On ressort de ce livre comme d’un film de David Lynch ; le
rapprochement avec Lost Highway est d’ailleurs introduit par Fabrice
Colin à plusieurs reprises. Deux réalités, chacune très changeante sont
présentées et la tentation de les superposer, de les recouper est
toujours frustrante. On se raccroche à quelques indices (la parenté
Estel/Stella, l’impuissance de Kenneth et la toute-puissance du
samouraï, etc.), on croit voir dans une partie la réécriture
fantasmagorique comme une compensation de l’autre mais il reste des
zones inexplicables, des sables mouvants qui engloutissent toute
tentative de rationalisation. On s’est fourvoyé, on était pourtant
prévenu dès la page 43 par l’explication donnée par le docteur Lazare :
" Le travail du romancier […] consiste à fixer sur papier une matière
toujours en mouvement. Certains donnent à cette matière le nom quelque
peu galvaudé de réalité. " On assiste à un questionnement paranoïaque
et à ce titre dickien, le conflit sino-américain évoquant aussi le
présupposé de départ du Maître du Haut-château, sur la notion de
réalité.
[...]
Fabrice Colin s’amuse avec les clichés des films d’aventure américain (la réplique Sayonara Baby est tirée de Terminator)
et rend avec une acuité exceptionnelle l’expérience vertigineuse et
douloureuse de vie et de mort, aux antipodes d’un prédictible scénario
hollywoodien. Il défie son lecteur de lâcher ses repères et de le
suivre dans un flash éblouissant dont le prix peut être l’overdose.
Congratulations Colin-san.
Nathalie Ruas, ActuSF
(...) Voilà ce qui s'appelle un petit ovni dans le monde de la BD ! Cette BD est un véritable petit bijoux pour qui aime les années 50 ! Les dessins sont certes particuliers, mais ils ont ce charme qui sied tout à fait au scénario, et surtout à l'ambiance inhérente à cette histoire : c'est simple, cela fait l'effet de se retrouver dans ce piano-bar un peu déjanté de Pulp Fiction. Ambiance décontractée et fifties, certes, mais le véritable atout reste dans les dialogues...
Sur ce point, le travail de Fabrice Colin est en tous points remarquable : on ne s'ennuie pas une seconde et on se marre sans vergogne à la lecture de toutes ces piques et de tous ces cassages en règle dont Gordo est tour à tour l'auteur et la victime. On a vraiment l'impression que ce singe est un être humain, rien à voir avec la façon de rendre les animaux humains dans Blacksad par exemple : ici c'est le mot et le verbe qui priment sur les apparences !
Une BD qui sort du lot, et qui vaut vraiment le coup d'être découverte ou d'être offerte...
Clark, Les Chroniques de l'Imaginaire, 4 juillet 2008
(...) Mêlant humour et côté un peu thriller, Gordo, un singe contre l'Amérique, séduit par ses multiples ambiances et son côté "classiques hollywoodiens" qui évoque de nombreuses personnalités connues. Innovante, cette BD se distingue par les traits précis de Fred Boot qui a signé là des planches très réussies par leur côté sombre et raffiné à la fois. Le tout est égayé de couleurs artificielles "informatisées" qui donnent toute sa qualité à l'ouvrage.
Comme l'histoire ne manque pas d'intérêt, cette bande-dessinée réalisée par Fred Boot, mérite vraiment d'être découverte, mais plutôt par des lecteurs adolescents ou adultes. "Son esthétique est marquante, commente le critique Mickaël Demets sur le site Evene. Alliée au talent de conteur de Fabrice Colin, cela aboutit à l'une des bandes dessinées les plus étonnantes de l'année".
Les Informations, août 2008
L'histoire part d'un fait réel, le suicide d'une actrice qui s'est jetée de la lettre H d'hollywood, sur la colline de Los Angeles. Fabrice Colin et Boris Beuzelin ont remonté la piste, brodant une histoire à rebours pour expliquer ce geste. L'album emmène le lecteur d'Hawaï à Los Angeles en passant par New-York. Une ballade en noir et bleu qui rappelle les films des années 1930.
ouest-france, 30 août 2008
Casting trois étoiles pour la vie de Gordo, amoureux de Lauren Bacall, ami de Frank Sinatra, filé par Elvis Presley, délaissé par sa maîtresse Shirley Winter au profit de Wernher Von Braun, et qui dialogue même post-mortem avec Humphrey Bogart pour ce qui est l'un des moments les plus drôles de l'ouvrage. Car on n'apprend pas au vieux singe à faire des grimaces et Gordo sait y faire en matière de réparties et d'humour, ce qui rend d'office la lecture agréable. Ses aventures, totalement décalées, et à la fois tellement dans l'univers des fifties, sont elles aussi déroutantes, nous ramenant à une époque qu'on pensait avoir oubliée. Le dessin est porté par des couleurs magnifiques plutôt qu'un trait de crayon précis (...)
Gordo se dresse donc devant l'Amérique et même si c'est le premier qui va y laisser des plumes, ce sera au prix d'une bande-dessinée immanquable portée par un personnage remarquable, qui nous rend presque nostalgique d'une époque révolue.
L'Avis des Bulles, septembre 2008
« Évidemment que j'ai failli. Devenir humain, c'était mon idéal... »
Gordo, de Fabrice Colin (au scénario) et Fred Boot (au dessin), est sorti en juin 2008. C'est donc avec un peu de retard que nous en parlons ici, mais il serait dommage de ne pas évoquer cette BD originale et réussie. [...]
Dans les années 50, Gordo est une star. C'est aussi, et avant tout, un singe devenu intelligent et presque humain. Alors que le succès et les femmes lui tombent dans les bras, il découvre, dans le journal intime de sa petite amie - qui le trompe - une information qui pourrait faire trembler le gouvernement américain. À la fois par vengeance envers sa dulcinée et par égard envers ses propres origines, il décide de subtiliser le journal et de le cacher en lieu sûr, avant de décider quoi en faire. Mais très vite, la CIA et le KGB se mettent à ses trousses, les premiers pour étouffer l'affaire et les seconds pour l'exploiter. Embarqué dans une histoire qui le dépasse, Gordo trouve refuge auprès de son ami Frank Sinatra.
Gordo est avant tout une histoire comme seul le cinéma américain des années 50 savait en produire : un polar qui voit un homme plongé malgré lui dans une affaire dont les conséquences le dépassent, et qui croisera, durant sa fuite, le chemin inévitable d'une femme fatale. On pense à La Mort aux trousses d'Alfred Hitchcock, même si le propos ici est différent. Colin et Boot ajoutent une dose d'humour noir dans les paroles de ce singe étonnamment humain qui, comme tout bon héros de polar qui se respecte, cède bien volontiers aux charmes de l'alcool. Entre flashbacks et déroulement de l'intrigue, on suit avec plaisir ses pérégrinations dans un scénario efficace et cohérent. Les auteurs ne négligent pas les détails pour rendre Gordo crédible, comme la démonstration de son agilité à grimper aux arbres. Mais Gordo, c'est aussi le symbole du rêve américain déchu. Ce singe qui voulait tant nous ressembler finit, de façon assez ironique, par subir la nature manipulatrice de cette chère humanité. Accueilli par un pays où tout semble possible, il découvrira que le mensonge se cache toujours derrière les apparences avenantes. Héros encensé mais bien vite sacrifié sur l'autel du bien commun : tel est le sort de ceux qui croient naïvement à la bonté de l'Oncle Sam. Ce discours critique sur le rêve américain montre un pays pétri de contradictions et peu regardant sur la moralité - et qui s'en accommode fort bien. Finalement, Gordo atteindra bien le statut d'humain puisqu'il ressentira ce qui en fait l'essence : souffrance, frustration, désespoir.
Fabrice Colin introduit une dimension supplémentaire en choisissant, pour cadre à son histoire, les paillettes d'Hollywood - comme dans son album suivant, Nowhere Island. Encore une fois, il s'agit de montrer que les apparences sont trompeuses, et que le glamour des stars hollywoodiennes cachent des désillusions profondes. Comme le dit Gordo en parlant des étoiles qui brillent dans le ciel : « J'ai toujours eu un faible pour les étoiles d'Hollywood. Un adage tiré de la sagesse populaire voudrait que ces chéries soient déjà mortes au moment où leur lumière nous parvient ». La métaphore n'échappera à personne... La déchéance succède irrémédiablement au succès, et Gordo en fait les frais. Colin convoque ainsi, pour sa démonstration, des figures bien réelles comme Frank Sinatra, Lauren Bacall ou Elvis Presley. Comme s'il voulait faire du drame de Gordo une histoire vraie. Car Colin aime jouer avec la réalité et les liens qui l'unissent à la fiction. Avec habilité, il intégre son histoire dans l'Histoire, introduisant du vrai dans le faux, et réciproquement. Son scénario est particulièrement bien documenté et inventif à la fois. Il n'en a que plus de sens.
Un graphisme surprenant
Pour mettre en images cette histoire singulière, il fallait adopter un graphisme qui ne l'était pas moins. Fred Boot remplit sa tâche avec succès. On retiendra tout particulièrement la puissance des ambiances - le plus souvent sombres - accentuées par une colorisation sobre mais qui fait mouche : peu de couleurs, peu de détails ou de dégradés, mais une adéquation idéale avec les émotions et les impressions du héros. De même, les différentes périodes (passé et présent) ont chacune des teintes distinctes permettant de les situer rapidement. À part ça, le trait est épuré, dynamique, rappelant parfois le cartoon. Les visages, taillés à la serpe, n'en sont pas moins expressifs. Tout ceci est un peu surprenant au premier coup d'œil, mais on s'y fait vite, et cela procure à cette BD une identité graphique peu commune.
Une réussite originale
La collection " Flambant 9 " de L'Atalante ne cesse de confirmer son statut de vivier à talents. Gordo est en une nouvelle preuve. Si on connaissait celui de Fabrice Colin, on découvre ici celui de Fred Boot. Cette vision amère du rêve américain, sur le ton du polar, contribue à faire vivre un art en perpétuel renouvellement. Chapeau.
Jérôme Lavadou, ActuSF, février 2009.
Fabrice Colin, auteur parisien, s'est déplacé pour présenter son nouveau livre, Engagés ! aux lycéens d'Appert. Quatre classes ayant étudié le livre avec leur professeur de français ont pu poser des questions sur la genèse de l'ouvrage. "Ce titre aux allures de slogan désigne ces milliers de femmes et d'hommes qui maintiennent vivantes les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité", a déclaré l'écrivain. Engagés ! est sélectionné pour le prix littéraire qui sera décerné fin mars par un jury d'élèves.
A noter : Engagés ! Pour mieux résister au vieux monde ; propos recueillis par Fabrice Colin ; collection "Comme un accordéon", aux éditions L'Atalante.
Ouest France, 31 janvier 2009.
Dans une sorte de Ligue des Gentlement Extraordinaires à la française, les deux auteurs signent une uchronie intelligente et subtile, au fil d'un récit dense construit comme un comics américain
Prévu en six volumes (dont les trois premiers sont annoncés pour cette fin d'année 2009), ce récit hors normes nous permet également de retrouver Gess, le dessinateur des huit premiers tomes de Carmen McCallum. (suite)
Une dose de La Ligue des Gentlemen extraordinaire , une dose de BPRD, une large rasade de feuilleton des années 20-30, un soupçon de surréalisme… Le tout servi sous forme de vrai-faux « comics » par deux pontes du fantastique à la française sur une base de politique fiction à fort relent d’Uchronie. Improbable ? Non, Chimérique. Lehman et Colin, qui aiment à tester les limites de la bande dessinée dans ce qui reste leur domaine de prédilection, le récit de science-fiction, se lancent à leur manière dans le récit de super-héros.
Les deux hommes ancrent leur univers dans l’imaginaire traumatique de l’Entre-deux-guerres. Le postulat ? Les armes interdites et les technologies naissantes - gaz, radium, rayons X – auraient engendré une génération de surhommes dont l’action était à même de changer le cours de l’Histoire. Les premiers super-héros européens…
Cinéma, littérature, comics, légendes, science, histoire… Serge Lehman et Fabrice Colin ont pioché dans toute la culture populaire pour créer une série foisonnante, complètement folle, qui multiplie les croisements inattendus et les apparitions jouissives. Superman, le diabolique Docteur Mabuse de Fritz Lang, André Breton, les travaux de Marie Curie, le légendaire Golem ou les personnages de Kafka se rencontrent dans une intrigue aussi farfelue qu'excitante, sur fond d'une Europe en crise à l'orée de la Seconde Guerre mondiale, partagée entre le fascisme et le communisme. Chaque volume contient deux épisodes qui, à chaque fois, révèlent un univers encore plus profond et débridé que prévu.
Visiblement, les deux scénaristes ont bien retenu la leçon d'Alan Moore, et gérer avec malice la surenchère de l'intrigue pour ne jamais lasser le lecteur, et conserver le rythme trépidant de ces aventures abracadabrantes. Graphiquement, le travail de Gess rappelle par instants celui de Mike Mignola, schématique et dynamique, d'autant que La Brigade chimérique sait, comme Hellboy, enchevêtrer les univers avec talent.
Une série atypique dans la bande dessinée française, très ambitieuse, dont on attend la suite avec impatience.
Mikaël Demets, evene.fr, août 2009
On connaissait déjà Serge Lehman et Fabrice Colin scénaristes de bandes dessinées. Leur association nous vaut aujourd’hui une œuvre ambitieuse et un tantinet iconoclaste : la Brigade chimérique se présente comme une tentative française (oui, oui) de comic super-héroïque. Un programme audacieux et pour le moins alléchant.
Très vite – dès le titre ? –, une référence vient immédiatement en tête : la fameuse Ligue des gentlemen extraordinaires
d’Alan Moore et Kevin O’Neill. Serge Lehman et Fabrice Colin ont en
effet trouvé leurs héros tout prêts dans la littérature et le cinéma de
l’entre-deux-guerres (et sa réalité…). Pas nécessairement dans la seule
culture populaire : de Zamiatine à Kafka en passant par Fritz Lang et Jacques Spitz, c’est tout un pan de la culture européenne (en science-fiction et en fantastique) qui sert ici de source d’inspiration.
Mais le ton se montre assurément plus grave (et moins ouvertement « fun ») que dans le comic
de Moore : les auteurs nous décrivent rien de moins que « la fin des
super-héros européens », dans une Europe en proie au totalitarisme
(« Nous autres » à Moscou, le Docteur Mabuse à Métropolis, Gog à Rome,
la Phalange en Espagne), et à la veille de basculer dans une nouvelle
guerre mondiale. Les autres pays sont également dominés par les
super-héros « nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle
des gaz et des armes à rayons X » ; mais ils ne sont pas forcément
beaucoup plus fréquentables… Les alliances se dessinent déjà,
définissant l’avenir de l’Europe… et de ses super-héros.
Les auteurs savent
incontestablement nous accrocher, à la manière des meilleurs
feuilletonistes, et concluent chaque épisode sur un cliffhanger de bon aloi. Un bon point pour eux.
On fait confiance aux auteurs pour nous régaler dans les
épisodes suivants, tant ils ont placé la barre haute dès ce premier
volume.
L’histoire est belle et bien intrigante – pour ne pas dire
encore un peu (trop ?) floue… – et les personnages hauts en couleur,
« surhumains » ou non. En outre, à l’instar de la fameuse bande
dessinée d’Alan Moore précitée, le plaisir du lecteur se double d’un
jeu de piste de références plus ou moins cryptiques, merveilleuse
occasion de faire des découvertes enrichissantes. Sur le plan du
scénario, rien à redire ou presque.
On attend la
suite avec impatience. Preuve que cette tentative de comic super-héroïque à la française est une belle réussite.
La France tient enfin sa Ligue des Gentlemen Extraordinaires !
Un parallèle simple, voire
simpliste sans
doute, mais qui n'en est pas moins vrai, quand bien même ne faudrait-il
pas
limiter à cela cette tentative de « comics » à la
française
audacieusement publiée par les éditions L'Atalante.
Serge Lehman et Fabrice
Colin
avaient envie depuis un certain temps de mettre à profit ce patrimoine
oublié
de nos – nombreux ! - héros
des débuts
du 20ème siècle et l'on comprend mieux après lecture pourquoi Fabrice
Colin s'était
exprimé à plusieurs reprises sur son blog en espérant que la série
trouve son
public.
Car elle le mérite assurément
et
quoi de plus logique que de nourrir de telles attentes : casting de
choix (…), Histoire, la
grande,
joliment et habilement revisitée – qui n'aurait pas envie de vivre à
cette
époque où s'entremêlent science et surréalisme avec un tel naturel ? -
scénario
évidemment feuilletonnesque qui sait ménager ses rebondissements et ses
mystères au fil des pages, après une mise en action néanmoins un peu
lente dans
le premier volume (c'est bien là la seule misérable réserve que l'on
pourrait
relever pour l'instant, car il faut bien trouver quelque chose à
redire,
n'est-ce pas !), mais qui réussit à installer une ambiance à part en
quelques
planches à peine, le tout baigné dans une atmosphère à la fois
uchronique et
féérique sachant séduire sans complexe.
La brigade chimérique emprunte un rythme de parution élevé avec l'arrivée de ce second volet, à peine un mois après la sortie du premier tome !
Avec cet épisode, nous avons la confirmation du potentiel entrevu précédemment. L'histoire concoctée de main de maître par le duo Serge Lehman – Fabrice Colin montre une construction parfaitement agencée. Le récit mélange toujours uchronie et fantastique de belle façon.
Les influences d’Alan Moore au niveau de l'écriture sont toujours aussi perceptibles, mais curieusement on pense aussi au récent Umbrella Academy de Gerard Way. Tant d'influences provenant des comics justifient peut-être le format identique aux parutions américaines.
Graphiquement, le créateur de Carmen McCallum fournit une performance une fois de plus exemplaire, le rendu très « mignolesque » de son trait apporte une ambiance hors du commun au titre et offre à La brigade chimérique une identité visuelle forte.
Cette série a les cartes en main pour faire date.
Le récit nous narre la manière dont des super héros européens (et oui ils ne sont pas qu’américains) se retrouvent dans une aventure étonnante, où leur sort va être remis en cause. Découpé en deux parties, ce tome offre un prologue extrêmement intéressant, ainsi qu’un premier chapitre bien pensé. On ne peut toutefois s‘empêcher de rapprocher cette histoire, des œuvres d’Alan Moore comme Watchmen ou La ligue des gentlemen extraordinaires. Il y a pire comme compliment…
Pour assurer la partie visuelle, la tâche est confiée à Gess, le dessinateur ayant inventée la jolie Carmen Mc Callum ! Dès les premiers phylactères, on comprend pourquoi celui-ci a laissé sa place sur la série, car le style dévoilé est très différent. Clairement influencées par Mike Mignola et ses encrages appuyés, certaines planches pourraient faire penser à Hellboy, mais avec un trait plus fin et un encrage moins présent. Au-delà des inspirations, prestigieuses cela va sans dire, La brigade chimérique laisse de grands espoirs pour la suite…
Dans ce premier tome, le prologue nous présente de nombreux héros, et constitue donc un plaisir intense de chasse aux références : même si certaines sont citées explicitement par les auteurs, il appartient au lecteur de retrouver les autres, et il y parviendra plus ou moins bien en fonction de ses connaissances.
Quasiment aucun personnage n'est gratuit, tous renvoient à une œuvre qui sous-tend le propos de Lehman et Colin. Mais que le lecteur à la culture moins encyclopédique que celle des auteurs ne s'effraie pas : il savourera tout autant le contenu. Car le monde bâti par les auteurs est très intéressant, très touffu, et les prouesses des protagonistes proprement stupéfiantes. La richesse de l'univers créé permet de nombreuses possibilités quant aux interactions des super-héros entre eux, et avec l'Histoire. C'est du reste l'un des points sur lesquels les auteurs seront jugés in fine dans cette BD. [...]
Au final, ce premier tome de la Brigade chimérique se dévore d'une traite, et se relit aussi sec pour y trouver des allusions et références qui auraient échappé à la première lecture. Un postulat de départ original, un scénario découpé très précisément, et gorgé de références qui sont autant de jeux de pistes, bref un plaisir de lecture intégral, que l'on complètera volontiers en consultant le site web mis en place pour l'occasion.
Vous aimez
l'évasion dans le feuilleton à l'ancienne, les péripéties débridées et
l'irréalisme enchanteur ? Ne cherchez pas plus loin, La Brigade
chimérique a largement de quoi combler vos attentes.
L'idée de départ est, comme il se doit, abracadabrantesque : de
l'horreur des tranchées de 14-18 seraient nés des hommes dotés de
super-pouvoirs. En parallèle, et malheureusement il ne s'agit là que de
la triste réalité, ce même cauchemar a donné à d'autres des fantasmes
de super-puissance. Serge Lehman et Fabrice Colin se sont amusés à
modifier quelque peu de trop célèbres entités dictatoriales. […]
Une fois passé le cap du premier album introductif nous entrons avec ce deuxième tome dans le creux de l'action, de l'intrigue, les choses s'organisent, on découvre des secrets et maintenant que le cadre est placé c'est plus simple pour bien s'immerger dans l'histoire.
Du coup le scénario apparait tout de suite plus passionnant, moins anecdotique, on est vraiment dans l'esprit comics avec du rythme, de l'action, des passages de dialogues etc.
La série se lance et on s'attache réellement aux personnages. Dans l'épisode 3, réellement plus axé sur la Brigade elle même, nous entrons dans les secrets de l'intrigue, c'est assez surprenant et très bien vu.
Très fortement conseillé.
L’idée de cette série est, de l’aveu de ses auteurs (Fabrice Colin et Serge Lehman), de faire une comics de super-héros à la française et, pour une fois, ce “à la française” ne résonne pas comme un baiser de la mort. Pour le moment, l’histoire tape sur à peu près toutes mes cordes sensibles: une période que je connais particulièrement bien, des héros que j’aime beaucoup (Harry Dickson et Thomas Carnacki sont de la partie) et un côté “Ligue des Gentlemen Extraordinaires”, moitié uchronie, moitié réécriture des thèmes pulp façon Planetary. Tout ce que j’aime.
Le style de Gess, le dessinateur, s’inspire de celui des comics de “l’Âge d’or”, ainsi que de la ligne claire, avec une bonne dose d’inspiration Mike Mignola (Hellboy). Ce n’est pas exactement le domaine des expérimentations, mais plutôt une relecture moderne des anciens codes de la bande dessinée – qui a peut-être le défaut de faire style-genre (ou, pour être plus clair, s’autoparodier), mais c’est le thème qui veut ça.
Ces deux premiers tomes ont de quoi ravir les fans de super-héros à la sauce pulp des années 30.
Les deux premiers tomes de la série permettant aux auteurs de faire les présentations, mais également de commencer à mettre en évidence les relations entre les super-héros, les forces ou faiblesses des alliances qu'ils tissent entre eux.
Ainsi, dans Mécanoïde Curie, le lecteur découvre un ensemble de héros européens qu'il croit pouvoir classer en factions. Mais est-ce si
simple ? Car dans La Dernière mission du Passe-Muraille,
le Nyctalope, défenseur de Paris, n'apparaît pas nécessairement comme
le héros bienveillant qu'il semble être... C'est d'autant plus vrai
dans le tome 2 et les épisodes Cagliostro et La Chambre ardente. Mais le suspense court toujours à la fin des deux premiers volumes de La Brigade chimérique. Ce
qui n'est évidemment pas sans donner envie de lire le troisième tome, qui paraîtra d'ici la fin de l'année 2009.
L'histoire est mise en images par Gess, dont le style se présente comme
minimaliste. Les cases ne fourmillent pas de détails, mais restitue
parfaitement l'ambiance d'années 30-40 dans lesquelles se déroulerait
une aventure super-héroïque : personnages aux looks marqués, engins «
boulonnesques » issus d'une technologie inexplicablement avancée,
créatures de superscience, et
caetera.
Le découpage des cases est également tout ce qu'il y a de plus
classique. Mais ce n'est pas dérangeant, voire même mieux (on ne fait
pas une mise en page absolument novatrice quand on a choisi un dessin
qui n'est pas d'avant-garde). En fait, dessin autant que scénario
placent le lecteur dans un contexte suranné d'avant-guerre parfaitement
retranscrit. C'est bien vu, bien écrit, parfaitement réussi. Chaque
tome est du bel ouvrage de qualité.
Il n'y a pas de doute concernant La Brigade chimérique
: c'est une série qui débute de façon excellente, qui est riche de
références, mais qu'on n'a pas besoin d'avoir pour prendre plaisir à
lire la BD, et dotée d'un scénario visiblement en béton.
Vivement la suite !
La Brigade
Chimérique est le projet de bd franco-belge le plus ambitieux et le
plus réussi depuis Les Aventures de Mégamonsieur (…). Par contre, il n'y a aucun lien entre ces deux ouvrages,
j'avais juste envie d'en parler, c'est tout.
Sorte de croisement entre La Ligue des Gentlemen Extraordinaires pour
le scénario et Hellboy pour le dessin, La Brigade... offre une histoire
fouillée et passionnante qui met en scène différents héros de la
littérature, du cinéma ou même des personnalités publiques, dans une
uchronie qui se passe entre les deux guerres : le Nyctalope, la
Passe-Muraille, le Golem, Marie Curie ou encore un ersatz de Superman
(ey il y en a d'autres!) se croisent dans une intrigue politique où les
super héros, qui existent depuis la découverte du radium par Marie
Curie, doivent se débattre entre leur vie personnelle et la montée du
nazisme (représenté par le Docteur Mabuse) ou du communisme (appelés
dans l'ouvrage "Nous Autres"). C'est plus complexe que ça, et quasiment
impossible à résumer (…), mais c'est une bd absolument
formidable.
C'est intelligent, c'est beau, c'est bourré de références culturelles
(et certaines sont très pointues - j'ai dû vérifier sur internet hein,
je ne fais pas mon malin en me la jouant "mwahahah j'ai tout trouvé")
et d'idées géniales, et le tout forme un univers très cohérent, très
riche. La bande dessinée adopte un format comics très agréable, et
chaque numéro se découpe en deux épisodes, d'où un petit côté serial
que j'apprécie beaucoup.
Le prochain numéro sort le mois prochain je crois, et j'ai hâte de lire la suite.
Question : pour quelles raisons n’y a-t-il plus de super-héros en Europe ?
La réponse se trouve dans cette saga en six volumes, hommage à un roman oublié et intitulé L’homme chimérique, écrit entre les deux guerres par un certain George Spad. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut replonger quelques années en arrière, au cœur de cette folie meurtrière qu’était la Première guerre mondiale. Dans l’horreur des tranchées, alors que se déchaînaient les gaz meurtriers, des soldats touchés par ces gaz se sont transformés. Ils sont devenus des espèces de mutants, des sortes de monstres qui ont commencé à répandre la terreur et que certains ont voulu faire disparaître à tout prix de la surface de la terre.
C’est cette réalité jusqu’alors ignorée des historiens qu’entreprend de raconter la Brigade chimérique. Imaginée par deux écrivains, dont le romancier de science-fiction Serge Lehman, dessinée par Gess, à qui l’on doit déjà Teddy Bear et Carmen Mac Callum, la Brigade chimérique convoque le ban et l’arrière-ban des grandes figures de la littérature et de l’imagerie populaires. On croise ainsi au détour des pages le docteur Mabuse, le Golem, Fantômas, Sherlock Holmes, Doc Savage et Cagliostro, mais aussi d’authentiques personnages historiques comme André Breton ou Marie Curie. Porté par une imagination sans répit, le récit est publié en six volumes en l’espace de quelques mois, entre l’automne 2009 et le début de l’année 2010. La Brigade chimérique entraîne le lecteur dans les replis insoupçonnés de l’esprit inventif de Lehman et Colin. De mystérieuses organisations apparaissent, comme les Maîtres de Moscou, tandis que les alliances se nouent au gré des intentions parfois machiavéliques des protagonistes de cette œuvre foisonnante. Dans la grande tradition du roman-feuilleton cher aux écrivains du XIXe et du début du XXe siècle, la Brigade chimérique renoue avec la vogue des sagas populaires peuplées de personnages improbables et rythmées par des rebondissements inattendus.
Que veulent les Chimériques ? Qui est le Nyctalope ? Que cherche La Phalange, cet ancien officier de l’armée espagnole métamorphosé en un monstre superscientifique ? Autant de questions qui trouveront – peut-être – réponse dans les pages de La Brigade chimérique…
Derrière
l'épopée fantastique de ces super héros, c'est toute l'histoire de
l'Europe qui se dessine en creux avec la montée des totalitarismes.
Chacun d'entre eux - Le Nyctalope (France), Mabuse (L'Allemagne), «
Nous autres » (l'URSS),Le Gog (Italie), Andrew Giberne (L'Angleterre) -
incarne l'une des forces en présence dans cette période ô combien
mouvementée de l'entre deux guerres...
Mêlant habilement monde réel et fantastique, personnages historiques ou de légende, La Brigade Chimérique est un drôle de zombi, fourmillant de références historiques ou culturelles pour certaines oubliées (…).
Il y a deux tendances lourdes dans la science-fiction de ces dernières années : l'uchronie, qui développe des passés et des présents alternatifs, et la réactivation des mythes (dieux, légendes, superhéros - cf. par exemple le métaréflexif Livre de toutes les heures d'Hal Duncan). Serge Lehman a bien capté ces tendances, et s'en fait l'écho dans La Brigade Chimérique, qu'il scénarise avec Fabrice Colin. Dans la lignée des Watchmen et d'American gods (Neil Gaiman), entre autres, il s'interroge sur le degré de réalité que contiennent les mythes, et sur l'influence qu'ils exerceraient s'ils étaient davantage qu'un produit de l'imagination - des êtres de chair.
Car les mondes fictifs sont des mondes possibles, et l'existence de récits qui les rapportent leur donne un certain coefficient de réalité. Même s'ils n'ont pas été actualisés, ils existent à la marge du monde réel, dans des branches temporelles parallèles. L'uchronie (« l'autre temps ») consiste à les parcourir. […] Quelque part à la lisière du monde que nous connaissons, il y en a un qui lui ressemble, et qui n'a rien à voir.
C'est ce type de fantaisie, improbable mais cohérente, irréelle mais réaliste, que parcourt La Brigade chimérique. Dans un Paris de 1939 au bord de la guerre, Frédéric et Marie Joliot-Curie dirigent l'Institut du Radium, qui accueille les victimes d'armes chimiques et radioactives de la Grande Guerre ; des mutants aux capacités inouïes, dont le monde ne sait que faire. Ces rejetons de la « superscience », qui bouleverse notre maîtrise de la matière et s'apprête à accoucher de la bombe A, posent la question du statut des surhommes : doivent-ils se mettre au service de l'humanité, et défendre un idéal de justice ? Ou se réunir et couper les ponts avec le stade inférieur de l'évolution, pour inaugurer une nouvelle ère historique ? La querelle entre le Professeur Xavier et Magnéto a quelque chose d'intemporel.
La Brigade chimérique est une excellente « BD-feuilleton », très marquée par les pulps et les histoires de super-vilains des années 30, qui bénéficie du remarquable travail d'illustration de Gess, influencé pour sa part par Mike Mignola.
On fera tout de même un petit reproche : l'ensemble est trop court, au vu de la richesse du récit.
Projet à moitié fou né des cerveaux féconds de Serge Lehman et Fabrice
Colin, ce comics à la française fait déjà beaucoup parler de lui.
Serait-il
possible, qu'en notre belle contrée, nous ayons enfin droit à une
oeuvre digne de l'héritage d'Alan Moore et de Jack Kirby ?
Ce troisième tome d’une des séries les plus enthousiasmantes de la rentrée boucle un premier cycle prometteur. En effet, les bases sont posées pour une confrontation entre les forces du Bien et celles du Mal des plus palpitantes. L’idée d’exhumer d’anciens héros de la fiction européenne aujourd’hui oubliés (Le Nyctalope notamment) re-crée une mythologie fascinante, qui n’a rien à envier à celle développée par la bande dessinée américaine. Et mélanger ces figures avec le monde réel de la science et de l’art de l’entre-deux guerres fonctionne à merveille, pour composer un univers solide et riche. Le trait façon Mignola de Gess donne à l’ensemble la patine fantastique adéquate. La Brigade chimérique était le comics à la française que tout le monde attendait. Il est là, ne passez pas à côté.
À l’Est, le Docteur Mabuse impose peu à peu son règne de terreur, sous couvert de progrès scientifiques. À Paris, un homme aux pouvoirs mystérieux enquête sur sa vraie nature, aidé en cela par les époux Joliot-Curie. Il va découvrir qu’il porte en lui la Brigade chimérique, légendaire protectrice de la France, qui va devoir reprendre du service.
Benjamin Roure
L'oeuvre est toujours aussi passionnante, foisonnante, brillante - de qualité à tous les niveaux : scénario, dessins et même finition, bel ouvrage cartonné au format idéal. Bref une fois de plus, La Brigade Chimérique transforme l'essai avec ce troisième tome et prouve qu'il y a donc bien une place pour des comics français sur le marché (je serai d'ailleurs curieux de voir quel accueil serait fait à cette BD aux USA, si elle devait un jour être traduite dans la langue de Stan Lee...).
[…]
On ne peut être qu'admiratif devant l'équilibre entre introspection,
développement des personnages et de l'univers et scènes d'action
(élément que l'on attend forcément dans un comic, fut-il
français !). À ce titre, le combat de la Brigade contre la Xénobie est
à la fois classique (il faut protéger la ville d'une entité inconnue)
et surprenant (une conclusion bien plus fine que prévue et surtout
mettant à profit la psychologie et les pouvoirs d'un des éléments de la
Brigade).
[…]
La dernière
case de ce tome 3 de La Brigade Chimérique est un
chef d'oeuvre de composition et de symbolisme, à vous en coller des
frissons partout - sans doute les mêmes que ceux que peuvent éprouver
des Américains devant une image magnifiée de leur Captain America.
On
espère la suite de l'oeuvre au plus tôt…
Nouvelle étape dans le projet fleuve initié par le duo d’auteurs SF formé de Serge Lehman et Fabrice Colin avec la complicité de Stéphane Gess - graphiste tout juste échappé de « Carmen McCallum » (Delcourt) - et de la coloriste Céline Bessonneau. Lehman et Colin ont convoqué le ban et l’arrière ban de la littérature fantastique européenne des années 20 pour livrer un récit extrêmement référencé mais jamais empesé, sous une forme empruntant tant au feuilleton classique - façon pulp - qu’aux comics américains. Les deux hommes ont découpé « La Brigade Chimérique » en six tomes regroupant chacun deux épisodes. « L’homme cassé » et « Bon anniversaire, docteur Severac ! » livrent chacun leur quota d’informations sur Séverac et la Brigade, mais aussi sur George Spad, jeune femme énigmatique hantée par des voix mystérieuses. Gess se glisse dans l’imaginaire de l’époque, flirte avec l’art de Mike « BPRD » Mignola, use de la grammaire graphique des super-héros tout autant que de l’art contemporain. Et parvient ainsi à unifier un récit qui emprunte à des univers littéraires hétéroclites. Enthousiasmant.
Chronique de Philippe Belhache
Scénariste de nombreux romans de science fiction, Serge Lehman s’est penché sur le monde du 9e art depuis 2007, avec l’apparition de séries comme La saison de la coulœuvre ou encore Thomas Lestrange, parus chez l’éditeur nantais L’Atalante. Voici son nouveau projet, aux côtés de Fabrice Collin, déjà connu pour sa prestation sur Tir Nan Og, notamment. La brigade chimérique est d’ores et déjà prévue en 6 tomes, avec un rythme de parution très rapproché : les trois premiers volets sortiront sur 3 mois, de quoi permettre au lecteur de mieux se fondre dans cet univers. Le récit nous narre la manière dont des super héros européens (et oui ils ne sont pas qu’américains) se retrouvent dans une aventure étonnante, où leur sort va être remis en cause. Découpé en deux parties, ce tome offre un prologue extrêmement intéressant, ainsi qu’un premier chapitre bien pensé. On ne peut toutefois s‘empêcher de rapprocher cette histoire, des œuvres d’Alan Moore comme Watchmen ou La ligue des gentlemen extraordinaires. Il y a pire comme compliment… Pour assurer la partie visuelle, la tâche est confiée à Gess, le dessinateur ayant inventée la jolie Carmen Mc Callum ! Dès les premiers phylactères, on comprend pourquoi celui-ci a laissé sa place sur la série, car le style dévoilé est très différent. Clairement influencées par Mike Mignola et ses encrages appuyés, certaines planches pourraient faire penser à Hellboy, mais avec un trait plus fin et un encrage moins présent. Au-delà des inspirations, prestigieuses cela va sans dire, La brigade chimérique laisse de grands espoirs et confirme amplement dans les deux albums qui suivent. Plus que trois volumes pour découvrir la fin de cette étonnante aventure !
Mickaël
[…]
Reste que pour l’instant cette série s’offre comme la plus
crédible des tentatives et surtout la plus réussie en la matière. Serge
Lehman s’est entouré de personnes sachant accompagner ce projet, se
plier au genre et à ses codes. Les reproches adressés à Gess comme quoi
il ferait du Mignola restent eux aussi caricaturaux. Ici la manière de
Gess est surtout au diapason du projet de Lehman qui se ramifie jusque
dans sa production et aurait pu aller jusqu’à sa publication en kiosque sous forme de
fascicules si cela n’avait pas été impossible financièrement.
Si La Brigade Chimérique apparaîtra peut-être comme la première bande dessinée francophone de super-héros réussie, je note pour ma part qu’elle apparaît en tant qu’uchronie dans un genre
aujourd’hui difficilement perçu autrement que comme une mythologie.
Dans les années 60 et jusqu’au milieu des années 80, Spiderman ou Daredevil
pouvaient être des héros contemporains, en phase avec leur époque et
son actualité, que l’on pouvait s’attendre à voir au coin d’un
building. Aujourd’hui, ils sont avant tout des mythes dont on peut
donner une version ou travailler d’après un postulat. Le super-héroïsme
semble de nos jours du domaine du « what if » généralisé, un
domaine merveilleux dont on s’amuse à biaiser, nuancer les codes par
exemples, au gré de trouvailles scénaristiques voire graphiques.
La Brigade Chimérique ne sera donc jamais une revanche ou
un rattrapage de la bande dessinée et de la science fiction francophone
dans le domaine du super-héroïsme, mais bien plutôt — et c’est là sa
pertinence — une interrogation féconde sur leur histoire entrelacée.
Une double page dans L'Indic pour La Brigade Chimérique, rencontre avec les créateurs de cette bande-dessinée...
Un singe parlant, star du music-hall dans l’Amérique des années cinquante, se retrouve au beau milieu des ennuis à cause du journal intime de sa maîtresse. Ambiance polar, multiples clins d’oeil au cinéma noir (on n’est presque pas surpris de croiser Lauren Bacall, Humphrey Bogart ou Frank Sinatra au fil des pages), cet album est une farce agréable. Le scénario conserve son rythme jusqu’à la fin, le graphisme cartoony est des plus originaux. Voilà un album réussi pour la nouvelle collection bd des éditions L’Atalante.
Thomas Clément, lundi 4 août 2008
L'heure des super-héros européens est arrivée grâce à la Brigade Chimérique emmenée par le romancier Serge Lehman, le récit découpé comme un comic propose de découvrir la vie et l'œuvre de ces surhommes dans l'entreguerre avant leur disparition des mémoires.
Le docteur Mabuse, Nyctalope ou Marie Curie s'en donnent ainsi à cœur joie sur le Vieux Continent déchiré.
Mise en scène par un Gess au trait "Mignolesque", l'aventure est une immanquable du moment.
91% - La brigade des gentlemen extraordinaires.
Le baron Ceverac semble en proie au doute, sur ses seniments et sur son entourage, depuis le retour de la brigade chimérique. Pourtant Paris est plus que jamais le théâtre d'apparition de créatures en tous genre et la brigade aura fort à faire, tandis qu'un mal bien plus grand et dangereux gronde en Europe. Paris ne sera pas épargné.
Troisième tome pour la Brigade Chimérique, toujours concocté par les excellents Leiman et Colin , qui continuent de nous balader dans un Paris où pullulent des créatures de plus en plus bizarres et où le mystère semble habiter chaque recoin de la ville. Ce tome s'attarde d'avantage sur le baron Ceverac qui voit sa vie se transformer petit à petit depuis le retour de la brigade, il semble tiraillé, il veut comprendre ce qu'il lui arrive et à qui il peut se fier. Vaste entreprise en ces temps troubles où le fascisme et la méfiance commencent à s'emparer de l'Europe. Poutant avec l'aide des Joliot-Curie, il va meiux comprendre son état et enfin l'accepter. les auteurs continuent d'entretenir le mystère sur le rôle que va jouer le nyctalope et sur les évenements qui vont amener à la disparition de tous ces héros. Guess livre comme toujours un excellent travail au dessin même si les décors ne sont pas trop sa tasse de thé. En conclusion, c'est une bande déssinée habitée par une ambiance unique et dotée d'une réalisation sans faille.
L'Avis des Bulles, Janvier 2010, n° 124.
L'heure des super-héros européens est arrivée grâce à la Brigade chimérique ! Emmené par le romancier Serge Lehman, le récit découpé comme un comics propose de découvrir la vie et l'oeuvre de ces surhommes dans l'entre-deux-guerres avant leur disparition des mémoires. Le docteur Mabuse, Nyctalope, ou Marie Curie s'en donnent ainsi à coeur joie sur le vieu continent déchiré. Mise en scène par un Gess au trait "mignolesque", l'aventure est une immanquable du moment S.F.
Geek n° 4, Novembre-Décembre 2009.
Dotée de dizaines de références à la littérature fantastique, ou à l'histoire en général, La brigade chimérique est une bande dessinée française qui doit compter six tomes. Le troisième vient juste de sortir et nous vous le recommandons chaudement rien que pour sa thématique et son ambiance.
À mi-chemin entre La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et Hellboy ces trois tomes possèdent cette petite touche tricolore qui fait la différence.
Quant au style graphique très particulier il n'est pas sans rappeler celui de Mignola tout en donnant un cachet singulier aux images.
Bref une bien belle réussite qui mériterait toutefois un petit peu plus d'action.
Il n'empèche que la thématique et l'ambiance pourraient coller à merveille à un jeu vidéo.
2003, Fabrice Colin a trente ans et vit à Paris. Cette même année, il publie Or not to be chez L’Atalante en collection générale. Roman atypique, Or not to be mélange imaginaire et réalité, avec en toile de fond le personnage de William Shakespeare. La progression de l’intrigue est très particulière, complétement morcelée et décousue. Si cette décomposition peut, de prime abord, perturber, voire rebuter, elle s’avère néanmoins un reflet fidèle de l’évolution psychique du héros retrouvant peu à peu ses souvenirs (ou sombrant définitivement dans la folie, allez savoir…). On pourrait craindre que ce traitement plombe le rythme du récit. Il n’en est rien puisqu’au contraire, cette distillation aide à maintenir le suspense jusqu’au terme du livre par l’ajout ponctuel de nouveaux éléments de compréhension. De même, Fabrice Colin n’a pas choisi la facilité dans sa structure narrative. Très loin du classique roman, il mélange, au contraire, allégrement les genres : des plus formels comme la poésie et le théâtre aux plus innovants que sont le rêve et le script façon cinéma, se permettant un passage par le journal intime et les lettres. Loin d’être un gadget, ce choix retranscrit de manière pertinente la progression du récit et il devient vite évident que Fabrice Colin a su s’adapter, trouver la forme littéraire juste suivant les passages. Cette prouesse est d’autant plus flagrante que le tout forme un ensemble fluide et cohérent, dotant le livre d’une ambiance particulière. C’est peut-être là finalement que réside la magie du livre, dans cette ambiance indescriptible, à la fois trouble et lumineuse, infiniment intime et personnelle. Au mieux, pourrait-on la comparer à celles marquantes du Gormenghast de Mervyn Peake ou de La Forêt des mythagos de Holsdtock. Ce qui est certain, c’est que ce mélange continuel de sentiments contradictoires (joie et tristesse, folie et raison, plaisir et souffrance…) emprisonne rapidement le lecteur dans sa toile. Mais est-ce réellement pour son bien ? En tout cas, l’impact est très fort, à la façon d’un début de noyade entrecoupé de bouffées d’air salvatrices. Au final, Fabrice Colin a pris des risques avec ce livre. Son aspect expérimental, sa structure particulière, son sujet en font un livre difficile, à lire comme à apprécier. Cela explique sans doute pourquoi le livre n’a que peu fait parler de lui à sa sortie. Néanmoins, il s’agit probablement de l’une des plus jolies pièces de la Littérature contemporaine (avec une majuscule) ; une pièce où le talent de l’auteur s’exprime avec brio. En conclusion, il existe probablement trois manières de réagir à ce roman. Soit le lecteur n’est pas d’humeur à fournir un effort suffisant pour rentrer dans le texte et se retrouve devant une succession de scènes incompréhensibles qui lui feront reposer assez vite l’ouvrage. Soit au contraire, il cherche à obtenir le fin mot de l’histoire, à démêler toutes les énigmes, au risque finalement de rester bloqué puisque toutes les réponses ne peuvent être obtenues. La troisième voie fut la mienne – et j’espère la vôtre – puisqu’elle comprend suffisamment de laisser-aller, de crédulité pour simplement profiter des mots et se laisser bercer par cette magnifique pièce. Or not to be est donc à découvrir absolument mais sachez qu’il ne plaira pas forcément.
Luigi Brosse, Elbakin.net, 27 janvier 2010.
Je vous propose aujourd'hui une petite sélection de comics et BD qui m'ont plu et que je souhaite faire connaître (même si certaines sont déjà des succès d'édition!).
(...)
- LA BRIGADE CHIMERIQUE T.1 à 4 (série en cours), de Lehman, Colin, Gess et Bessonneau, Editions de l'Atalante, 2009. Un comic français de haut vol, rivalisant avec les anglo-saxons tant sur le contenu que la forme mais basant son histoire juste avant la seconde guerre mondiale. Les super-héros et les super-vilains européens sont en pleine ébullition dans cette période d'avant guerre où pouvoirs mystiques et super-sciences rythme la vie des grandes capitales européennes. Notamment à Paris où les Joliot-Curie et le Nyctalope assurent la défense de la ville des Lumières. Unique !
(...)
Gaétan, 28 mars 2010, moijimagine.blogspot.com
Les trois premiers tomes de La Brigade Chimérique mettaient en place l’univers uchronique imaginé par Serge Lehman et Fabrice Colin. Les armes employées et les expérimentations menées pendant la Première Guerre Mondiale ont donné naissance à des mutants, devenus des monstres ou des super héros destinés à influer sur l’avenir du monde.
(...)
Avec ce quatrième tome de la série, le récit revient enfin et à proprement parler au thème qu’introduisait le premier opus : la menace de guerre qui pèse sur l’Europe en cette année 1939. Le Docteur Mabuse, allié à Gog, l’homme le plus riche du monde, et à La Phalange, qui met l’Espagne à feu et à sang, menace avec son armée de Crânes le corridor de Dantzig. C’est l’annexion par l’Allemagne, on le sait, de ce bras de terre donnant à la Pologne un accès à la mer, qui déclencha la Seconde Guerre Mondiale. Le lecteur est donc parfaitement conscient de ce qui se prépare dans l’univers parallèle de La Brigade Chimérique.
Le feuilleton uchronique mitonné par Serge Lehmann et Fabrice Colin, deux des grandes signatures de la SF made in France, se poursuit avec bonheur aux éditions L’Atalante avec deux nouveaux épisodes, « Politique internationale » et « H-A-V-russe », réunis en recueil.
Les deux hommes approfondissent ce cross-over réunissant l’ensemble des figures de la littérature fantastique des années 20. Ils mettent en avant un Nyctalope obsédé par sa propre gloire leurré par « Nous autres », avatar du système communiste, pendant que Mabuse développe l’armée des Crânes symbolisant le régime nazi. Séverac, de son côté, mesure l’impact de l’activité de la Brigade Chimérique sur sa santé physique et mentale.
Le travail de Gess (image et conception graphique) et Céline Buissonneau (couleurs) offre puissance et crédibilité à ce récit d’aventure qui détourne avec bonheur les codes du récit de super-héros. Que du bonheur.
Philippe Belhache
C’est déjà au sein de cette collection au nom éloquent, «Flambant 9», que le romancier Serge Lehman (Le livre des ombres, Chasseurs de chimères) faisait il n’y a pas si longtemps ses premiers pas sur le marché de la bande dessinée avec une histoire de science-fiction assez brillante, intitulée La saison de la couloeuvre. C’est à nouveau au sein de la maison d’édition L’Atalante, mais accompagné de Fabrice Collin (« Tir Nan Og ») en tant que co-scénariste, que l’auteur récidive, proposant cette fois un récit de super-héros se déroulant en Europe. Et c’est une nouvelle fois remarquable !
Le récit débute en 1938 au sein d’une Europe qui s’apprête à écrire une page importante de son histoire. Si tout commence par une réunion de super-héros européens, les auteurs promettent de nous livrer l’histoire de leur fin au fil des pages. Le contexte politique est très réaliste et cette rencontre au sommet permet de faire connaissance avec les nombreux protagonistes, ainsi qu’avec les idéologies qu’ils incarnent. L’ensemble est d’une richesse incroyable et les références sont multiples. On découvre ainsi une kyrielle de personnages tels que le Dr Mabuse, Andrew Gibberne alias l’Accélérateur, Leo Saint-Clair alias Le Nyctalope, Doc Savage, Superman (Steele), le Passe-murailles, Harry Dickson, Irène Joliot-Curie, fille de la célèbre Marie Curie, etc …
L’album est divisé en deux parties, la première étant une sorte de prologue qui permet de faire connaissance avec les différents personnages et de découvrir l’univers imaginé par les auteurs. Vient ensuite le premier épisode de cette série qui comportera six tomes au final et qui est marquée par un rythme de parution qui a de quoi séduire : 3 tomes parus depuis le mois d’octobre et les 3 suivants prévus pour début 2010.
Au niveau du graphisme, on retrouve Gess, le dessinateur de « Carmen Mc Callum », dans un style très réussi, qui n’est pas sans rappeler celui du célèbre Mike »Hellboy » Mignola. Ajoutez à cela une qualité d’édition remarquable et vous obtenez une série qui a tout pour séduire !
Les éditions l'Atalante ont publié en août 2009 le premier tome d'un comics nouveau souffle, La Brigade chimérique. Sous la plume du dessinateur Gess et grâce aux textes de Serge Lehman et Fabrice Colin, aidés par la coloriste Céline Bessonneau, le monde des super-héros est revisité par le biais de l'Histoire. Depuis sa sortie, la bande dessinée connaît un succès grandissant auprès d'un public de plus en plus fan. Démonstration en a été faite aux dernières Utopiales, où les auteurs sont restés pendant des heures dédicacer le troisième opus à une horde de lecteurs. C'est dire si le quatrième épisode était attendu ! On y retrouve Sévérac et George Spad dont la relation se précise, le Nyctalope à Moscou et l'identité de l'allié de Mabuse... Si tout ceci vous semble du chinois, lisez-vite la Brigade !
Ouest France, 7 avril 2010
On peut déplorer la quantité de trop petites cases par page, c’est un peu fatiguant, même si les dessins sont globalement à la hauteur. Cette réserve faite, on se plongera avec délice dans ce qui reste l’un des très beaux hommages à la littérature populaire française du début du vingtième siècle, mené par des connaisseurs et, sans doute, de vrais fans (Lehman et Colin). Certains regretteront aussi le grand nombre de personnages qui oblige les auteurs à en négliger certains au profit d’autres. Cela paraît obligatoire avec un concept qui fait la part belle à la citation et à l’hommage constant. On l’accepte ou pas. Et puis, les vrais héros de la série sont ceux qui ont été créés par les scénaristes, à savoir l’incroyable Brigade Chimérique elle-même !
Pour en revenir aux méchants de l’histoire, il aurait été difficile d’en choisir de pires. Les nazis ont été pleinement intégrés dans la culture populaire depuis belle lurette. Le fanzine Nagual avait d’ailleurs consacré un intéressant dossier à ce sujet. Superman et Capitaine America les ont affrontés pendant la guerre, des super espions capitalistes ont fait de même à partir des années cinquante en luttant contre leurs héritiers (quand ils n’exterminaient pas, avec la même conviction, d’affreux communistes) ! Plus récemment, Indiana Jones, lui-même hommage aux pulps et aux sérials, les a largement combattus pour le plus grand plaisir des nouvelles générations. Citons aussi les romans d’horreur, La Lance de James Herbert ou L’Heure du loup de Robert McCammon, peut-être influencés à leur tour par les aventures du héros au fouet. Parmi des éléments à même de séduire la littérature et le cinéma d’évasion : leur goût pour l’occulte, étudié dans Le Matin des Magiciens puis Planète, et leur sens du décorum : croix gammées, runes, têtes de morts et vêtements noirs des SS, cérémonies grandioses…
De très bons méchants potentiels on le voit, qui valent bien l’Empire de George Lucas !
Comme disait Hitchcock, « meilleur est le méchant, meilleur est le film ». Un adage aussi valable pour une B.D comme La Brigade Chimérique, même si ce tome IV ne les exploite pas encore assez.
Patryck Ficini
Prolongement rêvé aux productions populaires de l'entre-deux-guerres, La Brigade chimérique dessine un monde où tout se tient.
Difficile de présenter cette série, aujourd'hui à son quatrième tome: et même au départ, on n'y comprend pas grand chose. On se figurait grosso modo que l'idée était fort originale (des justiciers bien de chez nous à la veille de la Seconde Guerre Mondiale), mais que sa réalisation était malaisée. Notamment, l'excès de petites cases et de grandes figures (de littérature populaire en histoire littéraire: André Breton sous une affiche du Nyctalope) pouvait signaler la bande dessinée un poil trop cultivée pour être honnête. On se trompait: le charme met un peu de temps à agir, mais il est profond.
Il tient d'abord aux racines de La Brigade... qui s'enfoncent assez loin. Le romancier Serge Lehman, ici scénariste (avec Fabrice Colin, est parti d'un étonnement: pourquoi l'Europe occidentale n'a-t-elle pas produit de super-héros? "Quelque chose "manque" dans notre imaginaire, sans qu'on puisse dire quoi exactement": ce quelque chose fut pourtant tout près d'exister, en témoignent les aventuriers des feuilletonistes qu'un coup de pouce aurait pu hisser jusqu'aux exploits de leurs confrères américains. En témoignent encore quelques romans oubliés, tel, en 1919, L'homme chimérique de George Spad(?): dans les tranchées, le lieutenant de Séverac, pris entre les gaz allemands et les rayons X de son unité de radiologie, se trouve "remplacé" par quatre personnages, les Chimériques.En 1934, l'éditeur annonce une suite: "Dans l'Europe en état de guerre civile larvaire, une nouvelle génération de surhommes travaille au contrôle de la foule (...) c'est au centre que se dresse le plus grand ennemi de la liberté, le maître du crime légal et de l'hypnosede masse. MABUSE! Ce nom seul fait trembler et gémir sur tous le continent... Sauf à Paris. Dans les salles secrètes de l'Institut du Radium, la riposte se prépare. Réservez dès maintenant auprès de votre libraire La Brigade Chimérique contre Mabuse."
La suite ne paraîtra pas, ou du moins ne paraît qu'aujourd'hui. Ses concepteurs sont fidèles à la bande-annonce de 34, dans la distribution des rôles, dans le trait souvent expressionniste (Mabuse oblige), et dans l'esprit finalement si profond: l'Histoire se projette ici sur les intrigues ou mieux encore, les fictions sont rendues à leur très grande et très mystérieuse force. En ce sens, on reste soufflé par l'ampleur remarquable, du point de vue du texte comme de l'inventivité graphique (Gess), des dernières pages de ce volume: les gargouilles deviennent officiers allemands et Gregor Samsa dévoile les étapes de la solution finale - que vient-il faire dans cette galère? Le site consacré à notre bande-dessinée rappelle que Kafka, pour présenter le héros de La Métamorphose, use du terme même qu'emploiera Hitler pour désigner les Juifs - ungeziefer, vermine."Cette institution d'une énigme latente, déposée dans la littérature et le cinéma européen des années 20-30, d'une jonction entre les mots, les images, les symboles aussi dévastratrice que le dévoiement nazi du thème du surhomme, est l'émotion qui a donné forme à La Brigade Chimérique."
Gilles Magniont - Le matricule des anges, avril 2010
La Brigade Chimérique: la revanche du feuilleton français
Alors que Marie Curie a confié le sort de Paris au Nyctalope, le tristement célèbre docteur Mabuse fomente un plan machiavélique pour conquérir l’Europe. Les Joliot-Curie, associés au héros de la Première Guerre mondiale, parviendront-ils à contrer ce sinistre complot ?
En relisant des feuilletons de l’entre-deux-guerres, l’écrivain de science-fiction Serge Lehman s’était surpris à constater à quel point la littérature française regorgeait de personnages hauts en couleur, largement dignes de son pendant anglo-saxon. Et de se dire qu’il suffirait d’un bon coup de pinceau et d’un scénariste un peu malin pour en faire une sacrée bonne série. L’idée de base de La Brigade chimérique était née. Las, un certain Alan Moore venait d’avoir peu ou prou la même avec sa Ligue des gentlemen extraordinaires, et affronter le magicien de Northampton en duel de scénaristes relevant quasi systématiquement du suicide allégorique, le projet fut mis en sommeil. Puis, réalisant que Moore interrompait son univers en 1914, Lehman replongea dans ses notes et commença à échafauder un scénario. La thématique ? La fin des super-héros européens.
Il ne serait pas impossible, ni même absurde de comparer les deux œuvres, mais l’expérience serait longue et d’un intérêt limité. On se contentera de dire que La Brigade chimérique sort du duel sans avoir à rougir, ce qui est déjà beaucoup. Exhumés d’ouvrages très différents, les personnages comme François Dutilleul (le passe-muraille de Marcel Aymé) ou Gregor Samsa (« héros » et avatar de l’auteur dans La Métamorphose de Kafka) acquièrent une nette épaisseur. Mention spéciale à Léo Saint-Clair, le Nyctalope, issu d’une série de feuilletons signés Jean de La Hire et réincarné ici en chef de la protection de Paris désigné par Marie Curie. Ce sinistre personnage, pétri d’ambition et à l’ego aux proportions étonnantes, est prêt à bien des bassesses mais parvient pourtant à se rendre assez émouvant dans sa folie des grandeurs.
LE JEU DE RÔLE DE LA BRIGADE CHIMÉRIQUE SERA ÉDITÉE CHEZ SANS-DÉTOUR
La rumeur que vous révélions il y a peu se concrétise : le jeu de rôles de la Brigade Chimérique verra donc bel et bien le jour. Et ce sera chez Sans-Détour fin 2010.
La Brigade Chimérique est une série de bandes dessinées française fortement influencée par l’esprit des comics US. 4 volumes sont déjà parus chez l’Atalante. Son traitement original du thème des super-héros et sa période historique (l’entre-deux-guerres), encore peu explorée, semblaient faits pour aboutir à une adaptation de son univers radiumpunk en jeu de rôles. Nous vous faisions part de ce projet dans cet article que nous vous invitons à redécouvrir pour en apprendre plus sur la BD.
Ce projet d’adaptation rôlistique devient donc réalité et sera édité chez Sans-Détour dans un format encore inconnu. La date de publication devrait nous conduire vers la fin de l’année en cours.
Fan de la première heure de la série, Romain d’Huissier (Qin, Capharnaüm, Devâstra…) mène ce projet avec enthousiasme. Ses super-pouvoirs lui ont permis d’attirer auprès de lui quelques plus purs héros de la nation rôliste : Willy Favre (Brain Soda, Humanydyne, Kuro, Sable Rouge…), Julien Heylbroeck (Warsaw, Humanydyne…), Laurent Devernay (Kuro, Brain Soda...), et Stéphane Treille (Qin, Kuro...). En plus de cette dream team ayant à son actif une partie non-négligeable de la production ludique francophone de ces dernières années, le projet d’adaptation est mené avec le soutien et la collaboration de toute l’équipe à l’origine de la BD.
En plus de permettre, évidemment, de jouer des aventures dans l’univers de la BD, le jeu aura aussi l’ambition de servir d’encyclopédie officielle de cet univers et présentera ainsi de nombreuses informations inédites, le tout illustré dans le respect du graphisme de l’oeuvre.
En attendant d’avoir en mains de plus amples informations, nous vous laissons en compagnie de l’argumentaire laissé par les auteurs : Incarnant des surhommes dotés de capacités prodigieuses, les personnages seront mêlés de près ou de loin aux bouleversements qui agitent alors les cités européennes durant les années 30 : crise économique, montée des extrémismes, guerre imminente… Mais ils pourront également vivre des aventures plus feuilletonnantes : partant à l’aventure aussi bien dans des contrées encore inexplorées en compagnie d’Hareton Ironcastle que voyageant sur Mars pour y contrer les desseins des tripodes décrits par H.G. Wells – à moins qu’ils n’essaient d’empêcher le terrible Sun Koh de découvrir la Nouvelle Thulé…
Narbeuh - Ikosa.net
La Brigade Chimérique: l'adaptation en jeu de rôle
Et voilà, après de longs mois de travail, c'est enfin fait ! Ce jeu de rôle sera édité par Sans Détour à la fin de l'année 2010. L'annonce officielle est sur leur site et les abonnés à leur newsletter ont déjà du recevoir l'information sous forme d'un beau PDF donnant quelques détails.
Cette adaptation a été rendue possible grâce à plusieurs personnes :
- Tout d'abord les auteurs de la BD eux-même (alias le Club de l'Hypermonde) : Fabrice Colin que j'ai contacté en premier et qui s'est démené pour que ça se fasse, Serge Lehman qui nous a livré les secrets de son esprit foisonnant et nous laisse nous amuser avec ses jouets, Gess qui est enthousiaste depuis le début et dont le talent ne cesse de nous émerveiller, et Céline Bessoneau bien sûr.
- L'Atalante en la personne de Annette, qui a pris le temps de m'écouter et m'a pris au sérieux dès le départ, ce qui n'était pas gagné.
- Sans Détour bien sûr ! Un éditeur d'un professionnalisme épatant, qui a immédiatement cru au potentiel du projet et nous permet de travailler dans les meilleures conditions possibles. (c'est bien la première fois de ma carrière d'auteur que je signe mon contrat avant que le jeu ne soit paru...)
- Et enfin l'équipe de choc qui a accepté de monter dans le stratogyre avec moi (moi c'est Romain "Rom1" d'Huissier pour ceux qui ont pas suivi dans le fond) : Willy "BrainSalad" Favre, Julien "Wyatt Scurlock" Heylbroeck, Laurent "Bob Darko" Devernay (qui a de plus joué le rôle d'entremetteuse avec talent) et Stéphane "Stephlong" Treille.
Voilà, nous en sommes au début de l'aventure mais nul doute que vous entendrez à nouveau parler de cette adaptation en JdR de la Brigade chimérique ! En attendant, la Confrérie du Radium travaille dur.
Rom1 - Rom51.blogspot.com
Le Nyctalope a quitté Paris, parti pour Moscou en secret, où il espère conclure une alliance avec "Nous autres". Profitant de son absence La Brigade chimérique lance un raid sur le C.I.D pour libérer Grégoire Samsa, détenu dans ses geôles depuis neuf mois, et qui semble être en possession d'informations capitales pour l'avenir...
Cette fois-ci le voile se lève sur Nous autres et sur la ville de Metropolis où Mabuse semble avoir réussi à créer l'impossible. Le Nyctalope aveuglé par sa propre personne finit par réaliser trop tard que Nous autres ne s'alliera jamais avec lui et qu'il a perdu un temps précieux, temps que d'autres ont mis à profit pour former des alliances. Après la trahison de ses soi-disant amis de Russie, Curie décide de réagir et envoie la brigade chimérique à Metropolis pour enrayer le plan de Mabuse.
Nous voilà donc rentrés dans le vif du sujet; les scénaristes, qui n'avaient jeté jusqu'à présent que quelques pistes, nous entraînent désormais vers le cœur de l'histoire, une histoire dont les répercussions seront mondiales et qui va évidemment se solder par une issue plutôt fatale pour nos héros oubliés de l'histoire. Comment ? Et bien c'est ce qui nous reste à découvrir dans le sixième et dernier tome. Les allusions à la littérature populaire restent nombreuses, La Brigade chimérique faisant partie de ces bandes dessinées qui peuvent se lire et s'apprécier à divers niveaux, même si l'on ne connaît pas toutes les références.
GESS reste très constant au dessin, il parvient à créer de superbes compositions pour ces planches, particulièrement dans le cinquième tome, c'est un vrai plaisir de retrouver son trait même s'il gagnerait à être plus précis parfois sur certaines cases. Force est de constater que cette série, même presque parvenue à son terme, continue d'être totalement captivante, que ce soit au niveau de l'écriture que de la conception graphique.
Brice BARBENCEY
[...] Mais le projet le plus enthousiasmant vient de L'Atalante, éditeur nantais qui a carrément pris la question à bras-le-corps: que sont devenus les super-héros européens? Lehman, Colin et Gess répondent avec La Brigade chimérique, série de 6 albums (4 parus) rendant la vie à d'authentiques super-héros de la littérature populaire du début du XXè siècle aujourd'hui oublié : le passe-muraille, le nyctalope, l'accélérateur, etc. Un travail traité au format comic, avec un grand soin graphique et un récit qui pose une question: et si la disparition des super-héros était liée à un complexe de vaincu?
Thibaut Dary - Le Figaro Magazine - 22 avril 2010
Séverac est dans le laboratoire d’Irène Curie, la fille de la célèbre Marie, à l’Institut du Radium. Le but de l’expérience est maintenant de transformer la chevalière de Séverac en mini chambre ardente : un simple coup sur la bague avec la paume de la main permet désormais à Séverac d’invoquer les quatre divinités de la Brigade Chimérique. Idem dans l’autre sens… A présent, Séverac et Curie attendent George Spad, mais l’écrivain a de plus en plus de retard et cela inquiète Séverac, qui commence à se rendre compte d’une chose : il devient bel et bien amoureux de la jolie biographe chargée d’écrire les mémoires de Léo Saint Clair, le célèbre super héros protecteur de la ville de Paris.
Justement, ce denier s’est absenté de la capitale française pour se rendre à Moscou en compagnie de Gibberne, dit l’Accélérateur. Ils ont ensemble une audience prévue avec le chef de « Nous Autres », mais de report en report, le héros anglais devient de plus en plus interrogatif sur l’absence de réactions de la part de son allié français. Pendant ce temps, c’est Félifax, un autre héros français, immense félin de son état, qui est chargé d’espionner ce qui se passe à Métropolis. Et ce qu’il va découvrir sur les agissements de Mabuse est tout simplement terrifiant…
Séverac vient d’aider Spad à reprendre connaissance après une nouvelle crise, particulièrement violente celle-ci. Le couple se rend à Montmartre afin de pénétrer de force dans les sous-sols de Saint-Clair, afin d’aller y chercher Le Cafard, un autre héros retenu prisonnier là depuis des mois. La Brigade Chimérique parviendra sans difficulté à forcer le passage jusqu’au Cafard, mais il se trouve qu’un monstre très ancien est également retenu en ces lieux : un monstre venu d’un autre âge, qu’il va falloir maintenant vaincre.
Nous montons d’un ton dans les révélations et dans l’action avec ce quatrième tome de La Brigade Chimérique. Le graphisme bénéficie toujours de ce trait vif admirable pour les mises en mouvement, même si le principal atout de ce tome reste l’action menée sur plusieurs plans, à bien des endroits différents. Alors que nous étions centrés sur Paris dans les tomes précédents, nous voilà ici de retour à Métropolis, ainsi qu’à Moscou, en plus de la capitale française.
De même, Le Cafard est enfin libéré, même s’il ne fera pas long feu : un nouveau mystère, à priori russe, est à suivre maintenant. Un tome révélateur donc, qui n’est pas sans laisser de nouvelles interrogations, et c’est tant mieux, d’autant que le tout est traité avec le même sérieux et la même qualité que ce qu’on a pu lire dans les tomes précédents. Il ne nous reste qu’à pester que les trois derniers tomes ne soient pas parus ensemble comme cela fût le cas pour les trois premiers, histoire d’éviter une attente que j’espère pas trop longue…
Clark, le 05 Mai 2010
Un tome 4 de même qualité que les précédents
Après quelques mois d’attente, le quatrième tome de La Brigade chimérique est enfin disponible. Les lecteurs des tomes précédents (chroniqués ici et là) vont donc pouvoir poursuivre la découverte de l’univers superscientifique de Serge Lehman et Fabrice Colin, mis en image par Gess et Céline Bessonneau.
Les super-héros entrent en action Le Nyctalope et l’Accélérateur sont en visite en Russie, pour rencontrer le Grand Frère, mais "Nous Autres" retarde chaque jour l’entrevue stratégique. À Paris, Irène Joliot-Curie persuade Jean Séverac de profiter de l’absence de Saint-Clair pour mener un raid dans son QG de Montmartre afin de délivrer Gregor Samsa, le Cafard, que le protecteur de Paris retient prisonnier. Quant à Félifax, l’homme-tigre, il effectue pour le Conseil une mission de reconnaissance à Métropolis, d’où le Docteur Mabuse manigance de maléfiques projets...
Toujours plus passionnantLes trois premiers tomes de La Brigade chimérique mettaient en place l’univers uchronique imaginé par Serge Lehman et Fabrice Colin. Les armes employées et les expérimentations menées pendant la Première Guerre Mondiale ont donné naissance à des mutants, devenus des monstres ou des super héros destinés à influer sur l’avenir du monde.Parmi ceux-ci, on trouve notamment les quatre membres de La Brigade chimérique, des justiciers dont les secrets ont été révélés au lecteur dans les épisodes précédents. Une introduction des personnages principaux pour laquelle les co-scénaristes ont pris leur temps (la moitié de la série). Même si le lecteur a vu dans les trois derniers tomes ces super-héros – et d’autres comme le Passe-Muraille, la sorcière Palmyre ou John-l’étrange – affronter des créatures superscientifiques ou issues du fin fond de l’univers, il a pu s’impatienter de ne pas entendre plus parler du Docteur Mabuse – le grand méchant – et de ses alliés.
Avec ce quatrième tome de la série, le récit revient enfin et à proprement parler au thème qu’introduisait le premier opus : la menace de guerre qui pèse sur l’Europe en cette année 1939. Le Docteur Mabuse, allié à Gog, l’homme le plus riche du monde, et à La Phalange, qui met l’Espagne à feu et à sang, menace avec son armée de Crânes le corridor de Dantzig. C’est l’annexion par l’Allemagne, on le sait, de ce bras de terre donnant à la Pologne un accès à la mer, qui déclencha la Seconde Guerre Mondiale. Le lecteur est donc parfaitement conscient de ce qui se prépare dans l’univers parallèle de La Brigade Chimérique.
Mais ce n’est pas parce qu’il se doute de ce qui va survenir que le lecteur n’est pas étreint par le suspense dans lequel baigne le récit. Car les points de divergences introduits par Lehman et Colin sont nombreux. Les super-héros, les mutants, les créatures cosmiques, la Russie dirigée par "Nous Autres", et cætera, autant d’éléments qui rendent intrigante la para-histoire imaginée par les deux auteurs. Autant d’éléments qui la rendent passionnante.
Le récit s’appuie sur le graphisme particulier qui est l’œuvre de Gess. Le dessinateur choisit à chaque fois le juste niveau de détail pour ne pas surcharger les cases, tout en rendant les décors réalistes. Il émaille également ses planches d’éléments historiques qui rendent crédibles l’univers de La Brigade Chimérique (reproductions de photographies et d’affiches d’époque, portraits fidèles de personnages historiques comme le Président du Conseil Daladier...). Un travail de documentation qui porte un récit bourré de références historiques et aux feuilletons du début du XXe siècle.
Le résultat final est un quatrième tome d’une série de bande dessinée dont la grande qualité est confirmée. La Brigade Chimérique est une BD passionnante, dont la lecture se présente comme incontournable.
Stéphane Gourjault
Trois volumes, pour une série qui en comptera six, édités chacun à un mois d'intervalle depuis l'automne 2009 et une très grande ambition : publier un comic héroïc à la française. Petit format comme leur modèle américain mais une couverture sobre et très graphique. 48 pages pour deux titres par ouvrage (plus un prologue pour le tome 1). Peu de pages donc mais un contenu très dense !
Aux commandes du scénario et associés pour la première fois dans une bande déssinée, Serge Lehman et Fabrice colin. Forts du constat de Serge lehman qu'il n'existe plus de super-héros européens, ils ont imaginé leur disparition. La référence à Alan Moore et à La Ligue des gentlemen extraordinaires est claire et assumée. L'inspiration se nourrit de feuilletons du début du XX° siècle. Mais la créativité des deux scénaristes les préserve de tout plagiat.
Tout commence en 1938 même si les flash-back sont nombreux. Des surhommes européens apparus pour certains lors de la Première Guerre mondiale ont pris du pouvoir de façon plus ou moins occulte. Les uns pour défendre Londres- « l'Accélérateur »- , ou Paris – Le Nyctalope - , capitales de démocraties classiques, les autres pour imposer une forme de totalitarisme, tels le docteur Mabuse et son armée des crânes, tenant du nazisme, la phalange qui écrase l'Espagne ou les « Nous autres », scientifiques russes au service de la disparition de l'individu. Un axe du bien, un axe du mal et trois protagonistes pour le futur conflit mondial.
Les deux premiers volumes, très movementés mettent en place leur stratégies, et le troisième, pivot de ce bloc, explicite une partie des mystères afférant à la fameuse brigade chimérique. Les références à la littérature (dont la science-fiction) et au cinéma abondent (Rosny aîne, Marcel Ayme, H. G Wells, Ray Bradbury, Zamiatine, Fritz Lang, etc) et le lecteur averti peut traquer avec gourmandise les innombrables références. Mais celles-ci n'alourdissent pas un récit plein de suspense et de fantastique, un brin déjanté mais complexe, requérant de l'attention. Les scénaristes empruntent aussi au monde réel certaines figures historiques (comme certains surréalistes ou le couple Curie et son institut du radium) qui apportent une coloration d'époque. L'atmosphère glauque et lourde de l'entre-deux-guerres est remarquablement rendue par le graphisme de Gess et les couleurs de Céline Bessoneau. Gess s'appuie sur une documentation fouillée, ses références à l'expressionisme, à Mignola, Tardi, etc sont perceptibles, mais le résultat frappe par sa cohérence, son dynamisme et la qualité du découpage.
On attend donc avec grande impatience le tome 4 (qui doit paraître au printemps) et les suivants. La Brigade chimérique ne s'adresse pas à de jeunes lecteurs mais plutôt à de jeunes adultes avertis (même si le site donne beaucoup de clés) qui trouveront beaucoup de plaisir à découvrir cette « expérience » uchronique, ambitieuse, originale et surprenante qui sait maintenir un équilibre entre réalité et imaginaire.
Marie-Françoise Brihaye
La brigade chimérique (Tome 5)
Lehman, Colin, Gess & Bessonneau
Edition : L'Atalante, Collection : Flambant Neuf 2010, 42 pages
HAV Russe… Quel est donc le mystère qui se cache derrière cette charade donnée par le Cafard juste avant de mourir ? Plusieurs personnes travaillent d’arrache pied à l’institut du Radium, à Paris, pour essayer de percer le mystère. On y retrouve notamment Jean Séverac, ainsi que George Spad qui devient presque folle à essayer de résoudre cette énigme, elle qui doit déjà lutter contre ses voix mystérieuses qui lui vrillent parfois l’esprit… Mais la relative tranquillité part en lambeaux lorsqu’Irène Curie reçoit une photo : Nous Autres, la crème du communisme russe, se sont alliés à Mabuse… La photo a été prise par Félifax, envoyé en espion à Metropolis.
C’en est trop pour George, qui désire prendre l’air : elle a une idée en tête, mais elle préfère ne pas en parler pour le moment : elle quitte ainsi Jean Séverac à regret, car elle sait qu’elle tombe amoureuse de cet alter-ego, qui n’a qu’une bague à frapper pour faire apparaître aussitôt les quatre membres de la brigade chimérique. Ce n’est que bien plus tard que Séverac est convié au Club de l’Hypermonde, un club de scientifiques très fermé où il retrouve George, ainsi qu’Irène et Frédéric, qui se sont remis apparemment de la trahison de Nous Autres…
L’occasion est trop belle pour Jean et George de conclure : et ce, juste avant le départ de Jean pour Metropolis : en dirigeable, la nuit, il est débarqué seul au-dessus de la ville infestée de soldats allemands. D’autres recherches ont lieu en parallèle, mettant en évidence l’existence d’une brigade chimérique allemande. La différence étant que le soldat qui doit la faire apparaître n’est jamais reparu. Le leader de cette brigade allemande ? Mabuse, bien évidemment…
Cinquième et avant-dernier tome de La Brigade Chimérique aux éditions de L’Atalante… Une nouvelle fois, on a droit à un petit livre très joli au niveau de la forme, avec un petit format digne des anciens comics. Cette chose pleine de charme renferme une nouvelle fois deux tomes de cette série, et nous donne l’occasion d’en savoir plus sur pas mal de personnages, notamment sur George Spad et sur l’origine de ses voix… Notamment, le mystère Tola nous sera enfin dévoilé…
Sur le plan graphique, c’est avec plaisir qu’on retrouve le dessin si particulier de Gess, mis en couleurs par Céline Bessonneau. C’est détaillé et beau, tout en restant parfaitement lisible : de quoi dévorer une nouvelle fois ce cinquième tome. Le récit emprunte énormément aux guerres mondiales et aux conflits ayant eu lieu entre les peuples en ces sombres époques, et cela se ressent jusque dans les couleurs utilisées. Un tome qui dévoile beaucoup de choses, et qui aborde le virage vers la conclusion, toute proche maintenant, même s’il faudra malheureusement attendre octobre 2010 !
Ecrite par Clark, le 27 Juillet 2010
Les clins d’œil sont toujours savoureux, les auteurs faisant intervenir des écrivains d’époque bien connus et d’autres qui ne l’étaient pas encore, mais font référence également aux futurs héros bien humains qui se révèleront dans la littérature européenne d’après-guerre, suite à la disparition des créatures issues de la superscience.
Ces derniers épisodes sont franchement marquants. Restent en tête d’une part cette photo de famille de tous les surhommes européens, que le lecteur n’aura pas vraiment eu le temps de connaître, et d’autre part cette réécriture des horreurs de la guerre et de ses justifications, dont les symboles ne laissent pas indifférents.
Lelf
Ne vous laissez pas abuser par la vague impression qu'il s'agirait d'une simple déclinaison de la Ligue des Gentlemans Extraordinaires, car ce concept-ci est original et tout bonnement génial : on y découvre pourquoi les super-héros ont disparu d'Europe aux alentours de la 2nde Guerre Mondiale... alors même qu'ils auraient pu connaître le même destin glorieux que leurs cousins américains (Spiderman, Superman et autres Batman).
Les deux scénaristes (Serge Lehman et Fabrice Colin) nous font donc
découvrir une magnifique galerie de héros et de méchants puisés dans la
littérature fantastique française et européenne du début du XXème siècle
(du Nyctalope au Docteur Mabuse), en émaillant le récit de références
ludiques aux surréalistes ou au fameux "surhomme" de Nietzsche, le tout
magnifiquement dessiné par Gess et parfaitement mis en couleur par
Céline Bessonneau.
C'est
bien simple : c'est si intelligent, beau et malin que mes yeux en
pleurent amèrement de jalousie et d'envie (d'autant que je cherche
depuis pas mal de temps à bosser sur un concept de super-héros à la
française).
Bref, vivement le 6, histoire d'abréger mes souffrances.
Fabien Velhmann
Après un temps mort (c'est le cas de le dire), arrive donc le sixième
album et la conclusion, la révélation du pourquoi du comment de la
disparition des super-héros européens, qui sous-tendait l'ensemble de
la BD.
Que dire au final ? Implacable, cette conclusion est tout aussi
tétanisante qu'effroyablement logique, en poussant dans ses derniers
retranchements les mécanismes internes de cet univers. Oubliés les
clins d'oeil (Francis Drake), l'épilogue de la Brigade Chimérique n'est
qu'un lent chemin de croix de renoncement, dont il ne reste qu'une
promesse à respecter coûte que coûte, alors que la superscience, ou la
magie, peu importe son nom, disparaît du Vieux Continent : gagner la
guerre.
Dans les flammes, la fumée et la cendre.
Parmi les séries ambitieuses sorties ces dernières années, La brigade chimérique aurait eu de quoi effrayer nombre d’éditeurs. Le but était de raconter une histoire de super héros, dans un format comics, parlant des derniers surhommes européens et de leur disparition.
Or si un tel récit semblait une véritable gageure à mettre en place, Serge Lehman et Fabrice Colin ont relevé le défi haut la main. Leur univers est riche et intrigant, multipliant les références à Wells, Jean Ray et Fritz Lang (entre autre) durant les 6 tomes de leur œuvre. L’inspiration d’Alan Moore était également évidente lors des premiers opus…
Les derniers tomes se détachent toutefois plus volontiers de l’influence du scénariste anglais et de sa fameuse Ligue des gentlemen extraordinaires. La conclusion du récit se révèle surprenante et rassurera les lecteurs dubitatifs tant elle est bien amenée. Avec 6 albums sortis en 14 mois, ce comics à la française (un french comics) n’a pas eu le temps de s’essouffler !
La prestation exemplaire de Gess aux dessins impose le respect. Durant près de 300 pages (depuis le début), le dessinateur des premières aventures de Carmen McCallum et de Teddy Bear concocte une partition graphique impeccable, fortement influencée par le Mignola période Hellboy. On en aurait bien repris encore un peu…
En lien avec l’article précédent sur les Utopiales, applaudissons l’arrivée quasi simultanée du 6ème et dernier tome de La Brigade Chimérique et de l’Encyclopédie pour le Jeu de Rôle qui en est issu.
Le premier vient clore magistralement le scénario élevé au radium par Serge Lehman et Fabrice Colin, maturé dans la Chambre Ardente par Gess et Céline Bessoneau. Le tout est publié aux éditions L’Atalante.
Pour ceux qui auraient eu la malchance de passer à côté de cette formidable série, en voici le résumé. Alors que l’Europe s’apprête à basculer dans la Seconde Guerre Mondiale, les héros et justiciers européens tentent de deviner les sombres plans du Docteur Mabuse et de lui barrer la route…
Honnêtement, nous sommes largement au-delà d’une simple histoire de super-héros mais bien en face d’une réflexion aussi solide que ludique sur la place de l’homme parfait et de son mythe au coeur des tumultes des sociétés. En réutilisant les héros populaires du début du siècle depuis oubliés, les auteurs tentent de répondre à la question qui nous taraude tous : pourquoi le super-héros est-il l’apanage des Etats-Unis ? La réponse à ce qui pourrait être une boutade – révélée dans ce dernier tome - tombe comme une… évidence !
Car c’est là toute la solidité de cette série, chaque lecteur peut y lire ce qu’il souhaite : une aventure avec des héros principalement français, une évocation de la foisonnante galerie d’œuvres dîtes mineures de l’entre-deux guerres, une réflexion sur l’Histoire et la fondation d’un mythe,… Le tout orchestré crescendo sur 6 tomes pour une fin en apothéose, imprévue mais inévitable.
L’autre ouvrage va ravir aussi bien l’amateur de jeu de rôle que celui de BD. En effet, les éditions Sans Détour proposent une adaptation de la saga en JDR. Proposé en avant-première lors des Utopiales, on peut déjà deviner par les quelques visuels disséminés ici et là sur le net, que cet ouvrage porte en lui les mêmes qualités que la série-mère.
Il ne vous reste plus qu’à découvrir le travail de ces explorateurs de la Superscience !
Dans cette fulgurante re-visitation de l'Histoire, Lehman et Colin rendent donc un bel hommage à la réelle genèse des méga-vengeurs de comics, pratiquement tous nés de l'imagination de scénaristes et dessinateurs juifs (Schuster & Siegel, Will Eisner, Bob Kane, Jack Kirby, Stan Lee...) qui, consciemment ou non, ont du repenser à la légendaire créature de glaise du rabbin Loew. Les auteurs s'amusent à imiter des clichés du genre comme pour faire la transition : Lebon abattant son gigantesque poing sur le sol crie "A ton tour de souffrir !", les armes à feu font des "Krak !" et des "Buda ! Buda !" et quand la Brigade affronte Mabuse pour le combat ultime au sommet, chacun se charge de l'adversaire qui lui ressemble le plus.
Cette série qui mérite doublement le qualificatif de fantastique s'achève par une des évocations les plus magistrales et bouleversantes de l'horreur absolue. Je n'en révélerai pas davantage sinon qu'il fallait oser inventer une vision aussi originale pour l'indicible, où la Porte des Enfers descend du ciel comme atterrirait la soucoupe volante d'envahisseurs maléfiques. Bon, maintenant que c'est fini, vous aurez compris que La Brigade chimérique appartient déjà aux plus belles heures de l'histoire de la bande dessinée. Une saga qui se perpétue ce mois de novembre sous la forme d'une Encyclopédie descriptive et décryptive qui est aussi un jeu de rôle, éditée par Sans Détour et qui sera inaugurée durant les Utopiales de Nantes.
Les heures sont graves mais les auteurs n'oublient pas de conjurer la malédiction par quelques pointes d'humour comme lorsque Irène Joliot-Curie pète un cable, agacée par les élucubrations de ses amis et surtout l'enthousiasme d'un gamin accro aux romans-feuilletons fantastiques. Un humour qui sait aussi se noircir, à l'image de cette remarque d'une gueule cassée de 14-18. La séance au club de l'Hypermonde permet de réunir quelques hautes figures de la littérature dont Serge Lehman a du dévorer les oeuvres : aux anciens Maurice Renard, J.-H. Rosny aîné, Jean Ray* vient se joindre un p'tit jeune prometteur nommé Barjavel.
Encore un mot à propos du dessinateur Gess, qui continue d'offrir ici des planches exceptionnelles. Sa première série, Teddy Bear (publiée il y a près de vingt ans) vient de re-paraître en un volume intégral chez Drugstore. A l'époque, son style était très proche de celui de Liberatore. C'est dire si il l'a fait évolué depuis.
Pour la conclusion de cette saga qui fera date, patientez jusqu'en octobre.
Autre nouvelle pour cette fin d'année : La Brigade chimérique va être adaptée en jeu de rôle !
L’aventure de La Brigade Chimérique, bande dessinée hors normes, a commencé il y a un petit peu plus d’un an avec la sortie d’un premier tome préparé depuis belle lurette en coulisse par les auteurs Serge Lehman et Fabrice Colin, le dessinateur Gess et la coloriste Céline Bessonneau.
« C’est trois ans de boulot, 10 pages dessinées par mois, qui ont pris fin en juin dernier », raconte Gess à l’occasion de la sortie du 6e et dernier tome. Son attachement au projet se ressent, à fleur de peau : « J’ai renoué avec des émotions d’enfant, les contes et légendes, le roman, le feuilleton. Je me suis emparé du scénario de Serge, ça venait comme une évidence. J’ai mis le dessin au service de l’histoire. » L’histoire ? « C’est une parabole autour de l’Histoire, pour faire un pont entre l’Europe d’avant la guerre et maintenant. » Une Europe peuplée de super-héros comme Mabuse, le Gog, Harry Dickson ou Bob Morane… des super-héros oubliés, remplacés par leurs homologues américains en collant, revus à la sauce Gess. Ainsi « pour le passe-muraille, je voulais quelqu’un d’aérien. Je suis plutôt allé chercher du côté de Fred Astaire que Bourvil ».
Le succès de La Brigade Chimérique ne s’est pas fait attendre, comme on a pu le voir aux Utopiales l’année dernière. Une longue file d’attente a forcé les auteurs a rester dédicacer tout un après-midi.
Un public de tous les âges, car comme l’explique Gess, « les gens sont touchés dans leur âme d’enfant ». Et si on lui demande son personnage favori, il hésite avec Georges Spad pour finalement expliquer : « Je suis très attaché à Palmyre, cette sorcière magicienne en lien avec un monde parallèle, elle m’intrigue beaucoup. J’aime bien les gens militants comme le couple Joliot Curie, surtout Irène, qui marche sur les pas de sa mère. »
La Brigade vient d’achever ses aventures d’une manière bien sombre… mais elle ne refera pas l’histoire. L’aventure continue avec la sortie d’un jeu de rôle et d’une encyclopédie qui permettront à tous les amateurs de prolonger le contact, en attendant, qui sait, une résurrection.
Gess sera présent durant les Utopiales sur le stand de la librairie et maison d’édition, L’Atalante.
Ce sixième et dernier tome de La Brigade Chimérique est donc celui où le monde de fiction imaginé par Serge Lehman et Fabrice Colin va laisser place au monde réel, ou plutôt devrait-ton dire que l'uchronie va devenir la réalité par un habile tour de passe-passe qui donnera tout son sens à la série. Puis, il ne s'agit finalement que d'une ultime transformation dans une série qui en contient déjà beaucoup, même si la dernière n'est logiquement que le retour à la normal que l'on pouvait attendre depuis le début de la série, la fameuse fin des super-héros européens. Et leur disparition n'aura pas vraiment lieu au cours d'une gigantesque apocalypse où tout ce beau monde s'affrontera, elle se fera plutôt avec subtilité et en confrontant le monde issu de la littérature au monde réel. Comme si les écrits de l'époque étaient devenus matériels pour le pire et le meilleur et comme si une magie ou une science avait donné vie à ce qui aurait du rester sur papier. Mais ils devront finalement y retourner afin de montrer notre réalité dans toute son horreur.
L'excellent dessin de Gess et bien entendu les superbes couleurs de Céline Bessonneau donnent toute leur ampleur à ce final et n'hésitent pas à utiliser des images chocs pour donner tous leurs sens à l'histoire qu'ils servent. Puis on retrouve évidement les clins d'oeils à divers comics et romans qui font partie du charme de la série et qui nous offrent même un note d'espoir dans un final particulièrement sombre et crépusculaire.
Mais la vrai question avec ce final est de savoir si la France a enfin réussi à sortir un bon comics ? La réponse me semble être à la fois oui et non. Oui parce que la série pourrait tout à fait trouver sa place entre certains graphics-novels et mini-séries sans avoir à rougir aucunement de ses défaut. Et à la fois non parce justement, c'est une histoire qui se termine et qui ne permet donc pas de continuité comme la plupart des personnages de Super-Héros américains. Mais cela serait vraiment dommage pour les amateurs de ces derniers de ne pas tenter l'aventure, ceci-dit ! Et pour les amateurs de BD Franco-belge également !
Serge Lehman et Fabrice Colin sont maintenant des figures incontournables de la sphère fantastique en France et ici, ils imposent leurs pattes à un univers pétrit d'influences venant aussi bien du comic book, du cinéma ou bien évidemment de la littérature. Mélangeant allègrement personnages de fiction (tel le Passe Muraille) que réels (Les Joliot-Curie), la Brigade chimérique se présente comme une superbe fresque mais dont l'histoire ne se laisse pas déflorer en quelqeus phrases, il s'agit clairement d'un OVNI qui traverse nos librairies dans un flash lumineux. À cheval des deux côtés de l'Atlantique, il s'agit d'un vrai régal.
On peut s'amuser à chercher les influences de partout mais il faudrait beaucoup de temps pour toutes les trouver.
Côté dessin, on trouve un Gess qui après s'être illustré sur Carmen Mc Callum, s'illustre à nouveau ici dans un pur style comics. Saluons l'exploit de sortir six albums de 46 pages en deux ans !
Une série pour tout les amoureux des super héros, du fantastique et de BD bien ficelée.
Le Docteur Mabuse et son armée de squelettes nazis ont pris le pouvoir en Europe. Mais tout n’est pas perdu, tant que la Brigade Chimérique veille… Alors que Georges et Tota, attaquées par un Lebon transformé en gigantesque nuage vivant, se font arrêter par les crânes de Mabuse, la Brigade intervient. Dans un format comics, la série raconte les aventures de super-héros européens : des humains que la guerre des tranchées, en 14-18, a transformé…
Un univers riche et intrigant qui trouve ici sa conclusion.
[…]
L’excellente série « La Brigade Chimérique » de Serge Lehman, Fabrice Colin et Gess qui est de mieux en mieux et j’essaye de ne pas être jaloux.
En fait je ne le suis pas car leurs super héros de début du siècle nés de la mythologie populaire n’ont rien à voir avec les miens mais la synchronicité est une chose curieuse. Pourquoi les français se mettent-ils à faire du super héros maintenant? presque tous en même temps car je sais qu’il y en aura d’autres. Mystère.
Ladite « Brigade Chimérique » d’ailleurs avec son Dr Mabuse et sa Marie Curie vient d’ailleurs de s’achever en beauté avec un super épilogue, c’est aux éditions de l’Atalante et il faut que vous vous jetiez dessus. C’est un des meilleurs comic books de ces dernières années, un des deux ou trois, et pour une fois il est français.
La manière dont ils ont brassé l’histoire de l’Europe jusqu’à la seconde guerre mondiale et ses horreurs en incluant toute la mythologie populaire française mais pas seulement, est pour moi une totale réussite. De plus, Gess, dessinateur que j’aimais bien jusqu’à présent, a fait des progrès considérables et son dessin est tout à fait passionnant.
Au bout de six tomes, Serge Lehman, Fabrice Colin, Gess et Céline Bessonneau ont construit un univers parallèle super-scientifique cohérent et raconté une histoire au cours de laquelle le suspense n’a fait que monter. Tout se joue donc dans ce sixième tome très attendu, surtout à cause du cliffhanger du tome 5.
Dernier tome de la série, ce sixième album de La Brigade Chimérique comprend, comme pour les précédents opus, deux épisodes (La Tête arrive ; Le Grand Nocturne) qui dévoilent enfin l’issue de l’aventure du Docteur Jean Séverac, de George Sand et des Curie, au centre des conflits géopolitiques qui secouent l’Europe de la fin des années trente. Le lecteur a appris tout ce qu’il pouvait vouloir connaître de la Brigade Chimérique et des autres personnages, avec ou sans pouvoir super-scientifiques, que lui ont présentés Lehman, Colin et Gess. C’est la conclusion de l’épopée fantastique qu’il attend à présent, avec une impatience certaine.
Il sera donc servi, puisque le tome 6 met fin à La Brigade Chimérique, sans risque apparent que les auteurs s’attaquent à une suite à la saga. Six tomes étaient prévus, il n’y en aura que six. Le lecteur est donc rassasié à l’issue de sa lecture, et ne peut être que satisfait de la fin qui lui est offerte. Satisfait, certes, mais peut-être malgré tout légèrement déçu. L’histoire est assez complexe, mettant en scène de nombreux personnages, mais les auteurs ont habilement réussi à retomber sur leurs pattes, à cadrer la conclusion de leur aventure, en somme à remplir leur contrat.
[…]
La Brigade Chimérique est au final une série incontestablement de qualité, à conseiller. Si le lecteur pouvait attendre plus d’eux, Colin, Lehman, Gess et Bessonneau (ces deux derniers officiant avec le même talent que pour les tomes précédents) signent un tome concluant habilement la série.
Les auteurs Gess, Serge Lehman, Romain d'Huissier, Willy Favre, Julien Heylbroeck, Laurent Devernay nous ouvrent les portes de la Brigade Chimérique.
Voici le lien qui vous permettra d'accéder aux interviews de l'équipe : http://temps-de-livres.over-blog.com/
[…] Sachez tout de même que la fin de ce tome conduit à l'embrasement qui démarre la seconde guerre mondiale... La brigade chimérique s'achève donc, non sans laisser entrevoir une encyclopédie qui reprend l'univers de la série. Sachez également que cette aventure ne date pas d'aujourd'hui, puisqu'elle est la reprise d'une aventure parue initialement entre les deux guerres, il y a bien longtemps...
Côté scénario, cela aura été fluide de bout en bout, et surtout magnifiquement mis en image par Gess et Céline Bessonneau. Certaines pages sont monumentales de détails et de mouvements, avec des fonds admirablement travaillés, notamment pour ce dernier tome.
Une série intelligente sur laquelle vous pouvez compter, pourquoi pas pour vos cadeaux de Noël de cette fin d'année 2010 !
Ecrite par Clark,Lorsque l’Atalante se lance dans la bande-dessinée, cette maison ne fait pas semblant. Après nous avoir livré Fergus, un album de science-fiction, c’est cette fois-ci une série qui débute avec La Brigade Chimérique. Dans la droite ligne des super-héros américains ce sont des héros européens qui vont reprendre le flambeau dans un monde bercé de Guerre Froide.
Atypique, cet album l’est assurément. Cela s’explique entre autre par les deux auteurs : Serge Lehman et Fabrice Colin qui sont des trublions bien connus de la scène de l’imaginaire. Des héros issus pour certains de la littérature du XIXème siècle et de l’imaginaire des deux auteurs pour les autres.
Riche, cet album l’est particulièrement. Des personnages hauts en couleur, des évènements inattendus, du suspens, tout est là pour faire de ce premier tome d’une série de six un réel succès.
Les graphismes sont également à la hauteur. Old-school avec des couleurs un peu passées ils font penser à ces vieux comics des années 70 que l’on pouvait trouver aux Etats-Unis. Un charme tout particulier qui vient dénoter au vu de l’ensemble de la production actuelle en bande-dessinée. Mais finalement n’est-ce pas lorsque l’on rompt avec l’actuel que l’on crée le succès ? En ce qui concerne la Brigade chimérique c’est bel et bien le cas.
Le premier opus de La Brigade chimérique est donc un album de bande-dessinée particulièrement agréable à lire et qui n’est pas sans faire penser à la Ligue des Gentlemans Extraordinaires. Rien à redire devant la qualité de cet album : enfin une bande-dessinée française qui sort des sentiers battus. Cela fait vraiment du bien…
Deuskin - Mythologica
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