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Kay - Le Fleuve Céleste - Albédo
Posté le 18 août 2017

Le Fleuve Céleste – Guy Gavriel Kay

Et si magique.

L’Atalante

Ce roman de Guy Gavriel Kay fait suite aux Chevaux Célestes; 300 ans se sont écoulés depuis la fin des événements relatés alors, dans cette Kitaï directement inspirée de la Chine.

La guerre civile dont nous avons vécu les prémices dans le tome précédent laissa de profondes cicatrices dans le paysage asiatique. La Kitaï a peur de ses généraux et préfère désormais perdre du terrain face aux redoutables Cavaliers des Steppes plutôt que de s’exposer à une lutte fratricide. Les empereurs précédents choisirent d’abandonner une partie de leur territoires, une bande pourtant symbolique : les Quatorze préfectures bordant la limite nord du pays.

La situation n’est pas du goût de Ren Daiyan qui rêve de restituer toute sa splendeur à l’Empire.  De l’autre côté du spectre, nous trouvons Lin Shan, cultivée, unique qui enchante la cour de l’Empereur Wenzong. Leur destin est lié.

Le roman est composé de cinq parties et ce découpage savamment orchestré conduit inexorablement à la chute de la dynastie Song. Telle une onde harmonique, chacune amplifie cette sensation d’inéluctable. D’ailleurs, le son persistant et grave d’un immense gong résonne et semble persister à la fin de chacune d’entre elles.

Cette fantasy historique patiemment élaborée et richement documentée est typique de notre auteur.  A travers le destin des deux protagonistes principaux le lecteur prend contact avec cet empire surprenant et puissant.

Ainsi, d’un côté trouvons-nous un soldat  impliqué dans l’action, et de l’autre une femme de lettre et de l’art qui subit. Les deux faces d’une même pièce, opposées tout en étant liée. Ce double point de vue est primordial dans la saveur qui se dégage du roman de Kay.

Effectivement comment comprendre et accepter qu’une nation si puissante, si riche de ressources, de moyens et d’hommes se laissent presque volontairement malmenée par les barbares (Mongols) de la steppe?

Goooong!

Ren Daiyan et le lecteur se rebellent contre cette résignation, contre cet abandon déloyal. Nous découvrons ainsi un jeune homme, fils d’un archiviste dans une province septentrionale qui rêve de revanche mais surtout d’arracher les Quatorze Préfectures des mains des barbares.  Il est certain de sa destiné ainsi que de la pureté de sa mission et mettra tout œuvre pour réaliser cette prouesse. Tout au long de son parcours, le lecteur est invité à découvrir la Kitaï provinciale, paysanne, loin des yeux de la Cour et des puissants. Des petites gens, simples, vivant parfois dans le dénuement, sensibles aux accidents de la vie (famines, guerres et rebellions), savourant la paix, fidèles à leurs croyances ancestrales et animistes.

Pour tout ce peuple, l’attitude des dirigeants est incompréhensible, et la perte des territoires du Nord demeure une source de honte. C’est dans cette population, bercé dans ces espoirs et cette blessure que le jeune homme va mûrir, grandir et se forger. Aux moments clés, c’est aussi parmi eux qu’il trouvera un soutien sans faille. L’action sera au rendez-vous avec chacune de ses apparitions, parfois pour une simple escarmouche, une infiltration en territoire ennemi ou une bataille d’envergure, quelques fois aussi pour la bagatelle…

Gooooooong!

A l’opposé, Lin Shan apporte une vision tout à fait différente sur la nature même de la Kitaï. Certes, nettement plus contemplative, mais pas moins puissante et robuste. C’est à travers elle que nous nous apercevons de sa résilience, qualité indispensable et fondatrice de son éternité. Les nations barbares la balayeront sans doute, la brutaliseront certainement, mais tandis qu’elles passeront, la Kitaï demeurera. En effet, la force d’une telle nation n’est point dans la brutalité, ni dans l’affrontement des hommes, mais dans ses arts, dans son esprit, dans son âme.

Avec Lin Shan, le lecteur se familiarise avec son aspect le plus doux, mais également le plus redoutable. La culture Kitaï est sophistiquée, élégante, nuancée et complexe,  son influence a traversé et continue de traverser les siècles et les frontières. L’auteur prend le temps de construire cette ambiance particulière, immatérielle et de retranscrire cette aptitude à la contemplation. Certes, Lin Shan n’en est pas la seule actrice puisque nous suivons un illustre poète banni accompagné par son fils, et l’oncle de ce dernier qui aura une mission d’ambassade auprès des barbares du Nord.

L’auteur évite de tomber dans un faux rythme, ou de mettre le lecteur sur la touche, car Guy Gavriel Kay utilise le présent de l’indicatif lors de chaque passage avec Lin Shan. Ceci permet de nous propulser habilement au cœur de l’histoire, au tout premier rang. Aussi, vit-on les moments pleinement et perçoit-on davantage de dynamisme,  contrant ainsi la langueur du contemplatif.

Gooooooooooong!

Je rassure le lecteur, nous sommes bien dans de la fantasy et des éléments propres à ce genre sont bien présents, notamment avec des esprits, des femmes-renards (daji), et surtout avec des idéogrammes très particuliers… Il est toutefois inutile d’attendre de spectaculaires batailles magiques avec des sorts plus visuels et impressionnants les uns que les autres. Tout est dans l’ambiance, l’histoire et les personnages savoureux.

Question rythme, nous sommes dans la continuité Des Chevaux célestes, il est donc posé, travaillé et se fond parfaitement avec l’idée que je me fais de la Chine, à la fois douce et implacable. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu le tome précédent pour s’attaquer au Fleuve Céleste, cependant quelques petits clins d’œil parsèment l’histoire et sont appréciables en ayant goûté à l’histoire précédente (une référence aux 250 chevaux, une femme à la chevelure rousse, les vers d’un poète,….). Tout n’est pas parfait : quelques redondances et répétitions sont parfois ennuyeuses.

Goooooooooooong!

Le Fleuve Céleste s’inscrit parfaitement dans la continuité du tome précédent sur la Chine éternelle. L’auteur nous plonge au cœur de cet immense pays avec douceur, pour nous faire palpiter à l’unisson de personnages captivants. Un incontournable de la fantasy historique, un démenti éblouissant sur l’inanité du genre.

Lutin82


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Chambers - Libration - ActuSF
Posté le 18 août 2017

À l’occasion de la sortie en français d’un deuxième roman : Libration aux éditions de L’Atalante, Becky Chambers répond à nos questions

 

 

ActuSF : Vous avez un parcours plutôt tourné vers le théâtre (études d’art du spectacle, administratrice de compagnies de théâtre), qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire des romans de science-fiction ? 

Becky Chambers : Les livres et la science ont été mes premiers amours. Ma mère m’a envoyé, il y a peu, une petite autobiographie que j’avais écrite à l’école alors que j’avais 9 ans. Dans cette dernière, j’avais dit vouloir écrire des livres quand je serais grande (bon, j’ai aussi dit que je voulais trois golden retrievers, mais ce n’est pas vraiment le cas…) J’ai toujours écrit, j’ai toujours adoré écrire. A mon sens, la vraie question est plutôt de savoir pourquoi j’ai fait un petit détour par le théâtre. J’ai commencé quand j’étais adolescente, et je trouvais que c’était vraiment enivrant. J’ai pu vivre dans des histoires pendant quelques temps et j’ai rencontré d’autres gens bizarres comme moi. Mais quand j’ai commencé à travailler à un niveau professionnel, j’ai commencé à réaliser que les histoires racontées par le théâtre moderne n’étaient pas les histoires qui m’intéressaient le plus. Après le travail, mes collègues allaient voir d’autres pièces. Moi, je rentrais chez moi regarder Star Trek ou j’allais au musée écouter des présentations scientifiques. Et enfin, j’ai commencé à comprendre ce que cette différence disait sur moi et je me suis dirigée vers une autre voie. Aujourd’hui, j’ai écrit professionnellement presque aussi longtemps que j’ai fait du théâtre. Cela m’a appris beaucoup de choses sur la vie, des choses qui me servent tous les jours. Mais revenir à l’écriture me représente mieux. L’écriture me reconnecte avec ce que je suis réellement.

 

Vos deux romans ont un univers commun, pouvez-vous nous le présenter ?

Mes livres ont pour cadre la Confédération galactique, une gigantesque société multiraciale qui s’est répandue dans toute la Voie lactée. On peut un peu le voir comme une Union Européenne galactique. Tout le monde a son propre territoire et sa propre culture, mais les habitants partagent des lois de base, ils ont mis en place des moyens de voyager et d’échanger facilement, et ils passent la majorité de leur temps à résoudre des différends sans verser le moindre sang. Les humains sont les outsiders de ce futur. La Terre est devenue inhabitable dans sa majorité et nous sommes représentés partout. Nous n’avons pas grand-chose à offrir, mais nous commençons à nous faire notre place dans la CG. Mes livres sont remplis d’espèces extraterrestres, de langues différentes et de sous-cultures, de technologies positives et négatives, et aussi de tonnes de nourritures bizarres. J’aimerais voir certains des lieux que visitent mes personnages. D’autres, je préfèrerais vraiment les éviter. Je n’ai pas peur de montrer le mauvais côté de la galaxie, mais au final, j’aimerais en faire un futur accueillant. J’aimerais en faire un endroit dans lequel les gens ordinaires peuvent s’identifier et se projeter.

 

Libration est-il la suite de L’espace d’un an (qui a été, rappelons-le, nominé au prix Hugo du Meilleur roman) ? Ces romans peuvent-ils être lus indépendamment l’un de l’autre ?

Libration est effectivement la suite de L’espace d’un an, mais on peut lire l’un sans avoir lu l’autre. Au lieu de suivre les personnages principaux du premier livre, il suit l’évolution de deux personnages mineurs. J’ai écrit Libration en pensant que le lecteur lirait les livres dans l’ordre, vous aurez donc plus de contexte sur ces personnages et leurs rôles si vous commencez par L’espace d’un an. Mais des lecteurs qui ont lu Libration d’abord m’ont dit ne pas s’être senti perdus. J’essaie de faire en sorte que le lecteur puisse commencer où il le veut.

 

Vos personnages sont très divers, extraterrestres ou non. Leurs différences vous permettent notamment de soulever des questions sur la tolérance, était-ce un but lors de la conception de ces romans ou cela s’est-il installé naturellement au cours de l’écriture ? 

Je ne suis pas certaine que c’était un but, mais plutôt une évidence. Mes racines sont internationales, pluridirectionnelles et plurilingues. Je suis une petite fille d’immigrants, et femme d’immigrant aussi. Je suis née dans une région multiculturelle de Los Angeles et j’ai été à l’école avec des enfants de milieux et de religions différents. Je suis gay ce qui, je pense, en dit aussi long en ce qui concerne la tolérance. Cette combinaison de faits a notamment eu pour conséquence que ma vie a été majoritairement définie par ces différences entre moi-même et les autres autour de moi, ou les différences au sein de la société, ou de la loi, ou toute autre chose. Je ne pourrais pas écrire une histoire qui ne soit pas liée à mon expérience personnelle. Et je pense que personne ne le peut. Et la différence, c’est aussi l’adversité et parfois le danger. Mais c’est aussi la beauté. Il y a quelque chose de beau à s’entendre avec quelqu’un dont on ne partage pas la langue. Il y a quelque chose de beau à regarder des enfants se raconter les différentes fêtes familiales qu’ils ont célébrées. Il y a quelque chose de beau à goûter une nouvelle cuisine, à apprendre de nouvelles coutumes, à laisser son cerveau s’habituer à une nouvelle façon de penser. 

Il me paraît évident que la vie dans la galaxie serait aussi variée qu’ici sur Terre, et donc il en découle logiquement que nos cultures seraient toutes aussi variées. Afin de coopérer, nous aurions à trouver un espace de tolérance et de respect. L’alternative serait la guerre, et ce n’est pas le propos ou le but de mon travail.

 

Les critiques soulignent le fait que vos personnages sont particulièrement travaillés, pourquoi avoir choisi de ne pas poursuivre avec eux dans Libration ?

Parce que j’avais raconté l’histoire que je voulais raconter. Je n’avais rien d’autre à raconter à leur sujet, je ne voulais donc pas me forcer juste pour faire un L’espace d’un an 2. Je voulais aussi explorer d’autres aspects de la Confédération galactique. Si je devais ne parler que d’un équipage, je n’aurai qu’un seul type de perspective, et nous le connaissons déjà. Je veux aller plus loin que ça.

 

Avec Poivre dans Libration, comme avec Rosemary dans L’espace d’un an vous mettez en avant le fait que le passé de l’individu ne conditionne pas son avenir. Le refus du déterminisme est-il important pour vous ?

 Quelle question intéressante ! Oui, c’est tout à fait ça. Je porte un très grand intérêt aux sciences autant naturelles que sociales, et les constantes que chaque champ partage ont changées. Les espèces évoluent. Les sociétés évoluent. Il n’y a pas de plus gros mensonge que “ça a toujours été comme ça,” - peu importe le contexte dans lequel vous l’utilisez. Cela s’applique aux individus également. Notre passé est une information, mais celui-ci ne nous dicte pas où nous allons.

 

On parle souvent de science-fiction positive lorsqu’on qualifie vos romans, qu’est-ce que cela signifie ?

Toutes les histoires sont le reflet de l’époque à laquelle elles sont écrites, et c’est tellement facile de s’en rendre compte en science-fiction. La science-fiction actuelle se tourne vers des sujets désagréables et sombres, et il y a de bonnes raisons à cela. Nous vivons une époque terrifiante. Notre espèce a enfin compris que nous faisons partie d’un système interconnecté global à peu près au même moment où nous sommes en train de le détruire. Nous nous penchons sur des questions de durabilité, de progrès et d’éthique technologique et nous sommes terrifiés. L’avenir, si vous lisez un tant soit peu les journaux, n’est pas radieux. Nous exprimons donc cette peur au travers de la science-fiction. Les extraterrestres sont des monstres, la technologie est un spectacle d’horreur, et nous allons tous mourir dans un désert à la recherche d’eau. 

Attention, je pense que ces histoires sont très bien. Elles sont un bon moyen d’explorer nos peurs, et pour beaucoup, elles sont très sympas, malgré leur côté austère. Mais je pense que nous avons besoin d’équilibrer le tout. Il nous faut une raison de traverser les temps difficiles qui s’annoncent. La survie en soi n’est pas assez, pas si nous n’avons pas un futur radieux vers lequel tourner nos boussoles. La prudence est importante, tout comme l’espoir. Moi, je vise l’espoir.

 

Allez-vous, dans vos prochains projets, continuer à exploiter cet univers, à explorer ces thématique ?

Pour encore quelques livres, oui. Je vais continuer dans la même veine que Libration – explorer de nouveaux personnages en explorant de nouvelles parties de la galaxie.

 

Avez-vous l’intention de venir prochainement, pour rencontrer vos lecteurs français ?

Oui ! Je serai à Nantes aux Utopiales en novembre. C’est la première fois que j’irai en France j’ai hâte.

 

Traduction des propos : Erwan Devos et Hermine Hémon

 

Emma Battinistini



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Chambers - L'Espace d'un an - herissonneb.com
Posté le 18 août 2017

L’Espace d’un An

 

L’Espace d’un An est peu commun. C’est un livre qui allie SF, pacifisme et humour. Un curieux mélange pour un « space-opéra ». Et surtout c’est une histoire finie. Adieu cycles interminables à la Dune ou à la Hain ! Ouste !

Nous suivons l’histoire d’une jeune humaine en fuite, Rosemary, engagée à bord du Voyageur, un vaisseau-tunnelier composé d’un équipage plutôt… hétéroclite.

Au fur et à mesure que les personnages se dévoilent et s’apprivoisent, une multitude de races, coutumes et langues s’offrent à nous sans jamais céder au chaos. La narration est claire et les explications scientifiques, historiques et culturelles cohérentes. Au final la trame principale passe au second plan et l’action n’est plus qu’un prétexte à la découverte et à la tolérance.

Que ça soit entre un technicien de l’équipage et l’intelligence artificielle du vaisseau, ou entre le capitaine et une race d’extraterrestre muette humanoïde, l’Amour ne souffre d’aucunes barrières, d’aucunes limites. Le slogan de ce livre pourrait être Interspecies : love & discover.

Ecrire une histoire se déroulant sur un vaisseau qui creuse des trous de vers dans l’Espace en ouvrant la voie aux autres est vraiment l’idée originale - et conductrice ! - de l’auteure ❤ Mais le discours critique des mœurs guerrières humaines, de la traite des animaux et de la pollution ponctue également le récit, on n’est pas non plus chez les bisounours (quoique les dialogues soient très drôles).

On peut conclure par : c’est un livre qui fait du bien.

Je n’en dis pas plus, et je termine par une petite citation qui, je l’espère, vous donnera envie de fourrer votre nez dans ce petit bijou.

 

- […] « Ça sert à exprimer des idées si simples qu’on ne veut pas gaspiller des mots, ou bien des sentiments trop personnels.
- Trop personnels ?
- Oui, essentiels ou difficiles à formuler. L’amour, la haine, la peur. Tu sais, quand tu as quelque chose d’important à dire à quelqu’un, tu bégaies comme une idiote ou tu te plantes devant ton miroir pour t’entraîner. Les Aandrisks n’ont pas ce problème. Ils laissent les gestes exprimer tout ce qui passe mal. A leurs yeux, les sentiments profonds sont universels au point de pouvoir être définis d’un revers de main, même si les causes de ces sentiments sont uniques. »

 

Manon Tdy

 

 
 


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Dunyach - L'enfer du troll - Appuyersurlatouchelecture.com
Posté le 18 août 2017

"La mission qu'il nous propose est totalement absurde, mais elle est dotée d'un budget. Il se passe quelque chose de vraiment inhabituel, tu ne trouves pas ?"

Il y a deux ans, paraissait "l'Instinct du Troll", un court roman plein d'humour où la vie de bureau devient un univers de fantasy. Un mélange détonant servi par l'humour déjanté et riche en calembours de Jean-Claude Dunyach. Une lecture qui se dévorait aussi vite qu'un troll n'avale une poignée de pierres précieuses et l'envie de retrouver le Troll, la Trollesse, Cédric, le stagiaire, Sheldon, l'écuyer geek, et sa chère et tendre Brisène était grande. Voici nos voeux exaucés, avec un deuxième volet aux aventures de ce troll pas comme les autres, bougon et soupe au lait, mais avec un coeur tendre, même s'il est de pierre, gros comme ça. L'Enfer du Troll, paru aux éditions de L'Atalante, est dans la même veine (sacré boulot, les nains !) que le premier volet, une espèce de super production plein de clins d'oeil, de jeux de mots terrifiants, de situations incongrues et de stress. Eh oui, ça reste quand même la vie de bureau, même s'il est particulier, et le burn-out n'est jamais très loin...

Incroyable, mais vrai : le Troll est en vacances ! Lui, l'infatigable et intransigeant contremaître, a pris un congé ! Oh, pas un congé payé, non, ces vacances impromptues sont la conséquence de sa démission, suite au fiasco relaté à la fin de L'Instinct du Troll. Le Troll a assumé pleinement la responsabilité de cet échec et en a tiré les conséquences en se retirant de la vie de l'entreprise...
Bon, forcément, les vacances, ce n'est pas trop son truc. Il a bien profité des premiers jours pour agrandir le salon de coiffure que dirige sa belle et douce amie, la Trollesse, mais il est arrivé au bout des possibilités et commence un peu à tourner en rond. L'ennui guette, l'oisiveté menace, il va vite falloir trouver une occupation... Ou se résigner à retourner au fond de la mine...
 
C'est alors que le couple de trolls, encore tout étourdi d'amour partagé, voit débarquer au salon l'ex-chef du Troll, l'oncle de son ancien stagiaire, Cédric. Il ne vient pas se faire pomponner, mais proposer un job au Troll. Pas celui qu'il occupait avant, mais une mission, assortie d'un budget, oui, un budget ! Dingue, non ?
Et en plus, il y a un beau voyage à la clé ! En effet, la mission consiste à accompagner le mââââgnifaïk couple que forment Sheldon et Brisène dans son voyage de noces. Croisière, paquebot de luxe, mer turquoise... Et, oh, juste une petite visite de mine, une mine creusée au coeur d'un volcan. Ce ne sera rien que l'affaire de quelques minutes, comme ça, juste pour voir, bien sûr...
Le Troll est dubitatif, mais la Trollesse, elle, se montre enthousiaste, au point que c'est à elle que le chef décide de confier la mission. Oh, ils ne sont pas dupes, nos gigantesques et rocailleux amis. Ils se doutent bien que le chef ne leur a pas tout dit. Qu'au mieux, il leur a caché des choses, qu'au pire, il leur a menti les yeux dans les yeux... C'est ainsi. Mais comment refuser ce voyage de rêve ?

Deuxième volet de cette série, et déjà des vacances, est-ce bien raisonnable ? Comment, dans ces conditions, développer la satire du monde de l'entreprise qui en est le principal argument ? En organisant des vacances qui n'en sont pas vraiment, vous l'aurez compris. De toute façon, le Troll est un hyperactif, les vacances, ce n'est pas pour lui, alors, le chômage !
Mais, ce n'est pas lui qui commande, dans cette histoire. C'est bien la Trollesse qui, avec son regard décalé, moins expérimenté, mais du coup moins blasé, tient les rênes de cette mission au combien importante, ont-ils cru comprendre, et qui débute le plus mal possible... Pourtant, croyez-moi, ils ne sont qu'au début d'un voyage fort mouvementé...

On retrouve donc la plupart des personnages présents dans L'Instinct du Troll, plus quelques nouveaux, qui, pour l'occasion, vont se retrouver dans des rôles à la Agatha Christie : ce sont tous des coupables potentiels de la disparition de Sheldon... J'ai évoqué Poirot et Race, mais peut-être faudrait-il parler de Prudence et Bélisaire Beresford, pour évoquer le duo trollesque, cela leur siérait mieux.
A croire que ce pauvre Troll attire les ennuis... Lui qui rumine encore son échec se retrouve dans une situation bien délicate. Un échec, c'est déjà dur à encaisser, mais un second dans la foulée, ce serait inacceptable. Et il se le reprocherait certainement encore plus que ses supérieurs. Il est comme ça, le Troll, un perfectionniste, un idéaliste, que la culpabilité ronge vite...

La suite, bien évidemment, je ne vais pas vous la raconter. On va encore changer de tonalité, avec un final digne de James Bond, des clins d'oeil très drôles à Star Wars et Harry Potter, entre autres, quelques calembours "Made in Dunyach", c'est vous dire si c'est du bon (ou du mauvais, si l'on considère, comme Boby Lapointe, que plus un calembour est mauvais, meilleur il est).
De l'aventure, des rebondissements, de l'action, du danger, un suspense insoutenable, ce billet ressemble de plus en plus à une bande-annonce de film des années 1950-60, avec une voix off qui surjoue à peine... Bref, si le livre ne fait que 200 pages, tout au plus, et dans un mi-format, il s'y passe plein de choses, suffisamment pour que le Troll ait effectivement l'impression d'être en enfer...
Souhaitons-lui qu'il ne perde pas son Eurydice en en remontant, car dans son état de nerf actuel et avec son caractère qui le pousse vite à broyer du noir (et pas seulement pour en tirer des diamants), ce serait la dépression assurée. Et un Troll qui déprime, c'est tout à fait incontrôlable, mieux vaudrait qu'il reprenne le travail !

Le duo Troll/Trollesse est un bonheur, tant ils sont différents l'un de l'autre. Deux opposés qui s'assemblent et se complètent parfaitement, que ce soit dans leur vie privée (dont tout les passagers du bateau vont profiter, vous le verrez, et pas seulement eux, d'ailleurs), mais aussi dans cette mission qui leur a été confiée.
Il est un indécrottable pessimiste, elle voit toujours le bon côté des choses, il se résigne sans cesse à ce que tout se passe mal, elle cherche à tirer le meilleur des situations qu'elle doit affronter... A se demander si elle ne serait pas la contremaîtresse idéale et si lui, ne devrait pas songer à une reconversion express dans un domaine qui serait moins néfaste pour son moral...

Et puis, il y a le jeu avec l'univers du travail, de l'entreprise, le jargon (qu'est-ce que ce sera dans le tome suivant, quand Jean-Claude Dunyach, je n'en doute pas, s'attaquera à l'esprit start-up cher à notre nouveau président !), les situations... Et franchement, je le dis avec sincérité et admiration, l'idée qui préside à la partie finale du livre est tout simplement géniale et hilarante.
La combinaison entre le roman d'action, ses schémas, ses archétypes, et les éléments issus de la politique managériale de l'entreprise et la touche de fantasy qui fait la spécificité de cette série est juste parfaite. C'est une émulsion qui monte, qui monte et qui nous mène à un enchaînement de situations plus délirantes les unes que les autres.

Vous cherchez une lecture idéale pour vos derniers jours de vacances ? Laissez-vous tenter, il y a certes quelques allusions qui pourraient vous rappeler ce boulot que vous allez retrouver bientôt avec joie (si, si, je n'ai aucun doute à ce sujet, vraiment...), mais pour mieux le tourner en dérision et exorciser ces démons qui vous attendent de pied ferme à la rentrée...
Entre les deux romans de la série, Jean-Claude Dunyach a su prolonger et renouveler son concept. Euh, rassurez-vous, je ne vais pas vous rédiger une conclusion à la façon des briefings et des mémos qu'on croise dans les deux romans. Non, je vais rester humain et clair jusqu'au bout, promis. Simplement pour vous le redire : si vous cherchez des bouquins pour rire, ne cherchez plus !

C'est le Troll qu'il vous faut !
 


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Dunyach - L'enfer du Troll - Laurynbooks
Posté le 18 juillet 2017
Après L'instinct du Troll, recueil de 4 nouvelles hilarantes, voici le retour du Troll de Jean-Claude Dunyach, cette fois-ci sous forme de novella. La Fantasy est certainement le genre de l'imaginaire qui souffre le plus de l'utilisation de poncifs éculés à l'extrême, au point que le lecteur a parfois l'impression de relire plusieurs versions d'une même histoire. Même les personnages n'échappent pas à ce phénomène : voleurs, guerriers, magiciens... d'un livre à l'autre, ils se ressemblent, et il n'y a bien que du côté du caractère que l'auteur peut agir, mais, même là, on assiste souvent à un phénomène d'uniformisation qui fait qu'un voleur se comporte de la même manière, possède les mêmes motivations... enfin bref, il n'est pas évident de trouver des ouvrages de Fantasy qui se démarquent réellement les uns des autres. Et puis, de temps à autre, on tombe sur un OVNI, un bouquin qui donne envie de mener une enquête sérieuse sur les habitudes culinaires de l'auteur, ou de vérifier quel type de flore pousse sous la fenêtre de sa chambre, histoire de comprendre comment il a pu écrire cette histoire.

De base, Jean-Claude Dunyach part avec un personnage que l'on a très rarement l'occasion de rencontrer en premier rôle en Fantasy : un troll. Le lourdaud de service qui sert habituellement de cinquième roue du carrosse, juste bon à distribuer quelques baffes ici et là, se retrouve ainsi au premier plan... accompagné de sa trollesse ! Donc, hop, fini le traitement habituel des personnages classiques, nous voici plongés avec délice dans la manière de voir les choses du Troll. Immortel, vieux comme le monde, en total décalage avec l'humanité, il a sa philosophie et sa façon d'appréhender la vie qu'un humain ne peut évidemment pas comprendre. Mais est-ce suffisant pour donner un ton vraiment original à l'ensemble ? Non, et c'est certainement pour cela que Jean-Claude a osé y mettre l'impensable : du management. Gestion de l'activité et du personnel, diagrammes, rentabilité, plan sur cinq ans, ressources humaines, stagiaires, budget... notre Troll évolue dans une caricature de notre monde moderne, bourré à l'excès de paperasse et de notions inutilisées en Fantasy. Cette manière d'aborder l'histoire lui permet ainsi d'utiliser un vieux classique – le mal qui risque de provoquer l'Apocalypse – tout en restant très éloigné de son traitement habituel, au point que l'on oublie cette idée de départ, noyés par des nécromants consultants au contrat de travail en béton armé ou par des chevaliers en quête du Graal grâce à une application interactive astucieuse, à condition de prendre la version payante. Au bout du compte, le lecteur rigole d'un bout à l'autre du bouquin, non sans relever des clins d'œil appuyés au Seigneur des Anneaux et même à Star Wars ! Les pages filent à une telle vitesse que le lecteur ne peut que regretter d'arriver au bout du livre si vite. Il en aurait fallu davantage !

Un récit divertissant, frais et très original qui me fait espérer que Jean-Claude se dépêche d'écrire la suite ! J'ai eu ce second tome aux Imaginales, où j'ai donc eu le plaisir de le faire dédicacer, et j'espère que ce sera aussi le cas du prochain.


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François Rouiller reçoit le prix Rosny Aîné
Posté 17 juillet 2017 -

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François Rouiller est le lauréat du prix Rosny Aîné pour Métaquine dans la catégorie "roman". Bravo à l'auteur et merci aux participants à la 44e convention de SF.

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Celle qui a tous les dons – The Last Girl
Posté 29 juin 2017 -
the-last-girl-affiche.jpg L'adaptation cinématographique du roman de Mike Carey, Celle qui a tous les dons, sort en France le 28 juin. Le film est réalisé par Colm McCarthy et nous retrouvons à l'affiche Gemma Arterton, Glenn Close et Paddy Considine. Tous en salles !
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Notre collection poche débarque !
Posté 24 mai 2017 -

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Voilà bientôt 30 ans que notre collection s'étoffe, et nombre des livres que nous avons publiés ne sont disponibles qu'en grand format. Certains libraires s'étant montrés encourageants, voire insistants (merci!), L'Atalante Poche voit donc le jour et arrive dans les rayons le 25 mai prochain avec 6 premiers titres. Rendez-vous chez votre libraire !

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Manuscrits
Posté 27 janvier 2017 -
Nous avons pris la décision, à partir du 1er février, d’interrompre la réception de manuscrits pendant quelques mois et nous réfléchissons à une nouvelle méthode pour les traiter. Tous les manuscrits déjà reçus avant cette date seront lus. Cependant, n’hésitez pas à préparer vos textes, à les peaufiner, car nous vous signalerons comment les envoyer, et surtout quand. Alors suivez-nous sur les réseaux sociaux, des informations arriveront d’ici l’été.
Stay tuned !
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L'Atalante
Posté 21 janvier 2013 -

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Honor Harrington
Posté le 16 juin 2017 par Spyro1
Ben depuis ils sont passé a lune autre guerre, je pense que ce tome cloturerait celle là, ensuite après une 30 aine d'années de guerre ininterrompue, le sel de la série se perdrait un peu a mon sens [...]