
l'environnement nocturne sans pour autant en dépendre. Il peut même
s'alimenter, en petite quantité, avec de la nourriture ordinaire comme
n'importe quel être humain normal.
Roman original et instructif donc, mais également pourvu d'une grande
intelligence. L'auteur n'hésite pas à confronter ses lecteurs à
certaines questions d'ordre religieuses avec lesquelles sont remises en
questions les origines même du bien, du mal, de Dieu et de Satan. Une
profonde réflexion sur la foi et la vie éternelle qui ne ralenti
nullement le rythme du récit. Deux regrets subsistent toutefois : la
fin tout d'abord qui laissera peut-être le lecteur sur sa faim comme ce
fut mon cas, ainsi que cette sensation tenace comme quoi le vampire
n'est en fait qu'un prétexte utilisé afin d'explorer les arcanes
historiques de la ville à travers les yeux d'un seul et même être
vivant.
Allié à une structure narrative ne tombant jamais dans l'incohérence malgré l'abondance de détails, La ville intemporelle ou le vampire de Barcelone
se place néanmoins dans les œuvres à ne pas manquer, bien qu'ayant peu
de point en commun avec la figure vampirique traditionnelle.
Asmodée, Vampirisme.com, 26 septembre 2008
Attention, chef d'œuvre ! On connaît bien Gonzalez Ledesma à Vienne puisqu'il est venu à "Sang d'encre" et que sa présence fut un temps fort du Salon. Une quinzaine de romans traduits en français, chez L'Atalante et Gallimard, ont mis à jour les talents d'un auteur dont le dernier ouvrage a connu un très vif succès en Espagne.
Catalan, dans ce qu'il y a de meilleur, sans chauvinisme, il retrace l'épopée de sa ville au travers de plusieurs siècles jusqu'à nos jours dans une noirceur réaliste qui permettra à ceux qui connaissent l'envers de la Cité des Prodiges, comme l'a décrite Mendoza dans un autre livre fabuleux, de retrouver des lieux mythiques. On plonge dans les bas quartiers, dans la cité en pleine efferverscence commerciale, dans la boulimie immobilière, dans les révolutions, les combats populaires. Une foule de gens se croisent, politiciens, prostituées, petits et grands fonctionnaires, capitaines d'industrie, journalistes, ouvriers, sous l'œil d'un narrateur immortel, un vampire qui n'est pas aussi diabolique qu'il le croit...
François Joly, La Tribune de Vienne et de l'Isère, n°2470, janvier 2009.
Léché, soigné, mais aussi viscéral, tantôt détaché tantôt personnel, le Vampire de Barcelone ne laissera personne de marbre – La ville intemporelle, elle, entraîne le lecteur que je sais que vous serez, dans les méandres des peurs les plus intimes, au cœur des feux millénaires alimentés par le doute et les superstitions.
Un livre à consommer sans modération aucune, à prêter, à lire, à relire surtout.
Ledesma signe là un ouvrage à plusieurs profondeurs, abyssal.
Qui pourrait imaginer, s’il ne le connaît pas, que Francisco González Ledesma a plus de 80 ans, qu’il a survécu à l’arrivée des troupes franquistes à Barcelone, qu’il a subit les quarante années de dictature, qu’il a écrit plus de 500 pulps sous le pseudo de Silver Kane, qu’il a été avocat, journaliste, rédacteur en chef … ? Qui ? Personne à la lecture de Un roman de quartier. C’est un roman qui a l’enthousiasme, la verve et la verdeur d’un roman de jeune homme.
Mais c’est également un Mendez à 100 %.
100 % Barcelone bien entendu ; 100 % nostalgique des vieux quartiers populaires, des vieux bars, de l’animation des rues ; 100 % admiratif des femmes dont il dresse, une fois de plus de magnifiques portraits, de toutes les femmes, qui luttent avec dignité pour s’en sortir dans un monde qui, depuis toujours, les opprime ; 100 % tendre avec l’humanité souffrante.
Et toujours cette parole chaleureuse, drôle, cette humanité qui est celle de l’homme, éclatante, évidente quand on a la chance de le rencontrer, et qu’il sait si bien faire passer dans ses romans.
Encore plus étonnant, à côté de ces qualités que ses lecteurs connaissent et apprécient depuis longtemps maintenant, ce nouvel épisode de la saga Mendez fait preuve d’une vigueur étonnante : plus de scènes d’actions, des accélérations inattendues, des scènes de castagne inédites …
Non, Francisco González Ledesma n’est plus un jeune homme, c’est un homme qui semble rajeunir d’année en année. Pourvu qu’il dure encore 100 ans.
Jean-Marc Laherrère - Actu du noir
[...] Si vous voulez savoir comment fonctionne la police de Barcelone, comment se répartissent les rôles entre police nationale et police catalane, comment on obtient un mandat, le rôle des avocats etc. … Laissez tomber, ce roman n'est pas pour vous.
Si vous aimez les vieilles rues de Barcelone, si comme Mendez et Ledesma vous pensez que, lorsque plus personne ne se rappellera de vous vous mourrez un seconde fois, si vous aimez l'humour âpre de ce vieux flic, son humanité ; si un peu de tendresse ne vous fait pas peur … Précipitez-vous sans hésiter.
Toute la thématique de Ledesma, tout son travail de mémoire, roman après roman, pour que ne meurent pas la Barcelone populaire qu’il a tant aimé, les anonymes qui se sont battus aux heures les plus noires, les maîtres d’école qui ont continué à enseigner, les femmes qui ont lutté pour nourrir leur famille et conserver leur dignité … Toute ces choses qu’il ne veut pas oublier pour qu’elles ne meurent pas deux fois. [...]
Un grand roman qui prend aux tripes, fait naître en quelques lignes le sourire, le dégoût, la haine et l'envie de pleurer. Un concentré d'humain chaleureux, qui tient chaud, même sous la neige ! [...]
[...] Ça fait toujours plaisir de retrouver Méndez, son humanité, sa compassion pour les éternelles victimes, à commencer par les femmes et les enfants, son doux cynisme, ses écarts de langage, son attachement viscéral au passé. Lui l'ami des chiens errants et des prostituées à la retraite, Lui le reliquat et le témoin d'une époque révolue, celles des espérances collectives, celle des quartiers populaires et turbulents, des ouvriers passés on ne sait où et des quartiers industriels rasés et remplacés depuis par des quartiers d'affaires.
Il ne faut pas mourir deux fois, dit-il à la jeune femme meurtrière autant que victime. Ne pas ajouter l'oubli à la mort. La mémoire, thème central chez González Ledesma. La mémoire des lieux et de Barcelone en particulier, des disparus, des vieilles rues et des murs sur lesquels glissent les ombres des vieillards ou des souvenirs.
Et puis on retrouve aussi ce style gouleyant et plein d'humour (du pince-sans-rire au grivois en passant par le comique de répétition), cette faculté de poser le décor en quelques mots, sans oublier cette joyeuse manie de balancer un juron juste après une phrase savamment ornementée. [...]
Il ne faut pas mourir deux fois, un roman de Francisco Gonzalez Ledesma.
Un nouveau Ledesma, c'est un voyage assuré. Et quel voyage ! Un périple épicé en diable dans le vieux Barcelone, celui de la légende, des ramblas et du barrio chino. Et de plus avec un guide de choix, qui connaît par coeur le passé de son Barcelone à lui, tout en verve et en poésie, s'éteignant doucement en même temps que l'agitation trouble et l'identité de sa ville. L'inspecteur Ricardo Mendez, dont voici la dixième enquête (il apparut pour la première fois voilà près de trente ans dans Le dossier de Barcelone), traîne une fois de plus ses rhumatismes et sa nostalgie dans les quartiers populaires de sa ville, se heurtant cette fois à un dossier qui part dans tous les sens, dont les différents éléments, aussi disparates que possibles, vont se rejoindre pour révéler une machination bien noire...
On l'a compris, le personnage principal des romans noirs de Ledesma, c'est Barcelone, cette capitale de la Catalogne grouillante de vie et imprégnée d'art... Et quand l'auteur apporte à son texte dant de gouaille et d'empathie, on ne peut qu'être séduit, en attendant de (re)partir faire un tour en Catalogne.
Christian Robin,Courrier français 04.03.2011
Fellini revu par Almodovar.
Il ne faut pas se fier au surtitre "Une enquête de
l'inspecteur Méndez" de la quatrième de couverture et s'attendre à un
polar à l'ancienne : il y a autant de différence entre, disons, un
Wexford et un Méndez qu'entre une tasse de thé dans un pub Londonien et
un shot de tequila arrosé d'une pinte dans une calle de Barcelone. L'un
et l'autre peuvent se savourer, mais pas de la même façon ni au même
moment... Retour de Méndez donc, le vieux chien méprisé de tous, flic au
bord de la retraite, au bord de tout, mais qui refuse néanmoins
d'abandonner son os tant qu'il ne l'aura pas rongé jusqu'au bout...
Francisco
González Ledesma commence fort avec une série de faits chocs
apparemment sans rapports : un pacte de suicidés qui fait qu'une femme
tue son mari au moment même de leur mariage, l'horreur d'une maison où
l'on prostitue une jeune trisomique, l'itinéraire d'un tueur à gages de
fortune qui porte la taule en lui, sur lui comme une seconde peau...
Tout ce petit monde digne d'un film de Fellini revu par Almodovar semble
s'agiter au ralenti, suivant son itinéraire du zéro à l'infini jusqu'à
un final assez extraordinaire dans lequel, bien sûr, toute les pièces
s'emboîtent — et dans lequel l'auteur démontre que lui aussi peut faire
dans le grand spectacle s'il le veut.
S'il décrit l'horreur au
quotidien, la patine des choses et le long cheminement inéluctable qui
mène à un moment de violence absurde, Francisco González Ledesma le fait
de façon factuelle, réservant ses plus belles pages à des descriptions
empreintes d'une sorte de lyrisme doux-amer, le tout se clôturant en
beauté par un dernier chapitre fuligineux qui donne une touche
profondément humaniste à l'ensemble. Mais Francisco González Ledesma
semble mépriser les gros effets de cymbale, préférant une petite musique
qui devient de plus en plus entêtante au fur et à mesure du roman.
Loin de l'intrigue complexe, des personnages fouillés, c'est cette
impression lancinante qui reste en mémoire, celle d'avoir parcouru le
même chemin que les personnages (fussent-ils peu reluisants) sous
l'égide d'un démiurge diabolique. C'est ce qui fait de Francisco
González Ledesma un auteur décidément hors norme, aidé par une
traduction qu'on imagine impeccable. Le tout avec la qualité de
fabrication habituelle des livres de L'Atalante qui en fait un ouvrage
qu'on a plaisir à mettre en avant dans sa bibliothèque. Ce qui n'est pas
négligeable non plus…
Thomas Bauduret - k-libre
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