On ressort de ce livre comme d’un film de David Lynch ; le
rapprochement avec Lost Highway est d’ailleurs introduit par Fabrice
Colin à plusieurs reprises. Deux réalités, chacune très changeante sont
présentées et la tentation de les superposer, de les recouper est
toujours frustrante. On se raccroche à quelques indices (la parenté
Estel/Stella, l’impuissance de Kenneth et la toute-puissance du
samouraï, etc.), on croit voir dans une partie la réécriture
fantasmagorique comme une compensation de l’autre mais il reste des
zones inexplicables, des sables mouvants qui engloutissent toute
tentative de rationalisation. On s’est fourvoyé, on était pourtant
prévenu dès la page 43 par l’explication donnée par le docteur Lazare :
" Le travail du romancier […] consiste à fixer sur papier une matière
toujours en mouvement. Certains donnent à cette matière le nom quelque
peu galvaudé de réalité. " On assiste à un questionnement paranoïaque
et à ce titre dickien, le conflit sino-américain évoquant aussi le
présupposé de départ du Maître du Haut-château, sur la notion de
réalité.
[...]
Fabrice Colin s’amuse avec les clichés des films d’aventure américain (la réplique Sayonara Baby est tirée de Terminator)
et rend avec une acuité exceptionnelle l’expérience vertigineuse et
douloureuse de vie et de mort, aux antipodes d’un prédictible scénario
hollywoodien. Il défie son lecteur de lâcher ses repères et de le
suivre dans un flash éblouissant dont le prix peut être l’overdose.
Congratulations Colin-san.
Nathalie Ruas, ActuSF
(...) Voilà ce qui s'appelle un petit ovni dans le monde de la BD ! Cette BD est un véritable petit bijoux pour qui aime les années 50 ! Les dessins sont certes particuliers, mais ils ont ce charme qui sied tout à fait au scénario, et surtout à l'ambiance inhérente à cette histoire : c'est simple, cela fait l'effet de se retrouver dans ce piano-bar un peu déjanté de Pulp Fiction. Ambiance décontractée et fifties, certes, mais le véritable atout reste dans les dialogues...
Sur ce point, le travail de Fabrice Colin est en tous points remarquable : on ne s'ennuie pas une seconde et on se marre sans vergogne à la lecture de toutes ces piques et de tous ces cassages en règle dont Gordo est tour à tour l'auteur et la victime. On a vraiment l'impression que ce singe est un être humain, rien à voir avec la façon de rendre les animaux humains dans Blacksad par exemple : ici c'est le mot et le verbe qui priment sur les apparences !
Une BD qui sort du lot, et qui vaut vraiment le coup d'être découverte ou d'être offerte...
Clark, Les Chroniques de l'Imaginaire, 4 juillet 2008
(...) Mêlant humour et côté un peu thriller, Gordo, un singe contre l'Amérique, séduit par ses multiples ambiances et son côté "classiques hollywoodiens" qui évoque de nombreuses personnalités connues. Innovante, cette BD se distingue par les traits précis de Fred Boot qui a signé là des planches très réussies par leur côté sombre et raffiné à la fois. Le tout est égayé de couleurs artificielles "informatisées" qui donnent toute sa qualité à l'ouvrage.
Comme l'histoire ne manque pas d'intérêt, cette bande-dessinée réalisée par Fred Boot, mérite vraiment d'être découverte, mais plutôt par des lecteurs adolescents ou adultes. "Son esthétique est marquante, commente le critique Mickaël Demets sur le site Evene. Alliée au talent de conteur de Fabrice Colin, cela aboutit à l'une des bandes dessinées les plus étonnantes de l'année".
Les Informations, août 2008
L'histoire part d'un fait réel, le suicide d'une actrice qui s'est jetée de la lettre H d'hollywood, sur la colline de Los Angeles. Fabrice Colin et Boris Beuzelin ont remonté la piste, brodant une histoire à rebours pour expliquer ce geste. L'album emmène le lecteur d'Hawaï à Los Angeles en passant par New-York. Une ballade en noir et bleu qui rappelle les films des années 1930.
ouest-france, 30 août 2008
Casting trois étoiles pour la vie de Gordo, amoureux de Lauren Bacall, ami de Frank Sinatra, filé par Elvis Presley, délaissé par sa maîtresse Shirley Winter au profit de Wernher Von Braun, et qui dialogue même post-mortem avec Humphrey Bogart pour ce qui est l'un des moments les plus drôles de l'ouvrage. Car on n'apprend pas au vieux singe à faire des grimaces et Gordo sait y faire en matière de réparties et d'humour, ce qui rend d'office la lecture agréable. Ses aventures, totalement décalées, et à la fois tellement dans l'univers des fifties, sont elles aussi déroutantes, nous ramenant à une époque qu'on pensait avoir oubliée. Le dessin est porté par des couleurs magnifiques plutôt qu'un trait de crayon précis (...)
Gordo se dresse donc devant l'Amérique et même si c'est le premier qui va y laisser des plumes, ce sera au prix d'une bande-dessinée immanquable portée par un personnage remarquable, qui nous rend presque nostalgique d'une époque révolue.
L'Avis des Bulles, septembre 2008
« Évidemment que j'ai failli. Devenir humain, c'était mon idéal... »
Gordo, de Fabrice Colin (au scénario) et Fred Boot (au dessin), est sorti en juin 2008. C'est donc avec un peu de retard que nous en parlons ici, mais il serait dommage de ne pas évoquer cette BD originale et réussie. [...]
Dans les années 50, Gordo est une star. C'est aussi, et avant tout, un singe devenu intelligent et presque humain. Alors que le succès et les femmes lui tombent dans les bras, il découvre, dans le journal intime de sa petite amie - qui le trompe - une information qui pourrait faire trembler le gouvernement américain. À la fois par vengeance envers sa dulcinée et par égard envers ses propres origines, il décide de subtiliser le journal et de le cacher en lieu sûr, avant de décider quoi en faire. Mais très vite, la CIA et le KGB se mettent à ses trousses, les premiers pour étouffer l'affaire et les seconds pour l'exploiter. Embarqué dans une histoire qui le dépasse, Gordo trouve refuge auprès de son ami Frank Sinatra.
Gordo est avant tout une histoire comme seul le cinéma américain des années 50 savait en produire : un polar qui voit un homme plongé malgré lui dans une affaire dont les conséquences le dépassent, et qui croisera, durant sa fuite, le chemin inévitable d'une femme fatale. On pense à La Mort aux trousses d'Alfred Hitchcock, même si le propos ici est différent. Colin et Boot ajoutent une dose d'humour noir dans les paroles de ce singe étonnamment humain qui, comme tout bon héros de polar qui se respecte, cède bien volontiers aux charmes de l'alcool. Entre flashbacks et déroulement de l'intrigue, on suit avec plaisir ses pérégrinations dans un scénario efficace et cohérent. Les auteurs ne négligent pas les détails pour rendre Gordo crédible, comme la démonstration de son agilité à grimper aux arbres. Mais Gordo, c'est aussi le symbole du rêve américain déchu. Ce singe qui voulait tant nous ressembler finit, de façon assez ironique, par subir la nature manipulatrice de cette chère humanité. Accueilli par un pays où tout semble possible, il découvrira que le mensonge se cache toujours derrière les apparences avenantes. Héros encensé mais bien vite sacrifié sur l'autel du bien commun : tel est le sort de ceux qui croient naïvement à la bonté de l'Oncle Sam. Ce discours critique sur le rêve américain montre un pays pétri de contradictions et peu regardant sur la moralité - et qui s'en accommode fort bien. Finalement, Gordo atteindra bien le statut d'humain puisqu'il ressentira ce qui en fait l'essence : souffrance, frustration, désespoir.
Fabrice Colin introduit une dimension supplémentaire en choisissant, pour cadre à son histoire, les paillettes d'Hollywood - comme dans son album suivant, Nowhere Island. Encore une fois, il s'agit de montrer que les apparences sont trompeuses, et que le glamour des stars hollywoodiennes cachent des désillusions profondes. Comme le dit Gordo en parlant des étoiles qui brillent dans le ciel : « J'ai toujours eu un faible pour les étoiles d'Hollywood. Un adage tiré de la sagesse populaire voudrait que ces chéries soient déjà mortes au moment où leur lumière nous parvient ». La métaphore n'échappera à personne... La déchéance succède irrémédiablement au succès, et Gordo en fait les frais. Colin convoque ainsi, pour sa démonstration, des figures bien réelles comme Frank Sinatra, Lauren Bacall ou Elvis Presley. Comme s'il voulait faire du drame de Gordo une histoire vraie. Car Colin aime jouer avec la réalité et les liens qui l'unissent à la fiction. Avec habilité, il intégre son histoire dans l'Histoire, introduisant du vrai dans le faux, et réciproquement. Son scénario est particulièrement bien documenté et inventif à la fois. Il n'en a que plus de sens.
Un graphisme surprenant
Pour mettre en images cette histoire singulière, il fallait adopter un graphisme qui ne l'était pas moins. Fred Boot remplit sa tâche avec succès. On retiendra tout particulièrement la puissance des ambiances - le plus souvent sombres - accentuées par une colorisation sobre mais qui fait mouche : peu de couleurs, peu de détails ou de dégradés, mais une adéquation idéale avec les émotions et les impressions du héros. De même, les différentes périodes (passé et présent) ont chacune des teintes distinctes permettant de les situer rapidement. À part ça, le trait est épuré, dynamique, rappelant parfois le cartoon. Les visages, taillés à la serpe, n'en sont pas moins expressifs. Tout ceci est un peu surprenant au premier coup d'œil, mais on s'y fait vite, et cela procure à cette BD une identité graphique peu commune.
Une réussite originale
La collection " Flambant 9 " de L'Atalante ne cesse de confirmer son statut de vivier à talents. Gordo est en une nouvelle preuve. Si on connaissait celui de Fabrice Colin, on découvre ici celui de Fred Boot. Cette vision amère du rêve américain, sur le ton du polar, contribue à faire vivre un art en perpétuel renouvellement. Chapeau.
Jérôme Lavadou, ActuSF, février 2009.
Fabrice Colin, auteur parisien, s'est déplacé pour présenter son nouveau livre, Engagés ! aux lycéens d'Appert. Quatre classes ayant étudié le livre avec leur professeur de français ont pu poser des questions sur la genèse de l'ouvrage. "Ce titre aux allures de slogan désigne ces milliers de femmes et d'hommes qui maintiennent vivantes les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité", a déclaré l'écrivain. Engagés ! est sélectionné pour le prix littéraire qui sera décerné fin mars par un jury d'élèves.
A noter : Engagés ! Pour mieux résister au vieux monde ; propos recueillis par Fabrice Colin ; collection "Comme un accordéon", aux éditions L'Atalante.
Ouest France, 31 janvier 2009.
Dans une sorte de Ligue des Gentlement Extraordinaires à la française, les deux auteurs signent une uchronie intelligente et subtile, au fil d'un récit dense construit comme un comics américain
Prévu en six volumes (dont les trois premiers sont annoncés pour cette fin d'année 2009), ce récit hors normes nous permet également de retrouver Gess, le dessinateur des huit premiers tomes de Carmen McCallum. (suite)
Une dose de La Ligue des Gentlemen extraordinaire , une dose de BPRD, une large rasade de feuilleton des années 20-30, un soupçon de surréalisme… Le tout servi sous forme de vrai-faux « comics » par deux pontes du fantastique à la française sur une base de politique fiction à fort relent d’Uchronie. Improbable ? Non, Chimérique. Lehman et Colin, qui aiment à tester les limites de la bande dessinée dans ce qui reste leur domaine de prédilection, le récit de science-fiction, se lancent à leur manière dans le récit de super-héros.
Les deux hommes ancrent leur univers dans l’imaginaire traumatique de l’Entre-deux-guerres. Le postulat ? Les armes interdites et les technologies naissantes - gaz, radium, rayons X – auraient engendré une génération de surhommes dont l’action était à même de changer le cours de l’Histoire. Les premiers super-héros européens…
Cinéma, littérature, comics, légendes, science, histoire… Serge Lehman et Fabrice Colin ont pioché dans toute la culture populaire pour créer une série foisonnante, complètement folle, qui multiplie les croisements inattendus et les apparitions jouissives. Superman, le diabolique Docteur Mabuse de Fritz Lang, André Breton, les travaux de Marie Curie, le légendaire Golem ou les personnages de Kafka se rencontrent dans une intrigue aussi farfelue qu'excitante, sur fond d'une Europe en crise à l'orée de la Seconde Guerre mondiale, partagée entre le fascisme et le communisme. Chaque volume contient deux épisodes qui, à chaque fois, révèlent un univers encore plus profond et débridé que prévu.
Visiblement, les deux scénaristes ont bien retenu la leçon d'Alan Moore, et gérer avec malice la surenchère de l'intrigue pour ne jamais lasser le lecteur, et conserver le rythme trépidant de ces aventures abracadabrantes. Graphiquement, le travail de Gess rappelle par instants celui de Mike Mignola, schématique et dynamique, d'autant que La Brigade chimérique sait, comme Hellboy, enchevêtrer les univers avec talent.
Une série atypique dans la bande dessinée française, très ambitieuse, dont on attend la suite avec impatience.
Mikaël Demets, evene.fr, août 2009
On connaissait déjà Serge Lehman et Fabrice Colin scénaristes de bandes dessinées. Leur association nous vaut aujourd’hui une œuvre ambitieuse et un tantinet iconoclaste : la Brigade chimérique se présente comme une tentative française (oui, oui) de comic super-héroïque. Un programme audacieux et pour le moins alléchant.
Très vite – dès le titre ? –, une référence vient immédiatement en tête : la fameuse Ligue des gentlemen extraordinaires
d’Alan Moore et Kevin O’Neill. Serge Lehman et Fabrice Colin ont en
effet trouvé leurs héros tout prêts dans la littérature et le cinéma de
l’entre-deux-guerres (et sa réalité…). Pas nécessairement dans la seule
culture populaire : de Zamiatine à Kafka en passant par Fritz Lang et Jacques Spitz, c’est tout un pan de la culture européenne (en science-fiction et en fantastique) qui sert ici de source d’inspiration.
Mais le ton se montre assurément plus grave (et moins ouvertement « fun ») que dans le comic
de Moore : les auteurs nous décrivent rien de moins que « la fin des
super-héros européens », dans une Europe en proie au totalitarisme
(« Nous autres » à Moscou, le Docteur Mabuse à Métropolis, Gog à Rome,
la Phalange en Espagne), et à la veille de basculer dans une nouvelle
guerre mondiale. Les autres pays sont également dominés par les
super-héros « nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle
des gaz et des armes à rayons X » ; mais ils ne sont pas forcément
beaucoup plus fréquentables… Les alliances se dessinent déjà,
définissant l’avenir de l’Europe… et de ses super-héros.
Les auteurs savent
incontestablement nous accrocher, à la manière des meilleurs
feuilletonistes, et concluent chaque épisode sur un cliffhanger de bon aloi. Un bon point pour eux.
On fait confiance aux auteurs pour nous régaler dans les
épisodes suivants, tant ils ont placé la barre haute dès ce premier
volume.
L’histoire est belle et bien intrigante – pour ne pas dire
encore un peu (trop ?) floue… – et les personnages hauts en couleur,
« surhumains » ou non. En outre, à l’instar de la fameuse bande
dessinée d’Alan Moore précitée, le plaisir du lecteur se double d’un
jeu de piste de références plus ou moins cryptiques, merveilleuse
occasion de faire des découvertes enrichissantes. Sur le plan du
scénario, rien à redire ou presque.
On attend la
suite avec impatience. Preuve que cette tentative de comic super-héroïque à la française est une belle réussite.
La France tient enfin sa Ligue des Gentlemen Extraordinaires !
Un parallèle simple, voire
simpliste sans
doute, mais qui n'en est pas moins vrai, quand bien même ne faudrait-il
pas
limiter à cela cette tentative de « comics » à la
française
audacieusement publiée par les éditions L'Atalante.
Serge Lehman et Fabrice
Colin
avaient envie depuis un certain temps de mettre à profit ce patrimoine
oublié
de nos – nombreux ! - héros
des débuts
du 20ème siècle et l'on comprend mieux après lecture pourquoi Fabrice
Colin s'était
exprimé à plusieurs reprises sur son blog en espérant que la série
trouve son
public.
Car elle le mérite assurément
et
quoi de plus logique que de nourrir de telles attentes : casting de
choix (…), Histoire, la
grande,
joliment et habilement revisitée – qui n'aurait pas envie de vivre à
cette
époque où s'entremêlent science et surréalisme avec un tel naturel ? -
scénario
évidemment feuilletonnesque qui sait ménager ses rebondissements et ses
mystères au fil des pages, après une mise en action néanmoins un peu
lente dans
le premier volume (c'est bien là la seule misérable réserve que l'on
pourrait
relever pour l'instant, car il faut bien trouver quelque chose à
redire,
n'est-ce pas !), mais qui réussit à installer une ambiance à part en
quelques
planches à peine, le tout baigné dans une atmosphère à la fois
uchronique et
féérique sachant séduire sans complexe.
La brigade chimérique emprunte un rythme de parution élevé avec l'arrivée de ce second volet, à peine un mois après la sortie du premier tome !
Avec cet épisode, nous avons la confirmation du potentiel entrevu précédemment. L'histoire concoctée de main de maître par le duo Serge Lehman – Fabrice Colin montre une construction parfaitement agencée. Le récit mélange toujours uchronie et fantastique de belle façon.
Les influences d’Alan Moore au niveau de l'écriture sont toujours aussi perceptibles, mais curieusement on pense aussi au récent Umbrella Academy de Gerard Way. Tant d'influences provenant des comics justifient peut-être le format identique aux parutions américaines.
Graphiquement, le créateur de Carmen McCallum fournit une performance une fois de plus exemplaire, le rendu très « mignolesque » de son trait apporte une ambiance hors du commun au titre et offre à La brigade chimérique une identité visuelle forte.
Cette série a les cartes en main pour faire date.
Le récit nous narre la manière dont des super héros européens (et oui ils ne sont pas qu’américains) se retrouvent dans une aventure étonnante, où leur sort va être remis en cause. Découpé en deux parties, ce tome offre un prologue extrêmement intéressant, ainsi qu’un premier chapitre bien pensé. On ne peut toutefois s‘empêcher de rapprocher cette histoire, des œuvres d’Alan Moore comme Watchmen ou La ligue des gentlemen extraordinaires. Il y a pire comme compliment…
Pour assurer la partie visuelle, la tâche est confiée à Gess, le dessinateur ayant inventée la jolie Carmen Mc Callum ! Dès les premiers phylactères, on comprend pourquoi celui-ci a laissé sa place sur la série, car le style dévoilé est très différent. Clairement influencées par Mike Mignola et ses encrages appuyés, certaines planches pourraient faire penser à Hellboy, mais avec un trait plus fin et un encrage moins présent. Au-delà des inspirations, prestigieuses cela va sans dire, La brigade chimérique laisse de grands espoirs pour la suite…
Dans ce premier tome, le prologue nous présente de nombreux héros, et constitue donc un plaisir intense de chasse aux références : même si certaines sont citées explicitement par les auteurs, il appartient au lecteur de retrouver les autres, et il y parviendra plus ou moins bien en fonction de ses connaissances.
Quasiment aucun personnage n'est gratuit, tous renvoient à une œuvre qui sous-tend le propos de Lehman et Colin. Mais que le lecteur à la culture moins encyclopédique que celle des auteurs ne s'effraie pas : il savourera tout autant le contenu. Car le monde bâti par les auteurs est très intéressant, très touffu, et les prouesses des protagonistes proprement stupéfiantes. La richesse de l'univers créé permet de nombreuses possibilités quant aux interactions des super-héros entre eux, et avec l'Histoire. C'est du reste l'un des points sur lesquels les auteurs seront jugés in fine dans cette BD. [...]
Au final, ce premier tome de la Brigade chimérique se dévore d'une traite, et se relit aussi sec pour y trouver des allusions et références qui auraient échappé à la première lecture. Un postulat de départ original, un scénario découpé très précisément, et gorgé de références qui sont autant de jeux de pistes, bref un plaisir de lecture intégral, que l'on complètera volontiers en consultant le site web mis en place pour l'occasion.
Vous aimez
l'évasion dans le feuilleton à l'ancienne, les péripéties débridées et
l'irréalisme enchanteur ? Ne cherchez pas plus loin, La Brigade
chimérique a largement de quoi combler vos attentes.
L'idée de départ est, comme il se doit, abracadabrantesque : de
l'horreur des tranchées de 14-18 seraient nés des hommes dotés de
super-pouvoirs. En parallèle, et malheureusement il ne s'agit là que de
la triste réalité, ce même cauchemar a donné à d'autres des fantasmes
de super-puissance. Serge Lehman et Fabrice Colin se sont amusés à
modifier quelque peu de trop célèbres entités dictatoriales. […]
Une fois passé le cap du premier album introductif nous entrons avec ce deuxième tome dans le creux de l'action, de l'intrigue, les choses s'organisent, on découvre des secrets et maintenant que le cadre est placé c'est plus simple pour bien s'immerger dans l'histoire.
Du coup le scénario apparait tout de suite plus passionnant, moins anecdotique, on est vraiment dans l'esprit comics avec du rythme, de l'action, des passages de dialogues etc.
La série se lance et on s'attache réellement aux personnages. Dans l'épisode 3, réellement plus axé sur la Brigade elle même, nous entrons dans les secrets de l'intrigue, c'est assez surprenant et très bien vu.
Très fortement conseillé.
L’idée de cette série est, de l’aveu de ses auteurs (Fabrice Colin et Serge Lehman), de faire une comics de super-héros à la française et, pour une fois, ce “à la française” ne résonne pas comme un baiser de la mort. Pour le moment, l’histoire tape sur à peu près toutes mes cordes sensibles: une période que je connais particulièrement bien, des héros que j’aime beaucoup (Harry Dickson et Thomas Carnacki sont de la partie) et un côté “Ligue des Gentlemen Extraordinaires”, moitié uchronie, moitié réécriture des thèmes pulp façon Planetary. Tout ce que j’aime.
Le style de Gess, le dessinateur, s’inspire de celui des comics de “l’Âge d’or”, ainsi que de la ligne claire, avec une bonne dose d’inspiration Mike Mignola (Hellboy). Ce n’est pas exactement le domaine des expérimentations, mais plutôt une relecture moderne des anciens codes de la bande dessinée – qui a peut-être le défaut de faire style-genre (ou, pour être plus clair, s’autoparodier), mais c’est le thème qui veut ça.
Ces deux premiers tomes ont de quoi ravir les fans de super-héros à la sauce pulp des années 30.
Les deux premiers tomes de la série permettant aux auteurs de faire les présentations, mais également de commencer à mettre en évidence les relations entre les super-héros, les forces ou faiblesses des alliances qu'ils tissent entre eux.
Ainsi, dans Mécanoïde Curie, le lecteur découvre un ensemble de héros européens qu'il croit pouvoir classer en factions. Mais est-ce si
simple ? Car dans La Dernière mission du Passe-Muraille,
le Nyctalope, défenseur de Paris, n'apparaît pas nécessairement comme
le héros bienveillant qu'il semble être... C'est d'autant plus vrai
dans le tome 2 et les épisodes Cagliostro et La Chambre ardente. Mais le suspense court toujours à la fin des deux premiers volumes de La Brigade chimérique. Ce
qui n'est évidemment pas sans donner envie de lire le troisième tome, qui paraîtra d'ici la fin de l'année 2009.
L'histoire est mise en images par Gess, dont le style se présente comme
minimaliste. Les cases ne fourmillent pas de détails, mais restitue
parfaitement l'ambiance d'années 30-40 dans lesquelles se déroulerait
une aventure super-héroïque : personnages aux looks marqués, engins «
boulonnesques » issus d'une technologie inexplicablement avancée,
créatures de superscience, et
caetera.
Le découpage des cases est également tout ce qu'il y a de plus
classique. Mais ce n'est pas dérangeant, voire même mieux (on ne fait
pas une mise en page absolument novatrice quand on a choisi un dessin
qui n'est pas d'avant-garde). En fait, dessin autant que scénario
placent le lecteur dans un contexte suranné d'avant-guerre parfaitement
retranscrit. C'est bien vu, bien écrit, parfaitement réussi. Chaque
tome est du bel ouvrage de qualité.
Il n'y a pas de doute concernant La Brigade chimérique
: c'est une série qui débute de façon excellente, qui est riche de
références, mais qu'on n'a pas besoin d'avoir pour prendre plaisir à
lire la BD, et dotée d'un scénario visiblement en béton.
Vivement la suite !
La Brigade
Chimérique est le projet de bd franco-belge le plus ambitieux et le
plus réussi depuis Les Aventures de Mégamonsieur (…). Par contre, il n'y a aucun lien entre ces deux ouvrages,
j'avais juste envie d'en parler, c'est tout.
Sorte de croisement entre La Ligue des Gentlemen Extraordinaires pour
le scénario et Hellboy pour le dessin, La Brigade... offre une histoire
fouillée et passionnante qui met en scène différents héros de la
littérature, du cinéma ou même des personnalités publiques, dans une
uchronie qui se passe entre les deux guerres : le Nyctalope, la
Passe-Muraille, le Golem, Marie Curie ou encore un ersatz de Superman
(ey il y en a d'autres!) se croisent dans une intrigue politique où les
super héros, qui existent depuis la découverte du radium par Marie
Curie, doivent se débattre entre leur vie personnelle et la montée du
nazisme (représenté par le Docteur Mabuse) ou du communisme (appelés
dans l'ouvrage "Nous Autres"). C'est plus complexe que ça, et quasiment
impossible à résumer (…), mais c'est une bd absolument
formidable.
C'est intelligent, c'est beau, c'est bourré de références culturelles
(et certaines sont très pointues - j'ai dû vérifier sur internet hein,
je ne fais pas mon malin en me la jouant "mwahahah j'ai tout trouvé")
et d'idées géniales, et le tout forme un univers très cohérent, très
riche. La bande dessinée adopte un format comics très agréable, et
chaque numéro se découpe en deux épisodes, d'où un petit côté serial
que j'apprécie beaucoup.
Le prochain numéro sort le mois prochain je crois, et j'ai hâte de lire la suite.
Question : pour quelles raisons n’y a-t-il plus de super-héros en Europe ?
La réponse se trouve dans cette saga en six volumes, hommage à un roman oublié et intitulé L’homme chimérique, écrit entre les deux guerres par un certain George Spad. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut replonger quelques années en arrière, au cœur de cette folie meurtrière qu’était la Première guerre mondiale. Dans l’horreur des tranchées, alors que se déchaînaient les gaz meurtriers, des soldats touchés par ces gaz se sont transformés. Ils sont devenus des espèces de mutants, des sortes de monstres qui ont commencé à répandre la terreur et que certains ont voulu faire disparaître à tout prix de la surface de la terre.
C’est cette réalité jusqu’alors ignorée des historiens qu’entreprend de raconter la Brigade chimérique. Imaginée par deux écrivains, dont le romancier de science-fiction Serge Lehman, dessinée par Gess, à qui l’on doit déjà Teddy Bear et Carmen Mac Callum, la Brigade chimérique convoque le ban et l’arrière-ban des grandes figures de la littérature et de l’imagerie populaires. On croise ainsi au détour des pages le docteur Mabuse, le Golem, Fantômas, Sherlock Holmes, Doc Savage et Cagliostro, mais aussi d’authentiques personnages historiques comme André Breton ou Marie Curie. Porté par une imagination sans répit, le récit est publié en six volumes en l’espace de quelques mois, entre l’automne 2009 et le début de l’année 2010. La Brigade chimérique entraîne le lecteur dans les replis insoupçonnés de l’esprit inventif de Lehman et Colin. De mystérieuses organisations apparaissent, comme les Maîtres de Moscou, tandis que les alliances se nouent au gré des intentions parfois machiavéliques des protagonistes de cette œuvre foisonnante. Dans la grande tradition du roman-feuilleton cher aux écrivains du XIXe et du début du XXe siècle, la Brigade chimérique renoue avec la vogue des sagas populaires peuplées de personnages improbables et rythmées par des rebondissements inattendus.
Que veulent les Chimériques ? Qui est le Nyctalope ? Que cherche La Phalange, cet ancien officier de l’armée espagnole métamorphosé en un monstre superscientifique ? Autant de questions qui trouveront – peut-être – réponse dans les pages de La Brigade chimérique…
Derrière
l'épopée fantastique de ces super héros, c'est toute l'histoire de
l'Europe qui se dessine en creux avec la montée des totalitarismes.
Chacun d'entre eux - Le Nyctalope (France), Mabuse (L'Allemagne), «
Nous autres » (l'URSS),Le Gog (Italie), Andrew Giberne (L'Angleterre) -
incarne l'une des forces en présence dans cette période ô combien
mouvementée de l'entre deux guerres...
Mêlant habilement monde réel et fantastique, personnages historiques ou de légende, La Brigade Chimérique est un drôle de zombi, fourmillant de références historiques ou culturelles pour certaines oubliées (…).
Il y a deux tendances lourdes dans la science-fiction de ces dernières années : l'uchronie, qui développe des passés et des présents alternatifs, et la réactivation des mythes (dieux, légendes, superhéros - cf. par exemple le métaréflexif Livre de toutes les heures d'Hal Duncan). Serge Lehman a bien capté ces tendances, et s'en fait l'écho dans La Brigade Chimérique, qu'il scénarise avec Fabrice Colin. Dans la lignée des Watchmen et d'American gods (Neil Gaiman), entre autres, il s'interroge sur le degré de réalité que contiennent les mythes, et sur l'influence qu'ils exerceraient s'ils étaient davantage qu'un produit de l'imagination - des êtres de chair.
Car les mondes fictifs sont des mondes possibles, et l'existence de récits qui les rapportent leur donne un certain coefficient de réalité. Même s'ils n'ont pas été actualisés, ils existent à la marge du monde réel, dans des branches temporelles parallèles. L'uchronie (« l'autre temps ») consiste à les parcourir. […] Quelque part à la lisière du monde que nous connaissons, il y en a un qui lui ressemble, et qui n'a rien à voir.
C'est ce type de fantaisie, improbable mais cohérente, irréelle mais réaliste, que parcourt La Brigade chimérique. Dans un Paris de 1939 au bord de la guerre, Frédéric et Marie Joliot-Curie dirigent l'Institut du Radium, qui accueille les victimes d'armes chimiques et radioactives de la Grande Guerre ; des mutants aux capacités inouïes, dont le monde ne sait que faire. Ces rejetons de la « superscience », qui bouleverse notre maîtrise de la matière et s'apprête à accoucher de la bombe A, posent la question du statut des surhommes : doivent-ils se mettre au service de l'humanité, et défendre un idéal de justice ? Ou se réunir et couper les ponts avec le stade inférieur de l'évolution, pour inaugurer une nouvelle ère historique ? La querelle entre le Professeur Xavier et Magnéto a quelque chose d'intemporel.
La Brigade chimérique est une excellente « BD-feuilleton », très marquée par les pulps et les histoires de super-vilains des années 30, qui bénéficie du remarquable travail d'illustration de Gess, influencé pour sa part par Mike Mignola.
On fera tout de même un petit reproche : l'ensemble est trop court, au vu de la richesse du récit.
Projet à moitié fou né des cerveaux féconds de Serge Lehman et Fabrice
Colin, ce comics à la française fait déjà beaucoup parler de lui.
Serait-il
possible, qu'en notre belle contrée, nous ayons enfin droit à une
oeuvre digne de l'héritage d'Alan Moore et de Jack Kirby ?
Ce troisième tome d’une des séries les plus enthousiasmantes de la rentrée boucle un premier cycle prometteur. En effet, les bases sont posées pour une confrontation entre les forces du Bien et celles du Mal des plus palpitantes. L’idée d’exhumer d’anciens héros de la fiction européenne aujourd’hui oubliés (Le Nyctalope notamment) re-crée une mythologie fascinante, qui n’a rien à envier à celle développée par la bande dessinée américaine. Et mélanger ces figures avec le monde réel de la science et de l’art de l’entre-deux guerres fonctionne à merveille, pour composer un univers solide et riche. Le trait façon Mignola de Gess donne à l’ensemble la patine fantastique adéquate. La Brigade chimérique était le comics à la française que tout le monde attendait. Il est là, ne passez pas à côté.
À l’Est, le Docteur Mabuse impose peu à peu son règne de terreur, sous couvert de progrès scientifiques. À Paris, un homme aux pouvoirs mystérieux enquête sur sa vraie nature, aidé en cela par les époux Joliot-Curie. Il va découvrir qu’il porte en lui la Brigade chimérique, légendaire protectrice de la France, qui va devoir reprendre du service.
Benjamin Roure
L'oeuvre est toujours aussi passionnante, foisonnante, brillante - de qualité à tous les niveaux : scénario, dessins et même finition, bel ouvrage cartonné au format idéal. Bref une fois de plus, La Brigade Chimérique transforme l'essai avec ce troisième tome et prouve qu'il y a donc bien une place pour des comics français sur le marché (je serai d'ailleurs curieux de voir quel accueil serait fait à cette BD aux USA, si elle devait un jour être traduite dans la langue de Stan Lee...).
[…]
On ne peut être qu'admiratif devant l'équilibre entre introspection,
développement des personnages et de l'univers et scènes d'action
(élément que l'on attend forcément dans un comic, fut-il
français !). À ce titre, le combat de la Brigade contre la Xénobie est
à la fois classique (il faut protéger la ville d'une entité inconnue)
et surprenant (une conclusion bien plus fine que prévue et surtout
mettant à profit la psychologie et les pouvoirs d'un des éléments de la
Brigade).
[…]
La dernière
case de ce tome 3 de La Brigade Chimérique est un
chef d'oeuvre de composition et de symbolisme, à vous en coller des
frissons partout - sans doute les mêmes que ceux que peuvent éprouver
des Américains devant une image magnifiée de leur Captain America.
On
espère la suite de l'oeuvre au plus tôt…
Nouvelle étape dans le projet fleuve initié par le duo d’auteurs SF formé de Serge Lehman et Fabrice Colin avec la complicité de Stéphane Gess - graphiste tout juste échappé de « Carmen McCallum » (Delcourt) - et de la coloriste Céline Bessonneau. Lehman et Colin ont convoqué le ban et l’arrière ban de la littérature fantastique européenne des années 20 pour livrer un récit extrêmement référencé mais jamais empesé, sous une forme empruntant tant au feuilleton classique - façon pulp - qu’aux comics américains. Les deux hommes ont découpé « La Brigade Chimérique » en six tomes regroupant chacun deux épisodes. « L’homme cassé » et « Bon anniversaire, docteur Severac ! » livrent chacun leur quota d’informations sur Séverac et la Brigade, mais aussi sur George Spad, jeune femme énigmatique hantée par des voix mystérieuses. Gess se glisse dans l’imaginaire de l’époque, flirte avec l’art de Mike « BPRD » Mignola, use de la grammaire graphique des super-héros tout autant que de l’art contemporain. Et parvient ainsi à unifier un récit qui emprunte à des univers littéraires hétéroclites. Enthousiasmant.
Chronique de Philippe Belhache
Scénariste de nombreux romans de science fiction, Serge Lehman s’est penché sur le monde du 9e art depuis 2007, avec l’apparition de séries comme La saison de la coulœuvre ou encore Thomas Lestrange, parus chez l’éditeur nantais L’Atalante. Voici son nouveau projet, aux côtés de Fabrice Collin, déjà connu pour sa prestation sur Tir Nan Og, notamment. La brigade chimérique est d’ores et déjà prévue en 6 tomes, avec un rythme de parution très rapproché : les trois premiers volets sortiront sur 3 mois, de quoi permettre au lecteur de mieux se fondre dans cet univers. Le récit nous narre la manière dont des super héros européens (et oui ils ne sont pas qu’américains) se retrouvent dans une aventure étonnante, où leur sort va être remis en cause. Découpé en deux parties, ce tome offre un prologue extrêmement intéressant, ainsi qu’un premier chapitre bien pensé. On ne peut toutefois s‘empêcher de rapprocher cette histoire, des œuvres d’Alan Moore comme Watchmen ou La ligue des gentlemen extraordinaires. Il y a pire comme compliment… Pour assurer la partie visuelle, la tâche est confiée à Gess, le dessinateur ayant inventée la jolie Carmen Mc Callum ! Dès les premiers phylactères, on comprend pourquoi celui-ci a laissé sa place sur la série, car le style dévoilé est très différent. Clairement influencées par Mike Mignola et ses encrages appuyés, certaines planches pourraient faire penser à Hellboy, mais avec un trait plus fin et un encrage moins présent. Au-delà des inspirations, prestigieuses cela va sans dire, La brigade chimérique laisse de grands espoirs et confirme amplement dans les deux albums qui suivent. Plus que trois volumes pour découvrir la fin de cette étonnante aventure !
Mickaël
[…]
Reste que pour l’instant cette série s’offre comme la plus
crédible des tentatives et surtout la plus réussie en la matière. Serge
Lehman s’est entouré de personnes sachant accompagner ce projet, se
plier au genre et à ses codes. Les reproches adressés à Gess comme quoi
il ferait du Mignola restent eux aussi caricaturaux. Ici la manière de
Gess est surtout au diapason du projet de Lehman qui se ramifie jusque
dans sa production et aurait pu aller jusqu’à sa publication en kiosque sous forme de
fascicules si cela n’avait pas été impossible financièrement.
Si La Brigade Chimérique apparaîtra peut-être comme la première bande dessinée francophone de super-héros réussie, je note pour ma part qu’elle apparaît en tant qu’uchronie dans un genre
aujourd’hui difficilement perçu autrement que comme une mythologie.
Dans les années 60 et jusqu’au milieu des années 80, Spiderman ou Daredevil
pouvaient être des héros contemporains, en phase avec leur époque et
son actualité, que l’on pouvait s’attendre à voir au coin d’un
building. Aujourd’hui, ils sont avant tout des mythes dont on peut
donner une version ou travailler d’après un postulat. Le super-héroïsme
semble de nos jours du domaine du « what if » généralisé, un
domaine merveilleux dont on s’amuse à biaiser, nuancer les codes par
exemples, au gré de trouvailles scénaristiques voire graphiques.
La Brigade Chimérique ne sera donc jamais une revanche ou
un rattrapage de la bande dessinée et de la science fiction francophone
dans le domaine du super-héroïsme, mais bien plutôt — et c’est là sa
pertinence — une interrogation féconde sur leur histoire entrelacée.
Une double page dans L'Indic pour La Brigade Chimérique, rencontre avec les créateurs de cette bande-dessinée...
Un singe parlant, star du music-hall dans l’Amérique des années cinquante, se retrouve au beau milieu des ennuis à cause du journal intime de sa maîtresse. Ambiance polar, multiples clins d’oeil au cinéma noir (on n’est presque pas surpris de croiser Lauren Bacall, Humphrey Bogart ou Frank Sinatra au fil des pages), cet album est une farce agréable. Le scénario conserve son rythme jusqu’à la fin, le graphisme cartoony est des plus originaux. Voilà un album réussi pour la nouvelle collection bd des éditions L’Atalante.
Thomas Clément, lundi 4 août 2008
L'heure des super-héros européens est arrivée grâce à la Brigade Chimérique emmenée par le romancier Serge Lehman, le récit découpé comme un comic propose de découvrir la vie et l'œuvre de ces surhommes dans l'entreguerre avant leur disparition des mémoires.
Le docteur Mabuse, Nyctalope ou Marie Curie s'en donnent ainsi à cœur joie sur le Vieux Continent déchiré.
Mise en scène par un Gess au trait "Mignolesque", l'aventure est une immanquable du moment.
91% - La brigade des gentlemen extraordinaires.
Le baron Ceverac semble en proie au doute, sur ses seniments et sur son entourage, depuis le retour de la brigade chimérique. Pourtant Paris est plus que jamais le théâtre d'apparition de créatures en tous genre et la brigade aura fort à faire, tandis qu'un mal bien plus grand et dangereux gronde en Europe. Paris ne sera pas épargné.
Troisième tome pour la Brigade Chimérique, toujours concocté par les excellents Leiman et Colin , qui continuent de nous balader dans un Paris où pullulent des créatures de plus en plus bizarres et où le mystère semble habiter chaque recoin de la ville. Ce tome s'attarde d'avantage sur le baron Ceverac qui voit sa vie se transformer petit à petit depuis le retour de la brigade, il semble tiraillé, il veut comprendre ce qu'il lui arrive et à qui il peut se fier. Vaste entreprise en ces temps troubles où le fascisme et la méfiance commencent à s'emparer de l'Europe. Poutant avec l'aide des Joliot-Curie, il va meiux comprendre son état et enfin l'accepter. les auteurs continuent d'entretenir le mystère sur le rôle que va jouer le nyctalope et sur les évenements qui vont amener à la disparition de tous ces héros. Guess livre comme toujours un excellent travail au dessin même si les décors ne sont pas trop sa tasse de thé. En conclusion, c'est une bande déssinée habitée par une ambiance unique et dotée d'une réalisation sans faille.
L'Avis des Bulles, Janvier 2010, n° 124.
L'heure des super-héros européens est arrivée grâce à la Brigade chimérique ! Emmené par le romancier Serge Lehman, le récit découpé comme un comics propose de découvrir la vie et l'oeuvre de ces surhommes dans l'entre-deux-guerres avant leur disparition des mémoires. Le docteur Mabuse, Nyctalope, ou Marie Curie s'en donnent ainsi à coeur joie sur le vieu continent déchiré. Mise en scène par un Gess au trait "mignolesque", l'aventure est une immanquable du moment S.F.
Geek n° 4, Novembre-Décembre 2009.
Dotée de dizaines de références à la littérature fantastique, ou à l'histoire en général, La brigade chimérique est une bande dessinée française qui doit compter six tomes. Le troisième vient juste de sortir et nous vous le recommandons chaudement rien que pour sa thématique et son ambiance.
À mi-chemin entre La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et Hellboy ces trois tomes possèdent cette petite touche tricolore qui fait la différence.
Quant au style graphique très particulier il n'est pas sans rappeler celui de Mignola tout en donnant un cachet singulier aux images.
Bref une bien belle réussite qui mériterait toutefois un petit peu plus d'action.
Il n'empèche que la thématique et l'ambiance pourraient coller à merveille à un jeu vidéo.
2003, Fabrice Colin a trente ans et vit à Paris. Cette même année, il publie Or not to be chez L’Atalante en collection générale. Roman atypique, Or not to be mélange imaginaire et réalité, avec en toile de fond le personnage de William Shakespeare. La progression de l’intrigue est très particulière, complétement morcelée et décousue. Si cette décomposition peut, de prime abord, perturber, voire rebuter, elle s’avère néanmoins un reflet fidèle de l’évolution psychique du héros retrouvant peu à peu ses souvenirs (ou sombrant définitivement dans la folie, allez savoir…). On pourrait craindre que ce traitement plombe le rythme du récit. Il n’en est rien puisqu’au contraire, cette distillation aide à maintenir le suspense jusqu’au terme du livre par l’ajout ponctuel de nouveaux éléments de compréhension. De même, Fabrice Colin n’a pas choisi la facilité dans sa structure narrative. Très loin du classique roman, il mélange, au contraire, allégrement les genres : des plus formels comme la poésie et le théâtre aux plus innovants que sont le rêve et le script façon cinéma, se permettant un passage par le journal intime et les lettres. Loin d’être un gadget, ce choix retranscrit de manière pertinente la progression du récit et il devient vite évident que Fabrice Colin a su s’adapter, trouver la forme littéraire juste suivant les passages. Cette prouesse est d’autant plus flagrante que le tout forme un ensemble fluide et cohérent, dotant le livre d’une ambiance particulière. C’est peut-être là finalement que réside la magie du livre, dans cette ambiance indescriptible, à la fois trouble et lumineuse, infiniment intime et personnelle. Au mieux, pourrait-on la comparer à celles marquantes du Gormenghast de Mervyn Peake ou de La Forêt des mythagos de Holsdtock. Ce qui est certain, c’est que ce mélange continuel de sentiments contradictoires (joie et tristesse, folie et raison, plaisir et souffrance…) emprisonne rapidement le lecteur dans sa toile. Mais est-ce réellement pour son bien ? En tout cas, l’impact est très fort, à la façon d’un début de noyade entrecoupé de bouffées d’air salvatrices. Au final, Fabrice Colin a pris des risques avec ce livre. Son aspect expérimental, sa structure particulière, son sujet en font un livre difficile, à lire comme à apprécier. Cela explique sans doute pourquoi le livre n’a que peu fait parler de lui à sa sortie. Néanmoins, il s’agit probablement de l’une des plus jolies pièces de la Littérature contemporaine (avec une majuscule) ; une pièce où le talent de l’auteur s’exprime avec brio. En conclusion, il existe probablement trois manières de réagir à ce roman. Soit le lecteur n’est pas d’humeur à fournir un effort suffisant pour rentrer dans le texte et se retrouve devant une succession de scènes incompréhensibles qui lui feront reposer assez vite l’ouvrage. Soit au contraire, il cherche à obtenir le fin mot de l’histoire, à démêler toutes les énigmes, au risque finalement de rester bloqué puisque toutes les réponses ne peuvent être obtenues. La troisième voie fut la mienne – et j’espère la vôtre – puisqu’elle comprend suffisamment de laisser-aller, de crédulité pour simplement profiter des mots et se laisser bercer par cette magnifique pièce. Or not to be est donc à découvrir absolument mais sachez qu’il ne plaira pas forcément.
Luigi Brosse, Elbakin.net, 27 janvier 2010.
L’Atalante est triste de la mort de Bernard Coutaz, décédé vendredi dernier 26 février à Arles. Il était le fondateur d’Harmonia Mundi, une des dernières grandes entreprises indépendantes de production musicale. Il avait aussi créé la maison de diffusion d’éditeurs qui s’occupe de nos livres depuis 1998. Un grand homme de la vie culturelle en France a disparu.
Le prix Bob Morane 2010 dans la catégorie "roman traduit" a été décerné à: