LA RUE
« Tous meséditeurs savent que mes romans sont nés dans la rue, dans les quartierspopulaires, dans les salles de cinéma du samedi soir. Dans les coins de rue deBarcelone et de Madrid palpite une vérité secrète, et dans chacun d'entre euxse cache une histoire écrite par les hommes et les femmes d'aujourd'hui, lesfillettes qui un jour ont fait un rêve, et les combattants d'autrefois qui nesont plus à présent que des ombres.
L'Atalante, àtravers mes romans, a recueilli quelques-unes de ces vérités secrètes. Parexemple, dans Ciné Soledad,l'histoire d'un jeune boxeur qui a prétendu, un jour, dominer le monde grâce àses poings comme il avait rêvé de le faire en voyant, dans son cinéma dequartier, les films sur des champions de boxe. Et c'est aussi l'histoire d'unjeune écrivain qui, un jour, dans un coin de rue, a rencontré une jeune filledont il est tombé amoureux et, dans un autre coin de rue, s'est lancé dans lalecture des poètes.
Ou encore Les Rues de Barcelone, où deux femmessont capables de commettre le même crime pour préserver le monde qui a toujoursété le leur, celui de leurs petites vérités, de leurs amours et de leurs rues.De fait, les villes créent peu à peu des vérités qui, sous la plume desécrivains, finissent par devenir leur âme.
Méndez, le vieuxpolicier désabusé de Chroniquesentimentale en rouge, ne croit pas en la loi des tribunaux mais en cellede la rue. Et cela l'entraîne à enquêter dans des appartements où il estcertain de trouver non seulement un mort, mais aussi une fenêtre où unefillette essaie de cultiver une fleur. Méndez, ce vieux pessimiste, sait bienqu'il y a toujours un petit recoin pour la compassion et pour l'espoir.
Dans mon cœurd'écrivain solitaire, il y a toujours une place pour le souvenir des événementsqui ont marqué ma vie d'enfant et ma jeunesse de malheureux combattantanti-franquiste.
Dans Soldados, j'ai évoqué des gens que j'aiconnus, trois hommes qui accomplissent jusqu'au bout leur devoir, en sachantque pour préserver sa dignité on doit entreprendre une guerre. Les deux autresprofessions que j'ai exercées (avocat et journaliste) m'ont permis de pénétrerau plus profond d'une société qui,durant bien des années, a vécu dans l'oppression et le mensonge.
Et c'est cela mêmequi caractérise les personnages de LosSimbolos, victimes et combattants decette Barcelone amère que fut la Barcelone de l'après-guerre franquiste. Los Simbolos, c'est une histoired'hommes qui ont su garder la foi, mais aussi celle de deux femmes - mère etfille - qui ont planifié une vengeance àlong terme.
Je me suistoujours plu à penser que mes romans - pour la plupart d'entre eux nourris defaits réels - peuvent permettre au lecteur de découvrir une partie del'histoire de mon pays, et surtout de ma ville, ou, tout au moins, qu'ilspeuvent l'aider à la comprendre... Ainsi LosNapoleones, Le Dossier Barceloneet Soldados constituent un cycle romanesque qui garde d'étroites relationsavec la vie réelle, cette vie que l'auteur - avec l'aide inestimable du lecteur- essaie de faire sienne pour toujours. »
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